04.12.2007

MUSIQUE 16 - QUATUOR OPUS 132

16 – « QUATUOR EN LA MINEUR,  OPUS 132 » (1)

 

C’est le quinzième quatuor de LUDWIG VAN BEETHOVEN. Je le connaissais depuis fort longtemps, dans la version du Quatuor JUILLIARD (qui doit dater des années 1970) en disques vinyle. Enfin, je l’avais entendu, je ne l’avais pas encore écouté. Je devrais dire : je n’y étais pas encore entré. Un seul autre compositeur a fait du quatuor à cordes un pareil objet de cheminement personnel tout au long de sa vie : BELA BARTOK. Lui, il n’en a fait que six, mais l’évolution est impressionnante, et l’écoute toujours aussi éprouvante, oui, vous avez bien lu : éprouvante.

Des quatuors qui vous font passer un moment agréable, vous en avec des dizaines. Certains semblent être des exercices de composition au sortir de l’école, du genre composition trimestrielle notée par le maître, même s’il y a quelque chose d’intéressant, de l’idée. Il y en a encore pas mal, et il ne faut pas mépriser. Des quatuors qui éveillent en vous des émotions, je veux dire de l’émotion musicale, il y en a déjà moins. Bon, il faut faire attention : je n’ai guère entendu de mauvais quatuor à cordes : ils sont tous bien faits, bien composés. Mais l’émotion musicale n’est pas souvent au rendez-vous, sauf exception. Je pense à un quatuor de CAMILLE SAINT-SAËNS, par exemple, qui « servait de musique » dans je ne sais plus quel film. Mais là, l’émotion est impure, comme l’utilisation du mouvement lent du deuxième trio de SCHUBERT dans Barry Lindon.

Vous avez aussi les quatuors que vous écoutez poliment, parce que vous reconnaissez que c’est bien fichu, et puis boum, tout à coup, voilà le passage qui vous saisit. Je pense, entre autres, à un certain nombre de mouvements lents, à commencer par l’opus 76 n° 3 de JOSEPH HAYDN, mais là, c’est contaminé par l’hymne national allemand, même si l’impression reste forte. Je pense à la « Sentimental Saraband » du quatuor Simple Symphony, de BENJAMIN BRITTEN. Je pense au « Notturno » du deuxième quatuor d’ALEXANDRE BORODINE. Je pense enfin à l’opus 96 d’ANTON DVORAK. J’arrête l’énumération. Vous avez compris qu’il s’agit alors d’un moment dans un ensemble, jamais de la totalité de l’œuvre. Celle-ci s’impose à vous lors d’un concert, par exemple, mais plus difficilement à l’écoute du disque.

En musique, en général, et dans le quatuor à cordes en particulier, il se passe la même chose qu’en littérature : l’auteur veut-il plaire à son destinataire ? Ou bien écrit-il sous une dictée intérieure (vous savez : « l’inspiration ») ? Il y a de fortes chances pour que l’effort de séduction de l’un produira quelque chose de joli, parfaitement admis en société, mais qui, en flattant l’oreille, risque de rester à la surface. L’autre, désolé de le dire comme ça, il est âpre, il a des aspérités, il ne se laisse pas domestiquer facilement par l’oreille. Je pense à l’admirable mot que BEETHOVEN répliqua au violoniste, son ami, qui, à la tête de son propre ensemble, a créé plusieurs de ses quatuors à cordes, IGNAZ SCHUPPANZIGH. Celui-ci se plaignait de la difficulté d’exécution qu’il rencontrait. Beethoven se cabre sous le reproche : « Monsieur, croyez-vous que je me soucie de vos boyaux de chat quand l’esprit me visite ? ».

 A suivre dès demain.

Les commentaires sont fermés.