04.04.2008

BANDE ET CINE = BD

B.D. DERNIERES EMPLETTES

CHINAMAN, XIII, BLAKE & MORTIMER, TONY CORSO, MISTER BLUEBERRY, JEREMIAH, BUCK DANNY, KOGARATSU

Chinaman, c’est le neuvième tome des aventures de ce Chinois débarqué, me semble-t-il, à San Francisco comme garde du corps de son maître, auquel il est censé être dévoué jusqu’à la mort. Mais ce qui s’inscrivait dans la grande histoire collective (immigration massive d’une main d’œuvre très bon marché utilisée à fond dans les mines ou à la construction du chemin de fer, sur fond de trafics divers avec les « Triades », est devenu l’histoire individuelle des tribulations d’un Chinois en Amérique. En gros, maintenant, c’est du western. Moins d’acrobaties viriles, moins de kung-fu, on ne s’en plaindra pas. C’est toujours très bien fait (scénario et dessin : TA DUC et LE TENDRE), c’est toujours de l’excellente narration, mais c’est moins intéressant. J’aimais beaucoup l’originalité du point de vue. Mais l’immigré s’est trop vite intégré, et même assimilé. Il en avait marre d’être chinois. Quel idiot ! qui peut avoir envie de devenir américain ?

Tony Corso, le personnage de BERLION (voyez la série Sales mioches, mais aussi les trois bons volumes d’Histoires d’en ville), est un détective intelligent. Mal vu par les flics, copain d’un « parrain » du milieu, il se sort impeccablement de toutes ces affaires plus ou moins moches et tordues. Dans L’Affaire Kowaleski, il y a un complot, de la traîtrise, des micros espions, des tueurs, mais il comprend tout avant tout le monde, parce qu’il observe les moindres détails (ici, la pliure spéciale d’une feuille, page 31, je vous préviens pour que rien ne vous échappe). Pas un chef d’œuvre, mais on passe un moment agréable, grâce à un scénario rusé.

Apaches, c’est le maître de la Bande Dessinée : MOËBIUS, alias GIR, alias GIRAUD. Attention, c’est du lourd. 618548808.JPGVoilà la photo de Major fatal. Dommage qu’il ait bâclé le troisième tome de Marshall Blueberry. Heureusement, il s’est rattrapé largement avec les cinq épisodes de « Mister Blueberry » : si vous voulez admirer un récit pour sa construction, voilà cinq volumes incontournables et irremplaçables. Blueberry n’est plus le héros brave et vainqueur (et invincible), mais un blessé qui parvient à rester vivant jusqu’au bout. Il y a je ne sais plus combien d’étages de narration, combien de fils du récit, des retours en arrière, un tueur totalement cinglé : c’est diabolique et jouissif. Mais c’est aussi très compliqué. Alors, qu’est-ce qu’il a fait, Giraud ? Il extrait de cet ouvrage monumental l’étage des Indiens, et cela donne Apaches. Les blancs conquérants sont les méchants, il y a un curé (pasteur) sadique, bref, je vous raconte pas, mais c’est à lire.

L’amnésique XIII en finit avec sa quête. Je dirai que ce n’est pas trop tôt. Deux tomes à la fois : le premier dans la chronologie de l’histoire, où se construit le personnage principal, est dessiné par l’immense GIRAUD. Le dernier, c’est toujours WILLIAM VANCE, le responsable des volumes précédents. Au total, ça fait quand même 19 volumes. Je le dis tout de suite : c’est trop. Ras le bol des sagas interminables qui accrochent, retiennent, captivent le lecteur, l’enferment dans leur toile d’araignée (je pense aux séries « Vlad » ou « Le Chant des Stryges », excellentes au demeurant), et qui sont une incitation malhonnête à la collection auprès des drogués. Et puis, franchement, si tu examines le scénario de XIII, tu te rends compte que la grande préoccupation de JEAN VAN HAMME, le scénariste multicarte, est de surmonter a posteriori les invraisemblances et les problèmes d’incohérence qui peuplent plusieurs épisodes.

« JEREMIAH » n° 28. HERMANN, on ne discute pas, on prend. Esra va très bien, c’est le titre. Bonne histoire sur fond de pourriture sociale et post-atomique. L’histoire finit bien.1477441212.JPG Ici la photo de Un Hiver de clown.

J’aime bien Buck Danny, mais seulement depuis que c’est BERGESE qui le fait (scénario, dessin, couleurs). J’en avais soupé, de l’éternel JEAN-MICHEL CHARLIER, de ses tics de récit, dans toutes les séries qu’il pilotait, y compris Blueberry, de sa manie du rebondissement, mais aussi de Lady X, que Bergèse a eu le tort de maintenir en vie. Pour Bergèse, c’est moins les héros qui comptent que le monde comme il va, avec sa perte des repères et sa complexité. Ici, tout se passe en Afghanistan.

