08.10.2007
72 - LE POILU EN BAS-RELIEF


J’admettrai peut-être, contrairement à ce que j’ai dit précédemment (voir ma note 62), qu’un monument où rien de guerrier n’est représenté peut être qualifié de pacifiste. Après tout, est-il très normal que le 11 novembre soit une journée de défilé MILITAIRE ? Est-il normal qu’une poignée d’abrutis fassent les fiers derrière le cordon de CRS pour empêcher des amoureux de la PAIX d’aller se recueillir sur ce qu’il reste des hommes de Verdun, à Douaumont, pour leur rendre hommage (voir ma note précédente) ? Bon, je sais, la « nation en arme », la « patrie en danger », ça a une couleur de Révolution Française, de sursaut national : tout citoyen doit se lever à l’appel de la Nation pour la défendre. On appelait cela la conscription, il n’y a pas si longtemps, autrement dit le « service militaire ». Et dans bien des villes et villages qui ont gardé l’habitude de « fêter les classes », les gens continuent à se qualifier de « conscrits » alors même que le mot, dans la réalité, a perdu toute signification militaire. Peut-on même soutenir aujourd’hui qu’il reste des « nations » ? Certes, il y a le sport, et les supporters français ont bien entonné la Marseillaise dans les rues de Cardiff après la victoire de leurs rugbymen sur ceux de Nouvelle-Zélande. Mais est-ce pour autant suffisant ? Ou alors je ne sais plus ce que veut dire le terme.



La professionnalisation des armées coupe automatiquement celles-ci du peuple. Celui-ci, d’un côté, est débarrassé d’une belle corvée (pour moi, ça a duré douze mois, passés à glander et à faire semblant de se préparer à servir le pays). Mais d’un autre, on lui a enlevé un droit, et la fin de la conscription n’est qu’une officialisation de ce qui était une réalité depuis belle lurette : la mort de l’idée de nation. Le peuple libre et souverain n’est plus en mesure de se défendre en cas d’attaque. Alors je me pose la question : qu’est-ce que le peuple aujourd’hui ? Sans même parler de « libre et souverain ». C’est pourquoi il me semble particulièrement incompréhensible, de nos jours, que le 11 novembre soit d’abord une fête militaire. Selon moi, il y a une sorte de confiscation. Je le maintiens : les combattants de 1914-1918 étaient des CIVILS à qui on a fait porter l’uniforme. C’est donc à toute la population CIVILE que revient de commémorer leur disparition en masse. Militariser la cérémonie, c’est en exclure les civils. Pardon si je choque certains visiteurs. Le 11 novembre devrait être l’occasion de chanter un « hymne à la paix ».




Tous ces poilus que l’après-guerre a statufiés étaient avant tout des paysans, des ouvriers (voir ma note 68), des intellectuels, qui avaient tous leur vie, grise ou rose, quelque part, leur métier, une vie quotidienne, des problèmes de couple, et tout, et tout. Ce qui m’ennuie terriblement dans ces cérémonies du « souvenir », c’est qu’elles me semblent totalement dévitalisées et abstraites, des cérémonies pour la forme, parce que « c’est comme ça », des mécaniques bien huilées mais qui fonctionnent à vide. Pourtant, il faudrait peu de choses pour y mettre du vivant. Par exemple, j’ai déjà suggéré à Monsieur le Maire de lire à haute et intelligible voix chaque prénom et nom qui a été gravé sur le monument. Monsieur le Maire et non des enfants, qui seraient bien sages, mais qui ne feraient que réciter une leçon. C’est aux adultes de faire vivre un souvenir, que diable ! Dans le film de BERTRAND TAVERNIER, La Vie et rien d’autre, on peut se faire une vague idée de ce que veut dire concrètement « faire vivre un souvenir ». Je parlerai évidemment de ce film incontournable, dans lequel le sculpteur Mercadot déclare sans ambages au commandant Dellaplane qu’il est en train de vivre un nouvel âge d’or dans son art : « Vous vous rendez compte : 35.000 communes et 300 sculpteurs ! ».




