02.03.2008
LU DANS LA PRESSE (9)
BOUQUET D’INFOS
Chaque semaine, Libération demande à des personnalités diverses de tenir leur journal pendant 7 jours. Ce journal est publié le samedi. Le 1er mars, c’est ABDELWAHAB MEDDEB qui s’y colle. Pour le samedi précédent, sous le titre « Le souci de soi », il parle de CARLA BRUNI : son ami architecte, Fernando Mendoza, lui a envoyé en courriel des photos de la « belle », un diaporama qui circule en Espagne, dans des tenues déshabillées ou carrément nues. Il y voit « l’entrée du nu en politique ». Bien sûr, quand ces photos ont été prises, « elle ne prévoyait pas son nouveau destin, mais, en la circonstance, l’éphémère se fait indélébile. Des deux côtés, féminin, masculin, l’adolescence s’installe à l’Elysée ». Je trouve ça très bien vu.
GREGOIRE BISEAU commente le livre de GUILLAUME DUVAL : Sommes-nous des paresseux ?. Il s’agit d’un « manifeste contre la doxa libérale et plus généralement la pensée dominante (pour ne pas dire unique) ». L’auteur cherche à « déconstruire nombre de clichés de l’économie française ». Par exemple, en termes de « productivité du travail », sait-on que les Français sont les meilleurs du monde (j’ajoute ça signifie que, là où il y avait deux bonshommes, maintenant, il n’y en a plus qu’un, pour le même travail évidemment) ? Qu’en France, le temps partiel (mais est-ce subi ou voulu ?) dans l’emploi total est parmi les plus basses d’Europe ? Qu’en 2006, « le fonctionnement de l’Etat, des collectivités locales et des administrations de sécurité sociale, le paiement des salaires ainsi que les achats publics ont représenté 23,4 % du PIB ». Le Danemark et la Suède (des modèles, paraît-il) font moins bien (25,6 et 26,9 %). Je n’achèterai sans doute pas le livre, mais ça fait quand même du bien.
La rubrique « entre nous » est souvent pathétique. Ce sont des petites annonces. En particulier, « Transport amoureux ». Exemple du 1er mars : « Train Angoulême-Paris, jeudi 7. Sourires. Tu me fais tourner la tête. Je veux vous revoir ». Suit l’adresse e-mail. Je trouve ça pathétique. Cela en dit long sur la paralysie du désir dans notre monde, et sur son expression directe. Impression que le désir attend d’être dans la sécurité de la solitude pour commencer à s’exprimer. C’est vrai que dire son désir, c’est prendre le risque de le voir rembarré par la personne. Internet et les petites annonces de Libé : je ne sais plus. Est-ce que c’est l’espoir horrifié d’être pris au mot ? Est-ce que c’est vraiment une bouteille à la mer ? En tout cas, il y a de la misère là-dedans.
Les pages « mode », celles de Libé comme celles du Monde, me donnent une seule envie : me torcher avec, si je ne craignais pas, au lieu de me nettoyer le fondement, de le salir (vous vous souvenez : « touche-moi pas, toi, tu me salis – alors casse-toi, pauvre con »). Je saute aussi la page « Bourse » et la page « Sports », comme le cahier central « Russie » (ça me fait penser au « comité central », de sinistre mémoire).
Si : un peu de sport dans le sport. L’Union Cycliste Internationale, qu’un certain Hein Verbruggen, de sinistre mémoire (affaires, dopage, …), a longtemps présidée, va peut-être passer l’arme à gauche, sous les coups de boutoir d’Amaury Sport Organisation. Mais le match UCI-ASO est loin d’être terminé. Pour résumer, c’est une affaire de pouvoir et de fric. Chez les ALBATROS hurleurs, le taux de divorce est de 0 %. BERTRAND DELANOE : « Je ne suis ni angoissé ni euphorique ». On est bien content. Au MALI, la moitié de la population a moins de quinze ans. Au Danemark, un homme de 70 ans a braqué une caissière de banque avec un pistolet à eau. Il est en garde à vue. Il voulait renflouer son compte à découvert depuis son achat de peinture et rideaux pour son appartement de jeune retraité.
