11.10.2007

75 - PACIFISTE ? ANTIMILITARISTE ?

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En me référant à mes notes 2, 62 et 72, je reviens sur ce qui devrait faire débat. A-t-on, après la grande boucherie de 1914-1918, élevé des monuments pacifistes ? Si oui, à quoi les reconnaît-on ? La première idée qui me vient est que même les militaires sont pacifistes, tout simplement parce que personne ne souhaite faire la guerre, spontanément : ou bien il est dérangé, ou bien il est payé (voir la société américaine BLACKWATER actuellement en affaire avec le Pentagone sur le territoire irakien). Le militaire aussi a une famille et, quand il est obligé, ce qu’il souhaite le plus, c’est rentrer chez lui (du moins j’imagine, peut-être à tort après tout). Autrement dit, tout le monde souhaite la paix et aime la paix. Tout le monde, ça veut dire personne en particulier, ça veut dire que, dans le fond, c’est humain, c’est naturel, c’est le premier mouvement. C’est-à-dire que ça ne veut rien dire, tout simplement parce qu’on en reste au stade des intentions qui, comme chacun sait, sont forcément bonnes vu que l’enfer en est pavé. Ce qui compte, ce sont les actes. Même au tribunal, l’accusé est jugé pour des actes. Je ne crois pas que ce soit un hasard, si l’énorme majorité des monuments aux morts des années 1920 comporte un symbole guerrier ou une figure guerrière (« héros », « champ d’honneur », « patrie », un poilu, une croix de guerre (si bien nommée), ou quoi que ce soit d’autre).

 

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J’ai dit que l’absence de ces signes-là est déjà le signe d’une attitude différente, où la municipalité insiste sur la douleur de ceux qui ont perdu un fils, un fiancé, un mari, un père. Et c’est vrai qu’un père ou une mère qui pleure la perte d’un fils (parfois de plusieurs), ce n’est pas du tout la même chose qu’un poilu qui lance une grenade (voir ma note 32). Mais on peut aussi voir dans ces personnages souvent dignes, parfois d’une force expressive percutante, un coup « à l’estomac », à l’émotion (cf. l’actuelle agitation autour de la « lettre de Guy Môquet ») : apitoyer, émouvoir le spectateur n’est rien d’autre qu’une façon démagogique de le mettre de son côté, voire de lui IMPOSER SILENCE, de le faire taire (raisonnement sous-entendu : si tu râles, c’est que tu n’as pas de cœur, que tu es un salaud. En bonne rhétorique : si tu entres dans le débat, tu es foutu, alors tu dois fermer ta gueule). Cette adhésion forcée a quelque chose à voir, je crois, avec la manipulation et le chantage : si l’on braque le projecteur sur la douleur des vivants, on verra peut-être moins d’autres sentiments se manifester, tels que la COLÈRE des survivants, ceux qui en SONT REVENUS. On imposera silence à ceux qui sont revenus, au nom même de ceux qui ne sont pas revenus, en utilisant ceux qui sont restés. C’est très fort, comme manipulation des foules. Très simple, après tout, mais très efficace. C’est une recette. Si ces monuments sont pacifistes, alors il faut parler de « petit pacifisme ».

 

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Le « grand pacifisme », ce n’est pas ça : il faut une opposition marquée, il faut un sursaut de la personne humaine, il faut que tout l’esprit, révolté par l’injustice, se mette en état de révolte. Et je vais vous dire : sur les bientôt 18.000 photos collectées (17.000 communes, à vue de nez et à la louche), j’ai trouvé exactement 18 monuments qui DECLARENT LA PAIX, soit en incorporant le mot, soit en incluant une déclaration de guerre à la guerre (ceux-ci sont les plus rares). Une mention spéciale à la ville d’AVION (Pas-de-Calais) qui a inscrit le commandement « TU NE TUERAS POINT » sous une Marianne effrayée par les conséquences de la guerre et qui laisse échapper son glaive de sa main droite (je n’arrive pas à déchiffrer le texte qui vient après « La ville d’Avion à ses enfants »). CREIL a choisi de représenter « La Paix se révélant à l’humanité ». J’indique LES BARTHES (Aveyron), où je crois comprendre, mais sans en être certain, faute d’avoir vu le monument en direct, que la femme brise entre ses mains un fusil, au-dessous de l’inscription « Pour la France et la Liberté, ils ont donné leur vie et leur jeunesse ». Je présente MONTASTRUC-LA –CONSEILLERE, qui évoque « les Français d’Outre-Mer morts pour la France ». Plusieurs monuments ont fait du mot PAX leur centre plus ou moins central. ANTIGNAC déclare : « Souvenez-vous : ils furent les défenseurs de la paix et le liberté ». On ne présente plus le monument de GENTIOUX, trop célèbre peut-être. On connaît aussi les mentions de SAINT-MARTIN-D’ESTREAUX et d’EQUEURDREVILLE (« Maudite soit la guerre » … « et ses auteurs »). CAZARIL-LASPENE porte la même. Deux femmes sortent de l’ordinaire : elles pointent, en direction de quel coupable ? le poing vengeur d’une colère viscérale : PERONNE et SEIGNOSSE.

