26.12.2007
NEFERTITI
NEFERTITI
La Salle aux professeurs bruit de maints racontars :
C’est la récréation de dix heures moins quart.
On se retrouve, on se salue, et l’on s’évite,
On joue des coudes dans la foule, et l’on s’invite
A consommer quelque breuvage à la machine
A café, dont la fente avide emmagasine,
Obole après obole, un magot conséquent.
Quand « monsieur Zanussi » lui ouvre l’abdoman,
Chacun piaffe alentour, chacun râle, il est tard,
Presque temps de retourner causer aux braillards.
« Tu boiras ton potage une autre fois, Roland.
– Penses -tu ! S’il le faut, je le prendrai, mon temps.
Tu n’imagines pas que je vais me gêner ! »
Ainsi va l’existence au sein de ce clapier.
Lapinette d’anglais, Lapino d’italien,
Lapino mécanique, Lapinette espingouin,
Le peuple lapinesque ronge sa férule,
Enguirlande sa cage, adorne sa cellule,
Divorce et se marie, arrive en nulle part
Quand il est jeune, ou bien attend son grand départ.
Dans ce grand verre d’eau, y a bien quelques tempêtes,
Mais un pet de lapin ? Autant vaut la trompette.
Pourtant, dans ce troupeau voué à s’avilir,
Quelque rongeur s’obstine à crier, à rugir,
A croire qu’on pourra changer le cours des choses,
Défendre un métier moribond, une cause
Sacrée, dévotement drapé dans son drapeau
– Rouge bien sûr, l’étoffe, et rouge le propos :
Cette lapine a du muscle dans le discours,
Elle est « en lutte », ou presque, au moins deux fois par jour,
Quelques braves instants, quelques fortes minutes,
Elle retrouve alors le goût de la dispute,
Dominée par sa voix à l’accent du sud-ouest.
Y croit-elle ? Jamais elle n’a tourné veste,
Il faut lui reconnaître enfin sa cohérence
Et sa constance, même si quelques engeances,
Aux mobiles obscurs, font mine de pointer,
Au nez de la rongeuse, un peu d’absurdité :
« Comment peux-tu souffler le vent de la révolte,
Toi qui, pour domicile, a choisi, désinvolte,
De t’implanter au cœur de ce quartier bourgeois ? »
NEFERTITI, car c’est son nom, persiste, et croit
Que sont bonnes en soi, toujours, les intentions.
Peut lui chaut de passer, dans ses déclarations,
Donc, d’un avis certain à son exact contraire,
De la jubilation d’avoir terrassé, hier,
Le chef du syndicat, qui régnait en tyran,
A la supplication à deux genoux rampants,
Pour qu’il revienne, oh oui, à cette même place.
Mais ce qui, chez une autre, passerait pour putasse,
Prend chez elle des airs de sanctification,
Tant sa sincérité ne souffre pas soupçon,
Même si, dans son dos, Nostra Dama, parfois,
Laisse parfois comprendre, autant que Regina,
Ses « meilleurs amies », que sa tête brouillée
Donne parfois des signes d’instabilité.
Laissons donc aux méchants le soin de cancaner,
Et gardons, quant à nous, au nom des Pyrénées,
Notre estime sans faille, et sans charivari,
Notre reconnaissance à la NEFERTITI.
10:00 Publié dans Figures remarquables | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Néfertiti, Professeurs, Littérature, Enseignement, Lycée, Humour, Satire



Commentaires
Que faut-il penser du choix de cette fameuse reine d'Egypte ? Voulez-vous mettre l'accent sur la grandeur de la dame ou sur son âge avancé qui la précipite tête la première vers les cachots de la retraite ? Il y a là un point obscur qui me chatouille la narine. (Et m'oblige, bien sûr, à me gratter le nez.)
Ecrit par : Bandelette moisie | 27.12.2007
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