31.12.2007
EROS 10 - LECONS POUR BIEN FOUTRE
Il semblera évident à bien des lecteurs, cet amer constat que je fais : le nom de ZORZI ALVISE BAFFO (1694-1768) ne dit rien à personne. L’une des raisons principales de l’ignorance profonde dans laquelle ce nom est plongé est peut-être le dialecte vénitien. L’auteur, dit GIORGIO BAFFO, s’exprimait ainsi, en effet, et je ne sais strictement rien du dialecte vénitien, obligé, comme tout un chacun, de me fier à un traducteur (Traduttore = traditore). Celui-ci se nomme A. Ribeaucourt. Ce nom ne me dit rien qui vaille, si je me fie au découpage « ribaud » et « court ». Ce jeu de mots est très mauvais, je sais, quoique inspiré par la lecture elle-même.
On foutra toujours
L’homme ayant un goupillon, et la femme un vase, il n’est pas étonnant que l’un le lui plonge jusqu’aux poils, et que l’autre le reçoive jusqu’où il peut aller, lorsqu’un même désir les anime tous deux.
Je ne suis étonné que d’une chose, c’est qu’il y ait encore des gens qui s’en étonnent ; car tant qu’existeront dans ce monde les instruments qui servent pour pisser, on s’en servira aussi pour foutre.
Ce jus délicieux qui jaillit d’un beau vit produit un excellent effet, et la matrice, dont il fait le bonheur, le nomme l’esprit consolateur.
C’est un baume, qui a toujours guéri les jeunes filles épuisées par les flueurs, blanches, jaunes, vertes, épaisses ou putrides ; et il guérirait les nonnes mieux que tout médecin, patriarche ou confesseur.
NB : je laisse le lecteur consulter le dictionnaire au sujet de « flueurs ».
Je ne sais pas dans quelle forme d’origine sont écrits les textes, mais j’imagine fort bien que ce sont des poèmes, sonnets ou madrigaux galants, parfois pornographiques. Derrière je ne sais plus quelle stèle exposée au Musée des Antiquités Gallo-Romaines de Lyon, est gravé un graffiti d’époque qu’on peut traduire : « Je ne baise pas, j’encule ». Les grottes peintes du paléolithique supérieur comportent elles-mêmes des dessins « osés ». Le pornographique a donc, selon moi, la légitimité du temps écoulé, écroulé, qui s’écoule à la façon d’humeurs diverses hors du corps humain, au cours d’activités qui, dirait ALEXANDRE VIALATTE, si sa pudeur l’osait, « remontent à la plus haute antiquité ».
Plaisir de décharger dans la bouche
J’ai essayé différentes manières pour bien jouir d’une femme : tantôt je l’ai fait monter sur mon ventre, tantôt je me suis mis sur le sien.
Parfois je le lui ai mis dans le cul, et j’ai trouvé que c’était un excellent ragoût ; puis, selon l’usage de certains peuples, je l’ai foutue en mettant ses jambes sur mes épaules.
Je l’ai placée habillée sur un lit, ou debout et toute nue ; je le lui ai mis dans le con pendant qu’elle marchait à petits pas, et j’ai déchargé entre ses tétons.
De tous ces plaisirs, celui auquel j’ai trouvé le plus de charme, c’est de lui faire prendre mon vit dans la bouche.
Je me rallie à la classique distinction entre l’érotisme, où le représenté voudrait éveiller au désir, et la pornographie, qui se contente de montrer l’acte, encore que le désir des uns puisse s’éveiller où commence l’acte des autres, et taratatsoin. Il y a du sexe depuis que l’homme a une conscience. L’animal oublie dans l’instant même de l’instinct sexuel l’intérêt que peut avoir la chose. L’homme ajoute à l’instinct la mémoire, ce qui le pousse à peindre et désirer encore, y compris et surtout dans l’absence de « chose » à désirer. L’écran rupestre du « sapiens » n’est guère différent du nôtre, le cinéma en moins (mais est-ce bien sûr ?).
Plaisirs nocturnes d’une femme
Cette nuit, j’ai eu un plaisir fou, et je ne me suis jamais tant amusée, ce que vous comprendrez quand vous saurez que je l’ai passée entre un prélat et un bardache.
Figurez-vous que nous avons fait tant de folies, et que nous les avons recommencées si souvent que cela a duré jusqu’au jour.
J’étais entre eux, comme je vous l’ai dit, et pendant que le bardache m’enfilait par devant, le prélat me le mettait par derrière.
