30.12.2007
TUEURS D'ECOLE 7 - ELOGE DE LILIANE LURCAT
TUEURS D’ECOLE – 7
L’imposture démasquée des « sciences » de l’éducation : le travail de LILIANE LURCAT.
On ne dira pas qu’on ne savait pas : on a identifié depuis belle lurette les auteurs de La Destruction de l’enseignement élémentaire (et ses penseurs) (Editions François Xavier de Guibert, 1998). Sur Liliane Lurçat, en quatrième de couverture : « Enseignante et chercheur au CNRS, Liliane Lurçat est docteur en psychologie et docteur ès Lettres. Elle a mené des recherches dans des écoles maternelles et primaires de Paris et de la banlieue, durant toute sa carrière ». Austère, non ? Ben oui, austère, mais le sujet ne se prête pas à la franche rigolade.
Qu’est-ce qu’elle lui reproche, à l’école, Liliane Lurçat ? En gros, elle le dit dès la page 9 : « Fatalité scolaire trop souvent due aux lourdeurs institutionnelles, parfois aussi à l’indifférence, mais aussi, et de plus en plus, à l’esprit de système qui envahit la pratique pédagogique, engendrant une bureaucratisation de l’école ». Et encore : « L’étalement des apprentissages sur de longues années, l’absence de rigueur dans la transmission des automatismes de base, mettent un nombre de plus en plus grand d’enfants en situation d’échec. L’échec se généralise, au point que dans les Centres Médico-Psycho-Pédagogiques, on se plaint de devoir rééduquer des enfants intelligents, que l’école casse par des méthodes aberrantes ».
Je retiens l’expression « automatismes de base », qu’employait déjà il y a des lustres mon professeur d’allemand au Lycée A., M. Z. Expression aujourd’hui inacceptable aux yeux des pontes du ministère et de l’INRP. Trop simple, trop direct. Pas assez conceptuel, pas assez pensé, pas assez filtré dans le tamis de la théorie et de la phraséologie. On a toujours dit que lorsqu’il y a une nouvelle « chose », on a besoin d’un nouveau « mot ». Là, c’est l’inverse : on invente de nouveaux mots et expressions, on renouvelle à tout va le langage, et tout ça, pour faire croire que les choses sont nouvelles. GROS MENSONGE. Voyez ma note « Tueurs d’école – 3 ». Aujourd’hui, on parle des « fondamentaux » (sous entendu, du moins j’espère, lire, écrire, compter). On rigole ou quoi ? En quoi ces « fondamentaux » diffèrent-ils des « automatismes de base » de l’ancien temps ?
XAVIER DARCOS, ministre de la défunte « Education Nationale », vient d’annoncer qu’on allait dorénavant, à l’école primaire, enseigner l’histoire de l’art, tout ça parce que son pote ROSENBERG, ancien président du Louvre, lui a dit : « C’est quand même aberrant : on apprend à lire aux enfants, on ne leur apprend pas à voir ». D’abord, espèce de plouc, on ne parle pas de ce qu’on ne connaît pas : c’est tout simplement FAUX. Ensuite, est-ce que ça fait partie des « fondamentaux » ? En primaire, il me semble, les gamins souffrent surtout de l’éclatement de l’enseignement, d’une foule d’interventions extérieures où l’action de l’instituteur (pardon, du professeur des écoles, voyez, encore une trouvaille) se dilue et devient fantomatique. L’attention des enfants se disperse, car c’est à l’école, à présent, qu’il apprend à ZAPPER : même plus besoin de la télévision pour ne rien apprendre sérieusement. L’école actuelle, contrairement à celle d’autrefois, « comporte beaucoup plus d’activités non spécifiquement scolaires, comme le sport, les sorties culturelles, les visites de musée, les classes de nature. L’exigence scolaire se dilue dans la diversité des activités, la distinction entre ce qui est important de ce qui l’est moins n’est plus aussi évidente. Le divertissement est entré dans l’école avec le tiers-temps pédagogique ».
Je retiens aussi la formule : « L’échec se généralise ». Ben oui, c’est mécanique, mon frère : quand tu veux faire tenir un œuf sur la pointe, forcément, il roule, à moins de t’appeler Christophe Colomb.
Ce que LILIANE LURCAT pointe d’emblée, c’est que les TUEURS D’ECOLE ont un pouvoir de nuisance, tout simplement parce qu’ils ont LE POUVOIR, c’est eux qui sont au pouvoir, juste en amont des décisions qui seront prises. Elle leur reproche de NIER le « rôle de la transmission des connaissances dans l’apprentissage des enfants ». De limiter « le temps consacré aux apprentissages de base ». « On a réduit de manière significative le temps consacré autrefois aux exercices permettant, par leur répétition, d’installer les automatismes de base ». Vous entendez déjà fulminer le tueur d’école : « Elle va pas arrêter de nous les briser menu, avec ses automatismes » ? ». Le mot qui l’a fâché ? « Répétition ». Aujourd’hui, place à la fluidité, à l’avancée permanente. Il faut se changer les idées.
Elle reproche encore aux tueurs d’école de formater celle-ci selon des stéréotypes d’ordre IDEOLOGIQUE, qui permettent à l’école de se défausser de toute responsabilité dans l’échec, faisant porter celle-ci sur les individus eux-mêmes, autrement dit des raisons d’ordre sociologique et médical. Elle leur reproche le concept de « recherche-action », c’est-à-dire la mise en place effective, avant toute évaluation et toute comparaison, d’une réforme, à titre expérimental, dans la réalité, sans penser que, si la réforme se révèle mauvaise et qu’on l’abandonne, les dégâts qu’elle aura commis seront, eux, bien réels.
Bref, je ne vais pas recopier ce livre indispensable et effrayant, dans lequel LILIANE LURCAT démonte calmement et méthodiquement la façon dont l’aberration est devenue toute-puissante au sein de ce que les optimistes appellent encore le « système éducatif » à la française, vous savez, celui que le monde entier nous envie. Il peut y avoir des savants fous (voir, entre autres, Le Professeur Nimbus, et surtout le SAVANT COSINUS (l’immortel inventeur de l’anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparaclou-cycle imaginé par CHRISTOPHE). Mais ces gens-là sont totalement inoffensifs, aussi longtemps qu’ils ne détiennent aucune parcelle de pouvoir. Cet heureux temps n’est plus. Voici venu le temps des DOCTEUR FOLAMOUR de l’éducation et de la culture. Ce sont de vulgaires criminels de l’esprit. J’ai la haine, mon frère.
Liliane Lurçat aggrave son cas avec Vers une Ecole totalitaire ? L'enfance massifiée à l'école et dans la société. Editions François-Xavier de Guibert, 1998.
08:00 Publié dans Tueurs d'école | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Enseignement, Pédagogie, Ecole, Réforme, Littérature



Commentaires
Cher maître, vous avez raison à cent pour cent et ce livre est à lire d'urgence. Mais une soudaine crise de lucidité m'oblige cependant à me demander à quoi sert d'écrire tout ça sur un blog ? A rien. Et c'est plutôt cela qui me met en colère : l'impuissance face à une machine qui écrase tout. Est-ce que ce sentiment d'impuissance totale n'explique pas certains actes ?....
Ecrit par : Je hais les politiques | 30.12.2007
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