21.03.2008

FRIVILLE-ESCARBOTIN

AUJOURD’HUI

FRIVILLE-ESCARBOTIN, vous savez, c’est dans la Somme (département 80). Aux municipales, c’est là, paraît-il, que le plus jeune maire de France a été élu, 23 ou 24 ans suivant les sources. Mais FRIVILLE-ESCARBOTIN, c’est d’abord un nom génial, par sa gaieté, presque son manque de sérieux. Je me demande comment on appelle les habitants, tiens. D’après le QUID 2001, il y a 4.646 habitants (7.184 avec l’agglomération). Les spécialités indiquées sont la robinetterie, la serrurerie, les métaux, la verrerie. Et il y a des musées des Industries (tiens, pourquoi le pluriel, au fait ?). Vous voyez que des tas de questions cruciales se posent et viennent à l’esprit, quand on évoque FRIVILLE-ESCARBOTIN. C’est une sorte de centre du monde, dans le fond. Au lieu de jeter son dévolu sur VADUZ, BERNARD HEIDSIECK aurait tout aussi bien pu poser son doigt de poète sur ce haut lieu. Pour montrer que vous êtes en train de visiter un blog qui ne prend pas ses visiteurs pour des buses, il faut préciser que le Petit Larousse 2005 va jusqu’à donner le code postal de FRIVILLE-ESCARBOTIN (80130), signaler qu’il s’agit d’un ch.-l. de cant. de la Somme, compter 4.826 hab., et même répondre à la question que je posais dans ma deuxième phrase, puisqu’il nomme les Frivillois. La même source parle, quant à elle, d’un « Musée des Industries du Vimeu ». Et comme je déteste faire les choses à moitié, vous ne croyez tout de même pas que je vais vous faire grâce de la notice du Petit Robert des noms propres (édition de 1994 revue, corrigée et mise à jour en 1995), quand même, car il y a du nouveau, comme vous allez voir, ce qui change la perspective du tout au tout. En effet, si FRIVILLE-ESCARBOTIN est doté d’un code postal identique (80130), ce qui rend toutes les démarches postales d’une praticité indéniable, qu’il reste ch.-l. de cant., il est précisé : « de la Somme » et, comble du luxe, que nous sommes dans l’ « arr. d’Abbeville », « dans le Vimeu ». Moi, vous me connaissez (comme aurait dit le commissaire San Antonio), je vois « Vimeu », je saute immédiatement en parachute sur la notice du même nom, et qu’est-ce que je trouve, sous mes yeux émerveillés ? Que le VIMEU est une région de Picardie, située entre la Somme et la Bresle. Que son sol argileux, son climat froid et humide (je vous jure que c’est dans le dictionnaire et que je n’invente rien) conviennent aux prairies et aux vergers de pommiers à cidre. Qu’on y trouve de l’élevage de bovins et de chevaux, ainsi que de la serrurerie et de la robinetterie. Quand je vous disais que la moindre des précautions, quand on veut des informations sûres, c’est le recoupement des sources. C’est ainsi qu’on s’aperçoit de certaines divergences inadmissibles, qui jettent un doute sérieux sur le sérieux de certains praticiens de l’information dans la collecte. En effet, il est insupportable de constater que personne n’est d’accord sur le nombre des habitants de FRIVILLE-ESCARBOTIN. Le dernier dictionnaire cité (le Petit Robert, alias Robertino), avant de convenir, lui aussi, que cette illustre commune dispose d’un « Musée des Industries du Vimeu », ce qui est bien le moins, et des fonderies,   lance le chiffre de 4.737 (aggl. 7.037). Il faut mettre fin à ce scandale et que tout ce beau monde se mette d’accord une bonne fois pour toutes. Organisons une table ronde, non : il faut réunir au moins une GRENELLE DE FRIVILLE-ESCARBOTIN pour fixer une fois pour toutes, et graver définitivement dans le marbre LE NOMBRE DES HABITANTS DE FRIVILLE-ESCARBOTIN. Il faut mettre fin à l’approximation. Tout esprit sérieux et rationnel est en droit d’exiger ce minimum de rigueur intellectuelle. FRIVILLE-ESCARBOTIN, après avoir subi durant de longs siècle, un mépris aussi lourd qu’injustifié d’historiens peu soucieux de la vérité, mérite d’être enfin rétabli dans son droit, et de savoir sur combien d’habitants il peut compter. Plus jamais ça ! Il ne faut plus que des chercheurs plus ou moins fantaisistes ou primesautiers manipulent les chiffres à leur guise. Il faut établir POUR L’ETERNITE le nombre des habitants de FRIVILLE-ESCARBOTIN.

* *

Au fait, il faut que je vous le dise : je comptais simplement évoquer le monument aux morts de FRIVILLE-ESCARBOTIN, qui me semble d’une grande dignité. Il se présente comme un caveau, où repose un enfant du pays, dans son uniforme de poilu. Au fond, un soleil levant darde ses rayons. A gauche, se tient, dans une attitude de recueillement, un homme en tenue d’ouvrier ou de paysan. A droite, une femme en long voile se lamente. Avec le bas-relief sculpté, nous sommes,

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d’un côté, dans l’atelier du forgeron (enclume, masse, roue dentée), et de l’autre, dans un champ cultivé (charrue). Une gerbe de fleurs (en pierre) est déposée sur le sol. L’inscription au fronton est sobre : entre deux croix de guerre « La commune de FRIVILLE ESCARBOTIN BELLOY à ses enfants morts pour la France ».

