04.01.2008

LA MAIN VENGERESSE

LA MAIN VENGERESSE

R.D. PARPIN est un sinistre individu, même pas recommandable pour de sinistres besognes, parce qu’il va vous les saloper. Je ne veux même pas savoir qui se cache derrière ce pseudonyme idiot : Parpin ! A-t-on idée, je vous le demande ? Et R.D. ? Cela ressemble à ce qu’on dit dans les entreprises, vous savez : R&D = Recherche et Développement, ce service de prétentieux qu’une improbable autorité économique a envoyés caracoler en « tête de gondole ». A quelles lâchetés innommables ne pourrait se livrer cet avarié quidam qui, pétant de la trouille la plus frénétique, répand dans ses braies malodorantes des liquides brunâtres et nauséabonds, à la seule idée qu’une personne normale, un lecteur par exemple, pourrait l’identifier ? Il est, par-dessus le marché, parvenu à un si haut degré d’hypocrisie, que je le vois en bifide infernal, en démoniaque et bicéphale incube, en double valet pernicieux de quelque Méphistophélès, attendant que dégringolent dans sa marmite bouillonnante les âmes égarées des damnés, obéissant serviteur prêt à touiller la chair humaine comme on remue n’importe quelle cuillère en bois dans n’importe quel potage.

Ce lamentable récit reprend par le menu les événements qui ont conduit des professeurs à faire sauter, rendez-vous compte, leur LYCEE, à la renommée pourtant éminente, tout au moins jusqu’à l’arrivée du dernier proviseur en date, nous voulons parler d’Esseulesse. Il paraît même que l’auteur a poussé le vice jusqu’à en faire un ROMAN A CLES dans lequel, sous des pseudonymes plus ou moins transparents, apparaissent, mais ô combien caricaturées, déformées, torturées, les personnes réellement existantes qui, si elles apprenaient sous quels traits et dans quelles circonstances elles sont longuement dépeintes, feraient à coup sûr un sort peu enviable à cet odieux suppôt (zitoire, of course).

Je ne vous dévoilerai donc pas l’identité du « sous-commandeur », on se situe dans les dernières pages :

« Vous n’allez pas oser porter sur moi la main,

Professeurs de mes deux, valets puants, faquins ! 

Il n’aurait pas dû dire ça : le sang d’Hervitte (prénom Jean-Philippe, comprenne qui voudra) ne fait qu’un tour, la queue de caniche se raidit comme un gourdin. D’un bond, Loïc les a rejoints en brandissant le landau vide que la mère lui a obligeamment prêté pour le remercier de son aide. Le longiligne Claudius et la rondelette Claudia se précipitent aussi, tout chignon et cravate en avant. Mylène-Marlène se saisit d’un talon aiguille et Nina de son beau clito. La perfidie de l’iguane atteint sa puissance maximale. Toutes les caméras attendent, haletantes, tous les micros retiennent leur souffle. Ripolina Nunuchia, pas folle, s’est jetée sur les coussins de la limousine. Gontran et le Comte (les deux narrateurs), armés de leur pouvoir de narrateurs, s’approchent, menaçants. « Qu’est-ce qu’on en fait, de ce larbin de merde, caractériel de surcroît ? » demande le Comte : « Ne pourrait-on pas en faire le héros d’un grotesque almanach ? Lui découdre la gidouille d’un terrible coup de stylo ? réplique Gontran. – Le métamorphoser en peuplier ? renchérit le Comte. – Lui réserver un bel autodafé durant lequel on le fesserait en cadence pendant qu’on chanterait ? – Lui arracher brutalement le poil avec un grand seau d’eau bouillante ? – L’abandonner sur l’île du docteur Moreau ? – Lui distiller la syphilis en l’enculant, avant de lui coudre le trou du cul et le trou de la bite avec un fil de fer barbelé ? – Le donner en pâture à Gilles de Rais ? » (On aura peut-être reconnu de subtiles allusions à Alfred Jarry, Ovide, Le Roman de Renart, H.G. Wells, D.A.F. de Sade).

