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31.12.2007

EROS 10 - LECONS POUR BIEN FOUTRE

EROS 10 – LEÇONS POUR BIEN FOUTRE

Il semblera évident à bien des lecteurs, cet amer constat que je fais : le nom de ZORZI ALVISE BAFFO (1694-1768) ne dit rien à personne. L’une des raisons principales de l’ignorance profonde dans laquelle ce nom est plongé est peut-être le dialecte vénitien. L’auteur, dit GIORGIO BAFFO, s’exprimait ainsi, en effet, et je ne sais strictement rien du dialecte vénitien, obligé, comme tout un chacun, de me fier à un traducteur (Traduttore = traditore). Celui-ci se nomme A. Ribeaucourt. Ce nom ne me dit rien qui vaille, si je me fie au découpage « ribaud » et « court ». Ce jeu de mots est très mauvais, je sais, quoique inspiré par la lecture elle-même.

 

 

On foutra toujours

L’homme ayant un goupillon, et la femme un vase, il n’est pas étonnant que l’un le lui plonge jusqu’aux poils, et que l’autre le reçoive jusqu’où il peut aller, lorsqu’un même désir les anime tous deux.

Je ne suis étonné que d’une chose, c’est qu’il y ait encore des gens qui s’en étonnent ; car tant qu’existeront dans ce monde les instruments qui servent pour pisser, on s’en servira aussi pour foutre.

Ce jus délicieux qui jaillit d’un beau vit produit un excellent effet, et la matrice, dont il fait le bonheur, le nomme l’esprit consolateur.

C’est un baume, qui a toujours guéri les jeunes filles épuisées par les flueurs, blanches, jaunes, vertes, épaisses ou putrides ; et il guérirait les nonnes mieux que tout médecin, patriarche ou confesseur.

NB : je laisse le lecteur consulter le dictionnaire au sujet de « flueurs ».

 

 

Je ne sais pas dans quelle forme d’origine sont écrits les textes, mais j’imagine fort bien que ce sont des poèmes, sonnets ou madrigaux galants, parfois pornographiques. Derrière je ne sais plus quelle stèle exposée au Musée des Antiquités Gallo-Romaines de Lyon, est gravé un graffiti d’époque qu’on peut traduire : « Je ne baise pas, j’encule ». Les grottes peintes du paléolithique supérieur comportent elles-mêmes des dessins « osés ». Le pornographique a donc, selon moi, la légitimité du temps écoulé, écroulé, qui s’écoule à la façon d’humeurs diverses hors du corps humain, au cours d’activités qui, dirait ALEXANDRE VIALATTE, si sa pudeur l’osait, « remontent à la plus haute antiquité ».

 

 

Plaisir de décharger dans la bouche

J’ai essayé différentes manières pour bien jouir d’une femme : tantôt je l’ai fait monter sur mon ventre, tantôt je me suis mis sur le sien.

Parfois je le lui ai mis dans le cul, et j’ai trouvé que c’était un excellent ragoût ; puis, selon l’usage de certains peuples, je l’ai foutue en mettant ses jambes sur mes épaules.

Je l’ai placée habillée sur un lit, ou debout et toute nue ; je le lui ai mis dans le con pendant qu’elle marchait à petits pas, et j’ai déchargé entre ses tétons.

De tous ces plaisirs, celui auquel j’ai trouvé le plus de charme, c’est de lui faire prendre mon vit dans la bouche.

 

 

Je me rallie à la classique distinction entre l’érotisme, où le représenté voudrait éveiller au désir, et la pornographie, qui se contente de montrer l’acte, encore que le désir des uns puisse s’éveiller où commence l’acte des autres, et taratatsoin. Il y a du sexe depuis que l’homme a une conscience. L’animal oublie dans l’instant même de l’instinct sexuel l’intérêt que peut avoir la chose. L’homme ajoute à l’instinct la mémoire, ce qui le pousse à peindre et désirer encore, y compris et surtout dans l’absence de « chose » à désirer. L’écran rupestre du « sapiens » n’est guère différent du nôtre, le cinéma en moins (mais est-ce bien sûr ?).

 

 

Plaisirs nocturnes d’une femme

Cette nuit, j’ai eu un plaisir fou, et je ne me suis jamais tant amusée, ce que vous comprendrez quand vous saurez que je l’ai passée entre un prélat et un bardache.

Figurez-vous que nous avons fait tant de folies, et que nous les avons recommencées si souvent que cela a duré jusqu’au jour.

J’étais entre eux, comme je vous l’ai dit, et pendant que le bardache m’enfilait par devant, le prélat me le mettait par derrière.

Ensuite le bardache se mettait à ma place et, pendant qu’il me foutait, le prélat l’enculait ;

Et ainsi de suite ; mais j’ai remarqué que le prélat ne me l’a jamais mis dans le con.

NB : je laisse le lecteur consulter le dictionnaire au sujet de "bardache".