Dès qu’une commune choisit de représenter le principal acteur de cette guerre, le sculpteur, qui est sous contrat ou non avec une grande entreprise (marbrerie ou fonderie), se met au travail. Nous avons vu diverses réalisations qu’on qualifie de « ronde-bosse ». Je voudrais montrer aujourd’hui le poilu tel qu’il apparaît dans des « bas-reliefs », ces sculptures exécutées de façon à ce que le sujet se détache sur le fond tout en restant pris dans la matière. Le poilu apparaît de face, de profil, de trois quarts, debout ou alors couché, vivant ou plus rarement mort : l’artiste a la même liberté de création (sauf qu’il s’agit d’une commande), seuls changent le budget alloué à l’œuvre et, bien entendu, son habileté. Le savoir-faire de l’auteur du monument d’EAUBONNE est magistral, celui d’ALBENS est plus empreint de gaucherie. La pierre de celui d’ETABLES-SUR-MER a été à peine entamée pour laisser apparaître en partie la silhouette. On ne sait si le poilu d’HOMBLIERES crie victoire ou manifeste sa joie de rentrer au foyer (la Marianne qui le surplombe me fait pencher pour la première solution). Celui de MESSEI monte la garde par une froide nuit d’hiver. C’est visiblement le même artiste qui a réalisé les monuments de PALINGES et de SAINT-DESERT (Saône-et-Loire).





10:00 Publié dans Monuments aux morts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poilu, Guerre 14-18, Tranchées, France, Histoire, Nation, Patrie
07.10.2007
71 - LE POILU A L'AFFUT


Dans ma note précédente, j’ai peut-être donné l’impression d’en vouloir à quelqu’un. C’est certain, on en veut toujours à quelqu’un. Gamin, j’en voulais à mort à Napoléon de n’avoir pas vu le rôle crucial de cette ferme dont les Anglais allaient se servir comme d’un bastion inexpugnable, à WATERLOO. Mais 14-18 ? Comment en vouloir à quelqu’un en particulier ? C’est une société dans son ensemble qui se SABORDE, qui se SUICIDE, aveuglée par une rivalité quasiment « ethnique » (vous savez : « qu’un sang impur abreuve nos sillons ». Au fait, il faut faire la liaison entre « sang » et « impur », ça donne « un sanguimpur » ou « un sanquimpur », vérifiez). Tous les membres de cette société sont complices, tous. Je reviens à ROMAIN ROLLAND : toute la presse entretient, pendant toute la durée de la guerre, la HAINE envers ceux qui osent émettre, fût-ce avec modération, des avis qui n’exaltent pas la haine du « boche », toute la presse entretient un climat de HAINE et d’appel au meurtre de qui n’accompagne pas, non : ne précède pas ce mouvement d’ivresse patriotique. Il y a une compétition, une surenchère permanente dans le délire. Romain Rolland en donne maints exemples dans son Journal de Guerre 1914-1919 : c’est proprement ahurissant, incroyable et scandaleux. On dénonce, à propos de la 2ème Guerre Mondiale, les excès racistes et antisémites de Céline, Drieu la Rochelle, Rebatet. Mais relisez la presse parisienne de 14-18 : ce sont les mêmes ordures racistes jetées à pleines poubelles sur des gens qu’aujourd’hui nous aimons et avec qui nous nous mélangeons.




J’étais présent, pendant l’été 1976, à la MARCHE METZ-VERDUN : il y avait THEODORE MONOD, l'humaniste au visage grave, qui portait un petit sac à dos et tenait souvent à la main un charmant chapeau vaguement vert et complètement informe, il y avait le dessinateur CABU (il y avait sa femme, j’ai oublié son prénom (Catherine ? qui écrivit plus tard dans Combat non violent, si je ne me trompe), et son fils qui, à quinze ans, s’exerçait à faire le cracheur de feu), il y avait MARCO PANELLA, ce turbulent député italien du « partito radicale », il y avait Mouna Dupont, autrement dit, AGUIGUI MOUNA, qui publiait une revue, Le Mouna Frère, pour les besoins duquel il m’a pris quelques photos. J’ai encore celle où il fait la bise au fils de Jacques et Danielle, les copains de Besançon : on a fait la marche en poussant et tirant à tour de rôle une carriole où dormaient et jouaient les deux petits, et sur laquelle on avait inscrit ce slogan définitif : « Des biberons, pas de canons ». Tout ceci pour dire que 14-18, dans ma vie, ce n’est pas d’hier. Je crois que je suis né avec 14-18 dans la mémoire. J’ai dû ingérer la gélule avant de téter le téton. Soyons sérieux : une des scènes les plus belles dont je me souviens est celle de notre cortège sur la petite route avant DOUAUMONT : ce SILENCE, mes amis, ce recueillement, ce respect, cette tristesse paisible et néanmoins concentrée ! Impossible d’exprimer : j’ai pris une photo de tous ces dos qui avançaient vers des tombes, vers des milliers de croix blanches soigneusement rangées, vers le cimetière d’une bataille aussi absurde que toutes les autres, simplement plus meurtrière. Il ne faisait pas très beau : toutes ces épaules un peu voûtées. Nous étions, à nous tous, un MONUMENT AUX MORTS. Je vais vous dire : cette marche en silence, sur cette route traversant les bois, on entendait seulement les pas des centaines de gens, cette marche reste dans ma mémoire comme l’une des rares PRIÈRES que j’ai faites dans toute ma vie. Pour l’anecdote : nous n’avons pas pu accéder à l’ossuaire, car outre les CRS (était-ce des gendarmes mobiles ?), il y avait quelques « gros bras », qui arboraient sur leur crâne le béret rouge des anciens paras. Visiblement, nous ne pensions pas à la même guerre. Suis-je seulement pacifiste ? Bien sûr, la paix est le plus grand des biens. L’injustice reste injuste, quoi qu’on pense. Pourquoi la Prusse et l’Autriche-Hongrie ont-elles attaqué la France ? On sait tous les détails, mais la vraie raison, je n’ai toujours pas compris. Il faut se défendre. Et pour ça, il faut se préparer et être fort. Mais c’est au cours de cette marche, je crois que c’était à Etain, que nous avons rencontré une femme, une « ordinaire », « du peuple », qui haïssait encore les « boches » ? Mais bon, il y a eu entre-temps 40-45, ça aide peut-être à comprendre.