13:15 Publié dans Dans la presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, carla bruni, presse, libération, journaux, information
27.02.2008
LU DANS LA PRESSE (5)
Libération, mardi 26 février
Page 4 : Article rigolo de Catherine Coroller intitulé Le retour du religieux réveille la laïcité, sous-titré « Les catholiques, eux, restent sceptiques sur la sincérité du chef de l’Etat ». Première étape : en France, le clivage entre non-croyants et croyants s’accentue. La preuve ? Les succès de librairie respectifs de Michel Onfray (Traité d’athéologie) et de Jean-Claude Guillebaud (Comment je suis redevenu chrétien), bien que les chiffres de vente ne soient pas donnés. Deuxième étape : effondrement des pratiques religieuses, et en face des records de fréquentation des sanctuaires et « foules impressionnantes » chez les catholiques charismatiques. Troisième étape : NICOLAS SARKOZY (oui, on y vient, quelle impatience !), et ses différentes envolées « chrétiennes » : la hiérarchie catholique a admis une fois pour toutes la loi de 1905, et « la base catholique droitière » « le lâche » (l’auteur cite Jérôme Pourquet, marchand de sondages (IFOP)), à cause de la médiatisation de sa vie privée, de ses conquêtes amoureuses, et de ses positions sur l’avortement, l’euthanasie, la bioéthique. Le problème de Nicolas Sarkozy en matière religieuse, c’est que bien des gens doutent de l’authenticité de ses opinions religieuses. Le sociologue Marc Andrault déclare (dans Sarkozy et Dieu) : « Je ne crois pas qu’il ait la foi. Il attend des religions qu’elles servent à la pacification des esprits, qu’elles amènent l’opinion publique à accepter l’ordre établi. Quand on dit que la religion c’est l’opium du peuple, il y a de ça chez Sarkozy. ». C’est très bien vu : son arrière-pensée est de se servir de la religion comme d’un instrument de CONTROLE SOCIAL. On s’en doutait déjà un peu.
Autre thème, problème identique. En page 7, dans le « contrejournal », un « libénaute » a une jolie formule : le chef de l’Etat joue « ave c les institutions de la République comme avec du TNT ». Oui, il instrumentalise, sans se soucier des dommages « collatéraux ».
Page 15 : Le site de notation des profs passe son examen au tribunal. Tout le monde, à présent, a entendu parler de « note2be ». Levée de boucliers chez les profs, évidemment. L’un des webmasters a fini par se retirer d’une liste UMP pour les municipales à Paris. Une chose bizarre, quand même : dans le surtitre, on apprend que le site est « très prisé des élèves ». Or, je suis allé le visiter, et je tombe des nues : la plupart des notes attribuées le sont à partir d’un seul vote, plusieurs à partir de deux, plus rarement davantage. Vous ne trouvez pas ça étonnant ? Combien d’élèves y a-t-il au total dans une classe ? Entre trente et trente-cinq, je crois. Et magie-magie, on arrive à faire une moyenne avec un seul et unique vote ? Sans entrer dans le débat (les élèves doivent-ils noter leurs profs ?), je peux déjà dire qu’il y a là une IMPOSTURE MANIFESTE (Ubu aurait répliqué : une posture magnifique). Les marchands de sondages s’ingénient eux-mêmes à élaborer « scientifiquement » leurs « échantillons représentatifs » et interrogent à chaque fois autour de 1000 personnes. Et les sondages sont déjà de l’ordre de l’imposture. Qui peut donc gober ce qui reste une grosse « vanne » de mauvais goût ? P.S. : légende de la photo qui illustre l’article : « Not2be (sic) a dépassé les 100.000 connexions par jour. 50.000 enseignants ont ainsi été évalués par leurs élèves ». Non mais je rêve ! Comment un journal sérieux peut-il écrire « par leurs élèves » ? Ceux qui votent représentent entre 3 et 10 % des effectifs des classes ! Restons zen.
Page 30 : Au Japon, s’ouvre un festival « Extreme Love ». Il s’agit de montrer des films érotiques et des films X dans une version non expurgée. Il faut savoir que « les séquences de nu dans les films sont systématiquement floutées au Japon ».
Page 32, dessin de WILLEM : la reine d’Angleterre accueille le couple présidentiel français, Carla Bruni tenant sa guitare, et Sarkozy salue la souveraine en ces termes : « Ça va, pauvre conne ? ».
Ce sera tout pour aujourd’hui.