 

Il y a beaucoup à regretter à ne pas connaître le dialecte vénitien : impression d’un aplatissement, forcément. J’ai envie de croire qu’en langue originale, c’est plus spirituel, plus joli, plus drôle. Et puis autre chose : l’auteur ose appeler ça « leçons » ? Franchement, je ne sais pas vous, mais moi, je n’apprends pas grand-chose, on peut même dire : si peu que rien. Tout au plus peut-on y voir des incitations, des exhortations, ce qu’on ne saurait, au demeurant, reprocher à qui que ce soit, vous serez évidemment d’accord.

 

30.12.2007

TUEURS D'ECOLE 7 - ELOGE DE LILIANE LURCAT

TUEURS D’ECOLE – 7

 

L’imposture démasquée des « sciences » de l’éducation : le travail de LILIANE LURCAT.

 

On ne dira pas qu’on ne savait pas : on a identifié depuis belle lurette les auteurs de La Destruction de l’enseignement élémentaire (et ses penseurs) (Editions François Xavier de Guibert, 1998). Sur Liliane Lurçat, en quatrième de couverture : « Enseignante et chercheur au CNRS, Liliane Lurçat est docteur en psychologie et docteur ès Lettres. Elle a mené des recherches dans des écoles maternelles et primaires de Paris et de la banlieue, durant toute sa carrière ». Austère, non ? Ben oui, austère, mais le sujet ne se prête pas à la franche rigolade.

 

Qu’est-ce qu’elle lui reproche, à l’école, Liliane Lurçat ? En gros, elle le dit dès la page 9 : « Fatalité scolaire trop souvent due aux lourdeurs institutionnelles, parfois aussi à l’indifférence, mais aussi, et de plus en plus, à l’esprit de système qui envahit la pratique pédagogique, engendrant une bureaucratisation de l’école ». Et encore : « L’étalement des apprentissages sur de longues années, l’absence de rigueur dans la transmission des automatismes de base, mettent un nombre de plus en plus grand d’enfants en situation d’échec. L’échec se généralise, au point que dans les Centres Médico-Psycho-Pédagogiques, on se plaint de devoir rééduquer des enfants intelligents, que l’école casse par des méthodes aberrantes ».

 

Je retiens l’expression « automatismes de base », qu’employait déjà il y a des lustres mon professeur d’allemand au Lycée A., M. Z. Expression aujourd’hui inacceptable aux yeux des pontes du ministère et de l’INRP. Trop simple, trop direct. Pas assez conceptuel, pas assez pensé, pas assez filtré dans le tamis de la théorie et de la phraséologie. On a toujours dit que lorsqu’il y a une nouvelle « chose », on a besoin d’un nouveau « mot ». Là, c’est l’inverse : on invente de nouveaux mots et expressions, on renouvelle à tout va le langage, et tout ça, pour faire croire que les choses sont nouvelles. GROS MENSONGE. Voyez ma note « Tueurs d’école – 3 ». Aujourd’hui, on parle des « fondamentaux » (sous entendu, du moins j’espère, lire, écrire, compter). On rigole ou quoi ? En quoi ces « fondamentaux » diffèrent-ils des « automatismes de base » de l’ancien temps ?

 

XAVIER DARCOS, ministre de la défunte « Education Nationale », vient d’annoncer qu’on allait dorénavant, à l’école primaire, enseigner l’histoire de l’art, tout ça parce que son pote ROSENBERG, ancien président du Louvre, lui a dit : « C’est quand même aberrant : on apprend à lire aux enfants, on ne leur apprend pas à voir ». D’abord, espèce de plouc, on ne parle pas de ce qu’on ne connaît pas : c’est tout simplement FAUX. Ensuite, est-ce que ça fait partie des « fondamentaux » ? En primaire, il me semble, les gamins souffrent surtout de l’éclatement de l’enseignement, d’une foule d’interventions extérieures où l’action de l’instituteur (pardon, du professeur des écoles, voyez, encore une trouvaille) se dilue et devient fantomatique. L’attention des enfants se disperse, car c’est à l’école, à présent, qu’il apprend à ZAPPER : même plus besoin de la télévision pour ne rien apprendre sérieusement. L’école actuelle, contrairement à celle d’autrefois, « comporte beaucoup plus d’activités non spécifiquement scolaires, comme le sport, les sorties culturelles, les visites de musée, les classes de nature. L’exigence scolaire se dilue dans la diversité des activités, la distinction entre ce qui est important de ce qui l’est moins n’est plus aussi évidente. Le divertissement est entré dans l’école avec le tiers-temps pédagogique ».

 

Je retiens aussi la formule : « L’échec se généralise ». Ben oui, c’est mécanique, mon frère : quand tu veux faire tenir un œuf sur la pointe, forcément, il roule, à moins de t’appeler Christophe Colomb.  