20.02.2008

DES PETITES REMARQUABLES

DROLES DE BREVES (1)

Pour payer une tournée de bière qu’il avait offerte à des amis, dans un café d’Athènes, Gueorghios Kalpaktis avait donné deux billets de loterie au garçon de café. Ces billets ont rapporté à leur nouveau bénéficiaire la somme de 8500 euros.

Madame Marie Lambert doit avoir bien du chagrin. A 77 ans elle vivait à Grancey-les-Châteaux entourée de ses 52 chats. Par malheur, l’un d’eux étant atteint de la rage, le docteur D, vétérinaire à Is-sur-Tille, a dû les abattre après avoir consulté la direction départementale des services vétérinaires. Quant à Mme Lambert, elle a été vaccinée.

Un garçon de onze ans, en état d’ébriété, a été relevé indemne après être passé sous l’autorail assurant la liaison Cornimont-Epinal. Peu avant l’arrivée en gare, le conducteur aperçut un jeune garçon qui semblait dormir allongé sur la voie. Tous freins serrés, il ne put cependant immobiliser sa machine que plusieurs mètres après l’endroit où dormait l’enfant, celui-ci était indemne, et n’avait même pas une égratignure. Allongé dans le sens des rails, l’enfant a probablement été sauvé par son immobilité, et grâce à l’espace existant entre le ballast et les parties basses de l’autorail.

Un hélicoptère espagnol a été attaqué par un vautour de deux mètres d’envergure. Le pilote, légèrement blessé, a été contraint de poser son appareil dont la cabine était sérieusement endommagée.

 Ce sera tout pour aujourd’hui.

 

27.01.2008

CAMEMBER L'ANCÊTRE

PLAIDOIRIE REMARQUABLE

C’est l’avocat, maître Bafouillet, qui défend Camember : « Messieurs, comme l’a fort bien dit Bossuet, notre maître à tous, il n’est si petit ruisseau qui ne finisse par porter ombrage.

« Si l’on en croyait l’acte d’accusation qui, de son doigt sévère, nous a plongé sur ce banc d’infamie, messieurs, nous aurions frappé le major Mauve dans l’exercice de ses fonctions… Or, dussé-je faire rougir vos cheveux blancs, ce n’est pas à cet endroit-là que nous avons atteint l’honorable docteur. (c'est vrai : par maladresse, Camember est accusé d'avoir donné un coup de pied au cul du médecin-major du régiment)

« Alors, messieurs, jetons un voile sur les batailles d’Austerlitz et de Marengo ! Songez à son pauvre père, à ce vieillard octogénaire qui a déjà un pied dans la tombe et qui, de l’autre, a toujours marché dans le sentier de la vertu !

« Ce n’est pas, messieurs les membres du Conseil, à de vieux singes comme vous et moi qu’on apprend à faire des grimaces et, qu’il le veuille ou non, je vois bien d’ici l’œil du commissaire du gouvernement qui m’écoute et qui rit.

« La vie, hélas, n’est qu’un tissu de coups de poignard qu’il faut savoir boire goutte à goutte ; et, je le dis hautement, pour moi, le coupable est innocent ! »

A la suite de cette émouvante plaidoirie, Camember est acquitté.

Mais au fait, je ne vous ai pas présenté CAMEMBER. C’est de la BANDE DESSINEE. François Baptiste Ephraïm CAMEMBER, fils d’Anatole Camember et de Polymnie Cancoyotte, né à Gleux les Lure, département de Saône Supérieure, le 29 février 1844. Sa vocation : ne rien faire. C’est la raison pour laquelle il se trouvera bien dans l’armée française, comme « sapeur ». Je vous signale qu’en l’honneur du Sapeur Camember et de cette date de naissance, un journal a été fondé en 1980, qui paraît tous les 29 février : La Bougie du Sapeur. Le numéro 7 devrait donc paraître en 2008. Restez aux aguets.

Le vrai, et facétieux, père du « Sapeur Camember » s’appelle GEORGES COLOMB qui, pour cette raison prendra le nom de plume de CHRISTOPHE. Il a laissé quatre chefs d’œuvre, dont je n’évoquerai ici que Les Facéties du Sapeur Camember (1896), sachant tout de même qu’il est vital pour la santé (mentale) de ne rien ignorer du savant Cosinus, de la famille Fenouillard ou de Plick et Plock.

Camember a du bon sens, et du gros. Ainsi, lorsque Cancrelat, qui doit scier le bois du Colonel et se désespère car le tas est vraiment très haut, il le réconforte : « Cancrelat, lui dit-il, tu m’affliges : tu n’as qu’à commencer par un bout, et quand t’arriveras à l’autre, tu seras tout épaté d’avoir fini ». Et lorsque le pauvre est arrivé à la moitié, et se plaint que c’est vraiment très long : « S’pèce de moule ! C’est par l’aut’bout qu’il fallait commencer, parce qu’à présent qu’il n’y a plus rien de ce bout ici, il n’te resterait plus rien à faire ». IMPARABLE.