 

 

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23.09.2007

59 - LES ENFANTS D'ABORD

59 – L’ENFANT

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« Nous n’héritons pas le monde de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. », dit (en substance) Antoine de SAINT-EXUPÉRY. La guerre de 1914-1918 a, au sens le plus propre et le plus sale, privé la France d’un nombre incalculable de pères et d’enfants. A cette échelle, ce n’est plus du « manque à gagner » (pardon pour la formule), c’est du SUICIDE collectif.

 

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Les amateurs d’anecdotes zoologiques se gaussent des LEMMINGS qui, à ce qu’on raconte, se précipitent en foule dans la mer quand ils pressentent que les victuailles seront trop rares bientôt pour nourrir tout le monde. Les EUROPEENS n’ont rien à leur envier, si ce n’est qu’en 1914, ils n’ont rien à craindre pour leur alimentation. J’avoue que je suis encore effaré de l’absence totale de lucidité des adultes de 1914 dont, de par la raison dont ils étaient dotés, pas un n’a été capable d’entrevoir l’effroyable qui allait forcément arriver. Pour qu’intervînt la victoire de l’un des belligérants sur l’autre, il eût fallu que celui-là fût, en nombre et en armes, si supérieur à celui-ci que nul n’en pouvait douter.

 

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Le pire est que nul n’en doutait au début, de la victoire, et dans les deux camps, où les médias de l’époque avaient soigneusement fait monter la mayonnaise de la passion nationaliste et de la haine de l’ennemi héréditaire, comme s’il avait existé une sorte d’engrenage suicidaire inarrêtable. La guerre fraîche et joyeuse, la fleur au fusil, voilà le programme. On a su ce qu’il en était quand le rideau est tombé sur ce tableau sinistre : des millions de morts, de blessés, de disparus, sans parler de la blessure inguérissable en tous ceux qui ont « vu le feu » et perdu leurs camarades, quand ils n’ont pas marché sur leur cadavre.

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L’Europe, tiraillée de rivalités de puissances, était donc trop riche et aveugle pour se considérer comme LA PUISSANCE économique et politique qui régnait alors sur le monde, de façon, il est vrai, fort injuste. Il fallait qu’elle s’engloutît dans le sabordage de sa propre opulence et dans le renoncement à la civilisation. La bombe de 1945 n’est, en spectaculaire, qu’un concentré de la mort volontaire du peuple européen étalée de 1914 à 1918. Je regrette amèrement que le livre de ROMAIN ROLLAND « JOURNAL DES ANNEES DE GUERRE 1914-1919 » (sous-titre : Notes et documents pour servir à l’histoire morale de l’Europe de ce temps) ne soit pas diffusé et lu à l’échelle où il le mériterait.

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Dans cette guerre, les pères sont morts, faisant des légions d’orphelins, mais aussi les "futurs" pères, qui auraient pu, faisant combien d’enfants « non-nés » ? Pourquoi croyez-vous qu’il a fallu ensuite faire venir des Polonais, et puis des Italiens, et puis … ? Je sais bien que la survie d’une population (animale ou humaine) dépend non du nombre des mâles, mais du nombre des femelles, mais la règle matrimoniale étant ce qu’elle est, on imagine mal l’officialisation soudaine de la polygamie (voir la situation scandaleuse du Diable au corps de Raymond Radiguet) pour compenser la rareté brutale des hommes. Moralité : il vaut mieux faire des enfants que des orphelins. L’enfant est non seulement l’avenir, ce qui ne serait déjà pas si mal, mais il est aussi une preuve de l’espoir des vivants dans leur propre futur, de leur volonté de croire en la validité de leurs actes présents, de leur certitude dans le bien-fondé de leur existence. Les monuments aux morts dont je parle mettent en scène de très rares enfants, et souvent, ils sont accompagnés, voire amenés par leur mère sur le lieu du souvenir, ou par les grands-parents. J’en montrerai un jour.

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Ceux qui consacrent leur thème principal à l’enfant sont au nombre de vingt (20), du moins dans les 16.000 photos que j’ai collectées (j’approche des 18.000, mais il y a des doubles, aussi arrondis-je à un total prudent). La signification de l’enfant, selon le cliché bien connu, c’est l’innocence de celui qui n’a rien demandé, à commencer par naître, c’est la question « POURQUOI ? » : « Dis, Papa, pourquoi tu t’es battu ? ». Il est bien embêté pour répondre, le papa. Dans le fond, il ne sait pas, et il a vaguement honte, comme si, à la fin du repas arrosé, il s’était foutu sur la gueule avec son meilleur copain pour une raison infinitésimale et obscure, et qu’il contemplait le chantier au petit matin, une fois dégrisé.

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Oui, il y a bien eu l’ébriété de la haine, de la guerre et du nationalisme. Tout le monde connaît le monument antimilitariste de GENTIOUX (Creuse) : c’est un enfant qui montre le poing fermé à la phrase : « Maudite soit la guerre ! », moins complète toutefois que celle de SAINT-MARTIN-D’ESTRÉAUX (Loire), qui ajoute : « …et ses auteurs ! ». Celui de l’Ecole Normale de DAX (Landes) est émouvant, pour cet élève en bronze et en blouse qui vient déposer une branche de laurier sur la tombe de l’instituteur qu’il n’aura pas. Il semble dire : « J’aurais eu besoin de toi pour grandir ». Et au lendemain de cette « CUITE » abyssale, il n’est même pas sûr que les vivants se soient réveillés dégrisés, et les gueules de bois étaient des « GUEULES CASSÉES » (tiens, par curiosité, allez voir le site qui porte ce titre, et soutenez le spectacle, si vous pouvez, en vous disant que ce ne sont que des images). L’enfant tout seul n’a pas la même charge de sens que celui que Pépé ou Maman conduit au lieu du souvenir. Lui, il a compris de son propre chef, il a déjà grandi. Il sait que la Raison, pour diriger les hommes, n’est pas une donnée, mais un combat jamais cessé.