 

Ce que LILIANE LURCAT pointe d’emblée, c’est que les TUEURS D’ECOLE ont un pouvoir de nuisance, tout simplement parce qu’ils ont LE POUVOIR, c’est eux qui sont au pouvoir, juste en amont des décisions qui seront prises. Elle leur reproche de NIER le « rôle de la transmission des connaissances dans l’apprentissage des enfants ». De limiter « le temps consacré aux apprentissages de base ». « On a réduit de manière significative le temps consacré autrefois aux exercices permettant, par leur répétition, d’installer les automatismes de base ». Vous entendez déjà fulminer le tueur d’école : « Elle va pas arrêter de nous les briser menu, avec ses automatismes » ? ». Le mot qui l’a fâché ? « Répétition ». Aujourd’hui, place à la fluidité, à l’avancée permanente. Il faut se changer les idées.

 

Elle reproche encore aux tueurs d’école de formater celle-ci selon des stéréotypes d’ordre IDEOLOGIQUE, qui permettent à l’école de se défausser de toute responsabilité dans l’échec, faisant porter celle-ci sur les individus eux-mêmes, autrement dit des raisons d’ordre sociologique et médical. Elle leur reproche le concept de « recherche-action », c’est-à-dire la mise en place effective, avant toute évaluation et toute comparaison, d’une réforme, à titre expérimental, dans la réalité, sans penser que, si la réforme se révèle mauvaise et qu’on l’abandonne, les dégâts qu’elle aura commis seront, eux, bien réels.

 

Bref, je ne vais pas recopier ce livre indispensable et effrayant, dans lequel LILIANE LURCAT démonte calmement et méthodiquement la façon dont l’aberration est devenue toute-puissante au sein de ce que les optimistes appellent encore le « système éducatif » à la française, vous savez, celui que le monde entier nous envie. Il peut y avoir des savants fous (voir, entre autres, Le Professeur Nimbus, et surtout le SAVANT COSINUS (l’immortel inventeur de l’anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparaclou-cycle imaginé par CHRISTOPHE). Mais ces gens-là sont totalement inoffensifs, aussi longtemps qu’ils ne détiennent aucune parcelle de pouvoir. Cet heureux temps n’est plus. Voici venu le temps des DOCTEUR FOLAMOUR de l’éducation et de la culture. Ce sont de vulgaires criminels de l’esprit. J’ai la haine, mon frère.

 

Liliane Lurçat aggrave son cas avec Vers une Ecole totalitaire ? L'enfance massifiée à l'école et dans la société. Editions François-Xavier de Guibert, 1998.

29.12.2007

NOCTURNE

18 – NOCTURNE OPUS 48 n° 1

Le cliché volontiers transmis par l’histoire fait de FREDERIC CHOPIN un enfant souffreteux, un homme au physique faible, au caractère tendre, facilement dominé par la mégère qui eut pour premier nom AURORE DUPIN, et qui finit avec le petit nom hommasse de GEORGE. On sait depuis longtemps qu’il n’en fut rien. S’il est bien mort de la phtisie (comme on disait alors), des témoins polonais qui le retrouvent à Paris après une longue absence le trouvent « vigoureux et bien portant ». Surtout, le pianiste a des mains d’acier. Ce n’est pas le romantique évanescent et vaguement efféminé. Il est bien possible que cette image persistante ait été propagée par GEORGE SAND elle-même, dont les besoins concrètement sensuels n’étaient pas, selon ses propres dires, comblés. Ce qui me rassure, c’est que, par ailleurs, je déteste les œuvres de « La Dame de NOHANT ». Mais qu’elle puisse reprocher à un génie du piano une virilité trop anémique pour satisfaire ses besoins sexuels, alors là, non. Disons donc que George Sand a chaud au cul, et que les volumes qu’elle a pondus sont envasés dans les sables du temps, quand les œuvres de FREDERIC CHOPIN scintillent encore au firmament de l’art. Il y a une justice.

 

 

L’opus 48 n° 1 est l’un des 19 « Nocturnes » qu’il a écrits tout au long de sa vie. Il commence et finit en do mineur, et ces deux séquences en encadrent une troisième qui, elle, est écrite en majeur. Je ne sais pas si cette remarque vous dit quelque chose, mais c’est là, précisément, que se situe le miracle, exactement à la fin de la première séquence, au moment où intervient le thème central, dans le majeur, qui interrompt le chant assez doux, certains diront plaintif, du thème initial. Quel dommage que les mots soient incapables de faire entendre la magie de ce passage ! Mais en même temps, c’est le privilège des sons musicaux d’être totalement étrangers à l’univers des mots, c’est-à-dire à l’univers des significations. C’est d’ailleurs peut-être pour cela que j’y suis tellement sensible : un monde d’avant le sens, c’est d’un autre sens qu’il s’agit, une sensualité, pour tout dire, ou bien alors la sensation, c’est l’univers des impressions, éminemment primitif, et protégé de ce fait même de la bêtise, qui commence, on ne le dit pas assez, en même temps que le langage.