Une autre fois, le sergent Bitur (ça vaut l’adjudant Kronenbourg de Cabu), qui a beaucoup moins de bon sens que Camember, lui « imprime » (sic) l’ordre de creuser un trou pour y cacher des ordures. Le sapeur, une fois la mission accomplie, se demande où il va fourrer la terre extraite du trou. Bitur : « Que vous êtes donc plus herméfitiquement bouché qu’une bouteille de limonade ! Creusez un autre trou ! ». Deuxième engueulade : « M’ferez quatre jours pour n’avoir pas creusé le deuxième trou assez grand pour pouvoir y mettre sa terre avec celle du premier ».

Camember a aussi l’art du compliment délicat. Un peintre a fait le portrait de la colonelle. Le sapeur se croit obligé de corriger « mam’selle Victoire » (servante alsacienne, c’est important de le préciser) qui vient d’émettre un jugement désobligeant sur la peinture, que la Colonelle a entendu : « C’est p’têtre vrai que ce n’est pas joli, joli… Mais avouez que c’est rudement ressemblant ! ».

Mam’selle Victoire a donc un accent alsacien à couper au couteau. Elle appelle Camember « Mossieu Gamempre ». Un jour, à Camember qui cherche son Colonel : « Foui ! Mossieu Gamempre, ché fiens té lé foir… tans son gabinet… il é…grivé ». Persuadé que son cher colonel est mort, il court ameuter la caserne. Après vérification, le Colonel est bien vivant, et fait venir Victoire : « Ch’ai pas tit : le golonel il est grévé », ch’ai tit : « Le golonel il égrivé… afec une blume quoi ! » ».

Quelle chance vous avez, bande de petits veinards qui ne connaissiez pas Camember, vous allez vous régaler ! Vous découvrirez qu’il sait à l’occasion se comporter en véritable héros militaire, puisqu’il sauve son Colonel, qui le décore, si c’est pas une preuve, ça. Cancrelat, nommé capitaine des pompiers, « a eu le premier l’idée géniale qui consiste à essayer les pompes la veille de chaque incendie ». Camember épouse Victoire qui, à la dernière image, lui a déjà donné huit garçons, pas tout à fait « l’effectif d’une escouade sur pied de guerre ». Peinture ironique et débonnaire d’une vie de caserne désormais disparue.

On peut considérer GEORGES COLOMB alias CHRISTOPHE comme un ancêtre français de la BANDE DESSINEE, de même que la Suisse a donné à celle-ci RODOLPHE TÖPFFER  (né en 1799) (Les Amours de M. Vieuxbois), l’Allemagne WILHELM BUSCH (les infernaux Max et Moritz), et l’Amérique RICHARD OUTCAULT (Yellow Kid, où apparaît la première bulle en 1896). Total respect !

 

21.01.2008

LA SCIENCE DU PARTICULIER

III – SCIENCE DU PARTICULIER

La science, on sait ce que c’est, enfin on croit qu’on sait, hein ! Parce que si on gratte un peu, j’attends, amusé, le résultat du grattage. La science, par exemple, c’est ISAAC NEWTON : la loi de l’attraction universelle. En gros, quand tu fais dans la science, tu cherches « comment ça marche », et quand tu as compris, tu ponds une formule, une « loi », on dit. Et la science, son boulot, c’est d’établir des lois et, quand c’est possible, de les vérifier, et surtout de vérifier que la vérité ainsi établie est vraie partout, tout le temps, quelles que soient les circonstances. Cela s’appelle « universel ». Le grand reproche qu’on peut faire à cette science, c’est de tout réduire, de tout niveler. C’est vrai quoi, elle ne fait de la publicité qu’aux phénomènes constants. Les phénomènes accidentels n’ont pas d’existence scientifique. Niet ! Vous êtes l’exception ? Vous retournez dans le néant d’où vous n’auriez jamais dû sortir, et plus vite que ça. Vous êtes l’individu anormal dans la généralité statistique ? Vous êtes prié de passer au laminoir du différent, dans le marteau-pilon de la norme.

Là où ALFRED JARRY montre qu’il a bon cœur, c’est dans le souci dont il fait montre de s’occuper de l’exception, de l’individu anormal, mais de toutes les exceptions, et de tous les individus anormaux, de les étudier attentivement, et d’établir les lois qui les régissent. « Au lieu d’énoncer la loi de la chute des corps vers un centre, que ne préfère-t-on celle de l’ascension du vide vers une périphérie ? ». Dans ce monde de brutes rongé par la nécrose indifférenciatrice, une telle démarche se révèle pour le moins salutaire. Le prophète RENE GIRARD a stigmatisé de longue date la violence où mène l’indifférenciation qui découle du mimétisme. Le problème de l’individu, dans une telle crise, c’est de survivre. Je veux dire, de survivre en tant qu’individu, évidemment : à quoi sert d’être libre, si c’est pour faire comme tout le monde, pour être comme tout le monde, réfugié dans le conforme ? Mais il y a de l’héroïsme, alors, à demeurer un individu individué, la pression de la conformité, de la similitude est énorme, appuyée par tous les scientifiques des sciences dures, suivis des faussaires des sciences molles (certains opposent les sciences exactes aux sciences inexactes, ce qui n’est pas si bête), qui veulent à tout prix réduire l’humanité au modèle des constantes que leurs méthodes justes et leurs méthodes fausses ont établies, ce qu’on appelle la MOYENNE des statisticiens et du commerce des sondages, culte qui aboutit à ce que TOUT ECART DEVIENT DIABOLIQUE : plus l’écart est important, plus c’est hors-norme, INTOLERABLE. Plus tu t’écartes de la sacro-sainte MOYENNE, plus tu es bon à enfermer, ou tout au moins à surveiller étroitement. Plus ton statut se rapproche de la « victime émissaire » dont parle René Girard. Gare à tes os. Rarement, dans l'histoire, la MACHINE A UNIFORMISER n'a fonctionné aussi efficacement qu'aujourd'hui (la machine à uniformiser, pour faire court, c'est la télévision, la publicité, enfin, les "laminoirs" dont je parlais).

