30.09.2007
66 - LA FEMME ET L'ENFANT


Je ne vais pas vous embêter avec la psychanalyse mais, soit dit grosso modo et rapidement, dans la tête de l’enfant, la place du père dépend de ce qu’en dit la mère. Autrement dit, si la mère accepte de ne pas être TOUT pour son fils (on l’espère pour lui, d’ailleurs), alors le père a une chance d’exister. Sinon, celui-ci a du pain sur la planche pour jouer vraiment son rôle. Autrement dit : c’est mal parti.




L’après-guerre, en 1918 et ensuite, a été pour les pères disparus une période singulière : ils ne sont plus là, mais ils se mettent à exister presque mieux et davantage aux yeux de leurs enfants en général, de leurs fils en particulier, que si nulle guerre n’était venue les interrompre, les éteindre, les effacer du tableau.



J’ai déjà parlé de l’enfant du monument aux morts (voir ma note 59) lorsqu’il est seul. Beaucoup plus souvent, cependant, il est amené sur le lieu du souvenir par sa mère. Je dis « il », parce que c’est presque toujours un garçon. C’est une scène du devoir : maman fait vivre papa dans l’esprit du gamin et lui dit : « Souviens-toi ».


Il y a quelques croix, dont une en particulier se détache. Il y a souvent un casque de poilu, soit sur la croix, soit sur le sol. La mère ou l’enfant apporte un bouquet au souvenir de celui qui n’est plus, parfois une couronne de lauriers. La mère pointe parfois le doigt vers la phrase à retenir : « Pro patria », « Souviens-toi », ou alors vers la liste des noms des morts, avec au milieu celui du disparu qui compte spécialement. A GUEMENE-SUR-SCORFF, sa main tire un rideau dont les anneaux glissent sur la tringle, dévoilant la liste des noms que le rideau dissimulait.



Et dieu sait qu’il y en a des noms, où que ce soit en France. Trop, c’est trop. On n’a pas été assez TERRIFIÉ par la guerre de 1914-1918 : l’idéologie nationale et nationaliste est sortie intacte, rajeunie, revigorée, de ce petit échange de coups de canon, de ces démonstrations quotidiennes d’actes individuels d’héroïsme. Ceux qui mouraient n’ont rien dit, ceux qui survivaient n’ont rien pu dire, ceux qui n’ont pas combattu ont littéralement bouffé l’espace médiatique, déblatérant un discours de gloire et de haine qui fabriquait des héros par millions pour les faire taire, les héros.



Si les morts sont des héros, alors, s’ils étaient pères, ils sont l’idéal. Il y a une sorte de religion qui s’installe et qui règne, après 1918, pour FAIRE TAIRE. Qu’est devenue l’image du père, entre 1914 et 1918 ? Allez voir ma note 60 (la femme secourt le poilu blessé). En 1987, Michel Henry publiait un livre : La Barbarie. Cela fait vingt ans.



Comme le dit Jean-Claude MICHEA, à la toute fin de son minuscule et formidable bouquin L’Enseignement de l’ignorance : « A quels enfants laisserons-nous notre monde ? » (et non, comme on nous en rebat les oreilles : « Quel monde laisserons-nous à nos enfants ? »). Oui, à quoi sert de montrer aux garçons nés en 1910 (mon père est né en 1913) les noms des morts gravés dans la pierre, ou plutôt : à quoi ça a servi ? Alors je me pose la question : « A quoi sert le monument aux morts ? ». C’est affreux.



Heureusement, il y a des consolations. On les prend où on peut. D’abord, il y a la curiosité vestimentaire : je n’en ai pas parlé jusqu’à maintenant, mais les femmes et les enfants des monuments aux morts sont habillés « de leur temps ». Je ne suis pas sûr que l’on puisse à partir de là faire une histoire du vêtement dans les années 1920, mais ça donne des indices. Ensuite, en suivant ce thème, on rencontre le monument d’EQUEURDREVILLE, vous savez, celui qui ose déclarer : « QUE MAUDITE SOIT LA GUERRE ». Il y en a douze (12) en France, sur les 17.000 dont j’ai collecté les photos.


10:00 Publié dans Monuments aux morts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Femme, Enfant, Guerre 14-18, Histoire, France, Commémoration, Monuments aux morts



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