31.10.2007

3 - CHIEN DES CHAMPS ET CHIEN DES VILLES

MES EPOUVANTAILS - 3 – LE CHIEN DES VILLES ET LE CHIEN DES CHAMPS

 

Ceci n’est pas une fable.

Qu’on se le dise : j’aime les chiens. Plus que les chats, même, c’est vous dire. Le premier que j’eus dans mon voisinage était un Setter Gordon. C’était chez mes grands-parents. Fool, il s’appelait. On lui adjoignit un peu plus tard Korrigane, une femelle Gordon également. Les Gordon sont des chiens de chasse, résistants et courageux, paraît-il, mais Fool devait avoir subi un traumatisme car, lorsque mon père l’emmena avec lui pour la première fois, il n’eut pas tiré le premier coup de fusil que le chien détala comme un dératé, pas pour rapporter le gibier, mais pour mettre entre lui et l’arme le maximum de distance et le plus vite possible. Nous l’avons récupéré à plusieurs kilomètres. C’est sûr, le Setter Gordon est très bon pour le galop et l’endurance. Il est noir sur la majeure partie du corps et « feu » au museau, au poitrail et aux pattes, avec une petite tache de 2 cm2 au-dessus des yeux.

Après une balade dans les champs ou les chemins, c’était la plaie : il fallait inspecter les oreilles attentivement, un vrai râteau à saletés diverses. La nuit aussi, c’était pénible, il n’aimait pas être enfermé dans l’enclos de sa niche, mais il finissait par se fatiguer d’aboyer. En dehors de ça, une crème de chien, adorable et charmant. Il y eut d’autres Setters Gordon (Souska), mais aussi des Cockers (Olaf, sale caractère), un Basset (Whisky), un Braque Allemand (Scud). Mon grand-oncle chassait également, mais en montagne, du côté de Champagny, et il me rapportait régulièrement le quatuor des plumes caudales caractéristiques du petit tétras. Il partait avec ses trois chiens et, au retour, s’arrêtait avec eux chez son frère. Il fallait anticiper : la cohabitation était difficile, et il y eut des coups de dents de part et d’autre. Il y avait Zoom, un magnifique et ombrageux Setter Irlandais, dont j’hésitais à m’approcher, tant il veillait jalousement sur la sécurité de son maître. Celui, entre tous, que j’ai préféré était un Griffon Korthals du nom de Brack. Le point commun de tous ces animaux était le vaste jardin de mes grands-parents, où ils pouvaient s’ébattre et courir à leur gré (et au nôtre), fourrer leur nez dans tous les buissons à la recherche de lézards, et leurs griffes dans les taupinières. J’ajoute un Golden Retriever, du nom de Théo, joueur et mélancolique, qui se met à revivre quand on le « cherche », et cet Epagneul Français dont j’ai oublié le nom, qui n’a pas de loi et que j’ai eu vite fait de « recadrer » discrètement et fermement : le chien comprend très bien cette attitude, surtout cette race, qui mémorise fort bien. J’arrête là, on a compris ma phrase du début.

Et l’on a compris où je veux en venir. J’habite en ville. Là, le chien est un fléau, une catastrophe. D’abord pour lui : dans mon quartier, un homme jeune et à l’air équilibré possède un genre de Dogue Allemand (je n’ai pas identifié précisément la race). Je ne connais pas l’appartement du monsieur, mais « il n’est pas fait pour vivre en appartement », ce n’est pas moi qui le dis, mais l’auteur du Guide des chiens. Il ne s’agit pas de dénoncer la possession de chiens « dangereux » (genre Rottweiler, Pittbull ou Staffordshire Terrier, dont Nicolas Sarkozy veut punir de 10 ans les propriétaires coupables des violences de leur animal), mais des chiens NORMAUX, disons, depuis le Pékinois jusqu’au Braque (beau chien) et au Pointer (un seigneur, l’élite, mais ces deux chiens ne peuvent pas être heureux dans l’espace confiné d’un appartement) : au-delà, c’est du sadisme. Le propriétaire de chien, en ville, de deux choses l’une, est soit une personne seule qui a besoin chez elle de la présence d’un être vivant (besoin de compagnie), et dans ce cas, ce sont ces chiens qui tiennent le minimum de place (allons jusqu’au Caniche), soit une personne égoïste qui n’a aucune idée des besoins propres de la bête et ne pense qu’à sa propre satisfaction.

Je ne veux pas savoir combien de propriétaires sont vraiment maîtres de leur chien, ce que je sais, c’est que passer dans la rue et assister au spectacle du chien qui baisse le cul (vers le trottoir ou vers le caniveau, les deux se valent) pour en laisser échapper un cylindre tour à tour tirant sur le brun plus ou moins foncé, tour à tour compact ou mollasson, tour à tour abondant ou constipé, tour à tour énorme ou lilliputien, suivant la taille de la bête, est devenu un aspect rédhibitoire de la vie en ville. C’est comme la fumée des fumeurs pour les non-fumeurs (et même pour eux-mêmes, paraît-il). Quelques possesseurs d’un chien se munissent d’un sachet qui permettra de faire disparaître l’objet merdique dans une poubelle : l’attitude est éminemment louable. Quelques autres se plantent arrogamment au milieu du trottoir pendant que l’animal défèque, et défient les passants de leur regard d’exprimer la moindre marque de dégoût. Entre ces deux extrêmes, il faut bien dire qu’une écrasante majorité, sans doute pressée par le temps (le matin c’est le bus à prendre, le soir, c’est le J.T. à ne pas manquer), agit avec ce qu’on est bien obligé de qualifier de légèreté, et peut-être de désinvolture.

