29.03.2008
PARLEZ-VOUS YONNAIS ?
LEÇON DE YONNAIS
Aujourd’hui, nous évoquerons la BUGNE (la seule, la vraie, celle de LYON, donc).
Ma grand-mère les faisait fines et craquantes, rectangles étalés au rouleau sur la table de la cuisine sur une mince couche de farine, découpées puis fendues avec la « roulette coupe-pâte » en buis, vous savez, avec la roulette en zig-zag, même qu’on se disputait ce privilège. Une fente pour les bugnes étroites, deux pour les plus larges. Ensuite, c’étaient les « nœuds » : il fallait passer un bout de la bugne dans la fente, avant de la plonger dans la friture, à la sortie, c’était la surprise, à qui ferait la forme la plus étrange, la plus tordue, où nous reconnaissions profils de sorcières et autres joyeusetés. Vous laissez égoutter, vous posez sur papier absorbant pour pas que ce soit trop gras, vous saupoudrez de sucre glace. C’est prêt. Un régal.
GILBERT-LUCIEN SALMON (Dictionnaire du français régional du Lyonnais) la définit : « Variété de beignet confectionné pour Mardi-Gras, découpé dans la pâte avec une roulette ou éperon. ».
Je préfère NIZIER DU PUITSPELU et son Littré de la Grand-Côte, qui sont comme le Pape et la Bible, autrement dit, l’infaillibilité et la vérité absolue. Il dit : « 1. Sorte de pâtisserie en forme de couronne, frite dans l’huile. » Et de la bugne à l’éperon : « Sorte de beignet de pâte craquante, saupoudré de sucre. L’épithète à l’éperon vient de ce que pour découper la pâte, aplatie en feuille sur la planche à pâtés, les cuisinières se servent d’un instrument assez semblable à l’éperon du cavalier. » Voilà.
Retenez bien le mot « craquante », parce que de grands caquenanos ont inventé la « bugne épaisse », qui finit infâme et pâteuse sous la dent. L’inventeur de cette hérésie a dû aller au ciel droit comme une bugne (autrement dit, en faisant le « paradis buissonnier »). Il n’a d’ailleurs que ce qu’il mérite. Il a même dû se faire traiter de grande bugne (benêt, caquenano), comme cestui-ci qui, se récriant, se vit répondre par celui qui l’avait ainsi traité : « Mais c’est pas pour te fâcher ! Je t’ai dit grande bugne comme je t’aurais dit grande bête ! – Oh, alors !… ».
Si par hasard, passant par notre belle ville, vous demandez votre chemin à un Yonnais facétieux qui vous répond : « Vous pouvez pas vous tromper : vous y arriverez droit comme une bugne », méfiez-vous, vous êtes prévenu. J’en connais un qui, place Bellecour, à un couple d’Américains bardés de l’uniforme du touriste américain qui lui demandait comment accéder à la cathédrale Saint-Jean, leur fit prendre le métro et descendre au terminus « Gare de Vénissieux ». Ils sont arrivés à la cathédrale droit comme une bugne. Ceux qui connaissent saisissent la « facétie » (Vénissieux, c’est au diable vauvert). Je ne sais pas pourquoi, mais il n’aime pas les Américains, le copain.
Je mentionne par acquis de conscience le chapeau haut-de-forme qu’on appelle bugne, parce que ce n’est pas du tout le même mot. La preuve : il vient de Neufchâtel.
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24.03.2008
SUIVRE SES PENTES
LITTRÉ DE LA GRAND-CÔTE
Connaissez-vous l’expression « vieux comme un banc » ? On la trouve dans une phrase du genre : « Madame la baronne de Pouillevaisse a dû être fort belle. C’est dommage qu’elle soye vieille comme un banc ». Nizier du Puitspelu, celui du dictionnaire, vous savez, Le Littré de la Grand’Côte, dit n’avoir jamais compris cette métaphore. Ah mais, vous ne connaissez pas non plus la Grand’Côte. Il fut un temps où ma fenêtre donnait juste au-dessus. Les soirs d’été, tous les Arabes du coin, et il y en avait pas mal à l’époque, se donnaient rendez-vous là jusqu’à des heures pas possibles. J’étais au deuxième. Au 24, rue des Pierres-Plantées. Au premier, c’était la brave Madame Tupinon, qui ne se déplaçait déjà plus guère, sauf pour allez prendre le frais dans son petit jardin, protégé de la rue Jean-Baptiste Say par un haut mur. Deux trois arbres. Un banc. Une table en fer. L’été faisait bon en ce temps-là.
