26.08.2007

33 - CANONS D'ARTILLERIE

33 – CANONS

ARNAC-LA-POSTE (HAUTE-VIENNE, 87) et WARMERIVILLE (MARNE, 51)

 

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3728f1e06683c3efac7a6b7803780d6e.jpgAprès la grenade, le CANON. Non pas dans la réalité de la guerre, encore une fois, mais dans la représentation que choisissent d’en donner les vivants, dans la circonstance particulière du souvenir, qu’on veut perpétuer, des hommes qui sont tombés. Là encore, observons le militarisme proclamé.

BEUVRY-GORRE (PAS-DE-CALAIS, 62) et VILLE-EN-TARDENOIS (MARNE, 51)

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Je n’ai pas parlé du coq qui trône sur deux tiers des monuments aux morts français. Je ne parlerai pas davantage des milliers de monuments qu’on a dotés d’une ceinture de carcasses d’OBUS plus ou moins gros, plus ou moins nombreux, qui n’ont pas éclaté, faute d’avoir servi de projectile, arrêtés en plein vol, un certain 11 novembre, par l’armistice, tout à coup inutiles et rebutés. Il fallait trouver pour eux une vie après la vie.

FAILLY (MOSELLE, 57) et VEZELIZE (MEURTHE-ET-MOSELLE, 54)

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Combien de tonnes de métal de mort a-t-on ainsi recyclées jusque dans les plus petits villages de France ? Dans quelles conditions s’est faite l’attribution ? Comment furent choisis les calibres, attribués et transportés les objets ? Quelles questions curieuses, si l’on y réfléchit ! Qu’a-t-on voulu dire aux vivants, en étalant ces témoins inertes d’une mort potentielle et jamais advenue ?

GOUHENANS (HAUTE-SAONE, 70) et VAUX-ROUILLAC (CHARENTE, 16)

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Posons la question autrement : qu’aurait-on fait de ces obus s’ils n’avaient pas été distribués aux municipalités ? Il aurait fallu les stocker, faire surveiller les entrepôts, rien que des frais insupportables à terme. On imagine donc le démarchage du commandement militaire auprès des élus locaux : « Vous ne voulez pas quelques obus ? Ils sont beaux, mes obus. Allez, faites un geste, au nom de tous ceux qu’ils ont tués. »

LACHY (MARNE, 51) et TREFFIAGAT (FINISTERE, 29)

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Evidemment, quand la guerre a cessé, les CANONS suivent le chemin des OBUS, à cette différence près qu’il s’agit d’une arme. J’ai l’impression qu’on a, en les exposant, moins cherché à honorer les morts et leur sacrifice que voulu perpétuer le souvenir des hostilités : ils sont là, image brute de la force brutale, fruit de l’ingéniosité mortifère et autodestructrice de l’humanité. Oui, je sais, on fait mieux aujourd’hui, mais les trouvailles ne s’exposent pas sur les places de villages.

LINTHELLES et SOMMESOUS (MARNE, 51)

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La plupart du temps, disons-le, il s’agit de tout petits canons, presque des modèles réduits, des quasi-jouets : des « CRAPOUILLOTS », canons de tranchée, mortiers facilement transportables et ajustables. Ils semblent à tort tout à fait inoffensifs. Le mot lui-même est un diminutif de « crapaud », mortier remontant au XV° siècle.

LUÇAY-LE-MALE (INDRE, 36) et SAINT-JORY (HAUTE-GARONNE, 31)

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Dans un certain nombre de localités, on trouve cependant de vrais canons, oh !, pas les grosses pièces capables de tirer les obus de plus de vingt centimètres de diamètre qu’on trouve à proximité, mais de beaux objets tout de même, et qui ont dû en faire, des dégâts. Parfois, on s’est contenté de prendre le canon du CANON et de le poser sur un affût en pierre ou en béton. Mais c’est beaucoup plus saisissant quand il est entier, « prêt à l’emploi ».

