21.07.2007

VOCABULLE-IVRE DERNIERE TOURNEE

Ce "travail" date de 1978 ou 1979. Cela devait être dans l'air du temps, puisque, un peu plus tard, Alain Finkielkraut a publié Ralentir mots-valises.

saint-axe  
saintcère le ravi de la crèche
sanguignolant qui saigne pour de rire
sans cible publicitaire découragé
saucette jus de café
scolari-dé jourer son avenir à pile ou face
silogisme réservoir pour stocker les arguments
spectacteur  
spiritruel qui manie un humour pesant
stakha-novice qui manifeste l'ardeur du débutant
stakhano-vice zèle pervers de l'ouvrier
staligne dogme politique établi par le petit père du peuple
substyle  
tauromagique escamotage en public d'un gros animal
télagrafe arrestation par correspondance
tentacul la main aux fesses
tétard nourrisson
trouvert orifice musical
tulippe le bouche en fleur
tutaile surveillance protectrice
uhlent militaire allemand qui arrive comme les carabiniers
veaucation choix du râtelier par le ruminant lui-même
victor hugoth écrivain envahissant
volterre  
xylofaune bruit des vers dans le bois

20.07.2007

VOCABULLE-IVRE 2è tournée

discrottèque boîte de nuit mal tenue
éch-harpe vestrument de musique pour l'hiver
écrevice qui rougit de ses mauvais penchants
edelvesse fleur de montagne malodorante
égalomane communiste
élaguitarisme nivellement par le bas
en poule allumeuse
encor-né bis repetita placenta
encyclopédie les voyages à vélo informent la jeunesse
épiqûre précurseur du marquis de sade
épitête choix réfléchi de l'adjectif
éroticulteur obsédé sexuel (zobsédé)
état-plissement usure du pouvoir
éthernuement allergie nosocomiale
étymolorgie aimer sucer les mots par la racine
évide-ance action de creuser une porte ouverte
exéjèse apprendre à lire chez les "pères"
exersexe entraînement à la partouze
expéri-menteur qui se livre à la fraude scientifique
fantasmatrique désir de violence
fantasthme maladie imaginaire de l'appareil respiratoire
fictionnaire  
firmamelle voie lactée
focil postiche féminin préhistorique
foraie  pilosité importante au pubis
formiquation acte sexuel chez la fourmi
fossoyeux canut lyonnais spécialisé dans le linceul
franseize la plus belle jeune fille du monde
frigide air allumeuse
funérire humour noir
gaffe-tière récipient à pieds-dans-le-plat
général de grolle  
globulle très petit corps sphérique
grammère vieux manuel de langue maternelle
grossire majesté
grossoeur frangine obèse
guérillhéros che guevara
guille-mets qui précède et suit l'entremets
homme d'affer intraitable dans les transactions
humaniterre citoyen du monde
individieu mégalomane
inoculer sodomiser
intestinct langage des tripes
invertissement coup de semence en traître
itinerreur fausse piste
japondeuse femme orientale très fertile
jouah bonheur bruyant
jourmal autobiographie de la souffrance, ou quotidien d'oppostition

