29.01.2008

LA CHARITE ?? LA HAINE !! (DESPROGES)

LA CHARITE ?? LA HAINE !! (DESPROGES)

 

« L’homme digne n’a pas besoin de la pitié » (proverbe bantou bien connu)

 

Si vous avez lu la note précédente portant le même titre, vous savez à quoi vous en tenir. Or je retrouve, dans les Chroniques de la haine ordinaire, celle que PIERRE DESPROGES a lue sur France Inter le 4 février 1986 : « Les restaurants du foie ». C’est vrai, Desproges n’aimait pas trop Coluche, comme on le voit, et comme on va l’apercevoir dans le texte. C'est parti.

« Attention, attention. Il n’y a pas que les nouveaux pauvres. Il y a les nouveaux riches. Pour venir en aide à mes amis nouveaux riches qui crèvent dans leur cholestérol en plein hiver à Méribel, j’ai décidé d’ouvrir les restaurants du foie. Envoyez-moi des tonnes de verveine et des quintaux de biscottes sans sel, le bon Dieu vous les rendra …

« Sans vouloir offenser les marchands de confitures, il faut bien se rendre à l’évidence : les sirupeux commencent à nous les engluer.

« Depuis des lustres, déjà, la mièvrerie d’un humanisme sanglotant enrobait l’Homo sapiens occidental, infiltrant en son cœur débordant de remords colonialiste le flot sucré de la plus vulgaire sensiblerie. Mais bon. On se contentait de patauger dans le filandreux sans s’y noyer : trois sous pour l’abbé Pierre, une marraine pour le Vietnam, une cuillerée pour Mamadou, et l’on pouvait retourner finir son foie gras la conscience débarbouillée, et l’âme dans les pantoufles.

« Mais voici qu’une horde électronique de rockers anglophones surgavés d’ice-creams se prend soudain d’émotion au récit pitoyable de la misère éthiopienne (Bob Geldof) dont les navrantes images nous prouvent en tout cas qu’on peut garder la ligne loin de Contrexéville. Gravés sur le vinyle, les miaulement effrayants et les brames emmêlés de ces chanteurs transis déferlent un jour sur les ondes, et c’est alors le monde entier qui glougloute dans le mélasse, la larme en crue et la honte sous le bras.

« Pantelants d’admiration pour tout ce qui vient d’Amérique, les troubadours fin de siècle du rock auvergnat veulent faire la même chose. Ils s’agglutinent en vain aux portes des maquignons du 33 tours : Renaud a eu l’idée avant. Alors, ils chantent avec lui.

« A la vue du clip de ces durs en cuir pissotant leur douleur sur leurs leggings, Margot, dégoulinante de chagrin panafricain, se prives des Mémoires de Patrick Sabatier pour pouvoir s’acheter le disque.

« Survient l’hiver. Les nouveaux cons tuent la dinde. Les nouveaux pauvres ont faim. Les charitables épisodiques, entre deux bâfrées de confit d’oie, vont pouvoir épancher leurs élans diabétiques. Le plus célèbre employé de Paul Lederman (c’était le patron de la boîte qui produisait Coluche) ouvre les « Restaurants du cœur ». Des tripiers doux, des épiciers émus, de tendres charcutiers, le cœur bouffi de charité chrétienne et la goutte hyperglycémique au ras des yeux rouges, montrent leur bonté à tous les passants sur les trois chaînes. Margot revend son disque pour l’Ethiopie pour acheter des pieds de porc aux chômeurs islamiques. Telle une enfant sud-américaine s’enfonçant dans la boue, la France entière fond doucement dans le miel. Des auréoles de saindoux poussent au front des nouveaux bigots du show-bizz. Ça tartuffe sur TF1. Dans la foulée, un chanteur sans père se donne aux orphelins : c’est Sans Famille sur Antenne 2. Un animateur lacrymal chante la complainte à nodules des damnés du cancer, c’est Saint Vincent de Paul sur FR3.

« Infoutus d’aboutir, les pontifes d’Esculape tendent la sébile aux carrefours : SOS métastases, médecins sans scanner, « ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant », partout les alarmés du salut nous poissent de leurs déjections sucrées.

« Heureusement, Dieu m’écartèle, si possible sous anesthésie générale, il reste encore en France, en Colombie, en Ethiopie, des humains qui n’ont rien perdu de leur dignité, qu’un sort heureux a mis à l’abri de la pitié des hommes. Eux n’ont pas à mendier. En casquette à galon doré, ils somnolent dans les tourelles antiseptiques de leurs chars astiqués. Ils sucent des caramels en attendant le déclenchement de la troisième. Quand on lèvera des impôts pour les mourants du monde et qu’on fera la quête pour préparer les guerres, j’irai chanter avec Renaud. En attendant, oui, mon pote, j’ai cent balles. Et je les garde. »

Merci PIERRE DESPROGES. COLUCHE a ouvert le premier « Restaurant du cœur » le 21 décembre 1985. Le premier « Téléthon » se déroule en 1987. Or, suivez mon regard, la société d’économie mixte « Française des jeux », avait été créée par décret du 9 novembre 1978, avec le succès que l’on sait. C’est-y pas beau ? Quelques petits malins ont dû se dire qu’il y avait là un bon gisement, et qu’il serait stupide de ne pas plonger la cuillère dans le pot à confiture, pour beurrer la tartine. « Coco, il y a des milliards à se faire, qu’est-ce qu’on pourrait bien trouver ? » Un certain nombre de gangsters ont commencé à gamberger à partir du fait que les Français payaient si volontiers cet IMPOT VOLONTAIRE. Ils ont réfléchi au moyen de siphonner la manne. Et ils ont TROUVE : en frottant l’archet de l’appât du gain sur la corde sensible de leurs BONS SENTIMENTS (ça veut dire SENTIMENT DE CULPABILITE, REMORDS, rien que des motivations d’une grande noblesse, comme on le voit), il n’y aura pas besoin de leur pointer un missile sur la tempe pour qu’ils allongent le pèze. En peaufinant leur technique, ils sont devenus de vrais professionnels, qui prolifèrent et prospèrent en toute impunité, qui maîtrisent à merveille les techniques de communication (pas celle de l’échange HUMANISTE et civilisé, mais l’art de celui qui, pour vendre, s’efforce de manipuler son interlocuteur, genre PNL). C’est maintenant une machine qui roule toute seule, ou presque. Je répète la formule de mon article précédent : l’appel au bon cœur est devenu une METHODE DE GOUVERNEMENT, une technique de VASSALISATION des esprits. Et comme me l’a fait remarquer SOLKO, cela n’a rien à voir, cela est même aux antipodes de ce que les vrais chrétiens désignent sous le beau vocable de CHARITE.

Les curieux peuvent se reporter à mon article sur MARCEL GOTLIB et sa RUBRIQUE-A- BRAC, deuxième paragraphe, paru sur ce blog le 5 janvier. Le tome 4, où figure la double page sur l’appel à la pitié, sous le très lucide titre de « DESAMORÇAGE », est publié en 1973. Ce qui veut dire que les  « braves cœurs » sévissaient déjà (mais encore à l’état artisanal).

 

Moi aussi, MON POTE, JE GARDE MES CENT BALLES. En plus, JE DIS MERDE.

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