La montée de la Grand’Côte, c’étaient des maisons pas très hautes, construites sur la pente raide. HENRI BÉRAUD, dans Qu’as-tu fait de ta jeunesse ?, la raconte comme un mur qu’il fallait grimper pour rejoindre le galetas de Lintier ou d’Albert Londres, je ne me rappelle plus. Dis-moi, Solko. Un mur : il exagère. Mais c’est vrai que c’était raide. Et mal famé, surtout dans le haut, rapport aux Arabes, attirés par les loyers bas. Il faut dire que, dans les maisons, les normes d’hygiène et de sécurité, ce n’était pas encore le règne de la Commission Européenne. Il y avait quelques étudiants (ou étudiantes), à qui je rendais visite en serpentant entre les volets roses ou vert cru, entre les fenêtres ouvertes. Cette chienlit était insupportable aux « édiles ». C’était la fin du règne de « Zizi » Pradel, le bétonneur. C’était l’époque de la revue Les Equevilles, fabriquée par un certain Jacques Glénat-Guttin qui en laissait quelques exemplaires sous le péristyle de l’Opéra, où je l’achetais dans cette librairie qui a disparu, tout comme le magasin d’articles de danse, la piperie Nicolas, et de l’autre côté (rue Joseph-Serlin) le marchand de timbres.
C’était bien, ces échoppes. JEAN NOUVEL n’en a fait qu’une bouchée, sous prétexte de « rénover ». Ce pauvre niais snobinard, Raymond Barre l’a laissé vider les murs de leurs tripes à l’italienne pour en faire un lieu lisse et mort, tout noir et tout mort. L’acoustique est excellente, ça sauve un peu. Mais je m’égare, je me laisse aller, je me bambane, je me lanticane, je me lantibardane : je me promène, quoi, je flâne sans but. Qu’est-ce que je voulais dire, déjà ? Ah oui ! Pradel le bétonneur ne supportait pas la Grand’Côte, le haut, surtout. Il a fini par avoir gain de cause : la Grand’Côte est morte, « et mon luth constellé porte le soleil noir de la mélancolie » (Nerval). Rasée, la Grand’Côte. L’autorité aime les choses simples, pas les vieilles histoires ou les vieilles pierres. Ah ça ! Pour la vue dégagée, les touristes sont ravis ! Et il y en a des touristes ! Depuis le classement UNESCO. Patrimoine mondial. Attendez, je n’ai pas fini sur Jacques Glénat-Guttin (c’était son nom à l’époque). Maintenant, la maison d’éditions GLENAT, sise à Grenoble, a acquis une renommée grande et justifiée dans le domaine de la BANDE DESSINEE. Il publiait une merveilleuse revue intitulée Circus.
Je reviens, je reviens à la Grand’Côte. Fini, donc, la Grand’Côte : en haut, une esplanade où le soleil d’été reflété sur la pierre claire vous brûle les yeux et la gorge. Ça tombe bien, c’est là, la terrasse de café. Une rambarde en pierre, un escalier qui passe en dessous, et puis un jardin. Je n’ai rien contre les jardins, mais celui-là est laid, mais laid de chez la laideur, fait pour les mamans à poussettes, avec ses chemins en pente et en zigzag faits pour que les roues roulent. Bref, un certain monde est fini, et la ville se tire au cordeau. On accède même à la rue Pouteau par un large escalier, c’est vous dire. Moi, la rue Pouteau, c’est d’abord le 16. C’était là le local de réunion des scouts, la 44ème, Guy de Larigaudie. Le local est toujours là, mais terne et triste, comme un ventre ouvert, les tripes froides à ciel ouvert. Avant la destruction, c’était une cour bien fermée, donc vivante. On accédait par un escalier d’une quarantaine de marches. Il y avait le local des « jeunes des Terreaux », avec lesquels on n’aimait pas trop frayer, rapport au vulgaire, n’hésitant pas à peloter les filles qui s’aventuraient jusque-là, mais les filles gloussaient à qui mieux-mieux, alors...