La ‘pataphysique est la preuve vivante qu’il est possible d’échapper à la « broyeuse de chocolat », à condition de la promouvoir en moderne JOCONDE, comme l’a fait MARCEL DUCHAMP, dans son « grand œuvre » La Mariée mise à nu par ses célibataires, même. Je rappelle que c’est le même MARCEL DUCHAMP qui est considéré par les uns comme le père de l’art contemporain, et par les autres comme le grand destructeur de l’art au 20ème siècle (les moustaches à la Joconde L.H.O.O.Q., la « fontaine », et tout le tremblement). Non, Duchamp, avec et après Dada, a simplement pris acte de la mort de quelque chose : ce n’est pas un acte, c’est un constat. Ce n’est pas pour rien que ce PARTICULIER fut un éminent pataphysicien : il possédait LA SCIENCE à un haut degré. Il fut même une « entité ».

Le DOCTEUR FAUSTROLL, quant à lui, curateur inamovible, est né à l’âge de soixante-trois ans, « lequel il conserva toute sa vie ». Sa peau est « jaune d’or », glabre « sauf unes moustaches (sic) vert de mer », dépourvue de pilosité « par l’emploi bien entendu des microbes de la calvitie, saturant sa peau des aines aux paupières ». « Des aines aux pieds par contraste, il s’engainait dans un satyrique pelage noir, car il était homme plus qu’il n’est de bienséance ». L’histoire du Docteur Faustroll ne saurait s’achever le jour où il « fit le geste de mourir » « à l’âge de soixante-trois ans ». Contrairement à ce que déclare Ubu dans Ubu cocu, c’est bien le DOCTEUR FAUSTROLL qu’il faut considérer comme l’inventeur de la ‘pataphysique, encore que le « contrairement » soit un abus de langage. C’est bien lui, le « curateur inamovible » du Collège. Comment ? De quel Collège s’agit-il ? Et puis quoi encore ?

 

15.01.2008

II - LE MOT "'PATAPHYSIQUE"

II – LE MOT « ‘PATAPHYSIQUE »

Début de l’intermède pédant. C’est une contraction d’une « épimétaphysique », qui serait elle-même une contraction de επί μετα τά φυσικά (c’est du grec : épi-méta-ta-physika, mot à mot : autour d’après la physique). Aristote a écrit un livre qui s’appelait la Physique. Et dis-moi comment il a appelé, Aristote, le livre qui venait après ? Eh bien, il ne s’est pas cassé le crâne : il l’a appelé « après la physique », et, avec des mots grecs, « métaphysique ». Fin de l’intermède pédant. Ça en jette, non ?

Mais tout ça, évidemment, c’est bidon et compagnie, et uniquement fait pour se gausser, non je ne parle pas d’Aristote, quand même. Je parle de l’étymologie. Quand Père Ubu s’installe d’autorité chez Achras, qui se considère lui-même comme un grand savant : « Ceci vous plaît à dire, Monsieur, mais vous parlez à un grand pataphysicien », c’est dans Ubu cocu ou l’Archéoptéryx, Ubu empale Achras, et puis un peu plus tard, il le désempale, puis tombe dans une trappe, puis sort de la trappe avec l’aide de sa Conscience, enfin, il lui arrive plein de choses. Réponse d’Achras à la réplique précédente : « Pardon, Monsieur, vous dites ? … – Pataphysicien. La pataphysique est une science que nous avons inventée et dont le besoin se faisait généralement sentir ».

On dira ce qu’on voudra, mais le mot ‘pataphysique, au départ création de potaches du lycée de Rennes, se révèle une trouvaille géniale, d’autant qu’ALFRED JARRY, par son particulier génie propre, a, d’une part, tout bonnement inventé un nouveau préfixe grec authentique, et d’autre part, a ensuite bourré ce mot de vrais sens, ouais, parfaitement : « des vrais » (souvenir de BOBY LAPOINTE, c’est dans « Saucisson de cheval » : « Et y a des paroles là-dessus, des paroles, des vraies »). C’en est au point que cette invention pour de rire peut à bon droit prétendre au statut de préfiguration de concepts philosophiques actuellement opérationnels (CORNELIUS CASTORIADIS, La Montée de l’insignifiance). Ouais mon pote ! Ça en jette, non ?

