24.02.2008
CANARD ENCHAINE
LU DANS LA PRESSE (2)
Le Canard enchaîné, 20 février 2008 :
JEAN-CLAUDE GAUDIN, qui a confié sa promotion publicitaire à l’agence Leaders et Opinion, a fait placarder des affiches avec une grande diversité de trombines de Marseillais. Sauf … sauf que ces Marseillais sont tous américains : l’agence, pour ne pas avoir de droits à payer, est allée pêcher les dizaines de photos sur un site étazunien de l’internet. Encore bravo ! On rappellera Bernard Stasi payant des acteurs pour remplir sa salle lors d’une réunion électorale.
Dessin de CABU, p. 2 : Sous le titre « les contre-feux de Sarkozy », sur fond de manif pour le « pouvoir d’achat », Nicolas Sarkozy allume les uns après les autres des pots fumigènes sur lesquels on peut lire « Vie privée », « Dieu », « Mémoire ». La légende pose la question : « Quel sera le prochain rideau de fumée ? ». Sur cette dernière expression, je me permets de renvoyer à ma note Sarko la diversion, du 15 février dernier, où j’emploie la formule « écran de fumée » avec une signification identique. Oui, ça fait du bien de ne pas se sentir tout seul.
En p. 3, à propos de la « Loi sur la rétention de sûreté », un article fait référence à une loi identique, promulguée le 24 novembre 1933, paraphée par un certain ADOLF HITLER et portant l’intitulé suivant : Loi contre les récidivistes dangereux, et sur les mesures disciplinaires pour améliorer la sécurisation. Le journal ne parle pas de « rétention ». De là à affirmer que Sarko est facho, il y a un grand pas que je ne franchirai pas : ALAIN PEYREFITTE ne fut-il pas le père d’une loi « Sécurité et Liberté » qui avait soulevé un tollé chez les amoureux de cette dernière.
En p. 4 : « La Cour des Comptes remonte les bretelles des autoroutes », avec un sous-titre qui explicite le contenu : « Leur privatisation en 2006 ressemblait bien à une grande braderie. Et aujourd’hui les péages vont de 1 à 10 pour la même distance. ». Merci VILLEPIN, qui savait exactement à quoi s’en tenir.
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15.02.2008
SARKO LA DIVERSION
LA DIVERSION AU POUVOIR
NICOLAS SARKOZY ? Le magicien, sur la scène, a trente-six chapeaux, et dans chacun, il y a trente-six lapins. Les « journalistes » n’ont pas le temps de souffler (je mets maintenant des guillemets à « journalistes », si vous y tenez, je vous expliquerai pourquoi, mais vous devez déjà vous en douter). Il a piqué l’idée à FRANÇOIS MITTERRAND. Rappelez-vous MAZARINE, oui, la MAZARINE PINGEOT en personne, sa propre fille. Il la gardait sous le coude, tous les « journalistes » étaient au courant, mais aucun n’avait le ventre de publier l’histoire de la « seconde famille » du président. JEAN-EDERN HALLIER, qui en avait formé le projet, avait organisé une manif spectaculaire, « en chemise et la corde au cou », pour brûler son manuscrit. Mais pourquoi ce tabou ? Eh bien, elle a servi, Mazarine, oui, instrumentalisée par son propre père : son existence a été brusquement dévoilée au moment où la continuité de l’amitié présidentielle avec RENE BOUSQUET (à côté, MAURICE PAPON, pourtant de sinistre mémoire, fut un ange, sous Vichy) a été connue et a fait scandale. Mitterrand a utilisé Mazarine comme on faisait des écrans de fumée sur la mer lors des batailles navales du 20ème siècle : pour mettre au premier plan autre chose que Bousquet, cette épine compromettante dans sa chaussure. Et ça a assez bien marché.