Nous, on n’en était pas là : nous n’étions encore que des sales gosses qui allaient jeter des graviers aux vitres des concierges et poser des pétards dans les traboules. Il y avait « mémé-balai », place Croix-Paquet, il y avait « mémé-courante », rue des Capucins. Il fallait se méfier : malgré son âge, elle était leste et rapide. Ça doit être ça, le bon temps, les pentes de la Croix-Rousse, le cinéma Marly, à l’angle de la rue René Laynaud (du nom d’un poète héros de la Résistance). Place Croix-Paquet, au retour des réunions, j’apportais des clopes, piquées à droite et à gauche, à P’tit Jo, le clochard. Lui, il me montrait les « trésors » qu’il trouvait de temps en temps dans les poubelles, des montres de gousset, c’est vous dire. La rue Pouteau, c’est la rue en escaliers. Sorokine, il habitait un gourbi au rez-de-chaussée d’un immeuble, en dessous de l’escalier. Il avait une seule dent, en haut, et ça chuintait quand il disait « comprenez-vous ? ». Il survivait. Le cinéma Marly lui commandait des pancartes pour annoncer les films nouveaux. Ben oui : il était peintre. Un Lituanien qui avait quitté son pays à la rame (m’avait-il raconté) pour échapper aux Soviets en 44. Mais la rue Pouteau, je laisse mon ami Fonddetiroir la raconter, s'il lui plaît un jour, car il la connaît bien mieux que moi. Je devrais dire : l’a connue. Les « Pentes » ne sont plus ce qu’elles étaient, allez, mon bon monsieur. Du coup, j’ai délaissé mon sujet de départ. En quelque sorte, j’ai suivi mes « pentes ». Vous ne m’en voudrez pas, j’espère.
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21.03.2008
FRIVILLE-ESCARBOTIN
AUJOURD’HUI
FRIVILLE-ESCARBOTIN, vous savez, c’est dans la Somme (département 80). Aux municipales, c’est là, paraît-il, que le plus jeune maire de France a été élu, 23 ou 24 ans suivant les sources. Mais FRIVILLE-ESCARBOTIN, c’est d’abord un nom génial, par sa gaieté, presque son manque de sérieux. Je me demande comment on appelle les habitants, tiens. D’après le QUID 2001, il y a 4.646 habitants (7.184 avec l’agglomération). Les spécialités indiquées sont la robinetterie, la serrurerie, les métaux, la verrerie. Et il y a des musées des Industries (tiens, pourquoi le pluriel, au fait ?). Vous voyez que des tas de questions cruciales se posent et viennent à l’esprit, quand on évoque FRIVILLE-ESCARBOTIN. C’est une sorte de centre du monde, dans le fond. Au lieu de jeter son dévolu sur VADUZ, BERNARD HEIDSIECK aurait tout aussi bien pu poser son doigt de poète sur ce haut lieu. Pour montrer que vous êtes en train de visiter un blog qui ne prend pas ses visiteurs pour des buses, il faut préciser que le Petit Larousse 2005 va jusqu’à donner le code postal de FRIVILLE-ESCARBOTIN (80130), signaler qu’il s’agit d’un ch.-l. de cant. de la Somme, compter 4.826 hab., et même répondre à la question que je posais dans ma deuxième phrase, puisqu’il nomme les Frivillois. La même source parle, quant à elle, d’un « Musée des Industries du Vimeu ». Et comme je déteste faire les choses à moitié, vous ne croyez tout de même pas que je vais vous faire grâce de la notice du Petit Robert des noms propres (édition de 1994 revue, corrigée et mise à jour en 1995), quand même, car il y a du nouveau, comme vous allez voir, ce qui change la perspective du tout au tout. En effet, si FRIVILLE-ESCARBOTIN est doté d’un code postal identique (80130), ce qui rend toutes les démarches postales d’une praticité indéniable, qu’il reste ch.