30.12.2007
TUEURS D'ECOLE 7 - ELOGE DE LILIANE LURCAT
TUEURS D’ECOLE – 7
L’imposture démasquée des « sciences » de l’éducation : le travail de LILIANE LURCAT.
On ne dira pas qu’on ne savait pas : on a identifié depuis belle lurette les auteurs de La Destruction de l’enseignement élémentaire (et ses penseurs) (Editions François Xavier de Guibert, 1998). Sur Liliane Lurçat, en quatrième de couverture : « Enseignante et chercheur au CNRS, Liliane Lurçat est docteur en psychologie et docteur ès Lettres. Elle a mené des recherches dans des écoles maternelles et primaires de Paris et de la banlieue, durant toute sa carrière ». Austère, non ? Ben oui, austère, mais le sujet ne se prête pas à la franche rigolade.
Qu’est-ce qu’elle lui reproche, à l’école, Liliane Lurçat ? En gros, elle le dit dès la page 9 : « Fatalité scolaire trop souvent due aux lourdeurs institutionnelles, parfois aussi à l’indifférence, mais aussi, et de plus en plus, à l’esprit de système qui envahit la pratique pédagogique, engendrant une bureaucratisation de l’école ». Et encore : « L’étalement des apprentissages sur de longues années, l’absence de rigueur dans la transmission des automatismes de base, mettent un nombre de plus en plus grand d’enfants en situation d’échec. L’échec se généralise, au point que dans les Centres Médico-Psycho-Pédagogiques, on se plaint de devoir rééduquer des enfants intelligents, que l’école casse par des méthodes aberrantes ».
Je retiens l’expression « automatismes de base », qu’employait déjà il y a des lustres mon professeur d’allemand au Lycée A., M. Z. Expression aujourd’hui inacceptable aux yeux des pontes du ministère et de l’INRP. Trop simple, trop direct. Pas assez conceptuel, pas assez pensé, pas assez filtré dans le tamis de la théorie et de la phraséologie. On a toujours dit que lorsqu’il y a une nouvelle « chose », on a besoin d’un nouveau « mot ». Là, c’est l’inverse : on invente de nouveaux mots et expressions, on renouvelle à tout va le langage, et tout ça, pour faire croire que les choses sont nouvelles. GROS MENSONGE. Voyez ma note « Tueurs d’école – 3 ». Aujourd’hui, on parle des « fondamentaux » (sous entendu, du moins j’espère, lire, écrire, compter). On rigole ou quoi ? En quoi ces « fondamentaux » diffèrent-ils des « automatismes de base » de l’ancien temps ?
XAVIER DARCOS, ministre de la défunte « Education Nationale », vient d’annoncer qu’on allait dorénavant, à l’école primaire, enseigner l’histoire de l’art, tout ça parce que son pote ROSENBERG, ancien président du Louvre, lui a dit : « C’est quand même aberrant : on apprend à lire aux enfants, on ne leur apprend pas à voir ». D’abord, espèce de plouc, on ne parle pas de ce qu’on ne connaît pas : c’est tout simplement FAUX. Ensuite, est-ce que ça fait partie des « fondamentaux » ? En primaire, il me semble, les gamins souffrent surtout de l’éclatement de l’enseignement, d’une foule d’interventions extérieures où l’action de l’instituteur (pardon, du professeur des écoles, voyez, encore une trouvaille) se dilue et devient fantomatique. L’attention des enfants se disperse, car c’est à l’école, à présent, qu’il apprend à ZAPPER : même plus besoin de la télévision pour ne rien apprendre sérieusement. L’école actuelle, contrairement à celle d’autrefois, « comporte beaucoup plus d’activités non spécifiquement scolaires, comme le sport, les sorties culturelles, les visites de musée, les classes de nature. L’exigence scolaire se dilue dans la diversité des activités, la distinction entre ce qui est important de ce qui l’est moins n’est plus aussi évidente. Le divertissement est entré dans l’école avec le tiers-temps pédagogique ».
Je retiens aussi la formule : « L’échec se généralise ». Ben oui, c’est mécanique, mon frère : quand tu veux faire tenir un œuf sur la pointe, forcément, il roule, à moins de t’appeler Christophe Colomb.
