12.02.2008

DROLE DE MESSE

DRÔLE DE MESSE EN PLEIN AIR

 

Cela se passe Place de la Concorde (ou de la République ?), il y a quelques jours. En pleine place de la Concorde, oui, en plein milieu de la journée, a été célébrée une messe. Parfaitement, une messe adressée aux sondages, au « Dieu-Sondage ». C’est du sérieux, même si ce n’est pas encore du lourd. L’association « Sondons les sondages » (SLS) en est à l’origine. Je leur fais un reproche : sur leur blog, ils laissent, en liens, leur faux-nez d’ « institut » à ces entreprises, à ces marchands de sondages, pour lesquels l’opinion constitue une réserve inépuisable de fumier qui, épandue judicieusement, fertilise et fait prospérer ce qui, jusqu’à nouvel ordre, n’est qu’un commerce. D’ailleurs vous les entendez passez dans la rue, comme autrefois le vitrier et le rémouleur : « Marchand d’sondages, il est beau mon sondage, il est pas cher mon sondage, il est tout frais cueilli du matin, un sondage maison, un sondage directement du jardin dans la nausée médiatique, ce vomi qu’on vous présente comme une soupe appétissante». Beurk.

 

IPSOS,          BVA,          CSA,          LH2,           SOFRES,          IFOP,         OPINION WAY ne sont pas de « INSTITUTS » : c’est un commerce qui marche, la preuve, c’est que les marques prolifèrent. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, pendant toute la campagne présidentielle, ont carburé au sondage, se sont shootés au sondage, ont développé, pour arriver au pouvoir (ou essayer), une telle addiction au sondage qu'ils sont désormais dans l'impossibilité de s'en passer. En cas de sevrage brusque, vous allez voir la crise de nerfs, l'angoisse, le manque. Il est vrai que la gueule de Sarko en Guyane, qui découle sans doute des derniers mauvais "résultats" des sondages fait finalement presque plaisir à voir, mais tant que son visage n'a pas définitivement viré au verdâtre, le pire peut encore arriver. GUSTAV MEYRINK, l'immortel auteur du Golem et de La Nuit de Walpurgis a écrit Le Visage vert, qui n'est pas son meilleur. Mais il devait déjà penser au visage de Sarkozy quand il reçoit le verdict sondagier des marchands d'opinion publique.

 

Comme dans toute religion, il faut des prières.  Je me souviens de « BVA, je crois en toi ». J’en propose quelques-unes, revues et corrigées, en commençant par « BVA poil aux bras », « SOFRES poil aux fesses », « IFOP la salope », ça remplacera les slogans essoufflés des manifs CGT. Essayez, c’est rythmé, c’est gai. Inventez, les possibilités sont innombrables. « IPSOS poils aux os », « CSA gare à toi », « LH2 poil au nœud » (pardon, c’est vulgaire, je retire, mais vous ne croyez pas que c’est aussi vulgaire, tous ces « journalistes » de radio-télé qui truffent leurs articles de ces marchandises faisandées et nous en font biberonner jusqu'à plus soif ?).

02.02.2008

ETRON D'UBIQUITE (SUITE)

Si le lecteur est le CLIENT, le journaliste est le VENDEUR, le journal un COMMERCE, et l’information une simple MARCHANDISE. C’est ça le circuit, non ? Et pour vendre, il faut une marchandise de qualité, qui attire le client. Le problème, c’est qu’il faut que le client aime la qualité. Or la qualité, ça se paie. Ou alors, il faut casser les prix. Cela veut dire vendre de la merde. Le journaliste n’est même plus un vendeur, mais un prestataire de services. C’est toujours de la vente, mais il s’efforce d’adapter son offre au plus près des desiderata du client, et cela au moyen de l’interactivité, trouvaille géniale. Le client, quand tu lui as demandé son avis, tu crois qu’il va râler ? Ce serait se contester soi-même. Vous trouvez que c’est de la merde ? Mais c’est vous qui l’avez élue, la merde, il faudrait savoir ce que vous voulez ! Du coup, c’est le client qui se fait engueuler : « Vous ne croyez pas qu’on peut avoir du pouvoir d’achat quand les caisses sont vides, quand même ! » Et le client de la « République Française » rougit jusqu’aux oreilles, et il ferme sa gueule.

Ce journaliste-là, il pourrait presque mettre déjà le poisson dans son papier journal, avant de le vendre. Il n’apporte plus au lecteur des nouvelles du monde, des lumières sur le monde, non, il va demander au lecteur ce qu’il a envie d’entendre, à quelle température il faut lui servir l’information, et puis il se met en quatre pour satisfaire « monsieur le client » qui, de toute façon, fait la fine bouche. Alors le journaliste, qui était déjà souple des reins à force de disposer sa colonne vertébrale parallèlement au sol, commence à se vautrer. La mode actuelle, et il me semble que c’est Le Monde qui a commencé, est au DVD à prix cassé : Libération, Télérama (normal, c’est le groupe du Monde), Le Nouvel Observateur se sont tous mis au DVD. Il s’agit d’appâter le client. Le Monde fait même très fort dans ce domaine : vous avez le journal, bon, ça, c’est bien le moins, quand même. Mais, chère petite madame, que voyez-vous de vos yeux émerveillés ? Un DVD de la série « les grands films », dans un emboîtage minimal, il est vrai. Et, chère petite madame, ce n’est pas fini : j’ajoute un beau livre sur le cinéaste. Attention, pas du petit fascicule : un livre lourd (340 grammes, si, si), richement illustré, bien écrit au demeurant, par un connaisseur. Et vous avez tout ça pour un prix, allez, dites un prix, pour voir : le journal, c’est 1,30 euros. Le DVD ? 5 euros (c’étaient les premières séries). Le livre ? Il est en vente en librairie au prix de 7 euros. Total : 13,30 euros. Allez ma petite dame, je vous fais le tout à 9,90. C’est pas cadeau, mais presque. Pour ce prix-là, vous n’avez même plus besoin de lire les nouvelles. – Mais je n’y comptais pas, de toute façon, monsieur.

Elle a bien raison la dame : c’est le journal qui devient « en plus ». Quel est le poids du journalisme dans l’objet du samedi ? De plus en plus négligeable.

C’est qui le patron ? Il s’appelle LAGARDERE, BOUYGUES, DASSAULT, ROTSCHILD. Cela veut dire FINANCE, INDUSTRIE, COMMERCE. On se demande d’ailleurs l’intérêt (financier, cela va de soi), que des CHEFS D’ENTREPRISE peuvent trouver à s’emparer de moyens d’information. Bon, c’est vrai, je fais le naïf : quand on a quelque chose à vendre, il faut bien convaincre quelqu’un d’acheter, le papier journal peut servir à ça. Mais si le journal tout seul arrive déjà à l’équilibre financier, ce n’est pas si mal : ce n’est pas là qu’il y a du blé à se faire. La puissance ? Peut-être. Mais je pense à un truc : la presse écrite a commencé un vrai bouillon de culture au 18ème, et tout ça a abouti à la Révolution de 1789. Peut-être qu’après tout, ces gens-là ont surtout peur que se répandent dans la population les « mauvaises » idées. C’est pour ça qu’ils prennent des « employés » à leur service : les journalistes. Vous vous rendez compte qu’au journal LE MONDE, cette vénérable sentinelle du vrai journalisme, ERIC FOTTORINO, vrai journaliste, vient d’être admis à la tête du groupe, mais avec une clause qui a dû en faire tiquer plus d’un : que JEAN-MICHEL DUMAY, vrai journaliste, quitte « à terme » ( ?) son poste à la tête de la Société des Rédacteurs. Or, récemment, celui-ci demandait publiquement le départ de Monsieur ALAIN MINC du Conseil de Surveillance. Ce dernier répliquait quelques jours plus tard en acceptant de partir, à condition que DUMAY fasse de même. ALAIN MINC, c’est le copain des milliardaires ci-dessus. On voit bien où sont les intérêts.