-l. de cant., il est précisé : « de la Somme » et, comble du luxe, que nous sommes dans l’ « arr. d’Abbeville », « dans le Vimeu ». Moi, vous me connaissez (comme aurait dit le commissaire San Antonio), je vois « Vimeu », je saute immédiatement en parachute sur la notice du même nom, et qu’est-ce que je trouve, sous mes yeux émerveillés ? Que le VIMEU est une région de Picardie, située entre la Somme et la Bresle. Que son sol argileux, son climat froid et humide (je vous jure que c’est dans le dictionnaire et que je n’invente rien) conviennent aux prairies et aux vergers de pommiers à cidre. Qu’on y trouve de l’élevage de bovins et de chevaux, ainsi que de la serrurerie et de la robinetterie. Quand je vous disais que la moindre des précautions, quand on veut des informations sûres, c’est le recoupement des sources. C’est ainsi qu’on s’aperçoit de certaines divergences inadmissibles, qui jettent un doute sérieux sur le sérieux de certains praticiens de l’information dans la collecte. En effet, il est insupportable de constater que personne n’est d’accord sur le nombre des habitants de FRIVILLE-ESCARBOTIN. Le dernier dictionnaire cité (le Petit Robert, alias Robertino), avant de convenir, lui aussi, que cette illustre commune dispose d’un « Musée des Industries du Vimeu », ce qui est bien le moins, et des fonderies, lance le chiffre de 4.737 (aggl. 7.037). Il faut mettre fin à ce scandale et que tout ce beau monde se mette d’accord une bonne fois pour toutes. Organisons une table ronde, non : il faut réunir au moins une GRENELLE DE FRIVILLE-ESCARBOTIN pour fixer une fois pour toutes, et graver définitivement dans le marbre LE NOMBRE DES HABITANTS DE FRIVILLE-ESCARBOTIN. Il faut mettre fin à l’approximation. Tout esprit sérieux et rationnel est en droit d’exiger ce minimum de rigueur intellectuelle. FRIVILLE-ESCARBOTIN, après avoir subi durant de longs siècle, un mépris aussi lourd qu’injustifié d’historiens peu soucieux de la vérité, mérite d’être enfin rétabli dans son droit, et de savoir sur combien d’habitants il peut compter. Plus jamais ça ! Il ne faut plus que des chercheurs plus ou moins fantaisistes ou primesautiers manipulent les chiffres à leur guise. Il faut établir POUR L’ETERNITE le nombre des habitants de FRIVILLE-ESCARBOTIN.
* *
Au fait, il faut que je vous le dise : je comptais simplement évoquer le monument aux morts de FRIVILLE-ESCARBOTIN, qui me semble d’une grande dignité. Il se présente comme un caveau, où repose un enfant du pays, dans son uniforme de poilu. Au fond, un soleil levant darde ses rayons. A gauche, se tient, dans une attitude de recueillement, un homme en tenue d’ouvrier ou de paysan. A droite, une femme en long voile se lamente. Avec le bas-relief sculpté, nous sommes,
d’un côté, dans l’atelier du forgeron (enclume, masse, roue dentée), et de l’autre, dans un champ cultivé (charrue). Une gerbe de fleurs (en pierre) est déposée sur le sol. L’inscription au fronton est sobre : entre deux croix de guerre « La commune de FRIVILLE ESCARBOTIN BELLOY à ses enfants morts pour la France ».
07:57 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : friville-escarbotin, monuments aux morts, littérature, poésie, humour
27.01.2008
CAMEMBER L'ANCÊTRE
C’est l’avocat, maître Bafouillet, qui défend Camember : « Messieurs, comme l’a fort bien dit Bossuet, notre maître à tous, il n’est si petit ruisseau qui ne finisse par porter ombrage.
« Si l’on en croyait l’acte d’accusation qui, de son doigt sévère, nous a plongé sur ce banc d’infamie, messieurs, nous aurions frappé le major Mauve dans l’exercice de ses fonctions… Or, dussé-je faire rougir vos cheveux blancs, ce n’est pas à cet endroit-là que nous avons atteint l’honorable docteur. (c'est vrai : par maladresse, Camember est accusé d'avoir donné un coup de pied au cul du médecin-major du régiment)
« Alors, messieurs, jetons un voile sur les batailles d’Austerlitz et de Marengo ! Songez à son pauvre père, à ce vieillard octogénaire qui a déjà un pied dans la tombe et qui, de l’autre, a toujours marché dans le sentier de la vertu !