NICOLAS SARKOZY semble avoir bien étudié le cas, mais là, il est passé au stade industriel de la production de fumée. Une grande grève menace ? Je sors mon divorce avec Cécilia. Un problème surgit ? Je fais parler de moi. C’est vrai, quoi : comme le disait mon pote Solko, pas un jour de journal sans la photo de SARKOZY, sans les faits et gestes de SARKOZY, sans les déclarations de SARKOZY. Il y a de l’asphyxie dans l’air. On étouffe. Aujourd’hui, qu’est-ce qui se passe ? Il se passe qu’à quelques semaines des ELECTIONS MUNICIPALES, le président a le moral dans les chaussettes et les chaussettes en berne : les sondages (voir colonne de gauche « Sondons les sondages »), les fidèles reflets de sa dévorante faim de pouvoir, les sacro-saints sondages sont en chute abyssale (dixit Libération) : il n’y a qu’à voir l’effet de cette catastrophe (purement virtuelle au demeurant, et je ne parle même pas de MARTINON et de NEUILLY) sur la tête (d’enterrement) qu’il tirait en Guyane. Alors, on a eu GUY MÔQUET, on a eu le discours du LATRAN puis de RYAD (vous savez : la morale de l’instituteur ne dépassera jamais celle du prêtre), on a eu les vacances à WOLFBORO, on a eu le yacht puis l’avion de BOLLORE, on a eu CARLA BRUNI, puis CARLA BRUNI enceinte, puis CARLA BRUNI mariée au président, et c’est pas fini.
La dernière trouvaille, ce sont les 11.000 enfants français morts dans la SHOAH, dont chacun devra être « parrainé » par un enfant de CM2. Je n’entre pas dans le débat, parce qu’il n’y a pas de débat : quand on jette un sucre au chien, il le bouffe. Les « journalistes » semblent avoir besoin de beaucoup de sucre. L’idée est éminemment saugrenue, oui : c’est très sot, et très grenu. Mais le problème n’est même pas là. Il est dans la DIVERSION que s’ingénie à faire en permanence NICOLAS SARKOZY. C’est même peut-être ça, LE problème. A croire que 63.000.000 de grenouilles, hypnotisées par la couleuvre, attendent que celle-ci les ait dégluties pour reprendre leur respiration. Sauf que là, les grenouilles finiront peut-être un jour par comprendre le jeu de la couleuvre, et se lasser d’assister à un spectacle finalement répétitif, où les ficelles de l’acteur-metteur-en-scène commencent à ressembler à des cordes. J’imagine fort bien comment ça se passe : NICOLAS SARKOZY a mis en place un atelier, voire une usine.
Une USINE A PRODUIRE DE LA DIVERSION. Le soir, compte-rendu au chef des cogitations de la journée. HENRI GUAINO, le petit doigt sur la couture du pantalon (« Chef ! Oui ! Chef ! ») : ben voilà ce qu’on a trouvé. Alors, par ordre d’entrée en scène : vous commencez par une citation de JEAN JAURES, vous poursuivez sur un éloge de LEON BLUM, vous assaisonnez le tout d’une pincée de GUY MÔQUET, recette d’autant plus infaillible pour obtenir un belle levée de boucliers, que vous êtes de droite, et que vous piquez les symboles de la gauche. Et les chiens se battent, aboient, mordent : c’est à celui qui fera le plus de bruit pour attraper cet os. Et les chiens sont bien tombés dans le panneau. C’est une stratégie : faire parler de moi, quels que soient les propos tenus ; faire croire à la France et au monde que je pose les bonnes questions ; se débrouiller, TOUJOURS, pour être l’aiguillon d’un nouveau « débat ». Etre au centre, TOUJOURS. Faire croire que c’est moi qui suis à la source des EVENEMENTS. Comment ça, je confonds action et discours ? Tu m’énerves, Guaino, t’as rien compris au gibier d’eau douce, même quand elle est trouble. La France est une espèce de mare où, dès que tu jettes un hameçon, les poissons se disputent pour se faire embrocher, et en plus, l’asticot pourra resservir.
Le mieux serait de garder le silence sur les faits, les gestes, la personne et les déclarations de NICOLAS SARKOZY. Ben, coco, c’est pas vraiment ce que tu viens de faire, là. Je sais, je sais, mais comment faire autrement ?