MOLAY et ROUSSON (YONNE, 89)

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d9d4f029c208bb565d7f58e98e6435d5.jpgComment peut-on être fier d’exposer ces objets ? Il a pourtant bien fallu que quelqu’un, à l’époque, cède à l’insistance des V.R.P. de l’armée soucieux d’alléger les frais en évitant d’étendre démesurément les aires de stockage de tout cet acier inemployé. « Il est pas beau, mon canon ? » Même définitivement silencieux, ça reste impressionnant, ça force le respect, dira-t-on.

 

AVRECHY (OISE, 60) et MOYEUVRE-GRANDE (MOSELLE, 57) 4f38ca02c7c77768960d43d2ac810951.jpg

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16.08.2007

25- LE BUSTE DU POILU

MONUMORTS 25 : LE BUSTE77e87a46fbac15cb1adb07df03c581dd.jpg

Lorsque le Romain de l’Antiquité, disons le patricien, le noble, au moins un chef des grandes familles, conduisait la fête des dieux Lares et des dieux Pénates, il se chargeait des bustes des ancêtres et accomplissait le tour de sa maison, pour que ceux-ci constatassent qu’il perpétuait sans faillir ni défaillir la tradition de la « gens ». c539ad134fb314e131616fc791db63d4.jpgLe buste, à cet égard, est la partie la plus haute et la plus véridique de la personne, puisqu’il en porte le visage, l’identité. C’est un portrait, sauf qu’il n’est pas instantané. Le buste figure la présence du mort chez les vivants en tant que personne humaine, en tant qu’individu. Il fut une personne et il le reste. e50fef49cd8c147add4575cf35e83417.jpg

Sur le monument aux morts, le buste est plus conventionnel et, partant, plus abstrait et impersonnel, plus général et intemporel. a4f3b2c84d69e80bddda88850bae77a7.jpgIl en existe des modèles stéréotypés qu’on retrouve ici et là, preuve de sa déchéance en objet et marchandise.  Ailleurs, peut-être le sculpteur a-t-il rendu les traits de son voisin, bien vivant, quant à lui : il faut le comprendre, il l’avait sous la main, c’était donc plus facile et plus évident. 328b71e41fa749b2f1b5d5932a7dcded.jpgMais ce buste-là, on ne le promène dans le village, on ne le juche pas sur un plateau pour la procession rituelle. 28f86c82708f763bc1c766717a74dfd9.jpg

Ce serait d’ailleurs une idée : plutôt que de rassembler en date et lieu fixes, autour de l’immuable monument, quelques anciens combattants, forcément toujours plus vieux, coiffés d’un béret militaire (toujours cette manie de confisquer la vie de morts qui étaient avant tout des civils), quelques officiels, dont un sous-préfet ou un conseiller général représenté par son secrétaire, et un maire qui sacrifie à un rite obligatoire plus qu’il ne fait VIVRE 9f66c41a8f3c5c9334efbc062991a4ec.jpgle souvenir de ceux dont les noms sont gravés, plutôt que ce spectacle morne auquel la population dans sa majorité est indifférente, pourquoi en effet ne pas parcourir les rues de la localité avec une FIGURE de ces arrière-grands-oncles ? a9297199d4d48b60597353887b6dae64.jpg

Voyez, dans l’ordre de leur apparition, les bustes qu’on peut voir à CORPS-NUDS (35), CURIERES (12), DELETTES (62), ESSEY LES PONTS (52), FAYENCE (83), IGON (64), JOSSE (40), LES GOUGINS (50), MAISNIL LES RUITZ (62)d1ad57d4cf618d80a7cebd116dada0c5.jpg, MERCK (62)42ec473f90cca32acfd6f0a4b36bd085.jpg, PARDIES (64)321ae16fa1d17e9805eb88d7c7b0bf3d.jpg, PARS LES ROMILLY (10)dc173245f402cc406092f5b10fe4eeb5.jpg, ROMAGNE (86)352e4f7192c5032640af479d44f7c30f.jpg, SAINTE RADEGONDE (33)5609d0ff994b157c955939f064a81d51.gif, SEVELINGES (42)07a3349902dd80a56139d16772d1cf59.jpg, VILLAINVILLE (76)b9a17b1f4e0622c3acd84c8c80f65665.jpg, et enfin SOUMOULOU (64)84cc3dea70babbd46c2c7bc8bd35ce6d.jpg, cliché particulièrement saisissant et remarquable.