 

 

Le thème initial est comme une eau douce qui s’écoule entre des pierres couvertes d’une mousse mince. C’est un sous-bois. Le promeneur écoute un souffle qui passe entre les feuilles, observe les rais de lumière qui traversent le couvert végétal, respire l’ombre odorante. Le genre même d’occupation agréable qu’offre un moment d’oisiveté, un moment mineur. Tout d’un coup, il se passe quelque chose, quelque chose a changé. Est-ce le paysage ? Est-ce la nature ? Non : ce n’est que le regard du promeneur, je veux dire le monde intérieur du promeneur, fait d’un énorme désespoir, qui vient un instant submerger la belle paix, la trop tranquille paix des lieux. Cela, c’est en majeur : c’est du tragique en plein dans la matière, que les deux mains sur le piano précipitent en phrases ascendantes. SAMSON FRANCOIS est le promeneur idéal de cet itinéraire, restituant avec une force inégalée la noire intensité de ce centre qui ne supporte plus qu’on le caresse, qu’on le rassure, qu’on lui dise que tout va bien, et qui saisit quelque chose du sublime et du terrible éclatement de l’existence humaine, et qui pousse vers le ciel un cri rageur, comme un « pourquoi ? » auquel il ne sera jamais répondu. Et pourtant, la vie continue, la promenade aussi reprend, rien n’a changé, mais tout est différent. Un monde entier est suggéré. L’auditeur reste avec si peu de choses à savoir, mais une si forte impression d’avoir touché la vérité, quelque chose d’impossible à formuler avec des mots du langage.

C'est le "Nocturne" n° 13.

28.12.2007

JACQUES CHAMBE

JACQUES CHAMBE – Les Rencontres de Jérôme Larivière, Editions JML, 1981 (Roman historique).

JACQUES CHAMBE a écrit bien des livres, dont d’estimables romans policiers qui auraient tenu une place honorable chez n’importe quel éditeur de littérature noire. La Morte du passage des cerisiers est un bon livre. Jacques Chambe est, il est vrai, davantage un conteur qu’un véritable écrivain. Il n’a d’ailleurs pas cette prétention. C’en est au point qu’il a détruit les manuscrits de tous ses romans policiers, passés par les flammes. Jacques Chambe a bien connu RENE CHAMBE, qui fut son mentor dans les choses de l’aviation, en particulier militaire, mais aussi dans la chose littéraire : Souvenirs de chasse pour Christian est sans doute le moins oublié de ses nombreux livres publiés. Mais sa robuste Histoire de l’aviation fit longtemps autorité.

 

 

Revenons à Jacques, qui aurait donc mérité un plus enviable destin éditorial, et dont le destin militaire aurait pu être plus brillant, avec un peu moins d’intransigeance sur l’honneur personnel. Les Rencontres de Jérôme Larivière met en scène, sur un fond historique un tant soit peu convenu (l’enquête secrète diligentée par Bonaparte pour retrouver le fameux Louis XVII), une époque où la voie sociale de chacun n’était pas tracée au départ. Ce qui fascine l’auteur, dans cette période éminente de la grande Histoire, c’est l’opportunité, pour un homme né pauvre et relégué, de se construire un bel « état », une place au soleil, pour peu qu’il ait de l’ambition, du talent, mais aussi de la chance et du caractère.

 

 

L’histoire débute en 1799. Le saute-ruisseau du célèbre chapelier Poupard doit livrer un chapeau au nouveau Premier Consul, en un temps où Bonaparte est encore impécunieux. Et ce sale gamin, qui n’est « rien dans le monde », a le culot de refuser au premier citoyen du pays son chapeau, au prétexte qu’il ne peut pas le payer à l’instant. Ce trait de caractère le fera entrer au service armé dudit Bonaparte, pour accomplir des missions qui réclament la plus grande discrétion. La première aura été de prendre sa place dans le lit d’une dame qui n’était pas sa légitime, mais les autres seront plus guerrières. Le récit est conduit avec bonhomie, sur un ton parfois un peu cérémonieux, mais qui sait garder un minimum de simplicité. L’humour affleure souvent. Ce livre sera le bon compagnon des deux heures que vous ne saviez pas à quoi consacrer : ça tombe bien.

 

27.12.2007

HATCHEPSOUT

HATCHEPSOUT

 

 

La salle aux professeurs est toute dans son lustre,

 

Pleine d’un peuple affable et courtois, pas des rustres,

 

Mais des gens distingués, raffinés, cultivés,

 

Des individus chics, pleins de noblesse nés,

 

Dont la conversation, les propos spirituels,

 

Rappellent les salons de ce siècle immortel

 

Où les plus grands esprits du temps, tous les artistes

 

(Peintres, poètes, dramaturges, violonistes)

 

Rivalisaient de grâce et d’esprit esthétique.

 

Les enseignants de notre temps, c’est très logique,

 

En peuple fier, en héritiers de la Culture,

 

Perpétuent sans faillir cette littérature

 

Dont le monde civilisé, avec aisance,

 

S’est imbibé comme d’un lait plein d’élégance.