JEAN BAUDRILLARD : « Pataphysique : philosophie de l’état gazeux ». Mais peut-on se fier à un philosophe qui n’a pas refusé de mourir (6 mars 2007) ? J’exagère, non ? Même moi, je m’en rends compte. Pourtant, lui-même écrivait, toujours à propos de la ‘pataphysique : « Elle est un narcissisme de mort, une excentricité mortelle ». « Même la conscience du prout n’est pas sérieuse », c’est dire. Et sa petite ratiocination sur la ’pataphysique s’achève sur cette formule sublime : « Telle est l’unique solution imaginaire à l’absence de problème ».

Le mot « ‘pataphysique » affole les dictionnaires. Le Larousse donne « science des solutions imaginaires, inventée par Alfred Jarry ». Débrouillez-vous avec ça. Le Robert fait un effort, en donnant la date de sa première apparition livresque (1911). Hélas, il le range dans la catégorie du vocabulaire didactique, ajoutant, suprême injure, « par plaisanterie ». Or, il n’est rien de plus ni de moins sérieux que la «’pataphysique ». C’est comme vouloir mettre des lunettes de vue à un mollusque bivalve. La seule citation correcte donnée par le Robert est celle du grand et regretté NOËL ARNAUD : « (…) Et c’est pourquoi le sens commun, les conventions, la croyance à l’objectivité (…) sont éminemment pataphysiques » in Le Monde, 29 nov. 1967.

 

13.01.2008

I - LE PATAPHYSICIEN

LE PATAPHYSICIEN

Au sujet de la ‘Pataphysique, il faut d’emblée préciser un détail central, auquel tout un monde est suspendu. Vous avez bien lu le mot, il n’y a pas de faute d’orthographe, on écrit bien ‘Pataphysique. Les connaisseurs n’omettent jamais l’apostrophe, tout cela à cause d’une phrase d’ALFRED JARRY en personne : « … l’orthographe réelle ‘pataphysique, précédé d’un apostrophe (sic), afin d’éviter un facile calembour … ». Il faut quand même savoir que les plus éminents spécialistes, les autorités morales et intellectuelles les plus autorisées, les chercheurs les plus enfouis dans les archives et dictionnaires encyclopédiques, ont été totalement infoutus d’établir de quel « facile calembour » il s’agissait. Impossible de savoir ce que Jarry avait dans la tête au moment où il a écrit ça. Par conséquent, tout le monde met l’apostrophe, au cas où ..., en cas de ..., pour montrer ou  faire croire qu’il est branché, pardon : qu’il est initié.

Oui, il faut que je vous explique : tout le monde est pataphysicien, vous, moi, les autres, Idriss Deby, Hu Jin Tao, Hugo Chavez, Ingrid Betancourt, Nicolas Sarkozy, et les six milliards et demi d’autres qui s’obstinent à respirer notre air de notre planète sans nous avoir demandé notre autorisation. Seulement, attention, il n’y a pas trois manières d’être pataphysicien, il y en a deux, DEUX : la première, c’est la plus commune, le sort général de l’humanité souffrante, c’est la manière INCONSCIENTE, ce sont les « pataphysiciens sans le savoir », dont le brevet signé d’avance est tenu en réserve, au secret, jusqu’au jour où la lumière de FAUSTROLL se manifestera à eux, et où leur nom viendra s’inscrire au « livre du pardon » (Berlioz).

La deuxième ne concerne qu’une extrême élite : les « pataphysiciens conscients », dont le principal privilège consiste à être en mesure de jouir de la conscience d’être pataphysiciens, cette jouissance se remarquant à un certain type de regard, à un type spécifique de sourire à peine dessiné, dont le premier effet est de protéger leur possesseur de la réalité, qui les met en quelque sorte « au-dessus » de la réalité en même temps que tout à fait « au centre ». Oui, je sais, la géométrie pataphysique (là, c’est l’adjectif : pas d’apostrophe) comporte des subtilités. Le pataphysicien CONSCIENT se remarque, primo, à ce certain air de supériorité affiché au cours de ses déplacements dans cette réalité-ci, secundo, à la maîtrise du petit nombre des articles qui composent le catéchisme pataphysique, que nous examinerons dans les « leçons de pataphysique » que nous nous proposons de distiller en ces lieux, à destination de l’humanité souffrante pour l’éclairer.

Pour simplifier, le pataphysicien conscient, c’est comme le curé sans soutane : difficile à identifier. Il n’y a pas d’uniforme de pataphysicien, parce que, tout simplement, tout uniforme est de nature pataphysique, de même que l’absence d’uniforme. Au risque de choquer, je dirai que la ‘Pataphysique est comparable au bouddhisme, dans la mesure où elle repose sur le constant effort intérieur de l’individu de progresser sur la voie qui mène à l’illumination. Ne le cachons pas au profane : elle est une discipline, peut-être même une ascèse. La doctrine est sur ce point plus intraitable que le nombre d’Avogadro, plus inflexible que le principe d’Archimède, plus draconienne que Panoramix quand Obélix lui demande de la potion magique : tous les modes d’être sont autorisés, voire recommandés, pour ne pas dire prescrits. J'irai même jusqu'à affirmer que l'infini est obligatoire.