11.08.2007

20 - MONUMORTS ""SUR LE TAS"

MONUMENTS « SUR LE TAS »

 

Je n’ai pas fait de statistique exacte, et pour cause : je ne dispose de la photo que d’environ 15.000 monuments aux morts de la guerre 1914-1918, sur les 30.000 probables. Ce que je peux dire, c’est que la plupart des monuments consistent en un obélisque de pierre. La couleur est grise, blanche, orangée (quelle ville du Nord en a érigé un en « pierre de Charente », plutôt du genre immaculé ?). L’obélisque, tout le monde connaît : des bords nets, des lignes droites, c’est sans bavure, et disons que ça fait un peu « jardin à la française », par opposition à l’apparent désordre du jardin anglais. La netteté des bords et des lignes est souvent renforcée par celle de la clôture, des marches, du chemin d’arrivée. La plupart du temps, il s’agit d’accentuer l’impression aiguisée et, au fond, d’affirmer un ordre des choses, d’imposer une vision monolithique, comme si l’on voulait éviter l’interrogation, le doute.

 

Qu’on y réfléchisse : l’espace du monument, dans ce cas, est séparé du monde. En s’approchant, on entre dans une sorte de solennité, on s’élève en direction d’une hauteur sacrée. Les Romains de l’Antiquité appelaient du beau nom de « TEMPLUM » l’espace rectangulaire délimité dans les étoiles par le bâton de l’augure. En même temps et ipso facto, le passant, saisi d’une crainte, se sent repoussé hors de cet espace. C’est tout sauf familier. D’ailleurs, on attend, pour y venir, les « grandes occasions » officielles.

 

Il est pourtant une sorte de monuments aux morts qui, peut-être dans un souci de plus de « réalisme », voire de proximité humaine, opte pour une vision moins rigide et rigoureuse de la vie post mortem des tués et tâche, de façon plus ou moins nette, de rendre sensible le chaos dans lequel ont vécu les « poilus ». J’ai déjà évoqué la tranchée, comme thème organisant la représentation offerte par le monument. Aujourd’hui, je propose de s’intéresser au socle même, quand il consiste expressément en un « tas », un « amas ». Sans tourner à la confusion (le message n’est jamais ambigu), l’édifice renonce alors à en imposer au spectateur par son aspect « tranché », mais l’invite à percevoir, ou plutôt à pressentir le désarroi qui fut celui des combattants, confrontés à la perte totale des repères de leur quotidien, à l’inhumanité de la condition qui soudain leur était faite.

 

Les photos les plus nettes de cette confusion ( !) sont celles, dans l'ordre,d29b9aca63c70341f41fe474f133a48e.jpgde8d607d7944bebb60855802dce7550e.jpg55497192599b998b7a82a8793f605c3c.jpg de BAGNEUX (54), BEAUMONT PIED DE BŒUF (53), BUZIGNARGUES (34), CHASSIGNY (52), DOLCOURT (54), LA GREE SAINT LAURENT (56), MARTILLE (57), SAINT MARTIN SUR ARMANÇON (89), VERTAUT (21).

 

 

141da81ad3444d96eab26b97f7393380.jpg60dc361aebd89a35ed01565e9f38062a.jpgfb757b40b6333ad9067cd25f33f7f1ae.jpgb2ef45c9bae68de47c40e866871f1d39.jpgf5131ba078e07edd295840576d26e35f.jpgc2933ea916dd6f75586b3939932075c9.jpg

 

27.07.2007

8 - MONUMENTS AUX MORTS : LAURIERS

MONUMENTS AUX MORTS : LES LAURIERS

Dans les années 1970, Charlie (mensuel), grâce à Wolinski, accueillit pendant longtemps une rubrique consacrée aux monuments aux morts intitulée : « L’ART PATRIOTICO-TUMULAIRE ». Je veux rendre ici à l’auteur de ce feuilleton un hommage particulier. Il est vrai que son propos n’était en rien de dresser un inventaire, mais de signaler à l’attention des lecteurs l’importance éthico-esthétique de tel ou tel monument aux morts, souvent choisi parmi ceux que les zones de guerre, après 1914-1918, ont érigés sur les ruines. Le nom de cet auteur, je m’en souviens avec gratitude, est JEAN-MARIE DE BUSSCHER. Merci à lui. Le ton de ses chroniques, mêlé de sérieux documentaire et de distance amusée, voire de la dérision propice à relativiser l’ambition des vivants de déguiser la boursouflure kitsch du notaire de province en souffle épique des valeurs ancestrales gonflant la voile époustouflée du navire municipal, - ce ton, disais-je, ne sera pas le mien.