Aux dernières nouvelles, la rubrique « Médiatiques » de DANIEL SCHNEIDERMANN (vrai journaliste) qui paraît tous les vendredi dans Libération, a été purement et simplement sucrée par LAURENT MOUCHARD alias JOFFRIN, au prétexte qu’elle portait atteinte à la confraternité en une période où le bateau de la presse écrite tangue dangereusement. Et si vous allez voir la chronique censurée, sur le site ci-dessus, vous vous rendez compte que Schneidermann se paie, en passant, Fottorino, peut-être pas si "vrai journaliste" que ça, en définitive.

A suivre …

31.01.2008

ETRON D'UBIQUITE

L’ETRON D’UBIQUITE

 

 

Le Canard enchaîné a inventé une formule géniale : PAROLES VERBALES. Quand un responsable politique fait une déclaration alors qu’il n’a rien à dire, il prononce des PAROLES VERBALES. Je ne saurais vous dire à quand cette invention remonte. Cela me fait penser à un « génie » de la linguistique qui a écrit l’alluminé How to do things with words, JOHN LANGSHAW AUSTIN. « Comment faire des choses avec des mots ? » C’est tout simple, regardez faire Monsieur SARKOZY, dites « JE VEUX », allez ailleurs, recommencez, sans vous arrêter. Encore, « paroles verbales » est-elle une formule directement inspirée de « Les paroles s’envolent, les écrits restent ». Disons-le tout net : c’est totalement dépassé. Aujourd’hui, par la magie du verbe d’un charismatique SAINT NICOLAS, de même que les trois petits enfants sortent indemnes du tonneau de sel du méchant boucher, le monde et la réalité sont domestiqués, ils obéissent à la baguette (les mauvais esprits diront qu’ils obéissent à la braguette, je l’attendais, évidemment, c’est minable) : le chef ne va pas tarder à marcher sur les eaux, il a parlé, et le réel devient docile, que dis-je : il se plie, non : il OBEIT. Le réel se soumet. « Je veux 3 % de croissance, et s’il le faut, le 1 % qui manque, j’irai le chercher avec les dents. » Aussitôt, tu le vois, le réel, il se met en ordre de marche, il dit « Chef oui chef, bien chef ! », et il s’engloutit dans le triangle des Bermudes. C’est ça, la magie : LE REEL A DISPARU. C’est Le Crime parfait (Baudrillard). Tout est dans l’image. TOUT. Et cela, d’autant plus aisément que le grand troupeau des JOURNALISTES, savamment conduit vers son destin – sa disparition en tant qu’espèce autonome –, est friand d’images.

 

 

Qu’est-ce que c’est, un JOURNALISTE ? Est-ce cet obscur travailleur qui va sur le terrain s’enquérir de ce qui s’est passé dans la vie des hommes, la vie réelle, s’entend ? Est-ce l’honnête travailleur, qui s’efforce de drainer vers des moyens de diffusion une réalité qu’il lui semble important d’acheminer vers une population avide de savoir comment tourne la planète ? Ce qu’on appelle des « événements », vous savez, ces petits ou gros accidents qui se produisent dans le tissu continu de la vie humaine ? Est-ce cet observateur neutre qui s’efforce de comprendre ces événements, c’est-à-dire d’entrevoir son origine ainsi que l’inflexion qu’ils vont donner à la trame de l’existence des hommes ? Est-ce cet observateur neutre qui s’efforce de proposer à ses lecteurs une explication, une analyse de ces événements ?

 

 

La réponse est catégorique : c’est NON !

 

 

De même qu’il n’y a plus de socialistes au « Parti socialiste », il n’y a plus beaucoup de journalistes dignes de ce nom au pays de cette profession sinistrée, sinistre et désespérée. Personne ne souhaite la disparition de la presse écrite. Moi non plus. Si cette catastrophe se produit, il y aura certes des raisons externes (finances, lecteurs, etc.) mais les journalistes eux-mêmes auront beaucoup œuvré au naufrage. Je n’exonère pas les lecteurs de leur culpabilité : à l’époque du premier « LOFT » de TF1, tout le monde s’accordait à juger cette émission idiote et dégradante, mais tout le monde la regardait. Voilà le nœud du problème : le lecteur n’est plus un citoyen qui se tient informé, mais un CLIENT, pour qui la lecture de la presse permet de ne pas trop s’ennuyer dans les transports en commun, tout en satisfaisant son VOYEURISME. Les tirages de la « PRESSE PEOPLE » ont quelque chose de désespérant. Il est DEPLORABLE, l’état intellectuel et moral d’une population entière, ou du moins assez majoritaire pour avoir désigné pour le deuxième tour de la présidentielle deux icônes, deux ectoplasmes politiques seulement gavés de l’écho que leur image rencontre dans la population, et qui sont capables de dépenser 30.000 (Nicolas) à 50.000 (Ségolène) euros de maquillage pour gagner. Il n’y a plus de peuple, seulement une population avide de spectacle. Comme le dit un titre de BD de MARTIN VEYRON : Ce n’est plus le peuple qui gronde c’est le public qui réagit, Dargaud, et ça remonte à 1982, quand même. Il savait déjà que c’est le spectacle qui régit nos vies, le spectacle qui nous engloutit, le spectacle qui devient ce que nous appelions notre « âme » autrefois.

 

 

A suivre…

 

29.01.2008

LA CHARITE ?? LA HAINE !! (DESPROGES)

LA CHARITE ?? LA HAINE !! (DESPROGES)

 

« L’homme digne n’a pas besoin de la pitié » (proverbe bantou bien connu)

 

Si vous avez lu la note précédente portant le même titre, vous savez à quoi vous en tenir. Or je retrouve, dans les Chroniques de la haine ordinaire, celle que PIERRE DESPROGES a lue sur France Inter le 4 février 1986 : « Les restaurants du foie ». C’est vrai, Desproges n’aimait pas trop Coluche, comme on le voit, et comme on va l’apercevoir dans le texte. C'est parti.

« Attention, attention. Il n’y a pas que les nouveaux pauvres. Il y a les nouveaux riches. Pour venir en aide à mes amis nouveaux riches qui crèvent dans leur cholestérol en plein hiver à Méribel, j’ai décidé d’ouvrir les restaurants du foie. Envoyez-moi des tonnes de verveine et des quintaux de biscottes sans sel, le bon Dieu vous les rendra …

« Sans vouloir offenser les marchands de confitures, il faut bien se rendre à l’évidence : les sirupeux commencent à nous les engluer.