Blake et Mortimer, du grand EDGAR PIERRE JACOBS. C’est de la continuation post-mortem. J’avais bien aimé La Machination Voronov, avec YVES SENTE et ANDRE JUILLARD aux manettes, moins les deux volumes des Sarcophages du 6° continent. Le Sanctuaire du Gondwana, c’est à se les mordre : rends-toi compte, le Bezendjas (le « maudit mouchard beloutche ») ressuscite, et Mortimer et Olrik, à la faveur de l’épisode précédent, ont échangé leurs apparences physiques. Ah zut ! Je vous donne la clé de l’énigme ! Mais c’est trop tard. Jusqu’où iront-ils ? Bon, c’est vrai, JEAN VAN HAMME et TED BENOIT, dans L’Etrange rendez-vous, avaient bien ressuscité Basam Damdu ! Mais je vais éviter d’être trop sévère : j’ai constaté qu’il y a des amateurs dans la jeune génération.

Pour finir cette revue de détail, Kogaratsu, le samouraï intrépide devenu un « rônin ». C’est le onzième épisode. Toujours impeccable dessin de MICHETZ, toujours bon scénario de BOSSE. Choix de couleurs ternes, on est dans le sombre et le crépusculaire. Je me demande si l’inspiration ne commence pas à finir quand l’auteur (ou les auteurs) va puiser dans le passé des personnages de quoi alimenter la narration. Ici, on remonte au n° 5 : Par-delà les cendres, on retrouve le clan des Katsumi, la « mère », Oyabun, le « keisho » à la cloche fêlée. C’est crépusculaire, effectivement, sur le fond et dans la forme.

Eh bien voilà, j’allais dire : voilà tout. Vous ne trouverez pas ici de space opéra, d’héroïc fantasy, ni aucune des séries inventées récemment, sur des thèmes fantastiques, mafieux ou aventuriers. Toute cette BD me tombe des mains. Je reste, quant à moi, fidèle à quelques artistes du dessin (Hermann, Moëbius, Michetz) ou du scénario (Hermann, Moëbius toujours, Bergèse).

30.03.2008

PAS LA CHARITE

RESTOS DU CŒUR

On célèbre ? On fête ? Ils ont la vie dure ? On crie bravo ? Non : on dit MERDE !!

J’entends à l’instant (7 h 30, heure d’été) la brave journaliste qui fait consciencieusement son boulot de journalisse (c’est LOUIS-FERDINAND CELINE qui disait, la langue sifflante : « Communisses ! ». C’était une injure). Le sujet, c’est le « marronnier » du jour : fin de la 23ème « campagne » des RESTOS DU CŒUR. Et de déplorer, évidemment, et de donner la parole à un responsable de l’association qui déplore l’augmentation du prix du lait, et des prix de l’alimentaire en général. Vous croyez pas que la nénette, elle pourrait abandonner sa voix atone, la sacro-sainte neutralité ?

COLUCHE déclarait, au moment même de la fondation : « On aura gagné quand les RESTOS DU CŒUR DISPARAÎTRONT ». Or, le nombre des gens secourus augmente inexorablement. Autrement dit, un enviable taux de croissance est promis à l’enfant de COLUCHE (euh non ! Il y a erreur : les enfants de Coluche ont vendu la photo de leur papa à la boîte d’intérim ADECCO. On espère que tout va bien pour eux, financièrement s’entend).

Vous croyez pas que la journalisse, elle pourrait au moins (AU MOINS) poser la question (et, accessoirement, SE poser la question) ? POURQUOI ? Comment ça se fait ? Qu’est-ce qui se passe pour qu’une association créée un jour pour disparaître soit vouée à s’éterniser, à s’installer dans la durée, à devenir une institution ?

Eh bien moi, je propose, tout simplement, la DISSOLUTION IMMEDIATE ET DEFINITIVE des RESTOS DU CŒUR. En même temps, bien sûr, NOTRE-DAME DES SANS-ABRI, LES CHIFFONNIERS D’EMMAÜS, ATD QUART-MONDE, et toutes les organisations de CHARITÉ.

Dissolution immédiate de tous ces outils d’aveuglement, de tous ces pansements sur la jambe de bois, de tous les milliers de mètres cube de bons sentiments engloutis dans le TONNEAU DES DANAÏDES.

Réfléchis deux secondes, cher lecteur : pendant que ces millions de fourmis de bons sentiments s’activent dans la fourmilière de la charité, pendant qu’au ras du trottoir, les millions de fourmis d’encore « vrais citoyens » s’égosillent, agissent, colmatent les brèches, ressoudent la fracture, passent la pommade sur le cancer, au prétexte qu’ « il faut bien faire quelque chose », « on ne peut pas les laisser comme ça », pendant ce temps, qui est du TEMPS PERDU, le gras accumule du gras, le gros grossit, le puissant puise encore plus de puissance, et RACHIDA DATI, habillée en DIOR, gaspille le budget de la JUSTICE en petits fours.