Ce que LILIANE LURCAT pointe d’emblée, c’est que les TUEURS D’ECOLE ont un pouvoir de nuisance, tout simplement parce qu’ils ont LE POUVOIR, c’est eux qui sont au pouvoir, juste en amont des décisions qui seront prises. Elle leur reproche de NIER le « rôle de la transmission des connaissances dans l’apprentissage des enfants ». De limiter « le temps consacré aux apprentissages de base ». « On a réduit de manière significative le temps consacré autrefois aux exercices permettant, par leur répétition, d’installer les automatismes de base ». Vous entendez déjà fulminer le tueur d’école : « Elle va pas arrêter de nous les briser menu, avec ses automatismes » ? ». Le mot qui l’a fâché ? « Répétition ». Aujourd’hui, place à la fluidité, à l’avancée permanente. Il faut se changer les idées.
Elle reproche encore aux tueurs d’école de formater celle-ci selon des stéréotypes d’ordre IDEOLOGIQUE, qui permettent à l’école de se défausser de toute responsabilité dans l’échec, faisant porter celle-ci sur les individus eux-mêmes, autrement dit des raisons d’ordre sociologique et médical. Elle leur reproche le concept de « recherche-action », c’est-à-dire la mise en place effective, avant toute évaluation et toute comparaison, d’une réforme, à titre expérimental, dans la réalité, sans penser que, si la réforme se révèle mauvaise et qu’on l’abandonne, les dégâts qu’elle aura commis seront, eux, bien réels.
Bref, je ne vais pas recopier ce livre indispensable et effrayant, dans lequel LILIANE LURCAT démonte calmement et méthodiquement la façon dont l’aberration est devenue toute-puissante au sein de ce que les optimistes appellent encore le « système éducatif » à la française, vous savez, celui que le monde entier nous envie. Il peut y avoir des savants fous (voir, entre autres, Le Professeur Nimbus, et surtout le SAVANT COSINUS (l’immortel inventeur de l’anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparaclou-cycle imaginé par CHRISTOPHE). Mais ces gens-là sont totalement inoffensifs, aussi longtemps qu’ils ne détiennent aucune parcelle de pouvoir. Cet heureux temps n’est plus. Voici venu le temps des DOCTEUR FOLAMOUR de l’éducation et de la culture. Ce sont de vulgaires criminels de l’esprit. J’ai la haine, mon frère.
Liliane Lurçat aggrave son cas avec Vers une Ecole totalitaire ? L'enfance massifiée à l'école et dans la société. Editions François-Xavier de Guibert, 1998.
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21.12.2007
TUEURS D'ECOLE - 6
TUEURS D’ECOLE (6)
On a compris que je fais un tour d’horizon de tous les malintentionnés, qui ne supportent pas qu’il y ait une école. Ne parlons même pas d’école républicaine : modestement, contentons-nous du plus basique. Il y a école quand il y a transmission, apprentissage, acquisition de connaissances, d’une part, et d’autre part, formation de l’esprit. Cette mission débouche sur l’autonomie des individus. C’est cela qui est insupportable en ces temps de triomphe de ce que dénonçaient, il y a cinquante ans, les Situationnistes : la marchandise-spectacle, le système spectaculaire-marchand. Le système a besoin d’un troupeau d’oies, certains idéalistes appellent encore cela, faute de lucidité, les « citoyens ». Il n’a donc pas besoin d’individus autonomes, qui savent des choses, et qui savent à peu près penser. Les oies, on les gave : on gave leur esprit d’une séance permanente de publicité, vaguement entrecoupée de « séries » feuilletonesques ou de musiques férocement binaires et tonales. On gave leur estomac de bricoles, de gadgets, d’objets technologiques, que l’INNOVATION incessante, conçue comme le dernier moteur économique en date, oblige à renouveler, en pariant sur le CONFORMISME des oies. Pour tout cela, l’école est un OBSTACLE.