« Depuis des lustres, déjà, la mièvrerie d’un humanisme sanglotant enrobait l’Homo sapiens occidental, infiltrant en son cœur débordant de remords colonialiste le flot sucré de la plus vulgaire sensiblerie. Mais bon. On se contentait de patauger dans le filandreux sans s’y noyer : trois sous pour l’abbé Pierre, une marraine pour le Vietnam, une cuillerée pour Mamadou, et l’on pouvait retourner finir son foie gras la conscience débarbouillée, et l’âme dans les pantoufles.

« Mais voici qu’une horde électronique de rockers anglophones surgavés d’ice-creams se prend soudain d’émotion au récit pitoyable de la misère éthiopienne (Bob Geldof) dont les navrantes images nous prouvent en tout cas qu’on peut garder la ligne loin de Contrexéville. Gravés sur le vinyle, les miaulement effrayants et les brames emmêlés de ces chanteurs transis déferlent un jour sur les ondes, et c’est alors le monde entier qui glougloute dans le mélasse, la larme en crue et la honte sous le bras.

« Pantelants d’admiration pour tout ce qui vient d’Amérique, les troubadours fin de siècle du rock auvergnat veulent faire la même chose. Ils s’agglutinent en vain aux portes des maquignons du 33 tours : Renaud a eu l’idée avant. Alors, ils chantent avec lui.

« A la vue du clip de ces durs en cuir pissotant leur douleur sur leurs leggings, Margot, dégoulinante de chagrin panafricain, se prives des Mémoires de Patrick Sabatier pour pouvoir s’acheter le disque.

« Survient l’hiver. Les nouveaux cons tuent la dinde. Les nouveaux pauvres ont faim. Les charitables épisodiques, entre deux bâfrées de confit d’oie, vont pouvoir épancher leurs élans diabétiques. Le plus célèbre employé de Paul Lederman (c’était le patron de la boîte qui produisait Coluche) ouvre les « Restaurants du cœur ». Des tripiers doux, des épiciers émus, de tendres charcutiers, le cœur bouffi de charité chrétienne et la goutte hyperglycémique au ras des yeux rouges, montrent leur bonté à tous les passants sur les trois chaînes. Margot revend son disque pour l’Ethiopie pour acheter des pieds de porc aux chômeurs islamiques. Telle une enfant sud-américaine s’enfonçant dans la boue, la France entière fond doucement dans le miel. Des auréoles de saindoux poussent au front des nouveaux bigots du show-bizz. Ça tartuffe sur TF1. Dans la foulée, un chanteur sans père se donne aux orphelins : c’est Sans Famille sur Antenne 2. Un animateur lacrymal chante la complainte à nodules des damnés du cancer, c’est Saint Vincent de Paul sur FR3.

« Infoutus d’aboutir, les pontifes d’Esculape tendent la sébile aux carrefours : SOS métastases, médecins sans scanner, « ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant », partout les alarmés du salut nous poissent de leurs déjections sucrées.

« Heureusement, Dieu m’écartèle, si possible sous anesthésie générale, il reste encore en France, en Colombie, en Ethiopie, des humains qui n’ont rien perdu de leur dignité, qu’un sort heureux a mis à l’abri de la pitié des hommes. Eux n’ont pas à mendier. En casquette à galon doré, ils somnolent dans les tourelles antiseptiques de leurs chars astiqués. Ils sucent des caramels en attendant le déclenchement de la troisième. Quand on lèvera des impôts pour les mourants du monde et qu’on fera la quête pour préparer les guerres, j’irai chanter avec Renaud. En attendant, oui, mon pote, j’ai cent balles. Et je les garde. »

Merci PIERRE DESPROGES. COLUCHE a ouvert le premier « Restaurant du cœur » le 21 décembre 1985. Le premier « Téléthon » se déroule en 1987. Or, suivez mon regard, la société d’économie mixte « Française des jeux », avait été créée par décret du 9 novembre 1978, avec le succès que l’on sait. C’est-y pas beau ? Quelques petits malins ont dû se dire qu’il y avait là un bon gisement, et qu’il serait stupide de ne pas plonger la cuillère dans le pot à confiture, pour beurrer la tartine. « Coco, il y a des milliards à se faire, qu’est-ce qu’on pourrait bien trouver ? » Un certain nombre de gangsters ont commencé à gamberger à partir du fait que les Français payaient si volontiers cet IMPOT VOLONTAIRE. Ils ont réfléchi au moyen de siphonner la manne. Et ils ont TROUVE : en frottant l’archet de l’appât du gain sur la corde sensible de leurs BONS SENTIMENTS (ça veut dire SENTIMENT DE CULPABILITE, REMORDS, rien que des motivations d’une grande noblesse, comme on le voit), il n’y aura pas besoin de leur pointer un missile sur la tempe pour qu’ils allongent le pèze. En peaufinant leur technique, ils sont devenus de vrais professionnels, qui prolifèrent et prospèrent en toute impunité, qui maîtrisent à merveille les techniques de communication (pas celle de l’échange HUMANISTE et civilisé, mais l’art de celui qui, pour vendre, s’efforce de manipuler son interlocuteur, genre PNL). C’est maintenant une machine qui roule toute seule, ou presque. Je répète la formule de mon article précédent : l’appel au bon cœur est devenu une METHODE DE GOUVERNEMENT, une technique de VASSALISATION des esprits. Et comme me l’a fait remarquer SOLKO, cela n’a rien à voir, cela est même aux antipodes de ce que les vrais chrétiens désignent sous le beau vocable de CHARITE.

Les curieux peuvent se reporter à mon article sur MARCEL GOTLIB et sa RUBRIQUE-A- BRAC, deuxième paragraphe, paru sur ce blog le 5 janvier. Le tome 4, où figure la double page sur l’appel à la pitié, sous le très lucide titre de « DESAMORÇAGE », est publié en 1973. Ce qui veut dire que les  « braves cœurs » sévissaient déjà (mais encore à l’état artisanal).

 

Moi aussi, MON POTE, JE GARDE MES CENT BALLES. En plus, JE DIS MERDE.

17.01.2008

LA CHARITE ?? LA HAINE !!

LA CHARITE ? LA HAINE !

 

Résultat des courses, en 2006 : les Français ont DONNE des milliards d’euros aux associations caritatives et autres œuvres charitables. Enfin, ce qui me rassure, c’est qu’en 2007, les dons au TELETHON ont cessé de grimper, le record n’a pas été battu, ouf.

 

« S’i vous plé moussiou ». « A vot’bon cœur m’sieur dame ». Je sais pas vous, mais moi, je ne peux plus. Et je vais vous dire pourquoi : parce que c’est DEVENU UNE METHODE DE GOUVERNEMENT, voire une méthode de vente, voire une méthode de consommation. Les gens (rien que cette expression : « les gens » !), eh bien ils ont bon cœur. Oui monsieur, mais quand on a bon cœur, on n’a pas bonne tête. On oublie complètement de réfléchir. Y EN A MARRE.