Quelques pataphysiciens célèbres : BORIS VIAN, équarisseur de première classe, est évidemment le plus connu, mais il y en a d’autres. Je citerai JEAN-CHRISTOPHE AVERTY dont l’admirable travail a beaucoup contribué à propager la viridité de la lumière de la chandelle verte et du corps doctrinal dans le corps social. RAYMOND QUENEAU fut honoré du titre de « huitième Satrape », et écrivit sur Les Propriétés aérodynamiques de l’addition. MARCEL DUCHAMP, les MARX BROTHERS (et leurs trois hypostases : Groucho, Chico, Harpo), EUGENE IONESCO, JEAN DUBUFFET (avant sa rétraction – rétractation, voir Bâtons rompus), MAX ERNST, MAN RAY, PAUL-EMILE VICTOR (si !), JEAN BAUDRILLARD, ROLAND TOPOR, bref : à lire ces noms, le lecteur se rendra compte que ça NE PLAISANTE PAS.

Mais aucune de ces célébrités, aucun de ces pataphysiciens n’aurait le front et l’impudence de ne pas rendre hommage au premier d’entre eux, premier dans le temps, mais aussi premier en importance. Le premier pataphysicien existe, même si nul ne peut se targuer de l’avoir physiquement rencontré ou aperçu. Il est médecin (il porte le titre de Docteur) dans une spécialité qui reste à définir, et peut-être à inventer. AUBREY BEARDSLEY a fait de lui un portrait qui, malheureusement, s’est perdu. Je consacrerai donc une prochaine leçon à la présentation de l’inexhaustible DOCTEUR FAUSTROLL, seul et définitif CURATEUR INAMOVIBLE.

08.01.2008

DISCOURS DE MARIAGE

LE MAIRE AUX NOUVEAUX MARIES

(Discours authentique prononcé dans une petite commune du centre de la France)

 

Mes Chers administrés,

Après les paroles officielles et puis réglementaires que je viens de prononcer devant vous pour vous unir par les liens du mariage je ne veux point vous laisser partir sans en articuler d’autres d’une rigidité un peu plus délicate, c’est-à-dire d’une noblesse un peu plus caressante si bien de circonstance dans ce beau jour solennel.

Depuis que vous avez comparu devant ma personnalité investie des pouvoirs adéquats et susceptibles de procéder à la réunion de deux individus « Je vous considère comme deux conjoints et j’en suis fier d’en être l’auteur attendu que j’en suis moi-même un depuis quarante ans et que je n’ai jamais eu à m’en plaindre.

L’association d’homme et d’la femme est comme le dit si bien M. Larousse, l’écrivain bien connu dans son dictionnaire qu’m’a prêté l’institutrice, la réunion de deux sexes différents qui s’appuient l’un sur l’autre pour écarter les difficultés de la vie.

Vous allez cheminer par un sentier bordé de ronces et d’épines qui mène à la vieillesse lumineuse qui vous fait dire quand on est vieux avec une joie qu’on a d’égal que dans pareil cas « j’von mourir mais j’on ben vécu de d’là ».

Pour y arriver faut t’y vaincre les obstacles parasitaires qui sont à l’homme qui débute dans la vie c’qu’est la barrière du chemin à la patte du veau en bas âge qu’on mène à l’abreuvoir pour la première fois.

Pour y arriver y a qu’un moyen, partir main dans la main en cultivant des deux bras la terre qu’nous ont légué nos ancêtres, puis en soignant le bétail qui fait la force d’la nation dont je suis fier d’être le représentant.

L’Amour avec un A majuscule, c’est la plus belle institution de la République.

Vous, la femme épousée, votre mère respectée, en larmes, vous donnera dès ce soir les conseils d’usage avant que votre mari vous ouvre toute grande aux secrets de l’amour.

Quant à vous, mon garçon, il n’est pas nécessaire de vous faire l’école, attendu que vous avez toujours vécu parmi nous et que la vie des animaux vous a sûrement instruit sur ce qu’était la vie humaine.

J’m’en vas couper court à ma branche de fleur de rhétorique en vous envoyant les folles agapes que vous n’allez point manquer de manger au cours de ce repas de noces. Mais en vous avertissant au préalable que j’ai reçu d’la chaux et que je tiens à la disposition de tous les cultivateurs à raison de 30 francs le quintal.

Vive la France ! Vive la République ! Vive la Mariée Une et Indivisible !

NB : J’ai conservé, au moins partiellement, l’orthographe et la ponctuation d’origine.

05.01.2008

RUBRIQUE-A-BRAC

LA RUBRIQUE-A-BRAC

Qui ne connaît pas MARCEL GOTLIB se prive de mainte jouissance de l’esprit, et même sans le savoir, se morfond. Selon moi, la Rubrique-à-Brac restera son maître-livre. Gai-Luron, certes ne manque pas d’atouts, de même que Rhââ Lovely et autres Rhâ Gnagna, l’immortel Pervers Pépère, Hamster Jovial, le grand Superdupont, et même les Dingodossiers de ses débuts dans la compagnie féconde de RENE GOSCINNY. Bref, sa contribution à la promotion de la Bande Dessinée au rang des arts (le 9ème) n’est pas négligeable.