Le poilu guetteur, c’est cet être humain qui a la charge de veiller à la sécurité de tous. On lui a ordonné d’être là, de rester là. Il n’a pas choisi, mais la survie en dépend. Un boulot à faire, quoi ! Ceux qui aiment la BD pensent à La Cage, de HERMANN (dans Abominable). Mais un boulot auquel il ne faut pas se dérober, on ne peut pas avoir envie d’y échapper. Le monument aux morts lui rend hommage très parcimonieusement, à cet homme qui veille à la frontière. Plus de symbole qui vaille : le contexte est dessiné, la tranchée est visible, la casemate est suggérée. Mais les yeux de l’homme sont le rempart, et ce rempart mérite notre respect, c’est-à-dire, tout aussi bien, notre silence et notre parole.
10:00 Publié dans Monuments aux morts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poilu, Tranchée, Guerre 14-18, Histoire, France, Patrie, Nation
03.10.2007
69 - MON DRAPEAU, VOUS NE L'AUREZ PAS


J’avais appelé cette sculpture : « Mon drapeau, vous ne l’aurez pas ! ». J’en ai trouvé 17 de ce modèle. Voici ce qu’en dit monsieur Alain Choubard (voir la rubrique « Blogs à visiter »), au sujet du monument d’ARVERT (Charente-Maritime) : « Cette sculpture de série, intitulée Poilu défendant le drapeau, est présente sur le monument de dizaines de communes dans toute la France. Selon les ressources dont disposait la municipalité, l’effigie se déclinait en bronze, marbre, fonte de fer ou, comme ici, en pierre artificielle. A l’instar des autres œuvres au catalogue des Marbreries, l’auteur du modèle est inconnu. » Il donne encore les précisions suivantes : le modèle a été réalisé en 1922, le monument montré a coûté 11.100 Francs (sans les fondations) à la commune d’ARVERT.

L’entreprise se nomme exactement "Marbreries Générales (Urbain Gourdon directeur), Paris". Le site d’Alain Choubard est bien documenté, et s’enrichit régulièrement. Les photos sont de qualité. Surtout, chaque monument est renseigné dans la mesure du possible. Il donne par ailleurs des liens internet variés.




Une réflexion me vient, suite à ce commentaire : le monument aux morts, après l’Armistice de 1918 et le Traité de Versailles en 1919, n’a rien à voir avec une « génération spontanée ». Si des entreprises, de taille industrielle ou peu s’en faut, se sont lancées sur ce qu’il faut bien appeler un MARCHÉ du monument aux morts, cela veut au moins dire que la demande a été largement SUSCITÉE. Je me demande dans le fond si la demande de monuments aux morts n’est pas venue d’en haut. J’ai fait de petites allusions à cet aspect des choses au cours de mes diverses notes, de loin en loin. Franchement, ma connaissance du sujet ne me permet pas d’affirmer, mais il y a fort à parier que les entreprises « Etablissements artistiques Edmond Guichard », à Castelnaudary, la « Fonderie de Tusey », près Vaucouleurs, la « SA des fonderies et ateliers de construction du Val d’Osne », à Osne le Val, « Durenne » à Sommevoire, ou "Rombaux Roland" à Jeumont, - ces entreprises n’ont pu se mettre à concevoir, créer et fabriquer des œuvres que lorsque le MARCHÉ a été prêt. J’apprends au fur et à mesure. Par exemple, que le poilu dont je montre quelques exemplaires dans ma note 4 (publiée ici le 21 juillet, quand même !) a été produit à 400 exemplaires par Edmond Guichard. Je me dois d’ailleurs de revenir prochainement sur le sujet car, des sentinelles, j’en ai trouvé effectivement en pagaille.