Les malintentionnés ? Après les anciens cancres, réels ou supposés, qui soutiennent qu’ils ont réussi dans la vie malgré leur cancritude, et qui tirent à vue, au bazooka médiatique, sur l’école où l’on s’ennuie, sur l’école où l’on souffre, sur l’école où l’on perd son temps ; après l’INRP, vivier de piranhas pédagogiques, réserve de prédateurs qui attaquent les contenus du savoir au nom du renouvellement, de la modernisation des « méthodes » ; après les fanatiques de la « pédagogie », qui découpent en milliers de morceaux les « compétences » comme autant d’étiquettes désignant des « objectifs » à acquérir (je signale, à ce sujet, la très affriolante et goûteuse Taxonomie des objectifs pédagogiques, de B. BLOOM, Québec, 1982) ; après les marchands et industriels rassemblés dans l’OCDE, pour qui l’école est une usine au service de l’industrie, un instrument dans la machine économique, une arme dans la guerre que se livrent les mêmes marchands et industriels ; voici – qu’il est beau, qu’il est joli – le DIDACTICIEN. Le titre du livre ne paie pas de mine, et pourtant c’est une mine : Didactique du français. Vous serez d’accord, ça n’a l’air de rien. Attends le sous-titre, mon frère, c’est déjà plus juteux : De la planification à ses organisateurs cognitifs. Parfaitement !
Vous voulez le nom du coupable, je veux dire : de l’auteur ? FRANCOIS VICTOR TOCHON, mais on dit François V. Tochon, ça fait mieux. Il est (en 1990, date de publication aux éditions ESF) « professeur agrégé en didactique des arts langagiers dans une université nord-américaine ». M’étonne pas, tiens ! Bon, qu’il soit né en 1954 n’est pas une excuse. Et il part d’une constatation ébouriffante : « (…) il semble que les praticiens ne planifient pas leurs cours en allant du simple au complexe, mais qu’ils emboîtent plusieurs niveaux de la connaissance pour enseigner simultanément des contenus, des procédures et des actions concrètes ». Le praticien, c’est pas lui, mais le professeur « de terrain », en gros, ce qu’on appelle « les profs », quoi. Ben mon colon, on en apprend, des choses, au choix, l’eau tiède ou le fil à couper le beurre. En gros, ça veut dire que la réalité du terrain est … complexe. Ceci est un aveu. Pour sa défense, je dirai qu’il considère cela comme une réalité à prendre en compte, même s’il découpe déjà le prof en trois morceaux (contenu, méthode, écriture), vice d’origine de tous les médecins légistes de la pratique quotidienne de l’enseignement, qui n’ont jamais fini d’en violer le cadavre.
Prenons le croustillant tableau de la page 33. Ce qui frappe, au premier abord, c’est son extraordinaire SYMETRIE. C’est un message : une bonne didactique doit être symétrique. En haut, un cercle en position de dieu-le-père (« Rédiger un portrait »), qui en domine quatre plus petits (pour faire court : « texte, morpho-syntaxe, orthographe, vocabulaire du portrait »). Chacun des plus petits en domine à son tour deux autres (ah ! Cette MANIE du BINAIRE !). Je résume : (pertinence+cohérence) + (syntaxe+grammaire) + (écriture+orthographe) + (vocabulaire+expressions). Attends, mon frère, c’est pas fini, qu’est-ce que tu crois ? L’auteur a disposé, au-dessous de chacun des derniers cercles, trois (oui trois) cercles encore plus petits, contenant une petite lettre : ça va de (a) à (x). Ce sont les unités minimales qui, mises bout à bout, vont, je suppose, aboutir au portrait, qui était la tâche demandée. Comble du raffinement, ce sont les flèches : elles partent toutes du bas, vont toutes vers le haut, pour bien montrer le lien de soumission, la hiérarchie. Il y en a 36, nombre pair. Y a intérêt.
Quand il apprend aux futurs profs comment il faut faire, le gars, il dessine ça au tableau noir, c’est satisfaisant pour l’esprit, ça repose et rassure les étudiants, mais surtout ça repose et rassure le théoricien qui réussit la prouesse de faire tenir la réalité complexe dans la simplicité de son dessin. L’auteur commente ainsi son tableau : « Aucun objectif de type socio-affectif ne figure dans ce tableau ». Ah ben merde, heureusement que tu le dis ! « En outre, il est incomplet : la somme des apprentissages de niveau inférieur n’équivaut pas à la réalisation de l’objectif général ». Zut et crotte alors ! « Les objectifs intermédiaires contribuent tous à la réussite finale, mais ne l’assurent pas : le tout dépasse la somme des parties ». T’as bien lu, mon frère : « Le tout dépasse la somme des parties ». Ce qui permet à l’auteur de dire EXACTEMENT LE CONTRAIRE dans la légende de son tableau : « Tableau 3 – Le tout est moins que la somme des parties ». Il sait ce qu’il dit, le pépère, non ?
