24.08.2007
31 - LINTEAU
Le « LINTEAU » est la « pièce horizontale qui forme la partie supérieure d’une porte, d’une fenêtre à baie rectangulaire et soutient la maçonnerie » (Robert).
BELLEGARDE EN FOREZ (LOIRE, 42)

J’appelle « linteau », dans le contexte des monuments aux morts, ces entrées d’édifices qui « ouvrent » sur le massacre des hommes pendant un peu plus de quatre ans, au début du vingtième siècle.
BORDEAUX EN GATINAIS (LOIRET, 45)

J’aime assez l’idée selon laquelle un monument est une porte. « Monumentum », c’est une trace, une trace, c’est ce qui conduit d’un en-deçà à un au-delà. Il y a un seuil. Qu’un monument aux morts puisse être considéré comme un seuil me réjouit.
CAMPS LA SOURCE (VAR, 83)

On ne cesse de passer et repasser, bien sûr, c’est le destin de la vie, c’est la vie du destin, et tout ça. Mais que les morts de 1914-1918 nous invitent à passer le seuil après eux, voilà qui symbolise fortement. Car ils habitent une maison spéciale, et qu’ils n’ont pas voulue, et encore moins construite.
ESSUILES (OISE, 60)

Et je m’en veux, tout à coup, de n’avoir pas bâti, pour des os disparus en miettes dans les brouillards et la boue du champ de bataille, un ossuaire imaginaire capable de leur faire honneur.
ESTAGEL (PYRENEES ORIENTALES, 66)

Je ne suis qu’un vivant qui pense à des morts qu’il ne connaît même pas. Certains auraient été mes amis, d’autres mes ennemis, la plupart indifférents. Et tous les autres, ils resteront à ma mémoire des « SOLDATS INCONNUS ».
FROMELLES (NORD, 59)

Qui saura qu’une flamme, dans mon esprit, se rallume régulièrement, je dirai fidèlement, pour dire, certes, qu’ils sont morts pour rien,
LA RICHE (INDRE ET LOIRE, 37)

mais qu’un ahuri, quasi-retraité du début du XXIè siècle, rêveur improductif d’une civilisation moribonde, publie pour quelques amateurs des témoignages d’un temps où l’appartenance à un peuple avait un sens dont nul, ou presque, ne doutait ?
LE FRECHE (LANDES, 40)

Ils sont les « messieurs-trop-loin-de-moi ».
L’ETOILE (JURA, 39)

Et, par-dessus le marché, MAURIN (LANDES, 40)
, MONTREAL (AUDE, 11)
, ONDRES (LANDES, 40)
, SAINT LUPICIN (JURA, 39)
, SAINT PIERRE DU VAL
et SERQUIGNY (EURE, 27)
, VAGNEY (VOSGES, 88)
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16.08.2007
25- LE BUSTE DU POILU
MONUMORTS 25 : LE BUSTE
Lorsque le Romain de l’Antiquité, disons le patricien, le noble, au moins un chef des grandes familles, conduisait la fête des dieux Lares et des dieux Pénates, il se chargeait des bustes des ancêtres et accomplissait le tour de sa maison, pour que ceux-ci constatassent qu’il perpétuait sans faillir ni défaillir la tradition de la « gens ».
Le buste, à cet égard, est la partie la plus haute et la plus véridique de la personne, puisqu’il en porte le visage, l’identité. C’est un portrait, sauf qu’il n’est pas instantané. Le buste figure la présence du mort chez les vivants en tant que personne humaine, en tant qu’individu. Il fut une personne et il le reste. 
Sur le monument aux morts, le buste est plus conventionnel et, partant, plus abstrait et impersonnel, plus général et intemporel.
Il en existe des modèles stéréotypés qu’on retrouve ici et là, preuve de sa déchéance en objet et marchandise. Ailleurs, peut-être le sculpteur a-t-il rendu les traits de son voisin, bien vivant, quant à lui : il faut le comprendre, il l’avait sous la main, c’était donc plus facile et plus évident.
Mais ce buste-là, on ne le promène dans le village, on ne le juche pas sur un plateau pour la procession rituelle. 
Ce serait d’ailleurs une idée : plutôt que de rassembler en date et lieu fixes, autour de l’immuable monument, quelques anciens combattants, forcément toujours plus vieux, coiffés d’un béret militaire (toujours cette manie de confisquer la vie de morts qui étaient avant tout des civils), quelques officiels, dont un sous-préfet ou un conseiller général représenté par son secrétaire, et un maire qui sacrifie à un rite obligatoire plus qu’il ne fait VIVRE
le souvenir de ceux dont les noms sont gravés, plutôt que ce spectacle morne auquel la population dans sa majorité est indifférente, pourquoi en effet ne pas parcourir les rues de la localité avec une FIGURE de ces arrière-grands-oncles ? 
Voyez, dans l’ordre de leur apparition, les bustes qu’on peut voir à CORPS-NUDS (35), CURIERES (12), DELETTES (62), ESSEY LES PONTS (52), FAYENCE (83), IGON (64), JOSSE (40), LES GOUGINS (50), MAISNIL LES RUITZ (62)
, MERCK (62)
, PARDIES (64)
, PARS LES ROMILLY (10)
, ROMAGNE (86)
, SAINTE RADEGONDE (33)
, SEVELINGES (42)
, VILLAINVILLE (76)
, et enfin SOUMOULOU (64)
, cliché particulièrement saisissant et remarquable.
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