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5c1d2d65c02f004f1133e52c778e30e2.jpgOu bien on l’utilise, à son insu, pour émouvoir le peuple : de même que voir les grands yeux blancs d’un enfant noir qui fixent l’objectif aident le CCFD à collecter aujourd’hui des fonds, de même, en 1920, la mise en avant de l’enfant fait taire les dissensions d’ordre politique : en matière de communication, l’enfant, pourrait-on dire, est « PRE-POLITIQUE », l’émotion prime, la réflexion est abolie, l’enfant sert de coup de poing dans l’estomac, de coup de bluff si l’on veut. C’est particulièrement visible sur les monuments où l’enfant vit sa vie, sans aucune allusion à l’histoire ou à la guerre. C’est alors l’angelot des peintures du moyen âge ou les « putti » de l’époque baroque. Mais quand il est là, l’enfant rend des devoirs à l’homme qui est mort, aux hommes qui sont morts.

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ea1ff8db3d1bf1cb41dd3c5f82faf596.jpgA deux reprises, il accueille le survivant : ORBIGNY (INDRE-ET-LOIRE) et CRECY-EN-BRIE (SEINE-ET-MARNE) se sont décidés pour cette option que je trouve touchante. A Crécy, on lit : « Hommage DES enfants de Crécy à leurs aînés ». Franchement, je crois que cette inscription est unique. D’habitude, on trouve des inscriptions « Honneur AUX Enfants de X », où le mot « enfant » est vidé de sa substance, réduit à la pauvreté d’une métaphore dévitalisée. Crécy en Brie lui rend la plénitude de son sens. Orbigny n’est pas en reste, qui voit la petite fille tendre au blessé qui rentre au foyer le bouquet de la bienvenue.

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Je suis plus perplexe devant le monument de MAILLY-LE-CHATEAU (YONNE), où le gamin tout nu, coiffé du casque, arbore sur son épaule le coq de la victoire. 2f582b24936d24f1ac731228268f8a63.jpgL’assemblage laisse entrevoir ici l’idée douteuse que l’enfant mettra ses pieds dans les traces de l’aîné, ira par conséquent se faire à son tour trouer la peau. Cet enfant-là « joue au soldat », mais on sait que « ce n’est pas du jeu ». J’aime assez ces autres enfants, en revanche, qu’on a représentés en train de déposer le laurier ou la palme, ou d’inscrire, sur le tableau noir de la classe, les noms des hommes du village dont seul le cadavre est revenu de cette guerre atroce.

20.09.2007

56 - L'ESPRIT DE L'ESCALIER

56 – L’ESPRIT DE L’ESCALIER

J’ignore pourquoi « l’esprit d’escalier » signifie le contraire de « l’esprit de répartie », mais quand, trois jours après, vous trouvez quoi répondre à l’individu qui vous avait laissé muet lors de cette soirée passée en présence de la femme que vous auriez voulu conquérir, alors oui : vous avez « l’esprit d’escalier ». J’espère montrer ici qu’à monter l’escalier, il peut y avoir de l’esprit. La concierge n’est jamais dans « les escaliers », mais dans « l’escalier » qui, lui-même, se décompose en marches, ou degrés. Après tout, c’est une échelle (cf. étymologie) pour gens moins ingambes, mais le mot doit quand même se mettre au singulier. L’escalier, si on y réfléchit, est un simple couloir, sinon qu’il conduit en hauteur. C’est dans Arsenic et vieilles dentelles, je crois bien, qu’un ancien militaire l’escalade régulièrement en criant : « Chargez ! », comme s’il avait mis sabre au clair.

 

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Le problème bizarre que pose l’escalier c’est qu’il est fabriqué pour qu’on puisse monter et descendre, mais dès qu’on attaque la symbolique, l’escalier est à sens unique : ça monte, ça monte et ça monte. C’est vrai, la montée marque davantage que la descente, parce que cette dernière est évidemment plus facile – encore que, quand on descend, c’est le dessus des cuisses qui travaille le plus et que, sans entraînement, cela peut être proprement épuisant. Mais dans la symbolique, il ne saurait être question de physique ou de musculature, même si, quand on monte, le poids du corps peut se rappeler au souvenir de façon fort cruelle. En Chine, il y a des montagnes dont le flanc a été, de la base au sommet, creusé en marches d’escalier, pour faciliter la montée des pèlerins jusqu’à je ne sais quel sanctuaire. Des milliers de marches, chacune haute d’une quinzaine de centimètres (la norme, paraît-il, est de 18), vous rendez-vous compte ?