Il reste, quoi qu’il en soit, au passant innocent à regarder où il met les pieds, en se bouchant le nez les jours de chaleur. Il faut le dire, LE CACA DE CHIEN EST UN ETRON, UNE MERDE. Avez-vous remarqué qu’on peut suivre à la trace certains passants, au nombre de pas qu’ils ont fait avec, collée à la chaussure, la crotte plus ou moins gluante d’un chien anonyme ? Quand obligera-t-on le propriétaire à tirer la chasse d’eau là où son chien a déposé sa merde ?

19.08.2007

28 - ANIMAUX

CHIPILLY (80) 32e1767f6ae6673c6d3426b2e9194299.jpget  LUNEVILLE (54)891b093c9187052eeb244af163c7fb00.jpg

La guerre de 1914-1918 a passé une certaine idée de l’humanité au rouleau compresseur, la première dont certains ont pu dire après coup qu’elle avait permis en peu de temps aux techniques de faire un formidable bond en avant. Ainsi, lors de son combat aérien du 2 avril 1915, le lieutenant Chambe, à son poste d’observation, derrière le lieutenant Pelletier-Doisy, pilote, abat un avion allemand à la carabine (Au Temps des carabines, Flammarion, 1955), 5ème victoire française de la guerre. Très rapidement, cela tiendra de la préhistoire, puisque bientôt apparaissent les premières mitrailleuses embarquées, puis le tir synchronisé à travers l’hélice, etc…

CHOISY LE ROI (94)de8d3a129086e71e6232424ec025e8e6.jpg et SAINTE MENEHOULD (51)0fb1c6abf77bc8da40a36039d12450b2.jpg

Si Georges Brassens, sur le mode léger (en apparence), peut chanter : « Moi mon colon, celle que j’ préfère, c’est la guerre de 14-18 », c’est qu’elle est, d’une certaine manière, entièrement nouvelle. Pour la première fois, la population masculine dans son ensemble est considérée par les chefs politiques et militaires comme un énorme réservoir de matière vivante dans lequel il suffit de puiser. L’historien britannique Eric Hobsbawm ne fait pas démarrer par hasard son histoire du « court XX° siècle » en 1914, année qui marque le début de la course à l’arme atomique. Cette guerre a amené la TECHNIQUE au pouvoir.

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Le rouleau compresseur de la folie guerrière et fratricide lamine les hommes : il y a environ 40.000.000 de Français en 1914, dont la moitié approximative de sexe masculin, à laquelle il faut ôter au moins 1.712.000 morts, sans compter 4.000.000 de blessés et invalides (chiffrage de B.T.2 "Bilan de la Grande Guerre", Novembre 1973). On peut presque dire qu’un tiers de tous les hommes de ce pays ont été soit éliminés, soit marqués à vie dans leur tête et dans leur chair.

LA FERTE ALAIS (91)b111b77197410160dbd2009e5390d2cb.jpg et NORROY LE VENEUR (57)7f09e16a901b78c425b0f8c1c7660ab2.jpg

J’en arrive aux animaux : la première guerre mondiale constitue le point final de leur présence sur les champs de bataille, de leur utilisation comme auxiliaires de guerre. A cet égard, il est frappant de constater leur absence pour ainsi dire complète du champ des monuments aux morts : j’en ai à ce jour recensé 14 (sur les 15.000 photos de référence à ma disposition). Autant dire RIEN : ils ont été purement et simplement évincés du paysage.

PAGNY SUR MOSELLE (54)8a1b0078c1a0a53cb2490924c674c50f.jpg et  ROCROI (08)dcd09931a1ba72b4f6d05ddc4ec8ca0e.jpg

Les quelques exceptions que je présente comportent d’ailleurs une bizarrerie : sur les 14 monuments, 6 portent des lions (si ! si !). J’en tire quant à moi une conclusion qui ne vaut que ce qu’elle vaut : l’animal est devenu inutile, comme il le deviendra quelque temps après dans les travaux des champs, dans les transports,…

ROUEN (76)5f4f75d6ff83d65d837c47faebed7d00.gif et SAUMUR (49)8d0d06bb071833a5d7c51ffc1d4308c9.jpg

Hommage soit donc ici rendu aux quelques bêtes (4 chevaux et 2 chiens) parvenues jusqu’à nous dans les monuments aux morts.

WITRY LES REIMS (51)87596d0ec2809d051b062ee2f2ff9dd1.jpg et (de nouveau) CHIPILLY 7c0b041d6de3513b7f2d61eed31385d7.jpg

Notez bien, tout de même, que je n'ai compté aucun des milliers de COQS qui coiffent nos monuments, puisqu'il n'y figure que comme emblème national.