10:14 Publié dans Dans la presse | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : journaux, presse, information, sarkozy, willem, note2be, laïcité
31.01.2008
ETRON D'UBIQUITE
Le Canard enchaîné a inventé une formule géniale : PAROLES VERBALES. Quand un responsable politique fait une déclaration alors qu’il n’a rien à dire, il prononce des PAROLES VERBALES. Je ne saurais vous dire à quand cette invention remonte. Cela me fait penser à un « génie » de la linguistique qui a écrit l’alluminé How to do things with words, JOHN LANGSHAW AUSTIN. « Comment faire des choses avec des mots ? » C’est tout simple, regardez faire Monsieur SARKOZY, dites « JE VEUX », allez ailleurs, recommencez, sans vous arrêter. Encore, « paroles verbales » est-elle une formule directement inspirée de « Les paroles s’envolent, les écrits restent ». Disons-le tout net : c’est totalement dépassé. Aujourd’hui, par la magie du verbe d’un charismatique SAINT NICOLAS, de même que les trois petits enfants sortent indemnes du tonneau de sel du méchant boucher, le monde et la réalité sont domestiqués, ils obéissent à la baguette (les mauvais esprits diront qu’ils obéissent à la braguette, je l’attendais, évidemment, c’est minable) : le chef ne va pas tarder à marcher sur les eaux, il a parlé, et le réel devient docile, que dis-je : il se plie, non : il OBEIT. Le réel se soumet. « Je veux 3 % de croissance, et s’il le faut, le 1 % qui manque, j’irai le chercher avec les dents. » Aussitôt, tu le vois, le réel, il se met en ordre de marche, il dit « Chef oui chef, bien chef ! », et il s’engloutit dans le triangle des Bermudes. C’est ça, la magie : LE REEL A DISPARU. C’est Le Crime parfait (Baudrillard). Tout est dans l’image. TOUT. Et cela, d’autant plus aisément que le grand troupeau des JOURNALISTES, savamment conduit vers son destin – sa disparition en tant qu’espèce autonome –, est friand d’images.
Qu’est-ce que c’est, un JOURNALISTE ? Est-ce cet obscur travailleur qui va sur le terrain s’enquérir de ce qui s’est passé dans la vie des hommes, la vie réelle, s’entend ? Est-ce l’honnête travailleur, qui s’efforce de drainer vers des moyens de diffusion une réalité qu’il lui semble important d’acheminer vers une population avide de savoir comment tourne la planète ? Ce qu’on appelle des « événements », vous savez, ces petits ou gros accidents qui se produisent dans le tissu continu de la vie humaine ? Est-ce cet observateur neutre qui s’efforce de comprendre ces événements, c’est-à-dire d’entrevoir son origine ainsi que l’inflexion qu’ils vont donner à la trame de l’existence des hommes ? Est-ce cet observateur neutre qui s’efforce de proposer à ses lecteurs une explication, une analyse de ces événements ?
La réponse est catégorique : c’est NON !
De même qu’il n’y a plus de socialistes au « Parti socialiste », il n’y a plus beaucoup de journalistes dignes de ce nom au pays de cette profession sinistrée, sinistre et désespérée. Personne ne souhaite la disparition de la presse écrite. Moi non plus. Si cette catastrophe se produit, il y aura certes des raisons externes (finances, lecteurs, etc.) mais les journalistes eux-mêmes auront beaucoup œuvré au naufrage. Je n’exonère pas les lecteurs de leur culpabilité : à l’époque du premier « LOFT » de TF1, tout le monde s’accordait à juger cette émission idiote et dégradante, mais tout le monde la regardait. Voilà le nœud du problème : le lecteur n’est plus un citoyen qui se tient informé, mais un CLIENT, pour qui la lecture de la presse permet de ne pas trop s’ennuyer dans les transports en commun, tout en satisfaisant son VOYEURISME. Les tirages de la « PRESSE PEOPLE » ont quelque chose de désespérant. Il est DEPLORABLE, l’état intellectuel et moral d’une population entière, ou du moins assez majoritaire pour avoir désigné pour le deuxième tour de la présidentielle deux icônes, deux ectoplasmes politiques seulement gavés de l’écho que leur image rencontre dans la population, et qui sont capables de dépenser 30.000 (Nicolas) à 50.000 (Ségolène) euros de maquillage pour gagner. Il n’y a plus de peuple, seulement une population avide de spectacle. Comme le dit un titre de BD de MARTIN VEYRON : Ce n’est plus le peuple qui gronde c’est le public qui réagit, Dargaud, et ça remonte à 1982, quand même. Il savait déjà que c’est le spectacle qui régit nos vies, le spectacle qui nous engloutit, le spectacle qui devient ce que nous appelions notre « âme » autrefois.
A suivre…
08:21 Publié dans J'ai la rage | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Journalistes, Journalisme, Information, Voyeurisme, Journaux, Loft, Sarkozy