 

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Il est donc entendu que descendre ne compte pas, car on le fait seulement après avoir rempli son devoir de piété, c’est-à-dire être parvenu au sommet. Il est bon que le monument soit situé sur un sommet : l’élévation n’est alors pas seulement intérieure, mais imprime à tout le corps la discipline qui consiste à quitter le vulgaire et le matériel pour atteindre par degrés successifs l’empyrée où l’esprit, allégé de tout le poids accumulé pendant la vie terrestre, entre en symbiose avec le sens, avec la transcendance instillée par les vivants dans le monument. Il est bon qu’il y ait un peu d’alpinisme dans les devoirs rendus aux morts. L’ascension d’une montagne recèle rarement quelque chose de spirituel, pour se limiter à un acte sportif, à la performance de machine qu’exige de chaque individu le monde économique qui, désormais, règne sur nos existences. La caravane quotidienne qui s’élance vers le Mont Blanc s’apparente même davantage au troupeau de volaille qu’au silencieux désir individuel de surpassement de soi.

 

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Il est bon, oui, que rendre aux morts de la « Grande Guerre » l’hommage qui leur est dû, passe par l’effort – ô combien modeste – d’élévation des vivants vers le tertre du devoir. Les monuments qui leur ont été dédiés sont pourtant fort peu nombreux à être ainsi situés « au-dessus ». La plupart du temps, le monument aux morts de 1914-1918 a été conçu et construit « de plain-pied » ou bien, à la rigueur, sur une sorte d’estrade ne comportant que quelques degrés. Tout se passe comme si l’on avait voulu aplanir, voire aplatir. On ne me fera pas croire qu’un tel état des lieux ne résulte pas d’une volonté. Pas forcément consciente. C’est vrai : il serait intéressant de savoir, pour chacun des 30.000 emplacements, comment il a été choisi et pour quelles raisons. S’agit-il à chaque fois d’une réelle disponibilité de terrain ? S’agit-il de ménager les finances de la commune en évitant une pente qui, forcément, complique la tâche de l’architecte ? En clair : a-t-on voulu abaisser les morts pour s’épargner l’effort d’élévation ?

 

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16.09.2007

52 - L'OBELISQUE SUR COUSSIN D'AIR

53 – L’OBELISQUE AERIEN

ANTRENAS

 

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J’ai déjà parlé ici de l’obélisque, du menhir et de la colonne (brisée) dans mes notes 24, 46 et 45 (dans l’ordre), comme de témoignages d’élans, plus ou moins aboutis ou réussis, vers le haut, vers le ciel, vers l’esprit et, pourquoi pas ? vers Dieu, ou bien vers l’Humanité comme transcendance, enfin comme autant d’efforts de l’horizontal rampant vers le vertical rayonnant. d577e63a95ba3074d76a5f4fc3e8a056.jpg

 

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Je voudrais évoquer ici une curiosité, un cas très particulier, l’exemple d’une roche prise par le désir d’envol. L’obélisque, ce rocher fort lourd, équarri, ayant perdu sur chacune de ses quatre faces régulières le rugueux et le mordant du granit brut, que l’homme, selon un procédure imprégnée de l’ingéniosité humaine, a installé sur sa section carrée pour viser les étoiles, voudrait échapper à la pesanteur de l’énorme masse de matière qui le leste.

 

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L’obélisque de la Concorde, à Paris, du haut de ses vingt-sept mètres (les 3,6 mètres du pyramidion doré sont-ils compris ?), pèse de ses deux cent cinquante tonnes (250 TONNES) sur le sous-sol parisien.

   

BOURG ET COMIN

 

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Imaginez alors que sa base n’adhère plus directement à la surface de son socle, mais qu’on l’ait surélevée de quelques centimètres pour faire reposer chacun de ses angles sur … oh, peu de chose : quatre boules. Oui, QUATRE BOULES, et c’est tout. Dix ou quinze centimètres d’air, et quatre coussins de pierre. 934384f75f5733314391cb2c18c4f26d.jpg

 

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Rassurons-nous, aucun obélisque constitué en monument aux morts dûment estampillé ne cherche à rivaliser avec notre Parisien : de quelle matière faudrait-il que soient formées les quatre boules pour ne pas s’effondrer sous la masse ? Néanmoins, je trouve tout à fait singulier qu’il y ait eu douze (12) artistes des années 1920 pour concevoir une telle configuration.

 

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Je précise une nouvelle fois que je dispose de moins de la moitié des photos de la totalité des monuments qui furent alors élevés sur le territoire national. Toutefois, rencontrer à douze reprises cet exemple sur un ensemble de, disons, quinze mille occurrences, il me semble possible d’affirmer que c’est loin d’être négligeable. N’y a-t-il pas là un défi lancé aux lois de la pesanteur ? N’y a-t-il pas de l’oiseau dans ce granit ?

BULLION

 

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Pour encourager les visiteurs à effectuer eux-mêmes des recherches, je ne mentionnerai le nom que de trois des localités où se situent ces « phénomènes ». Les habitants des autres reconnaîtront eux-mêmes et ne feront sûrement aucune difficulté pour renseigner les curieux.

 

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15.09.2007

51 - LE CENOTAPHE HUMAIN

51 – LE CENOTAPHE

 

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Pour qu’aucun visiteur ne soit déçu, je précise d’emblée que je n’ai rien à voir avec la boutique qui porte ce nom, et qui ne vend d’ailleurs pas de pierre tombale. Pour situer les idées, je dirai que le Tombeau du Soldat Inconnu (« Ici repose un soldat français mort pour la patrie. ») n’est pas un cénotaphe : on ne sait pas à qui ils appartiennent, mais les ossements sont bel et bien là.