« Ce n’est pas, messieurs les membres du Conseil, à de vieux singes comme vous et moi qu’on apprend à faire des grimaces et, qu’il le veuille ou non, je vois bien d’ici l’œil du commissaire du gouvernement qui m’écoute et qui rit.
« La vie, hélas, n’est qu’un tissu de coups de poignard qu’il faut savoir boire goutte à goutte ; et, je le dis hautement, pour moi, le coupable est innocent ! »
A la suite de cette émouvante plaidoirie, Camember est acquitté.
Mais au fait, je ne vous ai pas présenté CAMEMBER. C’est de la BANDE DESSINEE. François Baptiste Ephraïm CAMEMBER, fils d’Anatole Camember et de Polymnie Cancoyotte, né à Gleux les Lure, département de Saône Supérieure, le 29 février 1844. Sa vocation : ne rien faire. C’est la raison pour laquelle il se trouvera bien dans l’armée française, comme « sapeur ». Je vous signale qu’en l’honneur du Sapeur Camember et de cette date de naissance, un journal a été fondé en 1980, qui paraît tous les 29 février : La Bougie du Sapeur. Le numéro 7 devrait donc paraître en 2008. Restez aux aguets.
Le vrai, et facétieux, père du « Sapeur Camember » s’appelle GEORGES COLOMB qui, pour cette raison prendra le nom de plume de CHRISTOPHE. Il a laissé quatre chefs d’œuvre, dont je n’évoquerai ici que Les Facéties du Sapeur Camember (1896), sachant tout de même qu’il est vital pour la santé (mentale) de ne rien ignorer du savant Cosinus, de la famille Fenouillard ou de Plick et Plock.
Camember a du bon sens, et du gros. Ainsi, lorsque Cancrelat, qui doit scier le bois du Colonel et se désespère car le tas est vraiment très haut, il le réconforte : « Cancrelat, lui dit-il, tu m’affliges : tu n’as qu’à commencer par un bout, et quand t’arriveras à l’autre, tu seras tout épaté d’avoir fini ». Et lorsque le pauvre est arrivé à la moitié, et se plaint que c’est vraiment très long : « S’pèce de moule ! C’est par l’aut’bout qu’il fallait commencer, parce qu’à présent qu’il n’y a plus rien de ce bout ici, il n’te resterait plus rien à faire ». IMPARABLE.
Une autre fois, le sergent Bitur (ça vaut l’adjudant Kronenbourg de Cabu), qui a beaucoup moins de bon sens que Camember, lui « imprime » (sic) l’ordre de creuser un trou pour y cacher des ordures. Le sapeur, une fois la mission accomplie, se demande où il va fourrer la terre extraite du trou. Bitur : « Que vous êtes donc plus herméfitiquement bouché qu’une bouteille de limonade ! Creusez un autre trou ! ». Deuxième engueulade : « M’ferez quatre jours pour n’avoir pas creusé le deuxième trou assez grand pour pouvoir y mettre sa terre avec celle du premier ».
Camember a aussi l’art du compliment délicat. Un peintre a fait le portrait de la colonelle. Le sapeur se croit obligé de corriger « mam’selle Victoire » (servante alsacienne, c’est important de le préciser) qui vient d’émettre un jugement désobligeant sur la peinture, que la Colonelle a entendu : « C’est p’têtre vrai que ce n’est pas joli, joli… Mais avouez que c’est rudement ressemblant ! ».
Mam’selle Victoire a donc un accent alsacien à couper au couteau. Elle appelle Camember « Mossieu Gamempre ». Un jour, à Camember qui cherche son Colonel : « Foui ! Mossieu Gamempre, ché fiens té lé foir… tans son gabinet… il é…grivé ». Persuadé que son cher colonel est mort, il court ameuter la caserne. Après vérification, le Colonel est bien vivant, et fait venir Victoire : « Ch’ai pas tit : le golonel il est grévé », ch’ai tit : « Le golonel il égrivé… afec une blume quoi ! » ».
