29.12.2007

NOCTURNE

18 – NOCTURNE OPUS 48 n° 1

Le cliché volontiers transmis par l’histoire fait de FREDERIC CHOPIN un enfant souffreteux, un homme au physique faible, au caractère tendre, facilement dominé par la mégère qui eut pour premier nom AURORE DUPIN, et qui finit avec le petit nom hommasse de GEORGE. On sait depuis longtemps qu’il n’en fut rien. S’il est bien mort de la phtisie (comme on disait alors), des témoins polonais qui le retrouvent à Paris après une longue absence le trouvent « vigoureux et bien portant ». Surtout, le pianiste a des mains d’acier. Ce n’est pas le romantique évanescent et vaguement efféminé. Il est bien possible que cette image persistante ait été propagée par GEORGE SAND elle-même, dont les besoins concrètement sensuels n’étaient pas, selon ses propres dires, comblés. Ce qui me rassure, c’est que, par ailleurs, je déteste les œuvres de « La Dame de NOHANT ». Mais qu’elle puisse reprocher à un génie du piano une virilité trop anémique pour satisfaire ses besoins sexuels, alors là, non. Disons donc que George Sand a chaud au cul, et que les volumes qu’elle a pondus sont envasés dans les sables du temps, quand les œuvres de FREDERIC CHOPIN scintillent encore au firmament de l’art. Il y a une justice.

 

 

L’opus 48 n° 1 est l’un des 19 « Nocturnes » qu’il a écrits tout au long de sa vie. Il commence et finit en do mineur, et ces deux séquences en encadrent une troisième qui, elle, est écrite en majeur. Je ne sais pas si cette remarque vous dit quelque chose, mais c’est là, précisément, que se situe le miracle, exactement à la fin de la première séquence, au moment où intervient le thème central, dans le majeur, qui interrompt le chant assez doux, certains diront plaintif, du thème initial. Quel dommage que les mots soient incapables de faire entendre la magie de ce passage ! Mais en même temps, c’est le privilège des sons musicaux d’être totalement étrangers à l’univers des mots, c’est-à-dire à l’univers des significations. C’est d’ailleurs peut-être pour cela que j’y suis tellement sensible : un monde d’avant le sens, c’est d’un autre sens qu’il s’agit, une sensualité, pour tout dire, ou bien alors la sensation, c’est l’univers des impressions, éminemment primitif, et protégé de ce fait même de la bêtise, qui commence, on ne le dit pas assez, en même temps que le langage.

 

 

Le thème initial est comme une eau douce qui s’écoule entre des pierres couvertes d’une mousse mince. C’est un sous-bois. Le promeneur écoute un souffle qui passe entre les feuilles, observe les rais de lumière qui traversent le couvert végétal, respire l’ombre odorante. Le genre même d’occupation agréable qu’offre un moment d’oisiveté, un moment mineur. Tout d’un coup, il se passe quelque chose, quelque chose a changé. Est-ce le paysage ? Est-ce la nature ? Non : ce n’est que le regard du promeneur, je veux dire le monde intérieur du promeneur, fait d’un énorme désespoir, qui vient un instant submerger la belle paix, la trop tranquille paix des lieux. Cela, c’est en majeur : c’est du tragique en plein dans la matière, que les deux mains sur le piano précipitent en phrases ascendantes. SAMSON FRANCOIS est le promeneur idéal de cet itinéraire, restituant avec une force inégalée la noire intensité de ce centre qui ne supporte plus qu’on le caresse, qu’on le rassure, qu’on lui dise que tout va bien, et qui saisit quelque chose du sublime et du terrible éclatement de l’existence humaine, et qui pousse vers le ciel un cri rageur, comme un « pourquoi ? » auquel il ne sera jamais répondu. Et pourtant, la vie continue, la promenade aussi reprend, rien n’a changé, mais tout est différent. Un monde entier est suggéré. L’auditeur reste avec si peu de choses à savoir, mais une si forte impression d’avoir touché la vérité, quelque chose d’impossible à formuler avec des mots du langage.

C'est le "Nocturne" n° 13.

Commentaires

Je vous trouve un peu dur avec la Sand, cher maître. Bon, les romans champêtres sont assez cucul, il faut bien le dire (encore que j'aime bien "La Petite Fadette") et un certain nombre d'autres volumes chiants comme la mort. Mais honnêtement, j'ai adoré "Consuelo". C'est du grand roman feuilleton, dans la plus pure tradition du XIXème, avec héroïne émouvante MAIS ayant du caractère, des complots, des intrigues, des enlèvements, etc... Bref, je n'ai pas pu le lâcher une fois ouvert.

Ecrit par : Le méchant gone de la rive gauche | 29.12.2007

Sans compter "les maîtres sonneurs...".

Ecrit par : solko | 29.12.2007

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