Tiens, je tombe sur la double page « Désamorçage », qui montre que tonton Marcel a très tôt tout compris à ce tonneau des Danaïdes que sont les médias, où une tragédie mondiale chasse l’autre. Là, c’est le Biaffrogalistan qui appelle la sollicitude de la télévision, qui donne la parole à l’auteur d’un livre qui, ô stupeur du hasard, vient de paraître précisément sur ce drame insoutenable. Les LARMES coulent, puis il y a l’appel à la CHARITE PUBLIQUE. Puis un chanteur connu fait DANSER les foules sur sa musique, puis les COMIQUES s’y mettent (« C’est un petit Biaffrogalistanais qui repeint son plafond »), puis l’auteur du début revient à la télé, avec un nouveau bouquin, sur le Pérou cette fois. L’affiche « chaque jour des centaines d’enfants meurent de faim » devient de plus en plus petite et illisible. L’enfant décharné, lui, entre la première et la dernière image est strictement identique : la réalité résiste au CIRQUE MEDIATIQUE. Aujourd’hui, prenez le DARFOUR, qu’est-ce qui a changé ?

Tous les connaisseurs attendent que j’évoque les enquêtes du Commissaire BOUGRET et de son fidèle Inspecteur CHAROLLES (portraits du regretté GEBE et de GOTLIB soi-même), la secrétaire, et les deux abonnés suspects, d’abord le coupable BLONDEAUX Georges Jacques Babylas, et puis l’abonné innocent ARISTIDES Othon Frédéric Wilfrid (le dessinateur FRED, immortel auteur de la série des Philémon et du Petit cirque).

Tous les connaisseurs attendent que j’évoque le professeur BLURP, ISAAC NEWTON, la coccinelle, et tout le bataclan. Les notices zoologiques du professeur Blurp sont destinées à entrer au Panthéon de la rigueur et de l’exactitude scientifiques, des phrases immortelles, à commencer, s’agissant, prenons au hasard, du COCHON, par l’hymne bien connu « GOD SAVE THE COUENNE », mais aussi « Je ne groin que ce que je voins », « Qui vivra verrat », « Si goret su goret pas venu ». A noter que, pour la première fois, c’est Isaac Newton qui, après avoir glissé sur une peau de banane (avouez que c’est moche), s’écrase sur le cochon.

Tous les connaisseurs attendent que je fasse mention de notre héros national, SUPERDUPONT qui, pour sauver la nouille française d’un complot international fomenté par la « nouille métèque », dépose fort adroitement sur le bureau du ministre un rapport secret qui prouve que les nouilles anglaises, allemandes, et même italiennes sont pleines de saloperies, n’hésitons pas devant les mots. L’anglaise est faite à 78 % de goudron, l’italienne à 54 % de mazout, l’allemande à plus de 40 % de gravats, alors vous comprenez que le jeu en valait la chandelle, car la composition de l’éternelle « NOUILLE FRANÇAISE » est, qu’on se le dise : "Rien que du bon : 98 %, Sel : 2 %". La nation est sauvée, merci SUPERDUPONT.

Je n’ai rien dit de l’élève CHAPROT, ni de WOLFGANG AMADEUS QUINCAMPOIX (euh, c’est peut-être ailleurs, maintenant que j’y pense). J’aime bien « La boule » (tome 4), ou Gotlib évoque la naissance de sa fille. Ailleurs, il analyse les degrés de l’humour (2ème et la suite), finissant au 5824ème degré où le gars, assis sur la branche qu’il est en train de scier, tombe sur la tête de, oui, quelqu’un au fond de la salle a gagné : ISAAC NEWTON. J’aime bien, quand les Halles de Paris déménagent à Rungis, le testament qu’écrit le DERNIER RAT. J’aime bien aussi l’éboueur : « Ecoute bien fiston, tout est dans la main souple ». Je salue la façon dont le professeur Blurp, encore lui, vient nous entretenir de la HYENE. C’est dans la rubrique-à-brac que se trouve la comptine « lblésmouti labiscouti ouilblésmou labiscou ». Vous ne croyez tout de même pas que je vais donner la solution à ceux qui l’ignorent ! J’aime bien, dans la revue qu’il passe des clichés au cinéma, l’hommage rendu au Samuel Fuller de Fourty Guns. J’aime énormément la double page que Gotlib consacre à la dissolution de groupe des BEATLES. Moi qui révère BEETHOVEN, je tolère « Inspiration ». J’apprécie la mutation, dans le titre de la chanson de BARBARA (je m’attends au retour de bâton ! Protégez-moi !) de l’éléphant rose en « aigle noir ». Je ne m’attarderai pas sur la balistique de la tarte à la crème (comment allez-vous-yau-de-poële ?). Je terminerai sur « Un peu de poésie que diable » : un mec récite un joli sonnet de MARCELINE DESBORDES-VALMORE : Les Roses de Saadi. Désolé, oncle Marcel. Cette double page prouve seulement que la dérision à tout va est une impasse. Il faut vraiment aimer.

26.12.2007

NEFERTITI

NEFERTITI

 

La Salle aux professeurs bruit de maints racontars :

C’est la récréation de dix heures moins quart.

On se retrouve, on se salue, et l’on s’évite,

On joue des coudes dans la foule, et l’on s’invite

A consommer quelque breuvage à la machine

A café, dont la fente avide emmagasine,

Obole après obole, un magot conséquent.

Quand « monsieur Zanussi » lui ouvre l’abdoman,

Chacun piaffe alentour, chacun râle, il est tard,

Presque temps de retourner causer aux braillards.

« Tu boiras ton potage une autre fois, Roland.

– Penses -tu ! S’il le faut, je le prendrai, mon temps.