 

– Roland, que me dis-tu, que je fais fausse route ?

 

Ce peuple serait mort, sa culture en déroute ?

 

Je ne veux pas le croire. Mon siècle des Lumières

 

Flamboie de tous ses feux dans mon cœur qui vénère

 

L’universel rayonnement du Philosophe.

 

D’après ton dire, ils ne seraient que des sous-offs ?

 

Des ventres mous ? Des ignorants ? De basses brutes ?

 

La barbarie assiégerait nos belles huttes ?

 

Ce n’est donc pas la Science qui les ferait vivre,

 

Mais la routine vide et l’effort de survivre ?

 

Autant de citoyens en béret, charentaise,

 

Baguette sous le bras, bouteille beaujolaise,

 

Autant d’êtres frileux, protégés du dehors,

 

Faibles d’humanité, et contents de leur sort ?

 

Ainsi donc tout s’explique, c’est donc cette mâchoire,

 

Que dedans cette étable, j’entends, masticatoire,

 

Remâcher, ruminer, devant son râtelier ?

 

Ce regard asinien, ce torse timoré,

 

Ce pas prudent, presque inqui-et, cette réserve,

 

C’est donc le corps professoral, cette âme serve ?

 

Il est donc naturel que, dans tout ce bétail,

 

HATCHEPSOUT ait sa place, en bon épouvantail.

 

Hatchepsout est épaisse, qu’on se le redise.

 

Ses contours sont taillés à la hache, et sa mise,

 

Jamais trop recherchée, inaperçue, se tient

 

– on n’est jamais si bien trahi que par les siens –

 

Dans l’abri d’une réfléchie banalité.

 

Son beau regard d’une exquise bovinité

 

Surmonte un menton double, un nez de sommelier,

 

Aux narines profuses, au port bien singulier.

 

Sa taille ayant rejoint le diamètre des hanches,

 

Elle accompagnerait Quichotte en digne Sanche.

 

Pourtant, pour le prix d’un, elle s’en offre deux :

 

Si Attila domine, Ajax est moins fougueux :

 

Dans l’attelage, il suit, en soufflant, les deux bœufs.

 

Hatchepsout, c’est aussi une voix de stentor,

 

Un peu grave et râpée, qui s’élance au-dehors,

 

La belle voix des harengères, des mégères,

 

Avant qu’elles ne cessent, las, à la légère,

 

De jurer tout leur soûl, tressant des mots fleuris

 

En guirlandes populacières. Hatchepsout,

 

Avant l’attelage Attila, traçait sa route,

 

Oh ! Peu de temps, en compagnie de cégétistes

 

Légers, velléitaires, puis changea de piste,

 

Subjuguée par l’aura de ses deux Espagnols.

 

Au charisme de l’un, moderne Rivarol,

 

Vrai Percheron de l’écurie professorale,

 

Elle attela sa bête, pour laisser son féal

 

Serviteur frotter contre son cuir aguerri

 

L’ardeur obéissante et le museau poli.

 

Ainsi va le cheptel, l’Eduquant National,

 

Figure du Régrès d’un brillant Idéal

 

Auquel certains ont cru, mais que, pour la plupart,

 

Les animaux de cette Ferme (l’Abattoir,

 

S’il faut être sincère) ont désormais noyé

 

Sous leurs sanies, leur fiente, putride diarrhée.

 

 

Idéal compissé, aspiration moisie,

 

Statue du Commandeur puante et refroidie,

 

Toi, bateau ivre-mort, perdu dans ce désert,

 

Reviendrez-vous un jour de la « longue misère » ?

 

26.12.2007

NEFERTITI

NEFERTITI

 

La Salle aux professeurs bruit de maints racontars :

C’est la récréation de dix heures moins quart.

On se retrouve, on se salue, et l’on s’évite,

On joue des coudes dans la foule, et l’on s’invite

A consommer quelque breuvage à la machine

A café, dont la fente avide emmagasine,

Obole après obole, un magot conséquent.

Quand « monsieur Zanussi » lui ouvre l’abdoman,

Chacun piaffe alentour, chacun râle, il est tard,

Presque temps de retourner causer aux braillards.

« Tu boiras ton potage une autre fois, Roland.

– Penses -tu ! S’il le faut, je le prendrai, mon temps.

Tu n’imagines pas que je vais me gêner ! »

Ainsi va l’existence au sein de ce clapier.

Lapinette d’anglais, Lapino d’italien,

Lapino mécanique, Lapinette espingouin,

Le peuple lapinesque ronge sa férule,

Enguirlande sa cage, adorne sa cellule,

Divorce et se marie, arrive en nulle part

Quand il est jeune, ou bien attend son grand départ.

Dans ce grand verre d’eau, y a bien quelques tempêtes,

Mais un pet de lapin ? Autant vaut la trompette.