 

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On l’a compris : la gratuité est l’essentiel du cénotaphe, édifié seulement « pour l’honneur », pas seulement parce qu’on a récupéré les os du ou des mort(s) à qui il rend hommage. Le CENOTAPHE (ou « tombe vide », en grec) en effet, est tout à l’honneur des vivants qui l’ont dressé : le mort existe, le mort est là, présent, puisque des gens qui vivent leur propre vie se rassemblent tout autour pour dire que c’est vrai.

 

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L’idée en soi du cénotaphe est belle. Cette tombe est vide parce qu’elle perpétue le souvenir d’un homme dont la dépouille se trouve ailleurs ou qui est mort sans sépulture (la hantise des Grecs, qui condamnèrent au bannissement un général auréolé de sa victoire, qui n’avait pas pris le temps ou la peine de recueillir les cadavres des soldats tombés à la mer au cours de cette bataille navale).

 

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Qu’on se le dise : l’humain perpétue, et même : est humain ce qui perpétue. Quelle leçon, en une époque éprise du délire de l’innovation ! Ce qui existait est, de ce fait même (ipso facto, pour les amateurs de vieilleries), vieux, dépassé, archaïque, obsolète, arriéré, démodé, antédiluvien. L’immobilisme guette tout ce qui s’affirme comme pérenne. La mémoire est un poids mort. Seul accède à l’être de l’existence le mouvant, le mobile, le NOUVEAU. Le fin du fin de l’extrême de ce symptôme n’est plus, évidemment, le « nouveau-né », mais, comme je le propose, le « nouveau-mort » : celui qui, à peine sorti du ventre de sa mère, s’aperçoit qu’il est déjà fini, et en tire la conclusion logique. Et bientôt, grâce aux merveilles qu’on nous concocte, on pourra mourir avant même d’accéder à l’existence, c’est-à-dire en s’évitant les affres de l’angoisse de mort. Dès lors, le deuil sera décrété illégitime, voire illégal.

 

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Au point qu’on est obligé d’instaurer des « devoirs de mémoire » (j’ai assez souffert des « devoirs de vacances »). Des « lieux de mémoire ». Du « travail de deuil ». Comme il n’en a plus, l’individu externalise sa propre mémoire, il sous-traite son passé à des instituts, voire des institutions. Mais si nous ne nous souvenons plus, ce n’est pas en instaurant l’obligation du souvenir qu’on maintiendra en vie notre passé. On va bientôt stocker le disque dur de toute notre vie d’homme très loin de notre corps, de notre cerveau, de notre cœur. Délivrés du poids moral de l’existence, nous vivrons enfin hors de nous-mêmes, hors de l’humain, dans le serveur d’un fournisseur d’accès.

 

Ce dont les jeunes (du moins me semble-t-il) ont du mal à prendre conscience, c’est que le passé n’est pas individuel. Il dépasse l’expérience particulière de chacun. Et surtout, il appartient aussi à ceux qui ont précédé. Mais pour cela, il faudrait qu’il fût transmis.

 

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Pour caricaturer, disons que l’école du vieux temps (je parle par unités de siècle) enseignait l’éternel (tel qu’elle le voyait), alors que l’école, aujourd’hui, se prosterne devant l’actuel. Au secours, Nietzsche, reviens, ils sont devenus fous (Considérations inactuelles) : ils veulent enfermer l’homme dans le seul instant présent de leur histoire. Les dégâts sont déjà importants.

VIVIERS-LES-MONTAGNES (TARN, 81), magnifique illustration de présence des morts en l'absence des corps.

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D’où mon projet de CENOTAPHE, nanti de l’épitaphe :

 

                                                

 

 « CI NE GIT PAS L’HUMANITE : GARDEZ L’ESPOIR ! ».

13.09.2007

49 - UN FRANCAIS DOIT VIVRE POUR ELLE

49 – UN FRANÇAIS DOIT VIVRE POUR ELLE

 

 

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Marianne est coiffée du bonnet phrygien, rouge, hérité de la Révolution Française. La Phrygie était dans l’Antiquité une province de l’ouest de l’Asie Mineure (Turquie), dont la réputation était de soutenir un florissant réseau d’esclaves. Est-ce vraiment pour cela que les gens du peuple, en France, l’ont adopté à la fin de l’Ancien Régime ?

 

 

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Après le décret du 19 juin 1790, il remplace les armoiries sur les carrosses, après avoir coiffé un buste de Voltaire, et avant que Louis XVI l’accepte sur sa propre tête, qu’il perdra un certain 21 janvier 1793. 1792, année de la proclamation de la Première République Française, voit s’officialiser et se généraliser son usage, comme symbole de l’Etat, puis de tous les corps administratifs.

 

 

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La proéminence penche-t-elle vers l’arrière ? Elle finira par s’incliner vers l’avant, pour ressembler à ce qui se faisait, paraît-il, en Phrygie. Est-ce un bonnet de laine ? On le rendra rigide, pour qu’il ressemble à un casque.

 

 

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Les symboles s’élaborent ainsi, au long d’un cheminement lié aux aléas de l’Histoire. S’ils paraissent évidents, s’ils font partie du paysage, il n’est pas mauvais de rappeler leur origine.