 

Ceux qui ont donné le plus en 2006, je parle du montant, ce sont ceux qui ont du pognon. Mais si on recalcule par rapport aux revenus, ce sont les revenus modestes qui, proportionnellement, ont donné le plus. JULES MICHELET (Le Peuple) le disait déjà : quand le curieux s’aventure vers le haut de l’échelle sociale, il sent l’atmosphère se refroidir, et quand il descend vers les classes populaires, il sent l’air se réchauffer. Brave peuple. Quand on fait appel à ses sentiments, il sait répondre « présent ! ». Ah oui ! ben il est bien bête, le brave !

 

Difficile aujourd’hui de dire du mal du Téléthon sans se faire écharper, mais si vous regardez bien, qu’est-ce que c’est, le Généthon, à part une géniale machine de compétition scientifique et économique mondiale, née de la baguette magique des dons à fonds perdus faits par des individus ?

 

Même un bouquin paru dernièrement sur le rugby (je crois : un maison d’édition du Sud-Ouest, il faudrait vérifier) affiche comme argument de vente qu’un euro sera reversé, par exemplaire vendu, à une association qui s’occupe des autistes. – Ben alors, vous n’aimez pas les autistes, donc ! – Ce n’est pas que je n’aime pas les autistes, mais, d’une part, il n’y a pas que les autistes qui ont besoin qu’on s’occupe d’eux, et d’autre part, ce n’est peut-être pas à moi de donner des sous (je veux dire, moi, individu anonyme et perdu dans la foule).

 

D’une part, il n’y a pas que les autistes : il y a les myopathes, les cancéreux, la Croix-Rouge, le Secours Populaire, les mongoliens (pardon ! les trisomiques), les enfants du Darfour, les sinistrés du tsunami, les orphelins, les victimes de maladies orphelines, les sans-logis (les SDF, ces indigents bien de chez nous), les malheureux qui souffrent de lupus érythémateux, l’enfance malheureuse dans le monde (UNICEF), tous ceux qui ont faim (CCFD, Restos du cœur), tous ceux qui ont un handicap, qui souffrent du SIDA, de la solitude, de la vieillesse, les femmes battues, les élèves en difficulté, les enfants hospitalisés, les aveugles, les polyarthritiques, les bègues, les hépatiques, les enfants d’alcooliques, les paralysés, les emprisonnés, les enfants victimes d’abus sexuels, les enfants surdoués, les pères divorcés déchus de la garde de leurs enfants, les schizophrènes, les gens sans amis, les chômeurs, Marine (qui est atteinte de graves lésions cérébrales), les enfants ou adultes du Tibet, de l’Inde du Sud, les enfants d’Egypte, du Soudan et du Liban (Sœur Emmanuelle), les enfants du Niger et du Burkina Faso, les enfants de Cuernavaca, les enfants des bidonvilles, etc., etc., etc. … (je certifie que je n’invente rien, et la liste est très loin d’être exhaustive : allez voir sur google : association, solidaire, entraide, et autres mots clés).

 

Ce n’est plus le « charity business », c’est le SUPERMARCHE, que dis-je, c’est l’HYPERMARCHE DE LA CHARITE. La « Vie-Auchan ». Allez vous retrouver dans cette jungle. Toi, la personne normalement constituée, tu ne sais plus où donner du porte-monnaie, où galvauder ton besoin de charité, dans quel TONNEAU DES DANAÏDES introduire le peu d’économies que ton cœur sensible avait quand même décidé de consacrer à des plus malheureux que toi. Le VAMPIRE CARITATIF sucera tes os jusqu’à la moelle. Mais je te pose la question, citoyen ordinaire : DE QUOI DIABLE TE SENS-TU COUPABLE ?

 

 

D’autre part, c’est à qui que ça incombe, le devoir de secourir ? Pose-toi la question. Et ne me dis pas, en attendant la réponse, qu’il est urgent d’agir. En cas d’urgence, le sage s’assied, regarde au loin (c’est-à-dire en lui-même) et se met à réfléchir. En attendant, on ne fait rien. Réfléchis deux secondes, mon ami : la capitale du Soudan s’appelle Khartoum. Le chef, qui a des « rebelles » au Darfour, il SAIT qu’à la porte du pays, à la porte du Tchad, il y a des chevaux qui piaffent d’impatience, les chevaux de Médecins sans Frontières (MSF pour les intimes), de Médecins du Monde (MM), de l’Organisation des Nations Unies (ONU pour les intimes), et de toute sorte d’Organisations Non-Gouvernementales (ONG). Son problème à lui, c’est le nettoyage territorial, ou bien le nettoyage ethnique, ou bien le vol, ou bien l’esclavage, en tout cas une énorme saloperie. Et toi, le brave cœur sensible, tu es un pion dans le jeu de ce chef, tu es l'exact prétexte qu'il attend pour continuer à jouer son jeu, de plus belle, tu es le meilleur moyen de le décharger de SA responsabilité. Et tu vas être, sur la plage de ce paysage de destruction, le château de sable éboulé forcément parce que la vague arrive et pousse, et tu le sais, et tu te dis que c’est quand même bien de faire ce que tu fais, tout ça parce que THEODORE MONOD un jour a dit : « Le peu qu’on peut faire, le tout petit peu qu’on peut faire, il faut le faire ». Le point d’aboutissement de la LOGIQUE HUMANITAIRE porte un nom : ça s’appelle L’ARCHE DE ZOE, c’est-à-dire une entreprise hors-la-loi qui culbute tous les principes, à commencer par les conventions internationales et les lois sur l'adoption, et qui opère un COUP DE FORCE aux relents de vieux colonialisme. Avec l’ahurissant sentiment de faire œuvre de JUSTICE. C'en est écoeurant.

Je n’en ai pas fini avec la BONNE CONSCIENCE OBLIGEE, avec la CHARITE FORCEE, avec la GENEROSITE DE COMMANDE, avec l’ALTRUISME OBLIGATOIRE, avec L'INTOLERANCE REGNANTE DES BONS SENTIMENTS, avec le TERRORISME HUMANITAIRE, avec le BENEVOLAT SOLIDAIRE.

Je dis : QUE CEUX QUI ONT LES MOYENS COMMENCENT.

ET QUE COMMENCENT CEUX QUI ONT ENTRE LEURS MAINS LE DESTIN DES AUTRES.

Je repose ma question : citoyen ordinaire, de quoi te sens-tu coupable ?

10.12.2007

EPOUVANTAIL 15 - HUMANITE-MACHINE

BIENVENUE DANS L'HUMANITE-MACHINE

 

Comment avons-nous pu laisser des gens s’occuper à plein temps des affaires publiques ? Comment peut-on faire carrière dans la politique ? JACQUES ATTALI raconte quelque part (ou plutôt : a raconté dans une interview) qu’à l’époque où il était cerbère à l’Elysée (secrétaire général, ça s’appelle), un jeune homme de 23 ans est venu le trouver pour lui demander : « Je veux devenir Président de la République. Pouvez-vous me donner quelques conseils ? ». Que cette idée ait seulement la possibilité de germer dans l’esprit malade d’un Français montre combien c’est le système qui est malade. Ah, j’ai oublié de vous donner le nom du jeune homme ci-dessus : il s’appelait NICOLAS SARKOZY.