Quelle chance vous avez, bande de petits veinards qui ne connaissiez pas Camember, vous allez vous régaler ! Vous découvrirez qu’il sait à l’occasion se comporter en véritable héros militaire, puisqu’il sauve son Colonel, qui le décore, si c’est pas une preuve, ça. Cancrelat, nommé capitaine des pompiers, « a eu le premier l’idée géniale qui consiste à essayer les pompes la veille de chaque incendie ». Camember épouse Victoire qui, à la dernière image, lui a déjà donné huit garçons, pas tout à fait « l’effectif d’une escouade sur pied de guerre ». Peinture ironique et débonnaire d’une vie de caserne désormais disparue.
On peut considérer GEORGES COLOMB alias CHRISTOPHE comme un ancêtre français de la BANDE DESSINEE, de même que la Suisse a donné à celle-ci RODOLPHE TÖPFFER (né en 1799) (Les Amours de M. Vieuxbois), l’Allemagne WILHELM BUSCH (les infernaux Max et Moritz), et l’Amérique RICHARD OUTCAULT (Yellow Kid, où apparaît la première bulle en 1896). Total respect !
08:00 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bande dessinée, BD, Littérature, Poésie, Christophe, Georges Colomb, Humour
08.01.2008
DISCOURS DE MARIAGE
LE MAIRE AUX NOUVEAUX MARIES
(Discours authentique prononcé dans une petite commune du centre de la France)
Mes Chers administrés,
Après les paroles officielles et puis réglementaires que je viens de prononcer devant vous pour vous unir par les liens du mariage je ne veux point vous laisser partir sans en articuler d’autres d’une rigidité un peu plus délicate, c’est-à-dire d’une noblesse un peu plus caressante si bien de circonstance dans ce beau jour solennel.
Depuis que vous avez comparu devant ma personnalité investie des pouvoirs adéquats et susceptibles de procéder à la réunion de deux individus « Je vous considère comme deux conjoints et j’en suis fier d’en être l’auteur attendu que j’en suis moi-même un depuis quarante ans et que je n’ai jamais eu à m’en plaindre.
L’association d’homme et d’la femme est comme le dit si bien M. Larousse, l’écrivain bien connu dans son dictionnaire qu’m’a prêté l’institutrice, la réunion de deux sexes différents qui s’appuient l’un sur l’autre pour écarter les difficultés de la vie.
Vous allez cheminer par un sentier bordé de ronces et d’épines qui mène à la vieillesse lumineuse qui vous fait dire quand on est vieux avec une joie qu’on a d’égal que dans pareil cas « j’von mourir mais j’on ben vécu de d’là ».
Pour y arriver faut t’y vaincre les obstacles parasitaires qui sont à l’homme qui débute dans la vie c’qu’est la barrière du chemin à la patte du veau en bas âge qu’on mène à l’abreuvoir pour la première fois.
Pour y arriver y a qu’un moyen, partir main dans la main en cultivant des deux bras la terre qu’nous ont légué nos ancêtres, puis en soignant le bétail qui fait la force d’la nation dont je suis fier d’être le représentant.
L’Amour avec un A majuscule, c’est la plus belle institution de la République.
Vous, la femme épousée, votre mère respectée, en larmes, vous donnera dès ce soir les conseils d’usage avant que votre mari vous ouvre toute grande aux secrets de l’amour.
Quant à vous, mon garçon, il n’est pas nécessaire de vous faire l’école, attendu que vous avez toujours vécu parmi nous et que la vie des animaux vous a sûrement instruit sur ce qu’était la vie humaine.
J’m’en vas couper court à ma branche de fleur de rhétorique en vous envoyant les folles agapes que vous n’allez point manquer de manger au cours de ce repas de noces. Mais en vous avertissant au préalable que j’ai reçu d’la chaux et que je tiens à la disposition de tous les cultivateurs à raison de 30 francs le quintal.
Vive la France ! Vive la République ! Vive la Mariée Une et Indivisible !