Allez, avant d’enlever l’échelle à ce fou qui repeint son plafond, le tableau 24, p. 131, celui des « Consignes pour devenir », qui propose la « création d’un dossier : moi, qui suis-je ? ». Chaque élève (pardon, chaque « apprenant ») doit rédiger quatorze définitions de lui-même (Pourquoi quatorze ? Ce doit être la limite du réel.), comme autant de réponses à chaque article de la liste qui lui est présentée, numérotée, s’il vous plaît. Il y a donc les définitions génétique, géographique et culturelle, historique, contextuelle, pragmatique, psychologique, sensorielle, symbolique, visuelle, par autrui, évolutive, idéale, future réaliste et future souhaitable. Quand je vous disais que le seul vrai plaisir du didacticien est de découper la réalité vivante en petits morceaux ! Citant son expérience, l’enseignant commente : « Pendant le week end, j’ai préparé les consignes de rédaction, surtout pour leur donner des idées ». « Surtout pour leur donner des idées » : ben voyons ! Bon, allez, j’arrête là-dessus.
10:40 Publié dans Tueurs d'école | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Ecole, Littérature, Enseignement du français, Pédagogie, Professeur de français
18.12.2007
TUEURS D'ECOLE - 5
TUEURS D’ECOLE (5)
Cette fois, je m’offre l’OCDE. Oui, rien que ça. Remarquez, je ne fais que reprendre un flambeau allumé par d’illustres prédécesseurs, entre autres R. et D. PARPIN dans leur fameux best-seller (140.000.000 d'exemplaires vendus, planète Mars comprise) dont je conseille la salutaire lecture à tout un chacun : La Main vengeresse, où les deux auteurs parlent cependant non de l’OCDE mais de l’OCEDEHIE, par allusion à cette plaque tournante de l’information et de la communication que constitue, dans tout lycée, le CDI : Centre de Documentation et d’Information. Notez que, lorsque la documentaliste met au rebut les références obsolètes ou carrément archaïques, cela s’appelle un « désherbage » (selon mon collègue Philippe, c’est authentique).
Chacun des chapitres de La Main vengeresse (Editions Le Manuscrit) se termine de façon jubilatoire sur toute sorte de baffes bien senties qui s’abattent d’on ne sait où sur la pauvre et insupportable Isabeau Guignolat, dont le plus fidèle compagnon n’est pas son premier mari, mais un miroir un peu semblable à celui dans lequel la marâtre du conte apprend, furieuse, l’existence de Blanche-Neige. La grande différence avec celui du conte, c’est que le miroir d’Isabeau Guignolat est invisible et portable. En effet, elle le porte tout autour d’elle dès qu’elle met le pied au-dehors, dans la société, sous le regard des autres, comme une sorte de bulle protectrice, qui lui permet de remplacer le regard des autres, dont il faut toujours se méfier, par le reflet du sien, beaucoup plus indulgent, beaucoup plus amoureux. En réalité, son miroir, Isabeau Guignolat le porte à l'intérieur. Ainsi marchant et évoluant dans l’univers feutré et délicat de la contemplation amoureuse de son incommensurable beauté, elle voit, actrice et spectatrice d'elle-même, sa vie quotidienne comme un défilé de mode auquel elle ne cesse d’applaudir intimement, sincèrement enivrée de sa propre splendeur. Vous êtes, bien sûr, cordialement invités à vous rendre sur les blogs respectifs de D. « Fondetiroir » et de R. « Solko » Parpin. Le livre raconte, en gros, la traversée du Chaos en personne par le navire en folie d’un Lycée en proie au DELIRIUM TREMENS. J'y reviendrai.
Revenons à l’OCDE, dont j’ai failli me laisser distraire, mais pas tant que ça, finalement. Et d’abord, qu’est-ce que c’est ? Organisation de Coopération et de Développement Economiques (notez le s). On fête le 14 décembre 2007 le 47ème anniversaire de sa création. Sa finalité est de coordonner les politiques économiques et sociales des 29 pays membres « en vue de promouvoir leur bien-être économique et de contribuer au bon fonctionnement de l’économie mondiale » (source : Quid 2001, p. 904). En clair : c’est un PACTE DES RICHES, mais des riches qui peuvent mettre à l’occasion la main sur le cœur et la bouche en cul de poule quand il s’agit des bons sentiments exprimés « pour la galerie ». Pour l’essentiel, c’est l’incarnation, portrait d’une vérité criante, de l’épouvantail connu sous le nom d’ULTRALIBERALISME. L’idéologie se résume à ce principe simple : tant que la puissance PUBLIQUE se mêle d’affaires qui pourraient rapporter des fortunes à des gens compétents et méritants, il faut PRIVATISER.