Entre, grosso modo, 1919 et 1930, sur le marché florissant du monument aux morts, quelques entreprises parvinrent à « placer » leur création en assez grand nombre. L’artiste proposait un modèle (j’ai déjà mentionné la « sentinelle ») qui était ou non retenu par les responsables locaux, en fonction des préoccupations, des convictions et des moyens financiers. Le « Poilu brandissant la couronne de lauriers » fait partie des modèles prisés. J’en ai collecté 118 occurrences. Je propose ici celles qui rendent le mieux dans le format disponible : Buzy (64), Cappy (80), Dallon (02), Domfront (61), Locon (62), Orbais (51), Pas en Artois (62), Roquetoire (62), St Sauveur de Peyre (48), Troarn (14). aa33ad602319d616bfc21bd1def2c4dc.jpg5ffc4fb56c01c94b456d0d130c7f7e2f.jpg8a7d94265cba64ae8ae334d3bfe67491.jpg876beaabd001d897376bbd3111698baa.jpg0f853b21358642fd2a86be59dc006c5e.jpg7ba9491ba3a045b8c35adf4c25a12487.jpg165a3f92f1e2ef58dfe09d7bf1484a63.jpgc6f9054e22891abd4f7a6d0198ffa14b.jpgc82c6b62db80bcd7b37a150bb4208bb2.jpg03a8332ba392d7e01a0ba9a40961fb62.jpg

26.07.2007

7 - MONUMENTS AUX MORTS : LE POILU

LE POILU

Dès avant la guerre de 1914-1918, le mot « poilu » appartient à l’argot militaire, désignant l’homme courageux, qui n’a pas froid aux yeux. Dans la guerre, le mot finit par s’étendre à tout combattant. Cela en dit déjà long.

Le monument aux morts, du moins celui érigé entre 1919 et 1925, (au nombre de 25.000 ou 30.000, certains disent 36.000, pour coller au nombre officiel de communes administratives en France, mais il est certain que c’est exagéré) sur budget municipal, avec souscription auprès des citoyens et/ou don de mécènes, rend largement hommage au POILU. Parfois, il n’en reste plus que le casque caractéristique, de profil, en haut-relief sur la pierre. Parfois, on voit le profil en médaillon. Souvent, est mis en valeur le buste du poilu, toujours fier : j’en ai personnellement relevé 226, la plupart du temps au sommet de l’obélisque. 90a783eb2b3b59698eaf36089090aca2.jpg 

Je voudrais évoquer aujourd’hui le poilu, lorsqu’il est figuré en entier, debout, 6ec0444e4b3cec80a1356987e75c6070.jpgassis ou couché, vivant ou mort, qu’il quitte sa famille, c84562e523fdfadc8166a5fc3a9b5653.jpgqu’il marche en vociférant : « A Berlin », f0a89a0ad378634145d0ebda19a80633.jpgqu’il veille dans la tranchée, qu’il revienne couvert de gloire ou que, sûr de mourir, il attende d’être emporté au paradis patriotique. 10d60ef50ce99d7f7d230cc5a5dacd79.jpg1c6c3c062728e20e4cec5869c1d86477.jpg                                     Le dernier présenté, cliché splendide, est le poilu chantant de Le May sur Evre, dans le Maine et Loire (49). Les autres sont : "buste" Essey les Ponts (Haute-Marne, 52), "Adieu" Houilles (Yvelines, 78), "Soldat mourant" Guéthary (Pyrénées-Atlantiques, 64), + deux autres qu'il faudrait que je recherche. A suivre. Allez, j'ajoute Begrolles en Mauges (49).89bcb6becbf2f6b8ef3c44f52b6db5fb.jpg