J’ai recopié ce passage pour que le lecteur avisé se rende compte par lui-même à quelle bassesse humaine en général, littéraire en particulier, et morale en dernier ressort, est descendu l’auteur, qui ne mérite même pas l’honneur que je lui fais de citer son nom, de mentionner son livre. Je ne vois qu’une explication à la commission d’une œuvre si basse : l’alcool. J’ouvre à l’instant une enquête sur le débit de boissons où s’est très probablement commis ce forfait littéraire, dont il reste peut-être encore quelque témoin oculaire et auriculaire, allez savoir, et quand je l’aurai trouvé, je le cuisinerai, faites-moi confiance, il crachera le morceau, de deux choses l’une : ou bien les noms, ou bien ses dents. Je vous tiens au courant.

NB : La "main vengeresse", vous pensez bien que l'auteur est bien incapable d'inventer par lui-même un telle expression, même aussi banale. La preuve, c'est qu'on la trouve déjà dans la Bible, et plus près de nous, dans Thérèse Raquin, où la main de Madame Raquin échoue à dénoncer les deux meurtriers, au cours d'une scène intense  : "Comme une main vengeresse qui allait parler"; "ils contemplaient la main vengeresse avec des yeux fixes et troubles". Même GEORGES BRASSENS s'y est mis, dans "La Fessée" : "Paf ! j'abattis sur elle une main vengeresse !" ; "Et ma main vengeresse est retombée vaincue".

CONCLUSION : Un livre hilarant, délirant, burlesque, désopilant, le défoulement libérateur de "gens du sérail" sur le monde clos, protégé, de l'Education Nationale. Même si (et surtout si) vous ne reconnaissez personne, une lecture à recommander chaudement.

R.D. PARPIN, La Main vengeresse, Editions « Le Manuscrit », www.manuscrit.com.

 

27.12.2007

HATCHEPSOUT

HATCHEPSOUT

 

 

La salle aux professeurs est toute dans son lustre,

 

Pleine d’un peuple affable et courtois, pas des rustres,

 

Mais des gens distingués, raffinés, cultivés,

 

Des individus chics, pleins de noblesse nés,

 

Dont la conversation, les propos spirituels,

 

Rappellent les salons de ce siècle immortel

 

Où les plus grands esprits du temps, tous les artistes

 

(Peintres, poètes, dramaturges, violonistes)

 

Rivalisaient de grâce et d’esprit esthétique.

 

Les enseignants de notre temps, c’est très logique,

 

En peuple fier, en héritiers de la Culture,

 

Perpétuent sans faillir cette littérature

 

Dont le monde civilisé, avec aisance,

 

S’est imbibé comme d’un lait plein d’élégance.

 

– Roland, que me dis-tu, que je fais fausse route ?

 

Ce peuple serait mort, sa culture en déroute ?

 

Je ne veux pas le croire. Mon siècle des Lumières

 

Flamboie de tous ses feux dans mon cœur qui vénère

 

L’universel rayonnement du Philosophe.

 

D’après ton dire, ils ne seraient que des sous-offs ?

 

Des ventres mous ? Des ignorants ? De basses brutes ?

 

La barbarie assiégerait nos belles huttes ?

 

Ce n’est donc pas la Science qui les ferait vivre,

 

Mais la routine vide et l’effort de survivre ?

 

Autant de citoyens en béret, charentaise,

 

Baguette sous le bras, bouteille beaujolaise,

 

Autant d’êtres frileux, protégés du dehors,

 

Faibles d’humanité, et contents de leur sort ?

 

Ainsi donc tout s’explique, c’est donc cette mâchoire,

 

Que dedans cette étable, j’entends, masticatoire,

 

Remâcher, ruminer, devant son râtelier ?

 

Ce regard asinien, ce torse timoré,

 

Ce pas prudent, presque inqui-et, cette réserve,

 

C’est donc le corps professoral, cette âme serve ?

 

Il est donc naturel que, dans tout ce bétail,

 

HATCHEPSOUT ait sa place, en bon épouvantail.

 

Hatchepsout est épaisse, qu’on se le redise.