NB : J’ai conservé, au moins partiellement, l’orthographe et la ponctuation d’origine.08:00 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Mariage, Humour, Poésie, Image, Municipales
04.01.2008
LA MAIN VENGERESSE
R.D. PARPIN est un sinistre individu, même pas recommandable pour de sinistres besognes, parce qu’il va vous les saloper. Je ne veux même pas savoir qui se cache derrière ce pseudonyme idiot : Parpin ! A-t-on idée, je vous le demande ? Et R.D. ? Cela ressemble à ce qu’on dit dans les entreprises, vous savez : R&D = Recherche et Développement, ce service de prétentieux qu’une improbable autorité économique a envoyés caracoler en « tête de gondole ». A quelles lâchetés innommables ne pourrait se livrer cet avarié quidam qui, pétant de la trouille la plus frénétique, répand dans ses braies malodorantes des liquides brunâtres et nauséabonds, à la seule idée qu’une personne normale, un lecteur par exemple, pourrait l’identifier ? Il est, par-dessus le marché, parvenu à un si haut degré d’hypocrisie, que je le vois en bifide infernal, en démoniaque et bicéphale incube, en double valet pernicieux de quelque Méphistophélès, attendant que dégringolent dans sa marmite bouillonnante les âmes égarées des damnés, obéissant serviteur prêt à touiller la chair humaine comme on remue n’importe quelle cuillère en bois dans n’importe quel potage.
Ce lamentable récit reprend par le menu les événements qui ont conduit des professeurs à faire sauter, rendez-vous compte, leur LYCEE, à la renommée pourtant éminente, tout au moins jusqu’à l’arrivée du dernier proviseur en date, nous voulons parler d’Esseulesse. Il paraît même que l’auteur a poussé le vice jusqu’à en faire un ROMAN A CLES dans lequel, sous des pseudonymes plus ou moins transparents, apparaissent, mais ô combien caricaturées, déformées, torturées, les personnes réellement existantes qui, si elles apprenaient sous quels traits et dans quelles circonstances elles sont longuement dépeintes, feraient à coup sûr un sort peu enviable à cet odieux suppôt (zitoire, of course).
Je ne vous dévoilerai donc pas l’identité du « sous-commandeur », on se situe dans les dernières pages :
« Vous n’allez pas oser porter sur moi la main,
Professeurs de mes deux, valets puants, faquins !
Il n’aurait pas dû dire ça : le sang d’Hervitte (prénom Jean-Philippe, comprenne qui voudra) ne fait qu’un tour, la queue de caniche se raidit comme un gourdin. D’un bond, Loïc les a rejoints en brandissant le landau vide que la mère lui a obligeamment prêté pour le remercier de son aide. Le longiligne Claudius et la rondelette Claudia se précipitent aussi, tout chignon et cravate en avant. Mylène-Marlène se saisit d’un talon aiguille et Nina de son beau clito. La perfidie de l’iguane atteint sa puissance maximale. Toutes les caméras attendent, haletantes, tous les micros retiennent leur souffle. Ripolina Nunuchia, pas folle, s’est jetée sur les coussins de la limousine. Gontran et le Comte (les deux narrateurs), armés de leur pouvoir de narrateurs, s’approchent, menaçants. « Qu’est-ce qu’on en fait, de ce larbin de merde, caractériel de surcroît ? » demande le Comte : « Ne pourrait-on pas en faire le héros d’un grotesque almanach ? Lui découdre la gidouille d’un terrible coup de stylo ? réplique Gontran. – Le métamorphoser en peuplier ? renchérit le Comte. – Lui réserver un bel autodafé durant lequel on le fesserait en cadence pendant qu’on chanterait ? – Lui arracher brutalement le poil avec un grand seau d’eau bouillante ? – L’abandonner sur l’île du docteur Moreau ? – Lui distiller la syphilis en l’enculant, avant de lui coudre le trou du cul et le trou de la bite avec un fil de fer barbelé ? – Le donner en pâture à Gilles de Rais ? » (On aura peut-être reconnu de subtiles allusions à Alfred Jarry, Ovide, Le Roman de Renart, H.G. Wells, D.A.F. de Sade).