 

Comment la politique en France (même si ça se pratique aussi ailleurs) a-t-elle pu devenir une profession ? J’ai entendu un professionnel affirmer que les lois, l’économie et les techniques, tout ça, sont devenus tellement complexes qu’on ne peut que s’y consacrer pas du tout ou à plein temps. Ce type-là nous prend pour des cons. Tout simplement, C’EST FAUX. Les lois, il y a des juristes ; l’économie, il y a (hélas) des économistes ; les techniques, il y a des techniciens. Tout ça a besoin de spécialistes, de gestionnaires, si vous voulez, pas d’hommes politiques. Maintenant, passés par l’ENA, ils ont tous la même formation, qui n’est finalement rien d’autre qu’une formation professionnelle (avec formatage incorporé) : ils n’ont aucune idée de ce qu’il faut faire, en dehors de ne pas se laisser distancer dans la grande compétition que se livrent les nations du monde. La seule idée qu’ils manient, qu’ils caressent, qu’ils dorlotent, avec laquelle ils couchent, font l’amour et s’endorment, c’est le POUVOIR, la compétition avec les autres anciens élèves de l’ENA, la course permanente.

 

Le vrai, c’est QU’IL N’Y A PLUS D’IDEES POLITIQUES, il n’y a plus de choix politiques. Le seul politique qui reste, aujourd’hui, c’est l’économique, et encore : le gestionnel. Nous voulons des COMPTABLES à la tête de l’Etat ? Eh bien vous en aurez. Il n’y a plus de PROJET politique. Il n’y a plus de projection dans l’avenir pour la collectivité, plus de progression de l’humanité. Certains s’en réjouissent : « Regardez ce que ça a donné, le communisme : des millions de morts ». NON : le communisme, de mémoire d’homme, n’a jamais vu le jour, ni en Russie, ni ailleurs. On pourrait dire, comme CIORAN, que, dans la flamme des idées, on peut déjà apercevoir les massacres. Mais que faut-il faire, alors ? Se résoudre à la COMPETITION universelle ? A la guerre de tous contre tous ?

 

Ce serait tout simplement effrayant et inhumain. Vous voyez ça ? L’humanité comme une énorme machine à produire, l’individu comme un rouage ou rien du tout, suivant qu’il participe à cette « activité » ou non. Voilà dans quoi nous sommes embarqués : L’HUMANITE-MACHINE. Alors comment la politique aurait-elle pu survivre là-dedans ? Il y eut un temps où il y a eu des hommes politiques. Aujourd’hui, qu’est-ce que nous avons ? Des mécanismes plus ou moins performants, plus ou moins haut placés, dont le rôle est de METTRE EN DISCOURS à l’usage des rouages les plus nombreux et les plus bas (ça s’appelle la POPULATION) la logique de la machine, sachant que la MISE EN DISCOURS doit tenir compte de quelques vieilles choses dont quelques cerveaux sont encore farcis, mais rassurez-vous, plus pour longtemps, aussi longtemps que l’école n’aura pas été liquidée, ce qui ne saurait tarder. ALORS, et alors seulement, la population admettra sans broncher que ce qu’on lui dit est la VERITE.

 

Dire, comme beaucoup le font, que faire de la politique est devenu un métier, dire qu’un homme peut « embrasser » la carrière politique, c’est déjà reconnaître que l’humain a laissé la place à la FONCTION, et le pire : la fonction économique. Les EXPERTS (politiques, économiques, journalistiques) qui formatent et inspectent nos esprits, pour maintenir la paix sociale, produisent à qui mieux-mieux du DISCOURS et encore du DISCOURS pour faire passer cette illusion comme quoi, sous les enveloppes de peau qui se déplacent, mangent et rêvent, il y a encore des HOMMES. Il y eut un temps où il y a eu des hommes.

 

BIENVENUE DANS L’HUMANITE-MACHINE.

09.12.2007

EPOUVANTAIL 14 - A BAS LA MOYENNE

14 – A BAS LA MOYENNE (tome 2)

 

Le défenseur du bifteck de l’INSEE, il va se cabrer pour me répondre, il va le prendre de haut : « Mais, pauvre ignorant, ne sais-tu pas que la collecte des chiffres repose sur des procédures établies scientifiquement, avec une rigueur toute scientifique, dans des conditions scientifiques, par du personnel scientifique qui a des pieds et des mains scientifiques, une tête, des yeux et des oreilles scientifiques ». Je me contente de rétorquer, avec mon calme imperturbable : « Oui, des OREILLES D’ÄNE ». L’INSEE est une machine à produire à la chaîne de l’ânerie scientifique. Pour une raison très simple : il produit de la MOYENNE, de la sacro-sainte MOYENNE. Et quand on vous sort la MOYENNE, vous n’avez rien à répliquer, vous êtes gros-jean comme devant. Et je peux vous le dire : VOUS VOUS ETES FAIT ENFUMER.

 

A l’échelle de la vie individuelle, la moyenne, c’est la mort. Faut-il parler de la sacro-sainte « moyenne scolaire » ? « Toto, je te préviens, si t’as pas la moyenne, tu seras privé de télévision, de dessert, de téléphone portable – Ah non ! Pas ça ! Bon d’accord, je vais faire un effort, je l’aurai votre satanée moyenne. ». Mais regardez bien : avoir 10 sur 20, après tout, c’est n’avoir que LA MOITIE des points possibles, c’est humiliant, en fin de compte. Imaginez, dans l’entreprise, le commercial qui n’atteindrait que 50 % des objectifs fixés, qu’est-ce qu’on fait de lui ? On lui montre la porte. Et pensez bien que cette moyenne de 10/20 pratique sur la population entière l’hypnose frénétique de la couleuvre qui se prépare à avaler sa grenouille, et la population entière se précipite avec entrain dans la gueule du serpent dictateur. Et dites-vous que le DESTIN social de chaque individu est accroché à sa capacité de se maintenir à l’obsessionnel 10/20. C’est un laminoir.

 

Tiens, regarde : je lis dans Le Canard enchaîné daté du 5 décembre 2007 l’article intitulé « Bataille d’indices pour mesurer le pouvoir d’achat ». Selon les modes de calcul, le pouvoir d’achat passe d’une hausse de 2,3% en 2006 (qui permet au gouvernement de chanter COCORICO) à une hausse de 0,8% (là pas de quoi pavoiser). L’INSEE est donc une merveilleuse machine à produire du brouillard. La meilleure preuve (même article), une autre étude publiée par le même institut (faut le faire) : « Le « revenu salarial moyen » par personne aurait pratiquement stagné depuis 1978 ». Si ce n’est pas du brouillard, ça. Même le gars de l’INSEE sait que c’est vaseux, parce que, entre deux salaires de 1.500 euros augmentés de 3% : « Le premier, s’il est locataire de son logement et circule en voiture, verra son pouvoir d’achat régresser (…). Alors que le second, propriétaire et utilisant les transports en commun, constatera une amélioration ». C’est vrai : moins tu dépenses, plus tu as de sous. Enfin, propriétaire, c’est bien quand j’aurai fini de payer mon banquier.