Tu n’imagines pas que je vais me gêner ! »

Ainsi va l’existence au sein de ce clapier.

Lapinette d’anglais, Lapino d’italien,

Lapino mécanique, Lapinette espingouin,

Le peuple lapinesque ronge sa férule,

Enguirlande sa cage, adorne sa cellule,

Divorce et se marie, arrive en nulle part

Quand il est jeune, ou bien attend son grand départ.

Dans ce grand verre d’eau, y a bien quelques tempêtes,

Mais un pet de lapin ? Autant vaut la trompette.

Pourtant, dans ce troupeau voué à s’avilir,

Quelque rongeur s’obstine à crier, à rugir,

A croire qu’on pourra changer le cours des choses,

Défendre un métier moribond, une cause

Sacrée, dévotement drapé dans son drapeau

Rouge bien sûr, l’étoffe, et rouge le propos :

Cette lapine a du muscle dans le discours,

Elle est « en lutte », ou presque, au moins deux fois par jour,

Quelques braves instants, quelques fortes minutes,

Elle retrouve alors le goût de la dispute,

Dominée par sa voix à l’accent du sud-ouest.

Y croit-elle ? Jamais elle n’a tourné veste,

Il faut lui reconnaître enfin sa cohérence

Et sa constance, même si quelques engeances,

Aux mobiles obscurs, font mine de pointer,

Au nez de la rongeuse, un peu d’absurdité :

« Comment peux-tu souffler le vent de la révolte,

Toi qui, pour domicile, a choisi, désinvolte,

De t’implanter au cœur de ce quartier bourgeois ? »

NEFERTITI, car c’est son nom, persiste, et croit

Que sont bonnes en soi, toujours, les intentions.

Peut lui chaut de passer, dans ses déclarations,

Donc, d’un avis certain à son exact contraire,

De la jubilation d’avoir terrassé, hier,

Le chef du syndicat, qui régnait en tyran,

A la supplication à deux genoux rampants,

Pour qu’il revienne, oh oui, à cette même place.

Mais ce qui, chez une autre, passerait pour putasse,

Prend chez elle des airs de sanctification,

Tant sa sincérité ne souffre pas soupçon,

Même si, dans son dos, Nostra Dama, parfois,

Laisse parfois comprendre, autant que Regina,

Ses « meilleurs amies », que sa tête brouillée

Donne parfois des signes d’instabilité.

Laissons donc aux méchants le soin de cancaner,

Et gardons, quant à nous, au nom des Pyrénées,

Notre estime sans faille, et sans charivari,

Notre reconnaissance à la NEFERTITI.

25.12.2007

CLEOPATRE

CLEOPATRE

 

Cléopâtre paraît, qu’on se le dise, ah mais !

Sonnez, fifres et cors : Cléopâtre paraît.

C’est madame artifice en personne, à nos yeux,

Qui débarque sur terre en message des dieux.

Louise Brooks a prêté sa coiffe dessinée,

La maigreur a fait don de sa chair efflanquée.

Tous les matins, devant le conseiller des grâces,

Elle répare à coups de crème les hélas

Que le temps réaliste a déposés la nuit

Sur son front jadis lisse et ses joues d’aujourd’hui,

Je veux parler du parchemin qui, avec l’âge,

A subi en silence un constant surmenage.

Sur ce qui reste de son corps, elle a posé

A la diable, mainte étoffe superposée,

Sortie de l’atelier « de style », où œuvre un frère

Dont la seule cliente est ici, lan-lanlaire.

L’ensemble est, à coup sûr, un brin original,

Un peu même excentrique, étroit, dans le banal.

Je sais, cela se contredit : il faut me croire,

Le paradoxe est là, urgent, opératoire.

 

L’important ne saurait être dans les regards

Portés sur Cléopâtre : il est bon de savoir

Que le sien seul importe au miroir du matin.

Son approbati-on dissipe tout chagrin,

Installant autour d’elle une bulle hermétique,

Où le bonheur d’être ainsi, comme une musique,

Nimbe tout son esprit d’une ouate confortable.

Pour toute la journée, son reflet agréable

La suit et la protège, fidèle et charmant.

Miroir a délivré, sans se faire arrogant,

Son bon de sortie, le monde peut s’agiter :

Un nuage la met vraiment hors de portée.

 

Et puis, un jour, ses souhaits se sont réalisés,

D’un seul coup elle fut au faîte d’Empyrée.

Tel chevalier Bayard fendant les ennemis,

IL parut, fier, montant ses paquets de copies,

LUI, l’Artaban, lui, le seul héros du Lycée.

Ce fut le coup de foudre, instant tant caressé.

Est-ce Antoine ou César ? Lusignan ou Biron ?

Dans notre bataille indécise, il a fait front,

Son intrépide stylo rouge a fait merveille,

Du vainqueur, elle fut le tribut nonpareil.

Rayant d’un trait rageur l’insolente ignorance,

Infatigable preux, sa force sans clémence

Jeta sur le sol nu mainte dissertation

Que le pubère analphabète à grand mal pond.

Se réveillant d’un trop long sommeil, Cléopâtre

Fondit entre les bras de son puissant bellâtre,

Conquérant et conquis, auréolé de gloire.

 

Mais qui met par avance une suite à l’histoire ?

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