Toute cette entrée en matière pour parler d’un petit (119 pages) et terrible livre, que j’ai acheté – pur hasard évidemment – le jour même où la bibliothèque universitaire a brûlé, avec 350.000 volumes. C’était un 12 juin de l’an de grâce 1999. Le livre date de 1998. GERARD DE SELYS et NICO HIRTT se sont associés pour écrire Tableau noir. Pour résister à la privatisation de l’enseignement (Editions EPO). Ils se sont collé la « littérature » de l’OCDE, et attention, ce n’est pas rien : elle publie 130 titres par an. Ils en ont tiré la certitude (justifiée) que le projet ultra libéral est dans les tuyaux et que la PRIVATISATION de l’école, de toute l’école, est en marche, et qu’elle doit être mise AU SERVICE DES RICHES. Voici quelques citations originales pêchées par les auteurs. « L’éducation doit être considérée comme un service rendu au monde économique » (p.37). « L’université ouverte est une entreprise industrielle et l’enseignement supérieur à distance est une industrie nouvelle. Cette entreprise doit vendre ses produits sur le marché de l’enseignement continu que régissent les lois de l’offre et de la demande » (p. 31). « Les étudiants deviennent des clients et les établissements des concurrents luttant pour obtenir une part de marché » (p. 48). C’est donc écrit noir sur blanc : les riches n’ont plus besoin de l’école publique, maintenant que ce sont les pauvres de partout dans le monde qui fabriquent les objets dont le profit va dans leur poche. Les riches n’ont plus besoin des pauvres bien de chez nous, ils peuvent crever.
Les auteurs mettent en cause la Commission européenne, qui a publié en 1994 un rapport qu’elle intitule L’Europe et la société de l’information. Ce rapport a été pondu par un « groupe de hautes personnalités », au nombre de 20, dont 5 font partie de l’ERT. C’est quoi, ça, l’ERT, me direz-vous ? Je vous le donne Emile : la Table Ronde Européenne (European Round Table). Parfaitement : ce sont les modernes chevaliers de la Table Ronde. C’est visible qu’ils se sont un jour mis en quête du GRAAL, je veux parler de l’ARGENT, pour lequel ils sont prêts à passer l’humanité entière à la moulinette.
L’un des aspects intéressants de leur « projet » (le mot est choquant, mais la chose est réelle), est la « formation tout au long de la vie ». Je me rappelle un article du Monde diplomatique, qui parlait de l’industrie pharmaceutique : « Pour vendre des médicaments, inventons des maladies ». Tout individu est un malade qui s'ignore, donc un CLIENT POTENTIEL. C’est Knock devenu réalité : tous les habitants sont désormais des patients, donc des CLIENTS. Elle est là, la solution, pour l’école. C’est vrai, quoi, c’est bête : de six à vingt ans, cela ne fait qu’un quart de la vie. Si vous instaurez la « formation tout au long de la vie », d’un seul coup, vous avez 100 % de la population dans vos filets. Tout être vivant devient dès lors un CLIENT POTENTIEL, et en tant que tel, il faut le PRESSURER. Ce qui se passe dans la santé, est en train de se passer pour l'éducation et pour l'école en général : tout individu possédant quelques ressources est vivement invité à en consacrer une partie à enrichir d'une part les trusts pharmaceutique, et d'autre part les NOUVELLES INDUSTRIES DE L'EDUCATION. Cela s'appelle « formation tout au long de la vie ». Et je me souviens très bien d'avoir entendu en son temps LIONEL JOSPIN défendre ce slogan. C’est vrai qu’on ne peut plus compter sur le Parti Socialiste depuis fort longtemps, vous savez, 1983, le « tournant de la rigueur », et tout ça. Après "L'HUMANITE-MACHINE" (voir une de mes notes précédentes, 10 décembre), voici devant devant vos yeux éblouis, "L'HUMANITE PRIVATISEE".