 

 

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La III° République (1871-1940, faut-il le rappeler ?) dévitalisera tant soit peu le symbole en en faisant la coiffure de Marianne (il faut savoir que les révolutionnaires de 1848 en avaient meublé le blanc du drapeau tricolore, ce qui avait une autre force).

 

 

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Marianne porte aussi, dans la main droite, la couronne de lauriers qu’elle remettra au vainqueur, tout auréolé de gloire. Ce sont les Romains qui ont conféré cette puissance symbolique à la plante, par ailleurs gage d’immortalité.

 

 

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Marianne brandit enfin, dans la fermeté de sa main gauche, le drapeau national, dont le drapé fait écho à celui de sa robe.

 

 

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Mais au fait, sait-on pourquoi Marianne EST la République ? Là encore, l’anecdote s’inscrit dans la Grande Histoire. PAUL BARRAS, membre sans interruption du Directoire, qui cherche à donner un nom agréable à la République, est reçu chez Madame Reubell, née MARIE-ANNE Mouhat, Alsacienne et, ayant apprécié le prénom de son hôtesse, l’adopte séance tenante. En 1811, la dame reçut même de Napoléon une pension à vie de 6.000 livres. C’est encore la III° République, après 1877, qui instaurera la présence du BUSTE de Marianne dans les mairies.

 

 

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Le nombre des figures de la République est considérable dans les monuments aux morts. Par ailleurs, plusieurs modèles existent, deux d’entre eux étant particulièrement répandus. A quelques exceptions près, je regrette que les photos disponibles aient été prises de trop loin pour qu’on puisse observer les détails : la taille de Marianne sur le cliché est parfois rédhibitoire. J’ai tâché de sélectionner les plus lisibles.

01.09.2007

39 - LES NOMS, LE LIVRE OUVERT

39 – LES NOMS, LE LIVRE OUVERT

AUTHIE (CALVADOS, 14)

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Encore une fois les noms des Morts (voir mes notes 11, 12, 31, 37, 38). Un nom qu’on ne lit plus, qu’on ne prononce plus, qu’on n’APPELLE plus, n’existe plus. Oh ! ce n’est pas le thème d’aujourd’hui qui va y changer quelque chose !

BOIS DE CENE (VENDEE, 85)

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Les Tibétains, les Egyptiens ont leur LIVRE DES MORTS. Nos monuments, on peut le dire, ils font semblant, c’est dur à avouer. Les livres en pierre posés devant les obélisques, aussi bien que ceux qui constituent une partie essentielle du monument, ne sont pas des livres, mais de simples images, même pas des symboles.

BOUGUENAIS (LOIRE-ATLANTIQUE, 44)

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Quand on visite nos cimetières civils, en passant entre les tombes, on remarque trop souvent ces menus objets en marbre portant des mentions telles que « Regrets éternels » et autres fariboles auxquelles il est convenable de se plier, et qui alimentent le commerce funéraire. Mais disons-le, plus ce souvenir est en pierre, moins il est vivace.

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Ce livre en pierre, en réalité, est là pour signifier, pour rappeler aux vivants un devoir (je finis, hélas, par haïr l’expression « devoir de mémoire », figée, automatique, stéréotypée).

HEROUVILLETTE (CALVADOS, 14)

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L’intention des décideurs de 1920 était bonne en soi, et louable, certes. Mais c’est un moyen de se débarrasser de la tâche de reviviscence. GORGES BRASSENS, à sa façon faussement légère, l’a accomplie, quand il chantait : « Moi mon colon, celle que j’préfère, c’est la guerre de 14-18 ».

LE BURGAUD (HAUTE-GARONNE, 31)

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Le dessinateur JACQUES TARDI, lui aussi, a amplement contribué à faire vivre cette tragédie nationale, dans des œuvres où il ne s’est pas privé de dénoncer l’absurdité, la barbarie, la sauvagerie de cette guerre, mais aussi les saloperies dont se sont rendus coupables des chefs, des généraux qu’on peut considérer comme des criminels (offensives vouées à l’échec dès le départ (Chemin des Dames), peines de mort pour mutinerie, bombardement des tranchées françaises par l’artillerie française quand les hommes refusaient « d’y aller »). Il faut lire C’était la Guerre des tranchées, livre d’une force souvent insoutenable. Il faut lire La Véritable histoire du Soldat Inconnu, Varlot soldat, La Fleur au fusil.

MATHIEU (CALVADOS, 14)

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Ceux-là sont d’authentiques livres, qui vous racontent la réalité putride, puante du quotidien des poilus dans les tranchées, et qui vous donnent enfin la véritable mesure de ce qu’on appela, ensuite seulement, l’héroïsme et la gloire des combattants.

NOINTEL (VAL-D’OISE, 95)

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La promotion à toute force des combattants de 14-18 en glorieux héros avait, aux yeux des gouvernants, un but bien précis : éviter à tout prix ce qui leur foutait une pétoche d’enfer : que les soldats retournent leurs armes contre leurs chefs. On sait que certains capitaines sont morts « au feu », ce qu’on sait moins, c’est qu’ils ont parfois reçu la balle dans le dos.

PEYROUSE (HAUTES-PYRENEES, 65)

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Le sentiment de mécontentement, voire de révolte, pour avoir été dissimulé autant que possible, n’en a pas moins parcouru, surtout à partir de 1916, les rangs de l’armée française, mais aussi allemande.