10:05 Publié dans Réactions à chaud | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Sondages, Médias, Journalistes, Journalisme, Littérature, Mitterrand
31.01.2008
ETRON D'UBIQUITE
Le Canard enchaîné a inventé une formule géniale : PAROLES VERBALES. Quand un responsable politique fait une déclaration alors qu’il n’a rien à dire, il prononce des PAROLES VERBALES. Je ne saurais vous dire à quand cette invention remonte. Cela me fait penser à un « génie » de la linguistique qui a écrit l’alluminé How to do things with words, JOHN LANGSHAW AUSTIN. « Comment faire des choses avec des mots ? » C’est tout simple, regardez faire Monsieur SARKOZY, dites « JE VEUX », allez ailleurs, recommencez, sans vous arrêter. Encore, « paroles verbales » est-elle une formule directement inspirée de « Les paroles s’envolent, les écrits restent ». Disons-le tout net : c’est totalement dépassé. Aujourd’hui, par la magie du verbe d’un charismatique SAINT NICOLAS, de même que les trois petits enfants sortent indemnes du tonneau de sel du méchant boucher, le monde et la réalité sont domestiqués, ils obéissent à la baguette (les mauvais esprits diront qu’ils obéissent à la braguette, je l’attendais, évidemment, c’est minable) : le chef ne va pas tarder à marcher sur les eaux, il a parlé, et le réel devient docile, que dis-je : il se plie, non : il OBEIT. Le réel se soumet. « Je veux 3 % de croissance, et s’il le faut, le 1 % qui manque, j’irai le chercher avec les dents. » Aussitôt, tu le vois, le réel, il se met en ordre de marche, il dit « Chef oui chef, bien chef ! », et il s’engloutit dans le triangle des Bermudes. C’est ça, la magie : LE REEL A DISPARU. C’est Le Crime parfait (Baudrillard). Tout est dans l’image. TOUT. Et cela, d’autant plus aisément que le grand troupeau des JOURNALISTES, savamment conduit vers son destin – sa disparition en tant qu’espèce autonome –, est friand d’images.
Qu’est-ce que c’est, un JOURNALISTE ? Est-ce cet obscur travailleur qui va sur le terrain s’enquérir de ce qui s’est passé dans la vie des hommes, la vie réelle, s’entend ? Est-ce l’honnête travailleur, qui s’efforce de drainer vers des moyens de diffusion une réalité qu’il lui semble important d’acheminer vers une population avide de savoir comment tourne la planète ? Ce qu’on appelle des « événements », vous savez, ces petits ou gros accidents qui se produisent dans le tissu continu de la vie humaine ? Est-ce cet observateur neutre qui s’efforce de comprendre ces événements, c’est-à-dire d’entrevoir son origine ainsi que l’inflexion qu’ils vont donner à la trame de l’existence des hommes ? Est-ce cet observateur neutre qui s’efforce de proposer à ses lecteurs une explication, une analyse de ces événements ?
La réponse est catégorique : c’est NON !
De même qu’il n’y a plus de socialistes au « Parti socialiste », il n’y a plus beaucoup de journalistes dignes de ce nom au pays de cette profession sinistrée, sinistre et désespérée. Personne ne souhaite la disparition de la presse écrite. Moi non plus. Si cette catastrophe se produit, il y aura certes des raisons externes (finances, lecteurs, etc.) mais les journalistes eux-mêmes auront beaucoup œuvré au naufrage. Je n’exonère pas les lecteurs de leur culpabilité : à l’époque du premier « LOFT » de TF1, tout le monde s’accordait à juger cette émission idiote et dégradante, mais tout le monde la regardait. Voilà le nœud du problème : le lecteur n’est plus un citoyen qui se tient informé, mais un CLIENT, pour qui la lecture de la presse permet de ne pas trop s’ennuyer dans les transports en commun, tout en satisfaisant son VOYEURISME. Les tirages de la « PRESSE PEOPLE » ont quelque chose de désespérant. Il est DEPLORABLE, l’état intellectuel et moral d’une population entière, ou du moins assez majoritaire pour avoir désigné pour le deuxième tour de la présidentielle deux icônes, deux ectoplasmes politiques seulement gavés de l’écho que leur image rencontre dans la population, et qui sont capables de dépenser 30.000 (Nicolas) à 50.000 (Ségolène) euros de maquillage pour gagner. Il n’y a plus de peuple, seulement une population avide de spectacle. Comme le dit un titre de BD de MARTIN VEYRON : Ce n’est plus le peuple qui gronde c’est le public qui réagit, Dargaud, et ça remonte à 1982, quand même. Il savait déjà que c’est le spectacle qui régit nos vies, le spectacle qui nous engloutit, le spectacle qui devient ce que nous appelions notre « âme » autrefois.
A suivre…
08:21 Publié dans J'ai la rage | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Journalistes, Journalisme, Information, Voyeurisme, Journaux, Loft, Sarkozy


