05.01.2008
RUBRIQUE-A-BRAC
LA RUBRIQUE-A-BRAC
Qui ne connaît pas MARCEL GOTLIB se prive de mainte jouissance de l’esprit, et même sans le savoir, se morfond. Selon moi, la Rubrique-à-Brac restera son maître-livre. Gai-Luron, certes ne manque pas d’atouts, de même que Rhââ Lovely et autres Rhâ Gnagna, l’immortel Pervers Pépère, Hamster Jovial, le grand Superdupont, et même les Dingodossiers de ses débuts dans la compagnie féconde de RENE GOSCINNY. Bref, sa contribution à la promotion de la Bande Dessinée au rang des arts (le 9ème) n’est pas négligeable.
Tiens, je tombe sur la double page « Désamorçage », qui montre que tonton Marcel a très tôt tout compris à ce tonneau des Danaïdes que sont les médias, où une tragédie mondiale chasse l’autre. Là, c’est le Biaffrogalistan qui appelle la sollicitude de la télévision, qui donne la parole à l’auteur d’un livre qui, ô stupeur du hasard, vient de paraître précisément sur ce drame insoutenable. Les LARMES coulent, puis il y a l’appel à la CHARITE PUBLIQUE. Puis un chanteur connu fait DANSER les foules sur sa musique, puis les COMIQUES s’y mettent (« C’est un petit Biaffrogalistanais qui repeint son plafond »), puis l’auteur du début revient à la télé, avec un nouveau bouquin, sur le Pérou cette fois. L’affiche « chaque jour des centaines d’enfants meurent de faim » devient de plus en plus petite et illisible. L’enfant décharné, lui, entre la première et la dernière image est strictement identique : la réalité résiste au CIRQUE MEDIATIQUE. Aujourd’hui, prenez le DARFOUR, qu’est-ce qui a changé ?
Tous les connaisseurs attendent que j’évoque les enquêtes du Commissaire BOUGRET et de son fidèle Inspecteur CHAROLLES (portraits du regretté GEBE et de GOTLIB soi-même), la secrétaire, et les deux abonnés suspects, d’abord le coupable BLONDEAUX Georges Jacques Babylas, et puis l’abonné innocent ARISTIDES Othon Frédéric Wilfrid (le dessinateur FRED, immortel auteur de la série des Philémon et du Petit cirque).
Tous les connaisseurs attendent que j’évoque le professeur BLURP, ISAAC NEWTON, la coccinelle, et tout le bataclan. Les notices zoologiques du professeur Blurp sont destinées à entrer au Panthéon de la rigueur et de l’exactitude scientifiques, des phrases immortelles, à commencer, s’agissant, prenons au hasard, du COCHON, par l’hymne bien connu « GOD SAVE THE COUENNE », mais aussi « Je ne groin que ce que je voins », « Qui vivra verrat », « Si goret su goret pas venu ». A noter que, pour la première fois, c’est Isaac Newton qui, après avoir glissé sur une peau de banane (avouez que c’est moche), s’écrase sur le cochon.
Tous les connaisseurs attendent que je fasse mention de notre héros national, SUPERDUPONT qui, pour sauver la nouille française d’un complot international fomenté par la « nouille métèque », dépose fort adroitement sur le bureau du ministre un rapport secret qui prouve que les nouilles anglaises, allemandes, et même italiennes sont pleines de saloperies, n’hésitons pas devant les mots. L’anglaise est faite à 78 % de goudron, l’italienne à 54 % de mazout, l’allemande à plus de 40 % de gravats, alors vous comprenez que le jeu en valait la chandelle, car la composition de l’éternelle « NOUILLE FRANÇAISE » est, qu’on se le dise : "Rien que du bon : 98 %, Sel : 2 %". La nation est sauvée, merci SUPERDUPONT.
Je n’ai rien dit de l’élève CHAPROT, ni de WOLFGANG AMADEUS QUINCAMPOIX (euh, c’est peut-être ailleurs, maintenant que j’y pense). J’aime bien « La boule » (tome 4), ou Gotlib évoque la naissance de sa fille. Ailleurs, il analyse les degrés de l’humour (2ème et la suite), finissant au 5824ème degré où le gars, assis sur la branche qu’il est en train de scier, tombe sur la tête de, oui, quelqu’un au fond de la salle a gagné : ISAAC NEWTON. J’aime bien, quand les Halles de Paris déménagent à Rungis, le testament qu’écrit le DERNIER RAT. J’aime bien aussi l’éboueur : « Ecoute bien fiston, tout est dans la main souple ». Je salue la façon dont le professeur Blurp, encore lui, vient nous entretenir de la HYENE. C’est dans la rubrique-à-brac que se trouve la comptine « lblésmouti labiscouti ouilblésmou labiscou ». Vous ne croyez tout de même pas que je vais donner la solution à ceux qui l’ignorent ! J’aime bien, dans la revue qu’il passe des clichés au cinéma, l’hommage rendu au Samuel Fuller de Fourty Guns. J’aime énormément la double page que Gotlib consacre à la dissolution de groupe des BEATLES. Moi qui révère BEETHOVEN, je tolère « Inspiration ». J’apprécie la mutation, dans le titre de la chanson de BARBARA (je m’attends au retour de bâton ! Protégez-moi !) de l’éléphant rose en « aigle noir ». Je ne m’attarderai pas sur la balistique de la tarte à la crème (comment allez-vous-yau-de-poële ?). Je terminerai sur « Un peu de poésie que diable » : un mec récite un joli sonnet de MARCELINE DESBORDES-VALMORE : Les Roses de Saadi. Désolé, oncle Marcel. Cette double page prouve seulement que la dérision à tout va est une impasse. Il faut vraiment aimer.
08:00 Publié dans BD plus haut que son QI | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Humour, Bd, Bande Dessinée, Gotlib, Littérature



Ecrire un commentaire