Mon raisonnement est le suivant : si le même modèle de sculpture était proposé par les entreprises ci-dessus nommées aux municipalités que j’ai essayé de vous faire visiter, c’est qu’il y a, quelque part, une organisation, une forme de planification. Mais il y a aussi du démarchage, peut-être par courrier, peut-être par Voyageur Représentant Placier (VRP). Tout cela suppose une multitude de procédures commerciales et industrielles d’une part, d’autre part une multitude de procédures au niveau politique local. Et je me pose une question : QUI a voulu couvrir le territoire national de monuments aux morts ? A lire les différentes sources trouvées sur l’Internet, on a l’impression qu’il s’agit d’un mouvement spontané de ferveur populaire, d’enthousiasme de masse. Rien n’est moins sûr. Je n’ai pas encore avancé dans ce travail au point de pouvoir répondre à cette incertitude. Mais d’ores et déjà, je soupçonne une vaste entreprise de reprise en main de l’opinion publique. A cet égard, le « poilu défendant le drapeau » figure de façon parlante ce patriote qui ne laissera pas entamer par la barbarie ennemie un pouce du territoire national (d’autant plus qu’il s’agit de reconquérir la partie dont celui-ci fut spolié en 1871).




10:00 Publié dans Monuments aux morts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Drapeau, Histoire, Guerre 14-18, Monuments aux morts, Commémoration, France, Nation
20.09.2007
56 - L'ESPRIT DE L'ESCALIER
56 – L’ESPRIT DE L’ESCALIER
J’ignore pourquoi « l’esprit d’escalier » signifie le contraire de « l’esprit de répartie », mais quand, trois jours après, vous trouvez quoi répondre à l’individu qui vous avait laissé muet lors de cette soirée passée en présence de la femme que vous auriez voulu conquérir, alors oui : vous avez « l’esprit d’escalier ». J’espère montrer ici qu’à monter l’escalier, il peut y avoir de l’esprit. La concierge n’est jamais dans « les escaliers », mais dans « l’escalier » qui, lui-même, se décompose en marches, ou degrés. Après tout, c’est une échelle (cf. étymologie) pour gens moins ingambes, mais le mot doit quand même se mettre au singulier. L’escalier, si on y réfléchit, est un simple couloir, sinon qu’il conduit en hauteur. C’est dans Arsenic et vieilles dentelles, je crois bien, qu’un ancien militaire l’escalade régulièrement en criant : « Chargez ! », comme s’il avait mis sabre au clair.





Le problème bizarre que pose l’escalier c’est qu’il est fabriqué pour qu’on puisse monter et descendre, mais dès qu’on attaque la symbolique, l’escalier est à sens unique : ça monte, ça monte et ça monte. C’est vrai, la montée marque davantage que la descente, parce que cette dernière est évidemment plus facile – encore que, quand on descend, c’est le dessus des cuisses qui travaille le plus et que, sans entraînement, cela peut être proprement épuisant. Mais dans la symbolique, il ne saurait être question de physique ou de musculature, même si, quand on monte, le poids du corps peut se rappeler au souvenir de façon fort cruelle. En Chine, il y a des montagnes dont le flanc a été, de la base au sommet, creusé en marches d’escalier, pour faciliter la montée des pèlerins jusqu’à je ne sais quel sanctuaire. Des milliers de marches, chacune haute d’une quinzaine de centimètres (la norme, paraît-il, est de 18), vous rendez-vous compte ?