05:45 Publié dans Tueurs d'école | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Enseignement, Ecole, Littérature, Lionel Jospin, OCDE
13.12.2007
TUEURS D'ECOLE - 1
TUEURS D’ECOLE (1)
On ne tire pas sur une ambulance, paraît-il. Parce qu’il faut bien dire qu’aujourd’hui, ça ne va pas fort, l’école. La pauvre. Je ne suis pas sûr que l’ambulance n’ait pas été d’ores et déjà remplacée par le corbillard. Même si tous les BAUDELOT et ESTABLET du monde continuent à claironner que Le Niveau monte (Seuil, 1989). Mine de rien, le tandem est pour quelque chose dans le naufrage, parce que, quand un membre de l’équipage empêche de colmater les brèches qui s’ouvrent dans la coque, on peut l’appeler naufrageur, non ? Et qu’on ne me serine pas la vieille rengaine : l’école doit évoluer. C’est ce qu’elle fait : elle accompagne placidement, l’abandon progressif de la civilisation pour laquelle elle a été créée. Ils osent, en sous-titre, écrire : « Réfutation d’une vieille idée concernant la prétendue décadence de nos écoles ». Gros prétentieux, qui font la leçon, du haut de leur arrogance sociologique, à ceux qui, tenaces et résignés, l’expérimentent tous les jours, la déchéance.
Le TUEUR D’ECOLE, c’est en général quelqu’un de connu, voire de célèbre, genre PHILIPPE BOUVARD ou autre, qui se targue d’avoir toujours été un CANCRE, vous savez, celui qui a son folklore et dont un exemplaire notable figure dans Notre prison est un royaume, de GILBERT CESBRON. Le TUEUR D’ECOLE se vante d’avoir réussi malgré l’école. L’un des plus célèbres est sans conteste JACQUES PREVERT. Oui, je sais, je prends des risques, je m’en prends à une idole, à une icône, à un veau d’or de la culture, ça ne se fait pas, vous devriez avoir honte. Je réponds : vous savez quel est l’un des poèmes les plus appris, chez les petits ? Il est tiré de Paroles, je n’invente rien. Et son titre, je vous le donne Emile : « Le Cancre », vous l’avez forcément rencontré : « Il dit non avec la tête / mais il dit oui avec le cœur / il dit oui à ce qu’il aime / il dit non au professeur ». L’un des poèmes les plus appris ! Un cauchemar : le masochisme de l’instituteur (trice) qui cherche à se faire aimer.
Je ne suis pas un fondu adepte de MICHEL SERRES, que ce soit bien entendu. Mais dans Les Cinq sens (Grasset, 1985), il tresse des couronnes de lauriers à l’instituteur de son enfance qui l’a, en son temps, empêché d’écrire de la main gauche. Aujourd’hui, pour l’instit, ce serait au moins la correctionnelle. Political correctness, ou plutôt, en l’occurrence, scholastical correctness. Il y a le CDG qui veille (Comité de Défense des Gauchers). Le ministère n’ose même plus appeler les mauvais élèves des cancres, mais des « apprenants à apprentissage différé ». En clair, ça veut dire qu’ils apprendront demain, et demain ça veut dire jamais, mais il ne faut surtout pas le dire. Et qu’on se le dise, le cancre est une victime. De quoi, je demande ? Du système, « on » me répond. Le « on », c’est « l’être-on », vous l’avez compris. Or notre époque a toutes les compassions pour les victimes. Vous parvenez à vous faire ranger au nombre des victimes ? Bravo, c’est un bon calcul : tous les secours vous sont promis.
Le « système », bien sûr, c’est l’école, ce pelé, ce galeux, d'où nous vient tout le mal.
Le doucereux DANIEL PENNAC vient d'obtenir le prix Renaudot pour avoir apporté sa pierre à l'entreprise de démolition. Cela s'appelle Chagrin d'école.
A suivre…
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10.12.2007
EPOUVANTAIL 15 - HUMANITE-MACHINE
BIENVENUE DANS L'HUMANITE-MACHINE
Comment avons-nous pu laisser des gens s’occuper à plein temps des affaires publiques ? Comment peut-on faire carrière dans la politique ? JACQUES ATTALI raconte quelque part (ou plutôt : a raconté dans une interview) qu’à l’époque où il était cerbère à l’Elysée (secrétaire général, ça s’appelle), un jeune homme de 23 ans est venu le trouver pour lui demander : « Je veux devenir Président de la République. Pouvez-vous me donner quelques conseils ? ». Que cette idée ait seulement la possibilité de germer dans l’esprit malade d’un Français montre combien c’est le système qui est malade. Ah, j’ai oublié de vous donner le nom du jeune homme ci-dessus : il s’appelait NICOLAS SARKOZY.
