29.11.2007

BD 1 - CORTO MALTESE

BD 1 – CORTO

C’est mon jeune frangin Pierre qui était abonné à Pif Gadget, mais il ne s’est pas rendu compte de la chance qu’il avait. En effet, c’est dans Pif Gadget qu’a été publié le premier épisode en français de CORTO MALTESE, dessiné par HUGO PRATT. C’est là que j’ai découvert avec passion les grandes aventures de mer de ce personnage hors du commun, très longtemps avant qu’il soit devenu un vulgaire « produit dérivé » inondant le marché de ses panneaux muraux, de ses figurines et autres babioles et bricoles. J’aurais bien dû lui piquer les numéros intéressants, avant qu’il ne finisse par jeter à la poubelle toute la collection, quand il s’est cru devenu adulte, alors qu’il était seulement devenu sérieux, ce qui est encore plus grave.

 

 

Hugo Pratt fut d’abord un conteur, mais il fut également assez habile à entretenir le flou sur son existence et à en exploiter les aléas biographiques pour créer une sorte de parenté imaginaire entre lui-même et son invention principale : Corto Maltese. Lui-même, en quelque sorte, est devenu un personnage de roman. Je vous le dis tout de suite : la personne de Pratt ne m’a jamais intéressé. Ce qui compte, c’est ce qu’il a laissé. J’ai lu ensuite Fort Wheeling, Les Scorpions du désert, Sergent Kirk. J’ai même acheté en 1977, chez ADRIENNE, dans son obscur magasin de la rue du Petit David, la version en sérigraphie de Capitaine Cormorant, œuvre sublime qui ronronne encore dans mon souvenir. Elle vendait ça 150 francs, ce qui était une somme, à l’époque, mais c’était tellement beau. Le même jour, je lui avais aussi pris Una Ballata del mare salato, autrement dit La Ballade de la mer salée, mais en italien, avec des couleurs à la con. Heureusement, j’avais déjà l’édition originale en français.

 

 

L’art de Hugo Pratt, c’est l’art de l’ellipse. Ne pas tout dire. Laisser l’esprit du lecteur faire le lien entre deux vignettes, ou bien entre ce qu’il voit et ce qu’il sait (les ravitailleurs de charbon pendant la première guerre mondiale dans le Pacifique, par exemple). Laisser le lecteur ignorer des tas de choses des personnages principaux, tout en laissant supposer des tas de choses, à propos du Professeur Steiner, par exemple. J’aime aussi la façon dont il mélange le réel et l’imaginaire (Merlin l’enchanteur et le sous-marin allemand, par exemple). CORTO MALTESE sait aussi se lier d’amitié avec des êtres fidèles (révolutionnaires irlandais (« nous seuls »), Cush l’Africain, …) ; entretenir avec des femmes fascinantes des relations uniques (« Pourquoi les femmes qui m’intéressent sont-elles toujours de l’autre côté ? », se demande-t-il) : Venexiana Stevenson (« Connaissez-vous cet air de Benedetto Marcello ? ») et d’autres ; se rappeler au bon souvenir du « Commissaire aux nationalités » Joseph Vissarionovitch Djougachvili, plus connu sous le nom de STALINE ; entretenir l’éternelle brouille avec RASPOUTINE ; conduire avec TIR FIXE l’attaque contre un colonel esclavagiste ; utiliser l’influence du vieux bandit américain, Sundance Kid, réfugié en Argentine, pour honorer une promesse ; retrouver la « Clavicule de Salomon » dans la cachette vénitienne ou elle attendait depuis si longtemps ; côtoyer des sociétés secrètes comme les triades chinoises (Changaï Li) ; séduire une princesse russe (« Cortouchka » dit-elle en mourant dans ses bras) ; impressionner le baron Von Ungern Sternberg, et tout ça, et tout le reste. Je cite tout cela de mémoire et dans le désordre. C'est pour vous dire si ça m'a imprégné.

 

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