PONT-FARCY (CALVADOS, 14)

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Ce qu’on ne dit pas trop, c’est que l’ordre social ne fut pas loin de vaciller. Le monument aux morts pourrait être considéré, sans trop déformer la réalité, comme le signe visible d’une volonté politique de restauration de cet ordre.

RICAUD (HAUTES-PYRENEES, 65)

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A cet égard, le LIVRE qui figure sur quelques monuments pourrait signer le désir des pouvoirs en place de réécrire l’histoire, un peu comme, plus tard, GEORGE ORWELL l’imaginera dans 1984 : rien de tel qu’une bonne réécriture du passé pour anesthésier les consciences.

SERON (HAUTES-PYRENEES, 65)

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Heureusement, ce qui reste, ce qui ne peut pas passer, ce sont les NOMS DES MORTS, inscrits indélébiles dans la pierre des monuments.

TOUQUES (CALVADOS, 14) et VAINS (MANCHE, 50)

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30.08.2007

37 - LA LISTE DES NOMS DEVOILEE

37 – LA LISTE DES NOMS DEVOILEE

CARNOY (SOMME, 80)

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Suite à ma note n° 12, dans laquelle j’évoquais l’importance des noms des morts de la guerre, je veux parler aujourd’hui des monuments aux morts qui présentent les noms sous la forme du dévoilement.

LURCY LE BOURG (NIEVRE, 58)

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La mise en scène (car il s’agit bien d’une mise en scène) reproduit les situations d’inauguration, où le maire, ou bien le directeur de la galerie de peinture, ou bien le député augmenté d’un membre du Conseil Général, tire, à la fin de son discours solennel, le cordon qui commande le rideau, le voile cachant l’œuvre. Le caché, disons-le, est toujours une œuvre, mieux : une œuvre d’art.

PALLUEL (PAS-DE-CALAIS, 62)

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Que l’on inaugure la place dédiée à ce notable local injustement oublié qui a travaillé toute sa vie avec un dévouement incomparable à l’amélioration et au développement de sa circonscription, et dont le sculpteur (également local) vient de réaliser un buste immortel, - ou que le président de la compagnie d’assurances, la main sur le cordon, achève son noble propos avant de donner à voir, à l’assemblée des smokings et des longues robes décolletées prolongés au bout du bras par un récipient de forme verticale oblongue empli d’un liquide vaguement jaune et pétillant, le tableau de ce génie impressionniste acquis pour une somme record dans une grande salle de ventes new-yorkaise, la solennité admirable du moment imprègne tous les esprits, faisant passer dans tous les dos une chair de poule tout à fait propre à accompagner l’instant de la révélation suprême.

THENON (DORDOGNE, 24)

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On a compris que je vois dans ces quelques (fort rares) monuments aux morts quelque chose d’artificiel, puisqu’un geste inscrit dans la pierre s’inscrit dans l’éternité, à la façon de ce pas posé il y a 25.000 ans dans le sol de la grotte de Pech-Merle. « Achille immobile à grands pas » (Paul Valéry, dans le "Cimetière Marin").

TORCY-LE-GRAND (AUBE, 10)

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Jusque dans la découpe de la pierre, l’artiste s’est efforcé de reproduire l’aspect du brut : visiblement, on vient d’arracher ce bloc à sa montagne pour y graver les noms de quelques hommes qui ne sont plus, tués par la folie de quelques hommes plus importants.

TRAMPOT (VOSGES, 88)

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La main d’une femme, à la fois symbole et compagne, vient de lever le voile du drapeau national (on en distingue la hampe) sur les noms de ces jeunes gens que chacun, ici, connaissait bien, et qu’il rencontrait après la messe, à la boulangerie, au café de la place.

VINAY (MARNE, 51)

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Mais laissons une chance à la vérité du sentiment, même si la copie-conforme entr’ouvre un vasistas sur l’opération marchande.

29.08.2007

36 - HOMMAGE A LA SOMME

36 – HOMMAGE A LA SOMME

ARVILLERS

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Admettons qu’il y ait en France, environ, 30.000 monuments aux morts, peut-être davantage, pour 36.560 communes (Quid 2001, le total, en passant par le Petit Larousse Illustré, atteint 36.554). Sachant que le territoire métropolitain compte 95 départements, cela fait une moyenne d’à peu près 316.

AUCHONVILLERS et SAINT RIQUIER

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Sachant, par ailleurs, que la moyenne du nombre des communes par département est de 383 (minimum Paris = 1, maximum Pas-de-Calais = 898, source Quid 2001), et que la présence de photos sur l’internet dépend du bon vouloir d’individus (site Mémorial GenWeb) ou de structures administratives (Pas-de-Calais, Marne, Somme…), on s’aperçoit que le fonds disponible laisse de côté bien plus de la moitié des communes.

BAYENCOURT et SAINT LEGER LES DOMART

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Dans certains départements, on recense la quasi-totalité des sites (Pas-de-Calais : 890 / 898, le Petit Larousse illustré indique 894). Dans d’autres, la motivation laisse visiblement à désirer.