Comment la politique en France (même si ça se pratique aussi ailleurs) a-t-elle pu devenir une profession ? J’ai entendu un professionnel affirmer que les lois, l’économie et les techniques, tout ça, sont devenus tellement complexes qu’on ne peut que s’y consacrer pas du tout ou à plein temps. Ce type-là nous prend pour des cons. Tout simplement, C’EST FAUX. Les lois, il y a des juristes ; l’économie, il y a (hélas) des économistes ; les techniques, il y a des techniciens. Tout ça a besoin de spécialistes, de gestionnaires, si vous voulez, pas d’hommes politiques. Maintenant, passés par l’ENA, ils ont tous la même formation, qui n’est finalement rien d’autre qu’une formation professionnelle (avec formatage incorporé) : ils n’ont aucune idée de ce qu’il faut faire, en dehors de ne pas se laisser distancer dans la grande compétition que se livrent les nations du monde. La seule idée qu’ils manient, qu’ils caressent, qu’ils dorlotent, avec laquelle ils couchent, font l’amour et s’endorment, c’est le POUVOIR, la compétition avec les autres anciens élèves de l’ENA, la course permanente.
Le vrai, c’est QU’IL N’Y A PLUS D’IDEES POLITIQUES, il n’y a plus de choix politiques. Le seul politique qui reste, aujourd’hui, c’est l’économique, et encore : le gestionnel. Nous voulons des COMPTABLES à la tête de l’Etat ? Eh bien vous en aurez. Il n’y a plus de PROJET politique. Il n’y a plus de projection dans l’avenir pour la collectivité, plus de progression de l’humanité. Certains s’en réjouissent : « Regardez ce que ça a donné, le communisme : des millions de morts ». NON : le communisme, de mémoire d’homme, n’a jamais vu le jour, ni en Russie, ni ailleurs. On pourrait dire, comme CIORAN, que, dans la flamme des idées, on peut déjà apercevoir les massacres. Mais que faut-il faire, alors ? Se résoudre à la COMPETITION universelle ? A la guerre de tous contre tous ?
Ce serait tout simplement effrayant et inhumain. Vous voyez ça ? L’humanité comme une énorme machine à produire, l’individu comme un rouage ou rien du tout, suivant qu’il participe à cette « activité » ou non. Voilà dans quoi nous sommes embarqués : L’HUMANITE-MACHINE. Alors comment la politique aurait-elle pu survivre là-dedans ? Il y eut un temps où il y a eu des hommes politiques. Aujourd’hui, qu’est-ce que nous avons ? Des mécanismes plus ou moins performants, plus ou moins haut placés, dont le rôle est de METTRE EN DISCOURS à l’usage des rouages les plus nombreux et les plus bas (ça s’appelle la POPULATION) la logique de la machine, sachant que la MISE EN DISCOURS doit tenir compte de quelques vieilles choses dont quelques cerveaux sont encore farcis, mais rassurez-vous, plus pour longtemps, aussi longtemps que l’école n’aura pas été liquidée, ce qui ne saurait tarder. ALORS, et alors seulement, la population admettra sans broncher que ce qu’on lui dit est la VERITE.
Dire, comme beaucoup le font, que faire de la politique est devenu un métier, dire qu’un homme peut « embrasser » la carrière politique, c’est déjà reconnaître que l’humain a laissé la place à la FONCTION, et le pire : la fonction économique. Les EXPERTS (politiques, économiques, journalistiques) qui formatent et inspectent nos esprits, pour maintenir la paix sociale, produisent à qui mieux-mieux du DISCOURS et encore du DISCOURS pour faire passer cette illusion comme quoi, sous les enveloppes de peau qui se déplacent, mangent et rêvent, il y a encore des HOMMES. Il y eut un temps où il y a eu des hommes.
BIENVENUE DANS L’HUMANITE-MACHINE.
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01.12.2007
EPOUVANTAIL 13 - POURQUOI L'ECOLE ?
13 – POURQUOI L’ECOLE ?