Il est donc entendu que descendre ne compte pas, car on le fait seulement après avoir rempli son devoir de piété, c’est-à-dire être parvenu au sommet. Il est bon que le monument soit situé sur un sommet : l’élévation n’est alors pas seulement intérieure, mais imprime à tout le corps la discipline qui consiste à quitter le vulgaire et le matériel pour atteindre par degrés successifs l’empyrée où l’esprit, allégé de tout le poids accumulé pendant la vie terrestre, entre en symbiose avec le sens, avec la transcendance instillée par les vivants dans le monument. Il est bon qu’il y ait un peu d’alpinisme dans les devoirs rendus aux morts. L’ascension d’une montagne recèle rarement quelque chose de spirituel, pour se limiter à un acte sportif, à la performance de machine qu’exige de chaque individu le monde économique qui, désormais, règne sur nos existences. La caravane quotidienne qui s’élance vers le Mont Blanc s’apparente même davantage au troupeau de volaille qu’au silencieux désir individuel de surpassement de soi.






Il est bon, oui, que rendre aux morts de la « Grande Guerre » l’hommage qui leur est dû, passe par l’effort – ô combien modeste – d’élévation des vivants vers le tertre du devoir. Les monuments qui leur ont été dédiés sont pourtant fort peu nombreux à être ainsi situés « au-dessus ». La plupart du temps, le monument aux morts de 1914-1918 a été conçu et construit « de plain-pied » ou bien, à la rigueur, sur une sorte d’estrade ne comportant que quelques degrés. Tout se passe comme si l’on avait voulu aplanir, voire aplatir. On ne me fera pas croire qu’un tel état des lieux ne résulte pas d’une volonté. Pas forcément consciente. C’est vrai : il serait intéressant de savoir, pour chacun des 30.000 emplacements, comment il a été choisi et pour quelles raisons. S’agit-il à chaque fois d’une réelle disponibilité de terrain ? S’agit-il de ménager les finances de la commune en évitant une pente qui, forcément, complique la tâche de l’architecte ? En clair : a-t-on voulu abaisser les morts pour s’épargner l’effort d’élévation ?






