01.09.2007

39 - LES NOMS, LE LIVRE OUVERT

39 – LES NOMS, LE LIVRE OUVERT

AUTHIE (CALVADOS, 14)

72fa8806af9604ca8f0a84b23655ffa7.jpg

Encore une fois les noms des Morts (voir mes notes 11, 12, 31, 37, 38). Un nom qu’on ne lit plus, qu’on ne prononce plus, qu’on n’APPELLE plus, n’existe plus. Oh ! ce n’est pas le thème d’aujourd’hui qui va y changer quelque chose !

BOIS DE CENE (VENDEE, 85)

0dd578f4d4103d171435c834d1b5b070.jpg

Les Tibétains, les Egyptiens ont leur LIVRE DES MORTS. Nos monuments, on peut le dire, ils font semblant, c’est dur à avouer. Les livres en pierre posés devant les obélisques, aussi bien que ceux qui constituent une partie essentielle du monument, ne sont pas des livres, mais de simples images, même pas des symboles.

BOUGUENAIS (LOIRE-ATLANTIQUE, 44)

2845c7cd8b1ce20e99dbbe93f5bcb5ed.jpg

Quand on visite nos cimetières civils, en passant entre les tombes, on remarque trop souvent ces menus objets en marbre portant des mentions telles que « Regrets éternels » et autres fariboles auxquelles il est convenable de se plier, et qui alimentent le commerce funéraire. Mais disons-le, plus ce souvenir est en pierre, moins il est vivace.

DAX (école normale) (LANDES, 40)c6fd5e57f5bf7fc08b4fee64d07ca836.jpg

 

Ce livre en pierre, en réalité, est là pour signifier, pour rappeler aux vivants un devoir (je finis, hélas, par haïr l’expression « devoir de mémoire », figée, automatique, stéréotypée).

HEROUVILLETTE (CALVADOS, 14)

e60bd0e9bd2df0a99cd59ba34c38835e.jpg

L’intention des décideurs de 1920 était bonne en soi, et louable, certes. Mais c’est un moyen de se débarrasser de la tâche de reviviscence. GORGES BRASSENS, à sa façon faussement légère, l’a accomplie, quand il chantait : « Moi mon colon, celle que j’préfère, c’est la guerre de 14-18 ».

LE BURGAUD (HAUTE-GARONNE, 31)

bd9dae35bfbfcce79e57a903ea38684c.jpg

Le dessinateur JACQUES TARDI, lui aussi, a amplement contribué à faire vivre cette tragédie nationale, dans des œuvres où il ne s’est pas privé de dénoncer l’absurdité, la barbarie, la sauvagerie de cette guerre, mais aussi les saloperies dont se sont rendus coupables des chefs, des généraux qu’on peut considérer comme des criminels (offensives vouées à l’échec dès le départ (Chemin des Dames), peines de mort pour mutinerie, bombardement des tranchées françaises par l’artillerie française quand les hommes refusaient « d’y aller »). Il faut lire C’était la Guerre des tranchées, livre d’une force souvent insoutenable. Il faut lire La Véritable histoire du Soldat Inconnu, Varlot soldat, La Fleur au fusil.

MATHIEU (CALVADOS, 14)

283a2941118898d474b0705ad285aa37.jpg

Ceux-là sont d’authentiques livres, qui vous racontent la réalité putride, puante du quotidien des poilus dans les tranchées, et qui vous donnent enfin la véritable mesure de ce qu’on appela, ensuite seulement, l’héroïsme et la gloire des combattants.

NOINTEL (VAL-D’OISE, 95)

c49fba99b06ca6a1d2bbf5626b777c79.jpg

La promotion à toute force des combattants de 14-18 en glorieux héros avait, aux yeux des gouvernants, un but bien précis : éviter à tout prix ce qui leur foutait une pétoche d’enfer : que les soldats retournent leurs armes contre leurs chefs. On sait que certains capitaines sont morts « au feu », ce qu’on sait moins, c’est qu’ils ont parfois reçu la balle dans le dos.

PEYROUSE (HAUTES-PYRENEES, 65)

2666efdc1ebaf41864c01b0c9102f976.jpg

Le sentiment de mécontentement, voire de révolte, pour avoir été dissimulé autant que possible, n’en a pas moins parcouru, surtout à partir de 1916, les rangs de l’armée française, mais aussi allemande.

PONT-FARCY (CALVADOS, 14)

1e8f0ea64a321febab8650aef1ed8776.jpg

 

Ce qu’on ne dit pas trop, c’est que l’ordre social ne fut pas loin de vaciller. Le monument aux morts pourrait être considéré, sans trop déformer la réalité, comme le signe visible d’une volonté politique de restauration de cet ordre.

RICAUD (HAUTES-PYRENEES, 65)

719a541290834ca129948bf7ad91e8e0.jpg

A cet égard, le LIVRE qui figure sur quelques monuments pourrait signer le désir des pouvoirs en place de réécrire l’histoire, un peu comme, plus tard, GEORGE ORWELL l’imaginera dans 1984 : rien de tel qu’une bonne réécriture du passé pour anesthésier les consciences.

SERON (HAUTES-PYRENEES, 65)

38550fcf6d84098875dd415963cc03b8.jpg

Heureusement, ce qui reste, ce qui ne peut pas passer, ce sont les NOMS DES MORTS, inscrits indélébiles dans la pierre des monuments.

TOUQUES (CALVADOS, 14) et VAINS (MANCHE, 50)

9b5f2a9c78031aa1c0a56f5efaaf7575.jpgbd6ded0067b8f675d306f98a456ff30e.jpg

Ecrire un commentaire