 

Moralité : l’INSEE est une machine à fabriquer de la fiction, une FICTION qui possède une FONCTION. D’abord, il faut que ça imprègne les esprits, il faut que ça rentre dans l’imagination des foule (rappelez-vous « l’opium du peuple »). L’INSEE fabrique à longueur de temps le MYTHE de la moyenne, la BIBLE de la moyenne. C’est en effet une RELIGION, qui, comme toutes les religions, se présente comme détenant une VERITE. On y croit d’autant plus qu’il s’agit de la REALITE, on vous dit. Vous n’allez pas dire que ce n’est pas vrai, quand même. Eh bien si ! Je vais le dire : ce n’est pas vrai. Vous savez pourquoi ce n’est pas vrai ? C’est à cause de la deuxième fonction : ça sert à engraisser une foule d’EXPERT. Experts en quoi, petit rigolo ? En gestion. Gestion de quoi ? GESTION DE LA POPULATION. Tu vois que ça fait du monde.

 

Qui gère la population ? Le premier qui vient à l’esprit, c’est l’ECONOMISTE. Ah le beau spécimen, l’économiste. Il faut écouter le débat, le vendredi matin sur France Inter, entre BERNARD MARIS et JEAN-MARC SYLVESTRE (tant pis, j’écris quand même son nom en majuscules). On se rend compte que L’ECONOMIE N’EXISTE PAS : il n’y a que de la gestion, de la gestion prévisionnelle, si vous voulez. Mais pas d’économie. Ces deux-là, quand on les écoute, on comprend qu’ils font de la POLITIQUE. La meilleure preuve, c’est précisément qu’il y a DEBAT. Alors, comment les hommes politiques pourraient-ils en faire, de la politique, puisqu’ils l’ont laissée aux économistes ? Oui, l’homme politique, c’est le deuxième EXPERT. Lui, c’est le directeur des ressources humaines, le DRH. C’est le parolier. L’économiste, c’est le plus important, c’est lui qui fait la musique de la chanson. NICOLAS SARKOZY, même si ce n’est pas lui qui écrit ses discours, est au service de la musique que l’économiste qu’il s’est choisi a écrite. Il se sert des chiffres que l’usine à chiffres qu’on appelle INSEE a chiés dans ses épais rapports. C’est ça la partition. Lui, il faut qu’il vende l’ensemble à la population crédule. En gros, il faut qu’il parle. Il ne demande que ça, d’ailleurs.

 

Et la population crédule, elle gobe, elle bée, elle avale, c’est le poisson naïf qui s’embroche. Et surtout, la population crédule laisse la politique et l’économie aux mains de ces EXPERTS. Eux, ce sont des professionnels. Ils savent. L’économie, c’est fait par et pour les professionnels. La politique est devenue un métier. La preuve, la majorité du personnel politique sort d’une formation professionnelle pointue, que le monde entier nous envie, et qui s’appelle ECOLE NATIONALE D’ADMINISTRATION. Vous vous rendez compte : ils sont sur les même bancs, et puis après, ils sont prêts à s’injurier, tout ça parce qu’ils n’ont pas opté pour la même écurie. Ils se tutoient tous, ils mangent ensemble, avec les économistes et les journalistes, et ils font semblant de débattre. Non, soyons honnête, dans les paroles de l’adversaire, ils déplaceraient bien cette virgule, là. Vous voyez bien qu’il y a débat.

 

Vous voyez le tableau. Au fond, c’est assez simple, comme mécanisme. Vous avez l’économiste qui fait carrière, l’homme politique qui fait carrière, le journaliste qui fait carrière (MOUCHARD, dit JOFFRIN, GIESBERT, DUHAMEL, etc.). Cela s’appelle LES ELITES. Ils se connaissent, se téléphonent, se piquent leurs femmes, se chamaillent parfois. Vous voyez, c’est la vie. Eh bien, je dis « merde ».

01.12.2007

EPOUVANTAIL 13 - POURQUOI L'ECOLE ?

13 – POURQUOI L’ECOLE ?

Tout le monde est d’accord : les pays « développés » sont ceux qui ont mis en place un vaste système éducatif. C’est à ça qu’elle sert, l’école : au développement. Pour le peuple, je veux parler des 98 % de la population qui ont besoin de travailler, elle est devenue L’ESPOIR, la porte ouverte sur un « avenir meilleur ». Elle a été aussi un facteur d’élévation intellectuelle, voire morale, elle a formé des êtres humains, aidé au « développement culturel », favorisé « l’accomplissement de l’individu », enseigné les bases de l’humanisme laïc.

C’est le refrain. Mais la vérité de l’école, c’est le développement économique. Point. Depuis l’origine.

Les grands, les riches, partout, de toute éternité, transmettent à leur progéniture ce qu’il faut savoir pour rester grand, pour rester riche. Ils ont inventé l’école gratuite, laïque et obligatoire, quand ils ont été mis dans l’obligation de se servir d’un grand nombre de mains pour faire tourner une énorme machine  de production industrielle. Il en fallait, de la population instruite, des ingénieurs formés, des compétences, des aptitudes, de la conscience professionnelle, des savoir-faire et une morale, quoi ! Alors, les grands et les riches, ils ont ressorti de leur grenier quelques vieilleries qui y étaient remisées depuis lurette : les VALEURS UNIVERSELLES : le Beau, le Vrai, le Bien, l’Utile. Tout ça a donné le « Système éducatif » à la française, les « hussards noirs de la République », l’ « ascenseur social », bref : le grand mythe de la République égalitaire.

CLAUDE LEVI-STRAUSS propose de voir dans l’invention de l’écriture la mise en place de grandes structures sociales hiérarchisées, rigides, grâce auxquelles ont été rendus possibles les grands travaux, les grandes réalisations architecturales (autrement dit la domestication des foules), dans des EMPIRES comme ceux des Assyriens, des Chinois ou des Egyptiens.

Eh bien, pour l’école, c’est la même chose : quand la machine industrielle a eu un énorme besoin de main d’œuvre compétente, les propriétaires, autrement dit les riches, ont été OBLIGES de former des pauvres pour faire marcher leurs machines, de leur donner compétences et qualifications. Ils auraient pu construire leurs centres de formation, leurs « écoles », si tu veux. Cela leur aurait coûté un maximum. Là où ils ont été rusés, c’est qu’ils ont fait payer les frais de cette gigantesque entreprise de formation par la collectivité : ce fut JULES FERRY, ce fut l’Ecole Publique, gratuite, laïque et obligatoire, qui récompensait les aptitudes et les efforts par une reconnaissance publique, des diplômes, des études plus longues, puis un statut social plus enviable que celui des parents, un salaire plus ample, une possibilité de devenir propriétaire, enfin, rien que du bon. Qui aurait dit non à ce programme ? Qui aurait renoncé par avance à la perspective de « vivre mieux » ?