J’ai recopié ce passage pour que le lecteur avisé se rende compte par lui-même à quelle bassesse humaine en général, littéraire en particulier, et morale en dernier ressort, est descendu l’auteur, qui ne mérite même pas l’honneur que je lui fais de citer son nom, de mentionner son livre. Je ne vois qu’une explication à la commission d’une œuvre si basse : l’alcool. J’ouvre à l’instant une enquête sur le débit de boissons où s’est très probablement commis ce forfait littéraire, dont il reste peut-être encore quelque témoin oculaire et auriculaire, allez savoir, et quand je l’aurai trouvé, je le cuisinerai, faites-moi confiance, il crachera le morceau, de deux choses l’une : ou bien les noms, ou bien ses dents. Je vous tiens au courant.
NB : La "main vengeresse", vous pensez bien que l'auteur est bien incapable d'inventer par lui-même un telle expression, même aussi banale. La preuve, c'est qu'on la trouve déjà dans la Bible, et plus près de nous, dans Thérèse Raquin, où la main de Madame Raquin échoue à dénoncer les deux meurtriers, au cours d'une scène intense : "Comme une main vengeresse qui allait parler"; "ils contemplaient la main vengeresse avec des yeux fixes et troubles". Même GEORGES BRASSENS s'y est mis, dans "La Fessée" : "Paf ! j'abattis sur elle une main vengeresse !" ; "Et ma main vengeresse est retombée vaincue".
CONCLUSION : Un livre hilarant, délirant, burlesque, désopilant, le défoulement libérateur de "gens du sérail" sur le monde clos, protégé, de l'Education Nationale. Même si (et surtout si) vous ne reconnaissez personne, une lecture à recommander chaudement.
R.D. PARPIN, La Main vengeresse, Editions « Le Manuscrit », www.manuscrit.com.
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28.12.2007
JACQUES CHAMBE
JACQUES CHAMBE a écrit bien des livres, dont d’estimables romans policiers qui auraient tenu une place honorable chez n’importe quel éditeur de littérature noire. La Morte du passage des cerisiers est un bon livre. Jacques Chambe est, il est vrai, davantage un conteur qu’un véritable écrivain. Il n’a d’ailleurs pas cette prétention. C’en est au point qu’il a détruit les manuscrits de tous ses romans policiers, passés par les flammes. Jacques Chambe a bien connu RENE CHAMBE, qui fut son mentor dans les choses de l’aviation, en particulier militaire, mais aussi dans la chose littéraire : Souvenirs de chasse pour Christian est sans doute le moins oublié de ses nombreux livres publiés. Mais sa robuste Histoire de l’aviation fit longtemps autorité.
Revenons à Jacques, qui aurait donc mérité un plus enviable destin éditorial, et dont le destin militaire aurait pu être plus brillant, avec un peu moins d’intransigeance sur l’honneur personnel. Les Rencontres de Jérôme Larivière met en scène, sur un fond historique un tant soit peu convenu (l’enquête secrète diligentée par Bonaparte pour retrouver le fameux Louis XVII), une époque où la voie sociale de chacun n’était pas tracée au départ. Ce qui fascine l’auteur, dans cette période éminente de la grande Histoire, c’est l’opportunité, pour un homme né pauvre et relégué, de se construire un bel « état », une place au soleil, pour peu qu’il ait de l’ambition, du talent, mais aussi de la chance et du caractère.
L’histoire débute en 1799. Le saute-ruisseau du célèbre chapelier Poupard doit livrer un chapeau au nouveau Premier Consul, en un temps où Bonaparte est encore impécunieux. Et ce sale gamin, qui n’est « rien dans le monde », a le culot de refuser au premier citoyen du pays son chapeau, au prétexte qu’il ne peut pas le payer à l’instant. Ce trait de caractère le fera entrer au service armé dudit Bonaparte, pour accomplir des missions qui réclament la plus grande discrétion. La première aura été de prendre sa place dans le lit d’une dame qui n’était pas sa légitime, mais les autres seront plus guerrières. Le récit est conduit avec bonhomie, sur un ton parfois un peu cérémonieux, mais qui sait garder un minimum de simplicité. L’humour affleure souvent. Ce livre sera le bon compagnon des deux heures que vous ne saviez pas à quoi consacrer : ça tombe bien.
08:00 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Jacques Chambe, René Chambe, Roman Historique, Récit