 

Ses contours sont taillés à la hache, et sa mise,

 

Jamais trop recherchée, inaperçue, se tient

 

– on n’est jamais si bien trahi que par les siens –

 

Dans l’abri d’une réfléchie banalité.

 

Son beau regard d’une exquise bovinité

 

Surmonte un menton double, un nez de sommelier,

 

Aux narines profuses, au port bien singulier.

 

Sa taille ayant rejoint le diamètre des hanches,

 

Elle accompagnerait Quichotte en digne Sanche.

 

Pourtant, pour le prix d’un, elle s’en offre deux :

 

Si Attila domine, Ajax est moins fougueux :

 

Dans l’attelage, il suit, en soufflant, les deux bœufs.

 

Hatchepsout, c’est aussi une voix de stentor,

 

Un peu grave et râpée, qui s’élance au-dehors,

 

La belle voix des harengères, des mégères,

 

Avant qu’elles ne cessent, las, à la légère,

 

De jurer tout leur soûl, tressant des mots fleuris

 

En guirlandes populacières. Hatchepsout,

 

Avant l’attelage Attila, traçait sa route,

 

Oh ! Peu de temps, en compagnie de cégétistes

 

Légers, velléitaires, puis changea de piste,

 

Subjuguée par l’aura de ses deux Espagnols.

 

Au charisme de l’un, moderne Rivarol,

 

Vrai Percheron de l’écurie professorale,

 

Elle attela sa bête, pour laisser son féal

 

Serviteur frotter contre son cuir aguerri

 

L’ardeur obéissante et le museau poli.

 

Ainsi va le cheptel, l’Eduquant National,

 

Figure du Régrès d’un brillant Idéal

 

Auquel certains ont cru, mais que, pour la plupart,

 

Les animaux de cette Ferme (l’Abattoir,

 

S’il faut être sincère) ont désormais noyé

 

Sous leurs sanies, leur fiente, putride diarrhée.

 

 

Idéal compissé, aspiration moisie,

 

Statue du Commandeur puante et refroidie,

 

Toi, bateau ivre-mort, perdu dans ce désert,

 

Reviendrez-vous un jour de la « longue misère » ?

 

26.12.2007

NEFERTITI

NEFERTITI

 

La Salle aux professeurs bruit de maints racontars :

C’est la récréation de dix heures moins quart.

On se retrouve, on se salue, et l’on s’évite,

On joue des coudes dans la foule, et l’on s’invite

A consommer quelque breuvage à la machine

A café, dont la fente avide emmagasine,

Obole après obole, un magot conséquent.

Quand « monsieur Zanussi » lui ouvre l’abdoman,

Chacun piaffe alentour, chacun râle, il est tard,

Presque temps de retourner causer aux braillards.

« Tu boiras ton potage une autre fois, Roland.

– Penses -tu ! S’il le faut, je le prendrai, mon temps.

Tu n’imagines pas que je vais me gêner ! »

Ainsi va l’existence au sein de ce clapier.

Lapinette d’anglais, Lapino d’italien,

Lapino mécanique, Lapinette espingouin,

Le peuple lapinesque ronge sa férule,

Enguirlande sa cage, adorne sa cellule,

Divorce et se marie, arrive en nulle part

Quand il est jeune, ou bien attend son grand départ.

Dans ce grand verre d’eau, y a bien quelques tempêtes,

Mais un pet de lapin ? Autant vaut la trompette.

Pourtant, dans ce troupeau voué à s’avilir,

Quelque rongeur s’obstine à crier, à rugir,

A croire qu’on pourra changer le cours des choses,

Défendre un métier moribond, une cause

Sacrée, dévotement drapé dans son drapeau

Rouge bien sûr, l’étoffe, et rouge le propos :

Cette lapine a du muscle dans le discours,

Elle est « en lutte », ou presque, au moins deux fois par jour,

Quelques braves instants, quelques fortes minutes,

Elle retrouve alors le goût de la dispute,

Dominée par sa voix à l’accent du sud-ouest.