Pourtant, dans ce troupeau voué à s’avilir,

Quelque rongeur s’obstine à crier, à rugir,

A croire qu’on pourra changer le cours des choses,

Défendre un métier moribond, une cause

Sacrée, dévotement drapé dans son drapeau

Rouge bien sûr, l’étoffe, et rouge le propos :

Cette lapine a du muscle dans le discours,

Elle est « en lutte », ou presque, au moins deux fois par jour,

Quelques braves instants, quelques fortes minutes,

Elle retrouve alors le goût de la dispute,

Dominée par sa voix à l’accent du sud-ouest.

Y croit-elle ? Jamais elle n’a tourné veste,

Il faut lui reconnaître enfin sa cohérence

Et sa constance, même si quelques engeances,

Aux mobiles obscurs, font mine de pointer,

Au nez de la rongeuse, un peu d’absurdité :

« Comment peux-tu souffler le vent de la révolte,

Toi qui, pour domicile, a choisi, désinvolte,

De t’implanter au cœur de ce quartier bourgeois ? »

NEFERTITI, car c’est son nom, persiste, et croit

Que sont bonnes en soi, toujours, les intentions.

Peut lui chaut de passer, dans ses déclarations,

Donc, d’un avis certain à son exact contraire,

De la jubilation d’avoir terrassé, hier,

Le chef du syndicat, qui régnait en tyran,

A la supplication à deux genoux rampants,

Pour qu’il revienne, oh oui, à cette même place.

Mais ce qui, chez une autre, passerait pour putasse,

Prend chez elle des airs de sanctification,

Tant sa sincérité ne souffre pas soupçon,

Même si, dans son dos, Nostra Dama, parfois,

Laisse parfois comprendre, autant que Regina,

Ses « meilleurs amies », que sa tête brouillée

Donne parfois des signes d’instabilité.

Laissons donc aux méchants le soin de cancaner,

Et gardons, quant à nous, au nom des Pyrénées,

Notre estime sans faille, et sans charivari,

Notre reconnaissance à la NEFERTITI.

25.12.2007

CLEOPATRE

CLEOPATRE

 

Cléopâtre paraît, qu’on se le dise, ah mais !

Sonnez, fifres et cors : Cléopâtre paraît.

C’est madame artifice en personne, à nos yeux,

Qui débarque sur terre en message des dieux.

Louise Brooks a prêté sa coiffe dessinée,

La maigreur a fait don de sa chair efflanquée.

Tous les matins, devant le conseiller des grâces,

Elle répare à coups de crème les hélas

Que le temps réaliste a déposés la nuit

Sur son front jadis lisse et ses joues d’aujourd’hui,

Je veux parler du parchemin qui, avec l’âge,

A subi en silence un constant surmenage.

Sur ce qui reste de son corps, elle a posé

A la diable, mainte étoffe superposée,

Sortie de l’atelier « de style », où œuvre un frère

Dont la seule cliente est ici, lan-lanlaire.

L’ensemble est, à coup sûr, un brin original,

Un peu même excentrique, étroit, dans le banal.

Je sais, cela se contredit : il faut me croire,

Le paradoxe est là, urgent, opératoire.

 

L’important ne saurait être dans les regards

Portés sur Cléopâtre : il est bon de savoir

Que le sien seul importe au miroir du matin.

Son approbati-on dissipe tout chagrin,

Installant autour d’elle une bulle hermétique,

Où le bonheur d’être ainsi, comme une musique,

Nimbe tout son esprit d’une ouate confortable.

Pour toute la journée, son reflet agréable

La suit et la protège, fidèle et charmant.

Miroir a délivré, sans se faire arrogant,

Son bon de sortie, le monde peut s’agiter :

Un nuage la met vraiment hors de portée.

 

Et puis, un jour, ses souhaits se sont réalisés,

D’un seul coup elle fut au faîte d’Empyrée.

Tel chevalier Bayard fendant les ennemis,

IL parut, fier, montant ses paquets de copies,

LUI, l’Artaban, lui, le seul héros du Lycée.

Ce fut le coup de foudre, instant tant caressé.

Est-ce Antoine ou César ? Lusignan ou Biron ?

Dans notre bataille indécise, il a fait front,

Son intrépide stylo rouge a fait merveille,

Du vainqueur, elle fut le tribut nonpareil.

Rayant d’un trait rageur l’insolente ignorance,

Infatigable preux, sa force sans clémence

Jeta sur le sol nu mainte dissertation

Que le pubère analphabète à grand mal pond.

Se réveillant d’un trop long sommeil, Cléopâtre

Fondit entre les bras de son puissant bellâtre,

Conquérant et conquis, auréolé de gloire.

 

Mais qui met par avance une suite à l’histoire ?

24.12.2007

FIGURE 3 - GONTRAN (fin)

FIGURE 3 – GONTRAN (2)

On l’a compris : quand Gontran ne proteste pas,

Il râle, il se gendarme, il en veut aux goujats

De la Terre entière, en général, et aux ploucs

Qu’il côtoie au Lycée, dont le cerveau de bouc

N’est pas à la hauteur des promesses humaines.