Tout le monde est d’accord : les pays « développés » sont ceux qui ont mis en place un vaste système éducatif. C’est à ça qu’elle sert, l’école : au développement. Pour le peuple, je veux parler des 98 % de la population qui ont besoin de travailler, elle est devenue L’ESPOIR, la porte ouverte sur un « avenir meilleur ». Elle a été aussi un facteur d’élévation intellectuelle, voire morale, elle a formé des êtres humains, aidé au « développement culturel », favorisé « l’accomplissement de l’individu », enseigné les bases de l’humanisme laïc.
C’est le refrain. Mais la vérité de l’école, c’est le développement économique. Point. Depuis l’origine.
Les grands, les riches, partout, de toute éternité, transmettent à leur progéniture ce qu’il faut savoir pour rester grand, pour rester riche. Ils ont inventé l’école gratuite, laïque et obligatoire, quand ils ont été mis dans l’obligation de se servir d’un grand nombre de mains pour faire tourner une énorme machine de production industrielle. Il en fallait, de la population instruite, des ingénieurs formés, des compétences, des aptitudes, de la conscience professionnelle, des savoir-faire et une morale, quoi ! Alors, les grands et les riches, ils ont ressorti de leur grenier quelques vieilleries qui y étaient remisées depuis lurette : les VALEURS UNIVERSELLES : le Beau, le Vrai, le Bien, l’Utile. Tout ça a donné le « Système éducatif » à la française, les « hussards noirs de la République », l’ « ascenseur social », bref : le grand mythe de la République égalitaire.
CLAUDE LEVI-STRAUSS propose de voir dans l’invention de l’écriture la mise en place de grandes structures sociales hiérarchisées, rigides, grâce auxquelles ont été rendus possibles les grands travaux, les grandes réalisations architecturales (autrement dit la domestication des foules), dans des EMPIRES comme ceux des Assyriens, des Chinois ou des Egyptiens.
Eh bien, pour l’école, c’est la même chose : quand la machine industrielle a eu un énorme besoin de main d’œuvre compétente, les propriétaires, autrement dit les riches, ont été OBLIGES de former des pauvres pour faire marcher leurs machines, de leur donner compétences et qualifications. Ils auraient pu construire leurs centres de formation, leurs « écoles », si tu veux. Cela leur aurait coûté un maximum. Là où ils ont été rusés, c’est qu’ils ont fait payer les frais de cette gigantesque entreprise de formation par la collectivité : ce fut JULES FERRY, ce fut l’Ecole Publique, gratuite, laïque et obligatoire, qui récompensait les aptitudes et les efforts par une reconnaissance publique, des diplômes, des études plus longues, puis un statut social plus enviable que celui des parents, un salaire plus ample, une possibilité de devenir propriétaire, enfin, rien que du bon. Qui aurait dit non à ce programme ? Qui aurait renoncé par avance à la perspective de « vivre mieux » ?
Ce qui n’était pas dit, dans ce beau programme, c’est que, le jour où les riches n’auraient plus besoin des pauvres pour faire tourner leurs machines, eh bien L’ECOLE DISPARAITRAIT. CE JOUR EST VENU : la disparition de l’école pour tous est programmée. Les riches ont trouvé des plus pauvres pour produire les richesses. Chez nous, LES riches n’ont plus besoin de NOS pauvres, mais des pauvres d’ailleurs, et ils sont constamment à la recherche d’un plus pauvre qui leur permettrait d’économiser sur le salaire. Les riches n’ont plus besoin des pauvres, tout simplement parce qu’il y a une réserve de cinq milliards (5.000.000.000) de pauvres sur la planète, autrement dit un espoir pour les riches de baisser les salaires sans discontinuer. Si l’on ajoute, chez nous, les fabuleux GAINS DE PRODUCTIVITE, et, ailleurs, le TRANSFERT MASSIF DES TÄCHES DE PRODUCTION, on voit qu’il n’y a aucun espoir de voir baisser le chômage. Et si l’on ajoute à cela que la richesse produite rémunère aujourd’hui davantage l’actionnaire que le travailleur, on n’est pas près de voir nos salaires augmenter. Toutes les promesses de NICOLAS SARKOZY (une France de propriétaires, augmenter le pouvoir d'achat, etc.), c'est du PIPEAU. C’est mécanique. C’est L’INJUSTICE qui "étend son règne" : le cantique finissait "de l'univers sois roi", je crois.
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10:00 Publié dans J'ai la rage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecole, Littérature, Sarkozy, Société, Inégalités, Injustice, Travail