10:00 Publié dans Monuments aux morts | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Monuments aux morts, Guerre 14-18, France, Patrie, Nation, Histoire, Guerre
13.08.2007
22 - MONUMORTS INVASION VEGETALE
MONUMORTS 22 BUISSONS
Un monument devient ce qu’en font les vivants. Certains sont quasiment à l’abandon, au moins d’après les photos récentes dont on peut disposer. Certains sont soignés comme des jardins japonais, amoureusement, jour après jour. J’ai appris que la ville de Lyon, à l’horizon de 2015, aura fait regraver intégralement les dizaines de plaques de pierre portant les noms des morts, pour un montant approximatif (je ne garantis rien) de 300.000 euros. Des communes beaucoup plus modestes de par leurs moyens financiers, font nettoyer le monument aux morts pour le garder présentable. Voici, par exemple, celui de NESPOULS (19)
, après et avant. Cette façon d’entretenir, disons-nous cela fortement, représente une conscience et une volonté : l’objet dont il est question n’est pas un meuble, mais le signe visible des vies dont il témoigne encore, et dont nous nous soucions encore. Disons-nous fortement aussi, et ce n’est pas anodin, qu’il n’y a pas encore cent ans que la catastrophe s’est produite, et que nous subissons, encore aujourd’hui, les conséquences atroces de ce suicide de l’Europe. Nous pouvons à loisir passer nos journées les oreilles prises entre de petites pastilles sonores qui nous distillent « notre » musique ou les voix de « nos » amis et proches. Nous sommes enfermés dans nos envies sans horizon. Le monument aux morts n’a pas, évidemment, l’exclusivité du sens, il ne faut pas exagérer. Mais il est là, et, si nous le voulons, il nous parle, nous racontant les noms de ces gens dont nous ignorons tout, qui n’étaient ni meilleurs ni pires que nous. Au fond, ils ont eu la malchance de naître autour de 1890.
Une des preuves de l’attention – sinon de l’amour – portée au monument aux morts, en dehors du soin apporté à la pierre, aux inscriptions, et plus généralement au lieu, consiste à cultiver et entretenir ), végétaux qui l’entourent. Je me souviens en particulier d’une très émouvante visite, au pied du HARTMANNSWILLERKOPF, au « cimetière des Uhlans » : vingt cavaliers allemands tombés là, peut-être au début de la guerre. Imaginez un bois sombre et profond de sapins immenses au tronc majestueux, dans l’ombre duquel restent dressées vingt croix modestes, presque invisibles. Personne n’a « entretenu » ce lieu : mais la nature s’en est chargée. Il faudra que je retrouve la photo de ce minuscule « lieu de mémoire » qui m’a, sur l’écran de l’ordinateur, rappelé ce souvenir.
Parmi les hommages durables ainsi rendus aux morts par les vivants, figurent ceux, peut-être pas toujours volontaires, rendus par les jardiniers municipaux, dans leur façon de sculpter le végétal. Ici, l’imagination pourrait venir du propriétaire de la petite maison en bordure de la route départementale. Visiblement, quelqu’un a voulu façonner le décor. Qu’il sache ou non à qui et à quoi il rend honneur, peu importe finalement, l’essentiel est qu’il fasse ce qu’il fait, même si la photo ne lui rend pas suffisamment justice. Merci pour EUX.
Voici les buissons sculptés de ARGENTENAY (89)
, BRESLES (60)
, CHAMPAGNE ET FONTAINE (24)
, RICHEBOURG (78)
, SAINT HONORE LES BAINS (58)
, SAINT MARC LA LANDE (79)
, VILLE SAINT JACQUES (77)
, VILLEFRANCHE (89)
. Je les ai mis dans l’ordre.
Je joins quelques exemples de lieux où l’on a laissé se répandre le végétal à son gré, jusqu’à ce qu’il envahisse de sa verdure la pierre et le ciment, mais non le souvenir, comme on peut le voir à BEINHEIM (67)
, DALEM (57)
, DIEFFENBACH LES WOERTH (67)
, DUN LE PALESTEL (23)
et TRAUBACH LE BAS (68).
10:00 Publié dans Monuments aux morts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Environnement, Verdure, Histoire, Guerre, Nation, France, Commémoration
05.08.2007
15 - L'AMOUR DU DRAPEAU
C’est la base du grand mythe national : le drapeau tricolore. L’historien ne manque jamais de rappeler l’origine de nos trois couleurs : le blanc du roi Louis XVI pris entre le bleu et le rouge du peuple parisien. L’adhésion à ce symbole de la patrie doit être immédiate et totale : « La République nous appelle, sachons vaincre ou sachons mourir. Un Français doit vivre pour elle, pour elle un Français doit mourir. » Là, le cœur national vibre, fond et se gonfle. Je note quand même que, si les Américains ou les Suisses (par exemple) jouent facilement de leur drapeau (on voit nombre de jardins suisses ornés d’un mât au sommet duquel flotte l’étendard rouge à croix blanche, et je ne parle même pas des Etats-Unis), le Français se montre bien timoré, et semble ne pavoiser qu’à contrecoeur. Pour un sportif, figurer dans notre équipe nationale n’entraîne plus ipso facto la connaissance et la maîtrise automatiques de notre hymne. Dans les grandes occasions, on orne de drapeaux les bâtiments officiels, les transports en commun. Mais le « peuple » proprement dit a perdu, apparemment, tout sentiment de fierté nationale et s’est détaché de ce symbole d’appartenance à la nation, à la patrie, et notre armée est « de métier ».
Le poilu de 1914, éduqué, formé, voire formaté par l’école de la république, est imprégné des trois couleurs (avez-vous remarqué que bien des drapeaux du monde sont tricolores ?), il porte en lui-même le drapeau, même si un auteur impertinent comme Alfred Jarry, dans un de ses tableaux d’observation zoologique, décrit les mœurs du « drapaud » (La Chandelle verte). Mais Jarry meurt en 1907 (est-ce un châtiment ?). Romain Rolland, dans son Journal 1914-1919, rend l’idée même de patrie responsable des massacres. A-t-il complètement tort ? De la passion nationale au nationalisme, et de là à la haine de la nation « ennemie », la distance est facilement franchie.
Quoi qu’il en soit, les monuments aux morts 1914-1918 portent sous les formes les plus diverses témoignage de l’amour patriotique qui a poussé tant d’hommes au « sacrifice » de leur vie. Leur pierre, gravée, creusée, sculptée, reflète une valeur encore profondément enracinée dans les esprits des années 1920. Je vous propose aujourd’hui l’illustration de cet amour, sous la forme particulière du soldat qui serre avec ardeur son drapeau sur son cœur, en signe de don de soi. Nous trouvons de telles illustrations à Belvèze du Razès (11), Bracieux (41), Eclaron (52), Erdeven (56), Herpont (51), Nébias (11), Saint Alban sur Limagnole
(48), Saulnot (70), Somme Suippe (51), et dans bien d’autres localités. A suivre. 





09:40 Publié dans Monuments aux morts | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Guerre, Histoire, Patrie, Nation, Patriotisme, France, Drapeau tricolore


