27.12.2007

HATCHEPSOUT

HATCHEPSOUT

 

 

La salle aux professeurs est toute dans son lustre,

 

Pleine d’un peuple affable et courtois, pas des rustres,

 

Mais des gens distingués, raffinés, cultivés,

 

Des individus chics, pleins de noblesse nés,

 

Dont la conversation, les propos spirituels,

 

Rappellent les salons de ce siècle immortel

 

Où les plus grands esprits du temps, tous les artistes

 

(Peintres, poètes, dramaturges, violonistes)

 

Rivalisaient de grâce et d’esprit esthétique.

 

Les enseignants de notre temps, c’est très logique,

 

En peuple fier, en héritiers de la Culture,

 

Perpétuent sans faillir cette littérature

 

Dont le monde civilisé, avec aisance,

 

S’est imbibé comme d’un lait plein d’élégance.

 

– Roland, que me dis-tu, que je fais fausse route ?

 

Ce peuple serait mort, sa culture en déroute ?

 

Je ne veux pas le croire. Mon siècle des Lumières

 

Flamboie de tous ses feux dans mon cœur qui vénère

 

L’universel rayonnement du Philosophe.

 

D’après ton dire, ils ne seraient que des sous-offs ?

 

Des ventres mous ? Des ignorants ? De basses brutes ?

 

La barbarie assiégerait nos belles huttes ?

 

Ce n’est donc pas la Science qui les ferait vivre,

 

Mais la routine vide et l’effort de survivre ?

 

Autant de citoyens en béret, charentaise,

 

Baguette sous le bras, bouteille beaujolaise,

 

Autant d’êtres frileux, protégés du dehors,

 

Faibles d’humanité, et contents de leur sort ?

 

Ainsi donc tout s’explique, c’est donc cette mâchoire,

 

Que dedans cette étable, j’entends, masticatoire,

 

Remâcher, ruminer, devant son râtelier ?

 

Ce regard asinien, ce torse timoré,

 

Ce pas prudent, presque inqui-et, cette réserve,

 

C’est donc le corps professoral, cette âme serve ?

 

Il est donc naturel que, dans tout ce bétail,

 

HATCHEPSOUT ait sa place, en bon épouvantail.

 

Hatchepsout est épaisse, qu’on se le redise.

 

Ses contours sont taillés à la hache, et sa mise,

 

Jamais trop recherchée, inaperçue, se tient

 

– on n’est jamais si bien trahi que par les siens –

 

Dans l’abri d’une réfléchie banalité.

 

Son beau regard d’une exquise bovinité

 

Surmonte un menton double, un nez de sommelier,

 

Aux narines profuses, au port bien singulier.

 

Sa taille ayant rejoint le diamètre des hanches,

 

Elle accompagnerait Quichotte en digne Sanche.

 

Pourtant, pour le prix d’un, elle s’en offre deux :

 

Si Attila domine, Ajax est moins fougueux :

 

Dans l’attelage, il suit, en soufflant, les deux bœufs.

 

Hatchepsout, c’est aussi une voix de stentor,

 

Un peu grave et râpée, qui s’élance au-dehors,

 

La belle voix des harengères, des mégères,

 

Avant qu’elles ne cessent, las, à la légère,

 

De jurer tout leur soûl, tressant des mots fleuris

 

En guirlandes populacières. Hatchepsout,

 

Avant l’attelage Attila, traçait sa route,

 

Oh ! Peu de temps, en compagnie de cégétistes

 

Légers, velléitaires, puis changea de piste,

 

Subjuguée par l’aura de ses deux Espagnols.

 

Au charisme de l’un, moderne Rivarol,

 

Vrai Percheron de l’écurie professorale,

 

Elle attela sa bête, pour laisser son féal

 

Serviteur frotter contre son cuir aguerri

 

L’ardeur obéissante et le museau poli.

 

Ainsi va le cheptel, l’Eduquant National,

 

Figure du Régrès d’un brillant Idéal

 

Auquel certains ont cru, mais que, pour la plupart,

 

Les animaux de cette Ferme (l’Abattoir,

 

S’il faut être sincère) ont désormais noyé

 

Sous leurs sanies, leur fiente, putride diarrhée.

 

 

Idéal compissé, aspiration moisie,

 

Statue du Commandeur puante et refroidie,

 

Toi, bateau ivre-mort, perdu dans ce désert,

 

Reviendrez-vous un jour de la « longue misère » ?

 

Commentaires

Quand je pense vous fûtes invité chez Hach...machine et moi chez Ammoniaque, je trouve que non seulement nous ne sommes pas charitables mais qu'en plus, nous sommes méchant ET ingrats. Mais nous assumons. A quand Isis, la rassembleuse de cadavres ?

Ecrit par : Pyramide déglingue | 27.12.2007

Hatchetpsout ! Et en plus on dirait qu'on éternue. A vos souhaits !

Ecrit par : Toutencamion | 27.12.2007

Ecrire un commentaire