Le gras, le gros, le puissant et RACHIDA DATI, regardent, amusés, rassurés, réconfortés, le spectacle des fourmis qui fourmillent. C’est en effet le métier des fourmis de fourmiller. « Continuez votre travail admirable », chantent-ils en chœur. « Quant à la JUSTICE, n’y touchez pas, elle est administrée, il y a des spécialistes pour ça ».

Tu comprends, cher lecteur, pourquoi la CHARITÉ me semble aujourd’hui le mal absolu ? Il faut crier :

LA JUSTICE,

 PAS LA CHARITÉ

Que faudra-t-il, combien de temps faudra-t-il attendre, combien de gens dans la misère, combien de progrès social effacé, combien de chômeurs, combien de mendiants, pour qu’enfin retentisse, aux oreilles de tous les nantis, une vraie colère en cri ; dans la gueule du riche, la vraie colère en poing ? Quand donc entendra-t-on crier de colère cette femme que j’ai vue dans un café, l’œil fixé sur l’écran du « rapido », pour voir si les quelques sous qu’elle venait de jouer allaient lui en rapporter quelques autres ?

Ou alors, est-ce vraiment fini, l’espoir ?

 

29.03.2008

PARLEZ-VOUS YONNAIS ?

LEÇON DE YONNAIS

Aujourd’hui, nous évoquerons la BUGNE (la seule, la vraie, celle de LYON, donc).

Ma grand-mère les faisait fines et craquantes, rectangles étalés au rouleau sur la table de la cuisine sur une mince couche de farine, découpées puis fendues avec la « roulette coupe-pâte » en buis, vous savez, avec la roulette en zig-zag, même qu’on se disputait ce privilège. Une fente pour les bugnes étroites, deux pour les plus larges. Ensuite, c’étaient les « nœuds » : il fallait passer un bout de la bugne dans la fente, avant de la plonger dans la friture, à la sortie, c’était la surprise, à qui ferait la forme la plus étrange, la plus tordue, où nous reconnaissions profils de sorcières et autres joyeusetés. Vous laissez égoutter, vous posez sur papier absorbant pour pas que ce soit trop gras, vous saupoudrez de sucre glace. C’est prêt. Un régal.

GILBERT-LUCIEN SALMON (Dictionnaire du français régional du Lyonnais) la définit : « Variété de beignet confectionné pour Mardi-Gras, découpé dans la pâte avec une roulette ou éperon. ».

Je préfère NIZIER DU PUITSPELU et son Littré de la Grand-Côte, qui sont comme le Pape et la Bible, autrement dit, l’infaillibilité et la vérité absolue. Il dit : « 1. Sorte de pâtisserie en forme de couronne, frite dans l’huile. » Et de la bugne à l’éperon : « Sorte de beignet de pâte craquante, saupoudré de sucre. L’épithète à l’éperon vient de ce que pour découper la pâte, aplatie en feuille sur la planche à pâtés, les cuisinières se servent d’un instrument assez semblable à l’éperon du cavalier. » Voilà.

Retenez bien le mot « craquante », parce que de grands caquenanos ont inventé la « bugne épaisse », qui finit infâme et pâteuse sous la dent. L’inventeur de cette hérésie a dû aller au ciel droit comme une bugne (autrement dit, en faisant le « paradis buissonnier »). Il n’a d’ailleurs que ce qu’il mérite. Il a même dû se faire traiter de grande bugne (benêt, caquenano), comme cestui-ci qui, se récriant, se vit répondre par celui qui l’avait ainsi traité : « Mais c’est pas pour te fâcher ! Je t’ai dit grande bugne comme je t’aurais dit grande bête !  – Oh, alors !… ».

Si par hasard, passant par notre belle ville, vous demandez votre chemin à un Yonnais facétieux qui vous répond : « Vous pouvez pas vous tromper : vous y arriverez droit comme une bugne », méfiez-vous, vous êtes prévenu. J’en connais un qui, place Bellecour, à un couple d’Américains bardés de l’uniforme du touriste américain qui lui demandait comment accéder à la cathédrale Saint-Jean, leur fit prendre le métro et descendre au terminus « Gare de Vénissieux ». Ils sont arrivés à la cathédrale droit comme une bugne. Ceux qui connaissent saisissent la « facétie » (Vénissieux, c’est au diable vauvert). Je ne sais pas pourquoi, mais il n’aime pas les Américains, le copain.

Je mentionne par acquis de conscience le chapeau haut-de-forme qu’on appelle bugne, parce que ce n’est pas du tout le même mot. La preuve : il vient de Neufchâtel.