ORIGINAL EN DEMI-VIE

FREDERIC CHAMBE               

ORIGINAL EN DEMI-VIE

1997

1 Dédicace Dédiés à nos souffrances, aux maladies que nous portons, à notre amour pour la douleur (la vie tréfile et carapace : le doux leurre), ces autoportraits au parfum pire, et ces paysages à la bière, et ces natures mortes aux maladies (colère à vibrer avec les ressacs), et ces durs poèmes en ressassé entre l'impasse et le morbide (le spectacle du mort fit un bide), dédiés à ceux qui se supportent mal, sans savoir si ça servira, ces tableaux d'uns et d'autres où l'on doit chercher ce qu'on y fait, pour qui ça peut être dit, pour prouver si on est, pour donner ce confus qui est soi, et puis mourir en demi-grâce, avec vue sur autour, confus, mais pas trop mièvre. 2 Table des manières de lire. Il y a des diagonales, des autoportraits aux accessoires (paradis secs). Il y a plusieurs fois les avens de la ville, le corps d'épines, la vie sans orifice (mon père sans son horrible fils pour l’horripiler). Il y a plusieurs autoportraits aux maladies, les tous ensemble seuls, dans le trou du souffreur (j'avais pas tout prévu), lieux à trouver, lieux à perdre. Il y a plusieurs lieux : un observatoire, un laboratoire-atelier (les maladies à cultiver), un hôpital à mal, un purgatoire (on puise au quotidien), un pénitencier d’expériences, un corps-église aux accessoires. Après la vie d’artiste, la demi-mesure éclusée, alors moi j'adviendrai, c’est après l'agenda, quand la colère aura brûlé ; c’est avec les soutes, quand le savoir aura montré qu'il est capable, ou quand le père aura trouvé ce qu'il a fait (ça veut dire peut-être jamais). La demi-vie est compliquée. 3 Original à demi-vie.                   (mon pénitencier) Visée sournoise : il ne sait rien, pas même soi  - tendu à se fuir : c'est du refus. Jusqu'à l'auto-crime (enfin pas tout à fait) ; jusqu'au pénitencier (celui du dedans), il se fait des conflits, jeu d'échecs lui-même. Il n'a pas d'arbitre, il essaie de se faire aimer. Rien à gagner et rien à perdre : seul le temps qui engrosse avec pas de sentiment. Il est seul, son coeur bat seul, enterré nu sur fond d’ignorance - elle seule avec visée d’entier. Son reste est vague, autres faces de désirs à faire, guetter, laisser venir, goûter la source au même amer, avec demain juste probable. Tout est peut-être. Encore un tout à délivrer, mais lequel ? En attendant, ça souffre, et sourd-aveugle, il est enfoui, presque muet. C’est son papier paysan triste, le mausolée blanc qu'il macule.

LIVRE TRADUIT DE L'EN-DEçà


FREDERIC CHAMBE LIVRE TRADUIT DE L’EN-DEÇÁ 2003 Avertissement : Ce poème est à lire à haute voix, A « entendre », plus qu’à comprendre.
Besoin désir ? Ou bien envie d’envie ? Envie d'ouvrir, mais c'est compris : il faut attendre. Une envie faite à réfléchir. On entend, ça gronde. On absorbe, en raideur, le démarré de quoi ? L’autorité, ça sait, et c’est toujours ailleurs. C’est déjà dans un ordre. J'affiche un air, quelqu'un d’ailleurs saura. Ouvert à contrebande. Un peu, pas tout à fait. C’est un peu sincère. On se garde à point. On calcule avec nombres (y compris celui des gravats). Ca fait des plans, des empilements, des tas de conditions. Alors, par quoi commencer ? Quand on voulait, c’était ouvrir, c'est pas le mien, peut-être. Construit à cause. Un peu blindé, la pierre à souche. Du vrai qui sait qu’on meurt. Avec l'envie d'aller, d'en prendre un autre. On n'en manque pas. Mais c'est sans preuve. Qu'est-ce qu'on a donc ? Envie d'éveil. Je crois l'avoir. Alors je pousse encore, mes tisons font la fièvre, mais j'ai donné sans preuve, j’en suis réduit. C'est que s'il faut que oui, on sort de soi, ça ne prend pas. Hors du somnolé, on se confie. On s'expose en envie. Quelque part, quelqu’un sait ? Mais quand même il faut. C'était l'envie. Qui est là ? Lui aussi, ça doit rester. Il faut que oui. Tout retenu dans le pli, perché tout près. Sans forcer la main, sans faire esprit. Voilà, ça vient se dire. Pas trop de peine. Qui vient symboliser ? Qui fait priorité ? C'est l'envie. Mais du coup, ça fait tout. Tout vient ensemble. On a pas mieux. Trier, ça éternise. Avec le temps, ça fait du vent. On a voulu savoir, mais c’est au saut du lit. Et pour savoir un peu, on fait du doute. Dans le clair du dessin. C'est l’attention, avec du mou. Est-ce que ça rend heureux ? Envie d'ouvrir, allez, quelqu'un qui fasse. Si on peut pas, alors quoi ? Etrange et bas, le sûr se tait. Je dis les bribes. Mais l’entier ne cesse pas. Le temps vient après tout ça. J’entends l’existence. C'est en forme de fin, dans le conflit, on entre en parole. On n’est peut-être pas. Ecrit à l’endroit fort, transparent sur l’opaque. Sans repentir, entre la forme et la fin. En action pure de langue, forme à tout prendre. On fait de la personne, en vie, du foisonné. C'est le cœur contre, on doit s’y rendre. La formule est en presque. Ce n’est pas là, le diverti. Qu'est-ce qu’on a ? Ce n’est pas net. Pourtant c’est fort aimé. Mais dans ce cœur, on se repasse le plat d’idée. Qui veut ouvrir ? Qui se fait en dedans, avec des trous de formes ? Il faudra bien nommer.  Laisser partir. D’après moi, ça se fait. Quand j'ouvrirai, ça servira ? Qui a voulu, en conscience ? Ce qu’on laisse à deviner, ça se donne en peur enivrée.