Ensuite le bardache se mettait à ma place et, pendant qu’il me foutait, le prélat l’enculait ;
Et ainsi de suite ; mais j’ai remarqué que le prélat ne me l’a jamais mis dans le con.
NB : je laisse le lecteur consulter le dictionnaire au sujet de "bardache".
Il y a beaucoup à regretter à ne pas connaître le dialecte vénitien : impression d’un aplatissement, forcément. J’ai envie de croire qu’en langue originale, c’est plus spirituel, plus joli, plus drôle. Et puis autre chose : l’auteur ose appeler ça « leçons » ? Franchement, je ne sais pas vous, mais moi, je n’apprends pas grand-chose, on peut même dire : si peu que rien. Tout au plus peut-on y voir des incitations, des exhortations, ce qu’on ne saurait, au demeurant, reprocher à qui que ce soit, vous serez évidemment d’accord.
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06.12.2007
EROS 6 - 11.000 VERGES
EROS 6 – LES ONZE MILLE VERGES
Oui, je sais, tout le monde connaît ce livre célèbre de notre poète national, GUILLAUME APOLLINAIRE mort de la grippe espagnole, un certain 9 novembre 1918. Mais comment ne pas en dire au moins un mot ? Il fait partie, comme on dit, des « incontournables ». Je me demande si le nom de l’auteur n’est pas pour beaucoup dans la célébrité du livre. PASCAL PIA y voit d’indéniables qualités « qui n’apparaissent pas toujours dans les poèmes d’Apollinaire : une fantaisie débridée, une rêverie sadomasochiste illimitée, un humour macabre, violent, presque surréaliste, un manque d’esprit de sérieux qui donne une belle légèreté au récit, pourtant compliqué et rocambolesque ». Il faut oser : « des qualités qui n’apparaissent pas toujours dans les poèmes ». Et c’est Pascal Pia qui dit ça ! La culture incarnée ! Je le soupçonne de s’amuser, et de nous amuser. Ce livre est-il une parodie ? Ce n’est pas si évident. PHILIPPE DAGEN y voit un des grands romans politiques du vingtième siècle. Galèje-t-il ? Il rameute les Trois Essais sur la théorie de la sexualité de SIGMUND FREUD pour affirmer qu’Apollinaire « s’aventure plus avant ». C’est extraordinaire, non ? On trouve, comme année de première édition soit 1906, soit 1907 (et même 1908). Bref, la rigueur et le sérieux ne sont pas toujours au rendez-vous.
Le héros est un improbable hospodar roumain adepte de l’économie ultralibérale, le prince Mony Vibescu, qui fuit son pays pour ne plus être le jouet sexuel du vice-consul de Serbie, Bandi Fornoski, et emporte sa fortune et ses attributs à Paris, où il ne tarde pas à rencontrer d’accortes bougresses peu farouches, Alexine Mangetout et Culculine d’Ancône, trio auquel s’ajoute bientôt Cornaboeux, qui deviendra le valet de chambre du prince. Les deux compères, dans le train qui les emmène à Bucarest, rencontrent l’actrice Estelle Ronange et sa servante Mariette, commettent sur elles « le double assassinat de l’Orient-Express » après en avoir tiré toute sorte de plaisirs. Ils assistent ensuite à une drôle de cérémonie de conjurés « anti-dynastiques », puis partent pour la guerre. Mony s’occupe d’une femme dont l’amant possède trois testicules, mais elle lui pardonne. Arrivés à Port Arthur, ils assistent à un spectacle de cabaret un peu spécial, fréquentent Cornélie et Kilyému. Cette dernière raconte les mille « péripéties » qui constituent son existence. On capture bientôt son amant Egon, qui est condamné au pal, supplice accéléré par la gymnastique de la petite japonaise. Bon, j’arrête là le résumé.
Disons-le, malgré les nombreuses allusions littéraires – il y a même des « sonnets mythologiques » assez plaisants –, nous avons affaire à un roman pornographique, où toutes les perversions possibles ont droit de cité, avec une préférence pour diverses cruautés innommables. Par exemple, un fouetteur Tatar dessine artistement avec son instrument le mot « putain » dans le dos d’une femme punie. Même les deux héros sont parfois écoeurés, c’est vous dire. Bon, je sais bien qu’Eros n’est jamais bien loin de Thanatos, mais à la lecture, on se dit : qu’est-ce qu’il va bien pouvoir trouver de plus fort, autrement dit de pire ? Le pire, c’est qu’il trouve.
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