Y croit-elle ? Jamais elle n’a tourné veste,

Il faut lui reconnaître enfin sa cohérence

Et sa constance, même si quelques engeances,

Aux mobiles obscurs, font mine de pointer,

Au nez de la rongeuse, un peu d’absurdité :

« Comment peux-tu souffler le vent de la révolte,

Toi qui, pour domicile, a choisi, désinvolte,

De t’implanter au cœur de ce quartier bourgeois ? »

NEFERTITI, car c’est son nom, persiste, et croit

Que sont bonnes en soi, toujours, les intentions.

Peut lui chaut de passer, dans ses déclarations,

Donc, d’un avis certain à son exact contraire,

De la jubilation d’avoir terrassé, hier,

Le chef du syndicat, qui régnait en tyran,

A la supplication à deux genoux rampants,

Pour qu’il revienne, oh oui, à cette même place.

Mais ce qui, chez une autre, passerait pour putasse,

Prend chez elle des airs de sanctification,

Tant sa sincérité ne souffre pas soupçon,

Même si, dans son dos, Nostra Dama, parfois,

Laisse parfois comprendre, autant que Regina,

Ses « meilleurs amies », que sa tête brouillée

Donne parfois des signes d’instabilité.

Laissons donc aux méchants le soin de cancaner,

Et gardons, quant à nous, au nom des Pyrénées,

Notre estime sans faille, et sans charivari,

Notre reconnaissance à la NEFERTITI.

24.12.2007

FIGURE 3 - GONTRAN (fin)

FIGURE 3 – GONTRAN (2)

On l’a compris : quand Gontran ne proteste pas,

Il râle, il se gendarme, il en veut aux goujats

De la Terre entière, en général, et aux ploucs

Qu’il côtoie au Lycée, dont le cerveau de bouc

N’est pas à la hauteur des promesses humaines.

Alors, pour respirer, il dira des neuvaines,

Il défendra Béraud, le pari-a lyonnais,

Auquel il voudrait bien édifier un palais,

A moins qu’un éditeur audacieux lui propose

De conduire à bon terme sa complète prose.

N’attaquez pas l’icône, injustement maudite,

Il vous en cuirait fort, c’est total explicite.

Ne vous en prenez pas non plus, je vous préviens,

A une dame brune, ou je réponds de rien.

La chanteuse est un astre, et sa lumière embrase

Encore et pour longtemps son esprit en extase.

Ce natif d’une ville où les « canuts » ont fait

Parler la poudre en des époques reculées,

Veut qu’un jour on leur rende justice et honneur,

Au sein d’un édifice où battrait ce vieux cœur,

Colline qui travaille, non colline qui prie,

Pardon, j’oppose les deux mots : ils s’associent.

Il faut du temps pour qu’une idée creuse son aire.

Avecques son ami Judas de Lavallière,

Attablé très visible aux tables d’un café,

Brasserie des Ecoles pour ne rien cacher,

A grands coups d’Affligem – et puis de gin tonic

Pour Judas : à chacun son enfer alcoolique –

Il pondit un chef d’œuvre, un robuste pamphlet

Qui stigmatise enfin, ridicule parfait,

L’univers carcéral des foules lycéennes,

Où grouille un peuple mou, un gibier de géhenne,

Aiguillonné par la figure épouvantable

D’Esseulesse, le dard au venin de grand diable.

Et en ces lieux, sous la gouverne d’Esseulesse,

Rôde, mystéri-euse, une Main vengeresse,

Justicier implacable qui, toujours, sait s’abattre

Sur la joue d’Isabeau Guignolat, Cléopâtre

Au petit pied, qui se regarde à tout moment

Dans le miroir ardent de ses yeux complaisants.

Ce livre fut écrit lors de scènes épiques.

Yves, l’un des serveurs, pourrait, c’est véridique,

Vous en raconter des vertes z’et des pas mûres.

Gontran ayant quitté la Brasserie impure,

Il a fait de la Crèche une base avancée,

Il a fait de la bière une ennemie jurée

Pour garder « tummy flat », et ma foi, il s’y tient.

Je le sais pour l’y avoir, quelquefois, rejoint.