Alors, pour respirer, il dira des neuvaines,

Il défendra Béraud, le pari-a lyonnais,

Auquel il voudrait bien édifier un palais,

A moins qu’un éditeur audacieux lui propose

De conduire à bon terme sa complète prose.

N’attaquez pas l’icône, injustement maudite,

Il vous en cuirait fort, c’est total explicite.

Ne vous en prenez pas non plus, je vous préviens,

A une dame brune, ou je réponds de rien.

La chanteuse est un astre, et sa lumière embrase

Encore et pour longtemps son esprit en extase.

Ce natif d’une ville où les « canuts » ont fait

Parler la poudre en des époques reculées,

Veut qu’un jour on leur rende justice et honneur,

Au sein d’un édifice où battrait ce vieux cœur,

Colline qui travaille, non colline qui prie,

Pardon, j’oppose les deux mots : ils s’associent.

Il faut du temps pour qu’une idée creuse son aire.

Avecques son ami Judas de Lavallière,

Attablé très visible aux tables d’un café,

Brasserie des Ecoles pour ne rien cacher,

A grands coups d’Affligem – et puis de gin tonic

Pour Judas : à chacun son enfer alcoolique –

Il pondit un chef d’œuvre, un robuste pamphlet

Qui stigmatise enfin, ridicule parfait,

L’univers carcéral des foules lycéennes,

Où grouille un peuple mou, un gibier de géhenne,

Aiguillonné par la figure épouvantable

D’Esseulesse, le dard au venin de grand diable.

Et en ces lieux, sous la gouverne d’Esseulesse,

Rôde, mystéri-euse, une Main vengeresse,

Justicier implacable qui, toujours, sait s’abattre

Sur la joue d’Isabeau Guignolat, Cléopâtre

Au petit pied, qui se regarde à tout moment

Dans le miroir ardent de ses yeux complaisants.

Ce livre fut écrit lors de scènes épiques.

Yves, l’un des serveurs, pourrait, c’est véridique,

Vous en raconter des vertes z’et des pas mûres.

Gontran ayant quitté la Brasserie impure,

Il a fait de la Crèche une base avancée,

Il a fait de la bière une ennemie jurée

Pour garder « tummy flat », et ma foi, il s’y tient.

Je le sais pour l’y avoir, quelquefois, rejoint.

23.12.2007

EROS 9 - LA COMTESSE D'OLONNE

EROS 9 – LA COMTESSE D’OLONNE (1738)

Disons-le tout net : la littérature érotique comme genre a attendu le 18ème siècle pour s’épanouir comme une fleur aux parfums capiteux, aux grisantes fragrances. La petite comédie que voici, en un acte et en vers, narre une aventure d’Argénie, comtesse d’Olonne, qui se fait sévèrement gourmander par un ancien amant qui lui reproche son inconduite persistante, et la menace des pires châtiments du ciel : « Enfin, bougresse, enfin, pour avoir trop foutu, Un chancre confondra ton con avec ton cu ! »          

 

La servante Lise est affolée :

« Vous êtes dans l’amour aussi trop emportée,

Madame ; Gandelin peut bien vous gourmander :

Pour vous foutre, il ne faut que vous le demander. (…)

Je lis dans votre cœur, je connais votre goût,

Il n’est aucun plaisir pour vous, si l’on ne fout.

Abandonnez-vous donc à votre humeur lubrique,

Et mêlant l’étranger avec le domestique,

Le prince, le bourgeois, et les premiers venus,

Foutez, foutez, madame, à couillons rabattus. »

Dans sa chanson « Le Bulletin de santé », GEORGES BRASSENS varie un peu la dernière formule, écrivant : « Et, dans les positions les plus pornographiques, / Je leur rends les honneurs à fesses rabattues ». Face à un amant noble mais inconnu, Argénie demande conseil à sa copine Gélonide, qui fait sa chochotte :

« Comment nommez-vous donc un vit, en mots décents ?

– Si je nommais cela, je dirais une pine. »

La réputation sexuelle de Bigdore, le comte de Guiche, n’est pas favorable :

« Mon cœur, sur ce fouteur, ne me dit rien de bon,

Et mille gens m’ont dit qu’il n’aimait pas le con.

Au contraire, on m’a dit qu’il est de la manchette,

Et que, faisant semblant de le mettre en levrette,

Le drôle, en vous parlant toujours de grand chemin,

Comme s’il se trompait, enfilait le voisin :

Par inclination, c’est un branleur de pique. »

La scène suivante, qui met en présence Argénie et Bigdore, est DROLE :

« A moi, comte, deux mots. – Parle. – Ote-moi d’un doute ;

Connais-tu bien le con ? – Oui. – Parlons  bas, écoute.