BRAY SUR SOMME et MORLANCOURT

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Il est vrai qu’il faut en faire, des kilomètres en voiture, s’arrêter dans chaque localité, s’enquérir éventuellement de l’emplacement, pas toujours évident à trouver, du monument, s’y rendre, prendre une photo alors que la lumière ou l’orientation du soleil ne sont pas forcément au rendez-vous.

COMBLES et MORISEL

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C’est un vrai, un gros travail. Je le sais pour l’avoir pratiqué un temps. C’est très astreignant, surtout lorsqu’on n’est pas seul dans la voiture.

BEAUCHAMPS (« pour la patrie jusqu’à la mort ») et SAUVILLERS-MONGIVAL

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Qui s’intéresse aujourd’hui aux monuments aux morts ? Je mentionne, pour y avoir glané quelques photos, le site de Queutchny, dont le principe fait appel à la bonne volonté de ceux qui consentent à y déposer leurs clichés. Queutchny fait du bon travail, qui ne se limite pas au recensement des monuments. Malheureusement, d’ici à ce que la totalité du territoire et des communes soit couverte, « il risque de se faire tard » (Brassens).

BEAUMONT et PERONNE

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Car il faut recenser les monuments aux morts, il faut en faire la somme. C’est la raison pour laquelle (pardon pour ce calembour), je montre aujourd’hui des exemples particulièrement nets de ce qu’on trouve dans le département de la Somme (339 photos pour 783 communes).

FOUILLOY et MARCELCAVE

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Certains photographes amateurs s’ingénient à proposer des clichés aussi flous que si l’on était dans le brouillard, d’autres veulent tellement élargir le champ que le monument consiste en un point en bas à droite du cliché.

FRAMERVILLE et LE CROTOY

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Merci donc à ceux qui, au contraire, pratiquent le gros plan, permettant aux amateurs de se faire une idée saisissante des sculptures. En effet, il y a là, force est de le reconnaître, un patrimoine artistique, en plus du réservoir national de souvenir.

FRIVILLE-ESCARBOTIN, GAMACHES et HANGEST-EN-SANTERRE

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28.08.2007

35 - PIETA

35 – PIETÁ

SAUVETERRE-DE-BEARN (PYRENEES ATLANTIQUES,64)

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Tout le monde sait ce qu’est « une » PIETA. Beaucoup de gens connaissent en particulier des Pietà célèbres, au premier rang desquelles celle de Michel-Ange, vous savez, à Saint-Pierre de Rome, à droite en entrant, mais derrière une vitre blindée aujourd’hui, depuis qu’un cinglé armé d’une massette l’a escaladée dans les années 1970 et lui a porté de méchants coups.

APACH (MOSELLE, 57) et GUARBECQUE (PAS-DE-CALAIS, 62)

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Ce fut le début de la vie à l’intérieur de la SECURITE et des barrières du même nom, et des portiques, et des mesures, et des forces, et tout et tout. Vivre à l’abri des allumés et des illuminés, des tordus et des fêlés, tous ces gens que le monde actuel fabrique sans s’en inquiéter sur le moment, pour ensuite retourner le bâton sur l’ensemble d’une population pas méchante et qui n’en peut mais, et qui subit sans trop rechigner, parce qu’elle se dit, avec son « bon sens », que, oui, il faut se protéger des anormaux.

LE PIN (LOIRE-ATLANTIQUE, 44)

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En 1965, pendant les vacances de Pâques, j’ai participé à un voyage à Rome, et je me rappelle encore l’impression de paix et de bonté que j’ai ressentie en apercevant cette femme à la douceur essentielle qui recevait sur ses genoux son fils mort.

BELCAIRE (AUDE, 11) et BOIS-GRENIER (NORD, 59)d082e13dc5f3690ae8552e06215772a4.jpgcd7561040a7ea047a1aa0b3ea191ba97.jpg

Les commanditaires des monuments aux morts, entre 1920 et 1930, ont été bien inspirés, lorsqu’ils ont opté pour cette idée : une force aveugle a envoyé les fils à la mort, et les mères, chez elles, n’ont pas alimenté un atome de haine, mais se sont abîmées dans la contemplation du cadavre des fils, sans résignation, mais avec la douceur et la bonté qui les guidait quand ils étaient vivants. Et pourtant, elles en avaient, des raisons d’en vouloir, mais à qui ?

CONTREXEVILLE (VOSGES, 88) et NANGIS (SEINE-ET-MARNE, 77)26a9aba776bb992e9074fee07561e222.jpg6e7644f5b792a860acad6564e1595d15.jpg

Plusieurs de ces PIETA sont évidemment une simple copie de ce qui se voyait dans les églises, mais un certain nombre d’entre elles peuvent être considérées comme des Pieta laïques, à commencer par la composition monumentale qu’on peut admirer à METZ (MOSELLE, 57). Dans les premières, le Christ peut (rarement) être remplacé par un poilu. Parmi les dernières, une femme pleinement humaine tient dans ses bras le corps d’un jeune homme mort dans une guerre que personne n’aurait voulue, s’il avait su… 8cfa3147315d9a9a5de09b685db04731.jpg

METZ

 

L’attitude, en tout cas, semble juste. Je présente, au début du propos, les monuments d’inspiration chrétienne, les autres ensuite.

LOUVIERS (EURE, 27) et SAINT-MESMIN (VENDEE, 85)8319f83adf0afe19d662bcc7fba92b97.jpg

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