31.08.2007
38 - LA FEMME TUTELAIRE
38 – LA FEMME TUTELAIRE
BOISEMONT (VAL-D’OISE, 95)

On trouve l’épée de justice dans nombre de monuments aux morts. Elle se présente la lame nue, la poignée et la garde bien droites.
BOUTIGNY (SEINE-ET-MARNE, 77)

Très souvent, elle apparaît comme un simple bas-relief ornemental. Mais dans la main de cette femme noblement dressée, elle incarne tout entier le DROIT, car cette guerre fut juste, qu’on se le dise (je ne suis pas de ceux qui nient qu’il faut se défendre, quand un ennemi déclaré attaque) : c’est la Patrie tout entière qui convoque les valeurs traditionnelles de la République.
BRETIGNY-SUR-ORGE (ESSONNE, 91)

La pointe de l’épée est piquée dans le sol (quoique, sur ce modèle de plaque, l’épée soit parfois absente), la main droite de la femme entoure la poignée. C’est l’action de la justice qui passe ici.
EPREVILLE (SEINE-MARITIME, 76)

Le profil droit montre un menton ferme et un regard situés en hauteur, braqués sur l’horizon intraitable et majestueux de la pérennité de la nation.
FLAVACOURT (OISE, 60)

Le bras gauche, lui, tend à l’horizontale, au-dessus de la liste des noms, la couronne de lauriers des hommes qui se sont fait tuer là-bas, sur la ligne de front, au cours d’un de ces va-et-vient d’une tranchée à l’autre qui ont fini par saigner la population masculine du pays. Le mot « LIBERTE » s’inscrit en capitales au-dessus de ce bras ferme.
GREGY-SUR-YERRE (SEINE-ET-MARNE, 77)

La Patrie est presque toujours femme, dans les monuments aux morts, et souvent, le sculpteur s’est souvenu des modèles qu’il a dessinés dans son atelier et de ses exercices d’école, où il s’agit de rendre le mieux possible le drapé de la robe, tout en laissant deviner comme par transparence les arguments du corps féminin qui soulèvent ou creusent en tel ou tel point le tissu léger.
JUILLAGUET (CHARENTE, 16)

C’est ainsi que certains monuments aux morts de France se laissent aller à une certaine volupté émouvante des formes, à une sensible évocation érotique du sujet. Je montrerai même un jour quelques femmes de pierre carrément nues qui veillent sur nos morts de la première guerre mondiale.
NOTRE-DAME-DE-BLIQUETUIT (SEINE-MARITIME, 76)

Mais ici, aucune pointe de sein ne soulève l’étoffe, nulle hanche n’imprime son arrondi à la verticalité du tombé, pas un genou n’ébranle les plis pour laisser deviner le velouté suggestif d’une cuisse. Nous sommes dans la rigueur du droit et de la justice, et cette femme, qui est la Patrie, est également et fortement la LOI. C’est une abstraction de femme : on est bien dans le symbole.
PRAT-BONREPAUX (ARIEGE, 09)

Les noms inscrits sont comme autant d’articles que nul n’est censé ignorer, auquel nul n’est censé désobéir. J’aime assez l’idée selon laquelle les noms des morts doivent être obéis. « Le mort saisit le vif. » Les noms des tués s’imposent aux vivants comme autant de devoirs.
ROUBIA (AUDE, 11)

Avez-vous songé qu’à prononcer les mots « morts » ou « tués », c’est tout le sens des événements qui s’en trouve modifié ? « Mort », c’est plus courant, voire banal : cela arrive aussi en temps de paix. Pourquoi ne parle-t-on pas des « monuments aux tués », mieux : « aux hommes tués » ? Ce serait plus exact, plus près de la réalité. Le terme « mort » indifférencie les causes.
VICQ (HAUTE-MARNE, 52)

Je soupçonne ici le goût des vivants pour une allitération en « m », qui facilite la prononciation, en gros, qui flatte la paresse des vivants. « Tués » signale interruption involontaire de la trajectoire de l’existence. On sait qu’ailleurs, quelque part, gît un coupable, et des vivants rassemblés autour des « monuments aux tués » sentiraient plus proches d’eux ces hommes envoyés pour disparaître.
VINON (CHER, 18)
10:00 Publié dans Monuments aux morts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Guerre mondiale, Hitoire, Commémoration, Mémoire, 1914, France, Monuments aux morts



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