Sais-tu bien qu’il vaut mieux mille fois que le cu ;

Qu’en tous lieux on t’appelle un bougre, le sais-tu ?

– Tels discours sont tenus par dames méprisées.

– Non, non ; nous savons bien tes histoires passées.

– A quatre pas d’ici je t’en éclaircirai.

– Jeune  présomptueux ! – Je suis jeune il est vrai,

A peine ai-je vingt ans, mais aux couilles bien nées,

La valeur n’attend pas le nombre des années.

– De t’attaquer à moi qui t’a rendu si vain,

Toi qu’on ne vit jamais le vit raide à la main ?

– Je n’ai, jusqu’à présent, jamais trompé de belles,

et ton con, si tu veux, en saura des nouvelles.

– Sais-tu bien qui je suis ? – Oui, tout autre que moi

Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d’effroi.

Mille et mille fouteurs, crevés à ton service,

Semblent me présager un semblable supplice.

J’attaque en téméraire un con toujours vainqueur,

Mais j’aurai trop de force, ayant assez de cœur ;

A qui fout Argénie il n’est rien d’impossible :

Ton con est invaincu, mais non pas invincible ! »

J’arrête là cette parodie facétieuse du Cid de CORNEILLE, que tout le monde aura reconnu. Qu’on sache que le comte, effectivement peu habitué à l’orifice « exclusivement féminin » (qui chante cette chanson, déjà ?), manque dans un premier temps à honorer la dame. Ayant médité, au cours de « stances », sur la conduite à tenir, il renonce à « se couper le vit », repart à l’attaque, avec succès, cette fois. Et tout est bien qui finit bien :

« Je fais des cons aux culs beaucoup de différence,

Et si jusqu’à présent j’ai mieux aimé les cus,

Reine, c’est que les cons ne m’étaient pas connus.

Si faut-il convenir qu’on n'en peut voir un autre,

Plus beau, ni plus brûlant, plus charmant que le vôtre.

N’est-il pas vrai, mon cœur ? – Je crois, sans vanité,

Qu’il n’en est pas beaucoup de cette qualité.

Les enfants n’en ont pas fort ouvert le passage,

Et tout le monde y trouve un air de pucelage. »

 

Ne trouvez-vous pas le dernier vers fort spirituel ? Ah, j’allais oublier : l’auteur (supposé ?) de cette œuvre mémorable se nomme GRANDVAL PERE.

22.12.2007

FIGURE 2 - GONTRAN

FIGURE 2 – GONTRAN (1)

La salle aux professeurs est morte et constellée

 De hâves silhouettes bientôt effacées.

Il est trop tôt pour être là, et cependant,

Les « Matinaux », ces preux, en chevaliers bouillants,

Font déjà, dans les lieux, leur métier ordinaire.

L’homme en bleu, tête basse, essaiera comme hier

D’ôter de la moquette un milliard de poussières.

Un scientifique éteint, le bouc en bandoulière,

Introduit sa monnaie pour extraire un café

De la machine. Un angliciste est occupé

A se photocopier quelque formule obscure.

Il a trouvé sa place, mais aussi sa posture :

Guichetier vigilant, il sait qui entre et sort,

Esseulesse saura qui soigne son confort :

Ses petits yeux ne perdent rien des mouvements,

Sauront les rapporter minuti-eusement.

Quelques âmes en peine errent de droite à gauche,

Et puis de gauche à droite, le regard en ébauche.

En un mot, le Lycée sort mal de son « ci-gît »,

Ebrouant un à un ses membres engourdis.

C’est alors que, de son pas lent, de son pas lourd,

Paraît Gontran, l’œil et la dent façon vautour.

Descendu de son autobus, il récrimine,

Il regrette l’absence de la chevrotine,

Qui, si le monde était comme Bloy l’envisage,

Aurait tôt fait de supprimer tous ces visages

Inutiles, mal faits, malodorants, stupides,

Tous ces corps mal conçus, inconscients et livides,

Cette engeance repue qui ne sait que subir,

Résignée à sa vie minuscule, à blettir.

« Y aura bientôt cent ans d’malheur, ô vieux Léon,

Que t’as quitté ces lieux mités. On se morfond.

O grand Léon, toi, tu saurais, de ta diatribe,

Leur mettre le nez dans leurs étrons, dans leurs bribes. »

Ainsi pense Gontran quand il arrive là,

Plein d’un monde meilleur que celui-ci qu’il voit.

Mais il y a cette heure avecques les Seconde :

 Va bien falloir tenir, à grands coups de faconde.

En deux temps trois mouv’ments, voilà l’heure employée.

En Première, ce beau poème de Musset

Fera l’affaire : il y parle du « Misanthrope ».

Quant aux « post-bac », banals pithécanthropes,

Il dresse le portrait de leurs laids géniteurs

Pour bien faire sentir le poids de leur lourdeur.

Ce monde est trop mal fait, décidément, il faut

Le purger d’un seul coup de tous ces anormaux.

 

A suivre…

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