02.02.2008
ETRON D'UBIQUITE (SUITE)
Si le lecteur est le CLIENT, le journaliste est le VENDEUR, le journal un COMMERCE, et l’information une simple MARCHANDISE. C’est ça le circuit, non ? Et pour vendre, il faut une marchandise de qualité, qui attire le client. Le problème, c’est qu’il faut que le client aime la qualité. Or la qualité, ça se paie. Ou alors, il faut casser les prix. Cela veut dire vendre de la merde. Le journaliste n’est même plus un vendeur, mais un prestataire de services. C’est toujours de la vente, mais il s’efforce d’adapter son offre au plus près des desiderata du client, et cela au moyen de l’interactivité, trouvaille géniale. Le client, quand tu lui as demandé son avis, tu crois qu’il va râler ? Ce serait se contester soi-même. Vous trouvez que c’est de la merde ? Mais c’est vous qui l’avez élue, la merde, il faudrait savoir ce que vous voulez ! Du coup, c’est le client qui se fait engueuler : « Vous ne croyez pas qu’on peut avoir du pouvoir d’achat quand les caisses sont vides, quand même ! » Et le client de la « République Française » rougit jusqu’aux oreilles, et il ferme sa gueule.
Ce journaliste-là, il pourrait presque mettre déjà le poisson dans son papier journal, avant de le vendre. Il n’apporte plus au lecteur des nouvelles du monde, des lumières sur le monde, non, il va demander au lecteur ce qu’il a envie d’entendre, à quelle température il faut lui servir l’information, et puis il se met en quatre pour satisfaire « monsieur le client » qui, de toute façon, fait la fine bouche. Alors le journaliste, qui était déjà souple des reins à force de disposer sa colonne vertébrale parallèlement au sol, commence à se vautrer. La mode actuelle, et il me semble que c’est Le Monde qui a commencé, est au DVD à prix cassé : Libération, Télérama (normal, c’est le groupe du Monde), Le Nouvel Observateur se sont tous mis au DVD. Il s’agit d’appâter le client. Le Monde fait même très fort dans ce domaine : vous avez le journal, bon, ça, c’est bien le moins, quand même. Mais, chère petite madame, que voyez-vous de vos yeux émerveillés ? Un DVD de la série « les grands films », dans un emboîtage minimal, il est vrai. Et, chère petite madame, ce n’est pas fini : j’ajoute un beau livre sur le cinéaste. Attention, pas du petit fascicule : un livre lourd (340 grammes, si, si), richement illustré, bien écrit au demeurant, par un connaisseur. Et vous avez tout ça pour un prix, allez, dites un prix, pour voir : le journal, c’est 1,30 euros. Le DVD ? 5 euros (c’étaient les premières séries). Le livre ? Il est en vente en librairie au prix de 7 euros. Total : 13,30 euros. Allez ma petite dame, je vous fais le tout à 9,90. C’est pas cadeau, mais presque. Pour ce prix-là, vous n’avez même plus besoin de lire les nouvelles. – Mais je n’y comptais pas, de toute façon, monsieur.
Elle a bien raison la dame : c’est le journal qui devient « en plus ». Quel est le poids du journalisme dans l’objet du samedi ? De plus en plus négligeable.
C’est qui le patron ? Il s’appelle LAGARDERE, BOUYGUES, DASSAULT, ROTSCHILD. Cela veut dire FINANCE, INDUSTRIE, COMMERCE. On se demande d’ailleurs l’intérêt (financier, cela va de soi), que des CHEFS D’ENTREPRISE peuvent trouver à s’emparer de moyens d’information. Bon, c’est vrai, je fais le naïf : quand on a quelque chose à vendre, il faut bien convaincre quelqu’un d’acheter, le papier journal peut servir à ça. Mais si le journal tout seul arrive déjà à l’équilibre financier, ce n’est pas si mal : ce n’est pas là qu’il y a du blé à se faire. La puissance ? Peut-être. Mais je pense à un truc : la presse écrite a commencé un vrai bouillon de culture au 18ème, et tout ça a abouti à la Révolution de 1789. Peut-être qu’après tout, ces gens-là ont surtout peur que se répandent dans la population les « mauvaises » idées. C’est pour ça qu’ils prennent des « employés » à leur service : les journalistes. Vous vous rendez compte qu’au journal LE MONDE, cette vénérable sentinelle du vrai journalisme, ERIC FOTTORINO, vrai journaliste, vient d’être admis à la tête du groupe, mais avec une clause qui a dû en faire tiquer plus d’un : que JEAN-MICHEL DUMAY, vrai journaliste, quitte « à terme » ( ?) son poste à la tête de la Société des Rédacteurs. Or, récemment, celui-ci demandait publiquement le départ de Monsieur ALAIN MINC du Conseil de Surveillance. Ce dernier répliquait quelques jours plus tard en acceptant de partir, à condition que DUMAY fasse de même. ALAIN MINC, c’est le copain des milliardaires ci-dessus. On voit bien où sont les intérêts.
Aux dernières nouvelles, la rubrique « Médiatiques » de DANIEL SCHNEIDERMANN (vrai journaliste) qui paraît tous les vendredi dans Libération, a été purement et simplement sucrée par LAURENT MOUCHARD alias JOFFRIN, au prétexte qu’elle portait atteinte à la confraternité en une période où le bateau de la presse écrite tangue dangereusement. Et si vous allez voir la chronique censurée, sur le site ci-dessus, vous vous rendez compte que Schneidermann se paie, en passant, Fottorino, peut-être pas si "vrai journaliste" que ça, en définitive.
A suivre …
08:00 Publié dans J'ai la rage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Journalisme, Journaux, Presse écrite, Humeur, Dumay, Alain Minc, Le Monde



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