Ce qui n’était pas dit, dans ce beau programme, c’est que, le jour où les riches n’auraient plus besoin des pauvres pour faire tourner leurs machines, eh bien L’ECOLE DISPARAITRAIT. CE JOUR EST VENU : la disparition de l’école pour tous est programmée. Les riches ont trouvé des plus pauvres pour produire les richesses. Chez nous, LES riches n’ont plus besoin de NOS pauvres, mais des pauvres d’ailleurs, et ils sont constamment à la recherche d’un plus pauvre qui leur permettrait d’économiser sur le salaire. Les riches n’ont plus besoin des pauvres, tout simplement parce qu’il y a une réserve de cinq milliards (5.000.000.000) de pauvres sur la planète, autrement dit un espoir pour les riches de baisser les salaires sans discontinuer. Si l’on ajoute, chez nous, les fabuleux GAINS DE PRODUCTIVITE, et, ailleurs, le TRANSFERT MASSIF DES TÄCHES DE PRODUCTION, on voit qu’il n’y a aucun espoir de voir baisser le chômage. Et si l’on ajoute à cela que la richesse produite rémunère aujourd’hui  davantage l’actionnaire que le travailleur, on n’est pas près de voir nos salaires augmenter. Toutes les promesses de NICOLAS SARKOZY (une France de propriétaires, augmenter le pouvoir d'achat, etc.), c'est du PIPEAU. C’est mécanique. C’est L’INJUSTICE qui "étend son règne" : le cantique finissait "de l'univers sois roi", je crois.

 

A Suivre…

30.11.2007

EPOUVANTAIL 12 - TERRORISME DE LA MOYENNE

PHILIPPE VAL, vendredi 23 novembre, sur France-Inter, a repris sa démonstration par l’absurde de l’absurdité de toute MOYENNE : vous avez les pieds dans le congélateur et la tête dans le four, vous faites la moyenne des deux températures : c’est la température IDEALE, sauf que vous êtes mort. C’est aussi bête que ça.

 

J’ai déjà parlé de la moyenne, dans « Mes épouvantails 8 – Eloge du Grand Statistiqueur », article paru sur le blog le 7 novembre. Mais plus ça va, plus j’ai l’impression que, sous des dehors neutres, objectifs, bienveillants et finalement invisibles, indifférents ou pas intéressants, il y a là une grosse illusion, une énorme imposture contre laquelle il faut encore s’élever. C’est pour ça que j’y reviens. Je me rappelle avoir lu, il y a assez longtemps, dans le journal Le Monde, un article intitulé « Le Trou noir des statistiques ». Ce titre énonce une grande vérité.

 

Les habits de la statistique sont rutilants, ils ont l’évidence de ce qui est naturel, ils sont une figure du VRAI, de l’incontestable, car il s’agit de données. Ah tu comprends, ce sont des données, donc on ne peut pas les remettre en question. La statistique est une figure actuelle incontournable de la MYTHOLOGIE DU VRAI, voire de la Religion du Vrai, autrement dit de l’Illusion du vrai. Un petit coup de pied de DOUTE dans cette fourmilière de la prétention serait le bienvenu.

Je redonne le mot de Churchill : « JE NE CROIS QU’AUX STATISTIQUES QUE J’AI MOI-MÊME FALSIFIEES ». L’intérêt de cette citation, c’est de faire apparaître la statistique comme un OBJET DE CROYANCE, un peu comme une religion, si vous voulez, comme une idole à honorer, à prier. Rappelez-vous Sarkozy : « Je veux 3 % de croissance » : avec ce « 3 % de croissance », il est alors en plein dans la croyance au pouvoir magique des chiffres de la statistique. « Mon dieu, donnez-moi 3 % de croissance et je serai sauvé ». Pauvre homme finalement, Nicolas Sarkozy, avec ses efforts désespérés pour s’assurer une emprise sur le réel, ou pour faire croire qu’il en est capable. Et d’abord, pourquoi seulement 3%, pourquoi pas 3,1416 ? Je pose la question.

Une moyenne est le résultat de calculs, et ces calculs, il faut bien qu’ils soient faits par quelqu’un. Par qui ? On ne sait pas, c’est anonyme, c’est quelqu’un qui est dans la chaîne qui établit un pouvoir, mais dont le nom doit rester inconnu, ou plutôt non : dont le nom est sans aucune importance. Ensuite, à partir de quoi ? On est bien obligé de collecter les chiffres (du chômage, de l’espérance de vie, du nombre de lecteurs MP3 vendus dans l’année ou d’appels surtaxés passés depuis un téléphone portable, enfin bon, aucun domaine de la vie humaine n’échappe aux griffes de la statistique). Qui va collecter les chiffres ? Dans quelle brouette sont-ils versés et par qui ? Qui les a livrés ?

 

Le dernier mensonge de l’INSEE : dormez en paix, Françaises-Français, votre pouvoir d’achat, eh bien, vous voulez savoir ce qu’il a fait ? Voilà : VOTRE POUVOIR D’ACHAT A AUGMENTE. Et grâce à NICOLAS SARKOZY, vous allez voir ce que vous allez voir ! Quelques journalistes tentent bien de donner la parole à des pousseurs de caddie qui affirment que la même somme qu’auparavant ne suffit plus à le remplir autant ? Vos fins de mois se situent au 22 du mois alors que jusque-là, vous pouviez aller jusqu’au 25 ? Ce sont des IMPRESSIONS, on vous dit, et bien sûr, des impressions FAUSSES. Le passage à l’euro ? Tranquille, Mimile. La vie quotidienne ? A l’aise, Blaise. Manger beaucoup de fruits et légumes ? Cool, Raoul. L’INSEE, avec l’établissement « scientifique » de toute sorte de MOYENNES, donne des outils parfaits à tous ceux dont le fonds de commerce est le mensonge politique, autrement dit, le discours politique.

 

Il reste que le nombre des PAUVRES a explosé : on parle de 7.000.000. Voilà la vérité. Quand à la radio, le journaliste annonce, tout neutre, les bons chiffres de l'INSEE puis, juste après, toujours très neutre, le nombre des pauvres, pourquoi serait-il moins neutre de commenter la CONTRADICTION ?

 

A Suivre ...

20.11.2007

MES EPOUVANTAILS 11 "POUR CASSEROLE ET VIOLON SALE"

On appelle ça, curieusement, MUSIQUE CONTEMPORAINE. C’est ce que j’explique à mon ami Didier (allez voir son blog, lien dans la colonne de gauche) : depuis qu’il y a de la musique, elle a TOUJOURS ET PARTOUT été contemporaine. La musique en conserve, ça commence seulement en 1877. Jusque-là, pour écouter de la musique, vous deviez, soit attendre qu’un musicien en joue pour vous (c’est plus facile quand vous le payez, c’est d’ailleurs comme ça que ça se passe dans la réalité : il n’y a de musique que chez les riches, ou peu s’en faut), soit en jouer vous-même, et pour en jouer, il fallait apprendre, et pour apprendre, il fallait un instrument, et puis il fallait avoir les partitions, enfin bref, c’était compliqué. GRAHAM BELL, CHARLES CROS, THOMAS EDISON, en une douzaine d’années, tournent autour de systèmes qui vont finalement aboutir au tourne-disque. C’EST FINI.