Aphorismes

ETATS NAISSANTS DE L’APHORISME

1984

QUATRE-VINGT-NEUF QUATRAINS


Mène les mots à les user,

Fouille les femmes jusqu’assez,

Quand c’est fini, rien n’a changé.

-          As-tu envie de commencer ?

Je ne suis jamais né :

On m’a toujours fait peur,

Et si j’avais parlé,

J’aurais porté malheur.

J’ai beau peser de tous mes sacs de sable,

Je ne peux prendre pied sur l’épineuse terre.

La foudre au fond de mon cartable,

J’attends en vain le souffle d’une mère.

Toi qui de moi n’es pas sortie,

Qui n’as pas voulu que je sois,

Dis-moi mon nom, est-ce que je vis ?

-          Mais à quoi bon ? Tu es à moi !

Je lampe un moment

Au bol de silence,

Et je vis, buvant,

Dans ma vieille absence.

Quand la montagne de ma mère

Accouchera de mon corps,

Je resterai hors du dehors,

Ma vie dans la souricière.

Une tache de vent

Efface la mémoire.

Et mon écho dans le vivant

N’est qu’une ombre dans le miroir.

Toi, ma souffrance apprivoisée,

Venin d’un amour mort-né,

J’ai besoin de ton aiguillon

Pour naître en avorton

L’odeur de mes passions m’annihile,

J’ai piégé mon avenir brillant,

Je rassemble dans mon exil

Ma force à paraître vivant.

Aux vitres de l’air dense,

Je cogne un poing de fer ;

Mon odieux caractère

Creuse mon puits d’absence.

Du doigt de la perplexité,

J’explore ma bedaine creuse,

Cette caverne vénéneuse

Dont je ne perçois que l’orée.

Le cerveau, dans son arche,

Voudrait naître à la marche ;

La langue, en sa corolle,

Craint de fondre en paroles.

Chacun s’accroche à la surface

(Elle a des griffes, la grimace) :

Avidement, le masque tète

La vérité de l’étiquette.

Je taille dans le mur

Le jour impersonnel,

Pour ouvrir sur un ciel

Mes veines de brûlures.

J’habite un boîtier vide :

De mon cœur pendulaire,

Mécanisme livide,

Je bats le temps où j’erre.

Le poing serré, j’ai l’encre contondante,

La lettre sans défense et le cerveau fendu.

J’assène en pluie sur le papier perdu

Des coups de sourd à mon absence.

Paupière, boîte dorée

De la grande aventure,

Donne-moi l’écriture

Où je ne meurs jamais !

L’ogive, sur sa quille,

En alizé sauvage,

Vient souder la coquille

Au poème équipage.

Sainteté de la souche,

Barque à l’envers, moisie,

Cousue, l’amère bouche,

Bras tendus à sa nuit.

L’homme est d’un naturel

A s’éprendre de ses nuages.

Peut-être est-ce le réel,

En lui, qui est volage.

Quand le paradis se lamente

De mon absence de hauteur,

Je me refais l’âme, en attente,

Bien au chaud dans le courant d’heures.

Je voudrais des yeux nus

Pour plonger dans l’eau noire,

Vers un corps aperçu,

Flottant dans le miroir.

Pelure de l’eau,

Peau de l’usure :

De l’usage du corps,

La vitre a la fêlure.

J’ôtais la pelure des eaux,

Ce tain au dos de l’usure,

Et mon regard avait l’épure

De son corps à travers la peau.