 

Oui, c’est fini, coupé, rompu. Les gens n’écouteront plus jamais la musique des compositeurs vivants, mais la musique telle qu’ils la veulent : c’est déjà l’ère de la CONSOMMATION. C’est l’ère de la GRANDE CONSERVATION, de la BANQUISE MUSICALE. Ton oreille s’habitue à ses ritournelles préférées, ton oreille devient paresseuse, elle aime vivre dans le passé, dans les sons flatteurs et confortables qu’elle connaît bien. Et ce n’est pas la radio, inventée pendant la même période, qui va y changer quelque chose, bien au contraire : pour avoir des auditeurs, les programmateurs sont dès l’origine obligés de suivre les goûts du public, et les goûts du public, on les connaît : ce n’est pas l’esprit d’aventure et de découverte qui les caractérise, mais la frilosité, le conservatisme, le refus du différent, disons le mot : L’INTOLERANCE. On appelle ça, aussi les goûts, la préférence. PRIMAT DU SUBJECTIF. Celui qui s'impose à tous, qui s'impose comme NORME. C'est ça, le POLITIQUEMENT CORRECT. L'interdit de chacun s'impose à tous. Bravo la performance.

 

Et les musiciens, alors, qu’est-ce qu’ils font ? Ils continuent à inventer des formes nouvelles, des façons nouvelles de produire et d’assembler des sons. Et pour ne rien arranger, des hurluberlus vont s’ingénier à torturer les bonnes habitudes de l’oreille, dont la principale : la tonalité. Alors là, c’est le DIVORCE, et ça se passe à Vienne (SCHÖNBERG, BERG, WEBERN). DEBUSSY, passe encore, à la rigueur, mais VARESE, alors là, il ne faut pas exagérer. D’autres hurluberlus (STRAVINSKY, BARTOK) vont partir sur des voies où eux seuls se seront risqués. Après ça, tiens, elle est dans un triste état, la ligne mélodique ; en piteux état, la trame harmonique !

 

Pourtant, qu’est-ce qu’ils font, les compositeurs ? Ecoute bien ce que je te dis : ils se contentent d’exploiter des possibilités d’un système musical que TOUS les musiciens avant eux avaient laissées de côté pour cause de conventions sociales. La musique, privée de ces autres possibilités, réduite à quelques composants, arrive historiquement exténuée au tournant du XX° siècle. Pour pouvoir continuer, il faut élargir. Dans la musique, mais aussi dans la peinture, la poésie, la sculpture, l’architecture, etc., on est OBLIGE. Ou alors, c’est la clé sous la porte, et le passé qui passe en boucle sur les modernes machines. L’homme serait dans un MUSEE, où il passerait le plumeau pour chasser la poussière inexorable. Et ce musée aurait pour EPITAPHE : ci-gît l’homme.

 

Autant, ou plus qu’autrefois, tu as peur de l’inconnu, homme des cavernes lumineuses et sonores. Tout ce que tu NE RECONNAIS PAS, cela t'effraie. Ce que tu reconnais, c'est ce qu'on t'a appris, transmis. Ce que tu ne reconnais pas, c'est la bouteille de coca quand tu vis dans la forêt vierge. Si c’est de la peinture, tu écriras, en sortant, sur le livre d’or : « La queue de mon chien en ferait autant ». On peut remplacer « la queue de mon chien » par « un enfant de cinq ans », « un âne », ou quoi que ce soit d’aussi flatteur. Si c’est de la musique, c’est pire, parce que la peinture, elle, ne fait pas de bruit, alors que, par nature, la musique SE MANIFESTE. C’est une agression : « C’est insupportable. Enfermez-le. SONATE POUR CASSEROLE ET VIOLON SALE. » (voir titre).

 

Tout simplement, tu es un ADEPTE DE L’ORDRE PUBLIC : « Dormez tranquilles, braves gens, la police des oreilles et des yeux veille, continuez à dormir ». Ton oreille est un petit animal qui porte de la laine sur le dos, bien docile et soumis. Elle se repasse les films du passé (opéra, symphonie, tonalité……) ou d’aujourd’hui (variétoche, rock dans toutes ses sous-espèces) : c’est la même herbe déjà cent fois broutée, le même bêlement que les immémoriaux ancêtres. Ton oreille a la TROUILLE. Ton oreille serre les miches. Ton oreille fait dans son froc. Ton oreille préfère ses bonnes vieilles pantoufles auprès de la bonne vieille cheminée.

 

Grâce à la technologie, nous avons en entier le patrimoine musical éternel et universel à portée de main immédiate : un clic suffit pour voyager dans le temps musical et dans l’espace musical, que dis-je : pour s'approprier tout cela, et sans l'avoir mérité, simplement parce que nous en avons les moyens. Nous sommes riches de toutes les richesses des morts et des étrangers exotiques. Nous sommes maîtres du curseur, mais, comme l’infâme Miloch, dans Le Piège diabolique de EDGAR PIERRE JACOBS (tout le monde connaît la série « Blake et Mortimer », j’espère), l’extrême technologie a piégé la machine, rendant impossible ou dangereux le retour au PRESENT. La musique qu’il faut bien appeler « savante » est rayée des « playlists » des radios. C’est tout juste si MICHAEL JARRELL est autorisé à pointer de loin en loin le bout du nez de sa musique au festival « Musica » de Strasbourg. Et « Musiques en scène », tous les deux ans, à Lyon, est obligé de faire des concessions sur le fond pour espérer les sacro-saintes subventions.

 

Les techniques de reproduction sonore ont abouti à ce fabuleux résultat, qu’on a assisté à la plus grande entreprise de DOMESTICATION DES ESPRITS, en y pénétrant par l’oreille. La télévision fait la même chose, en plus fort, en y entrant par les yeux. Oui, la police de la langue, la police de la pensée, c’est grave, humainement grave (tiens, va voir le blog de mon ami Roland, en ce moment, il raconte les CANUTS de Lyon, lien dans la colonne de gauche). Mais rends-toi compte : ça commence par la POLICE DES YEUX, et par la POLICE DES OREILLES. C’est pratique, parce que c’est indolore, sans violence : les coûts d'asservissement sont réduits au minimum. L’œil et l’oreille vivent aujourd’hui en état de SERVITUDE, dans nos cavernes lumineuses et sonores (merci PLATON). Et c’est une SERVITUDE VOLONTAIRE (merci ETIENNE DE LA BOETIE).

 

Allumer la radio, la télévision, c’est accepter le râtelier, c’est accepter de ruminer en bêlant le fourrage que le maître des sons et des images y a mis, c’est être heureux dans "le grand troupeau" (le titre de Giono a une autre valeur, qui me touche, voir mes articles sur les monuments aux morts). Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : LE MAÎTRE, ce n’est pas Nicolas Sarkozy, lui, il fait semblant de diriger la machine. Non, Charles de Gaulle, les Français ne sons pas « des veaux ». C’EST ENCORE BEAUCOUP PLUS GRAVE QUE CA.

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