18.12.2007
TUEURS D'ECOLE - 5
TUEURS D’ECOLE (5)
Cette fois, je m’offre l’OCDE. Oui, rien que ça. Remarquez, je ne fais que reprendre un flambeau allumé par d’illustres prédécesseurs, entre autres R. et D. PARPIN dans leur fameux best-seller (140.000.000 d'exemplaires vendus, planète Mars comprise) dont je conseille la salutaire lecture à tout un chacun : La Main vengeresse, où les deux auteurs parlent cependant non de l’OCDE mais de l’OCEDEHIE, par allusion à cette plaque tournante de l’information et de la communication que constitue, dans tout lycée, le CDI : Centre de Documentation et d’Information. Notez que, lorsque la documentaliste met au rebut les références obsolètes ou carrément archaïques, cela s’appelle un « désherbage » (selon mon collègue Philippe, c’est authentique).
Chacun des chapitres de La Main vengeresse (Editions Le Manuscrit) se termine de façon jubilatoire sur toute sorte de baffes bien senties qui s’abattent d’on ne sait où sur la pauvre et insupportable Isabeau Guignolat, dont le plus fidèle compagnon n’est pas son premier mari, mais un miroir un peu semblable à celui dans lequel la marâtre du conte apprend, furieuse, l’existence de Blanche-Neige. La grande différence avec celui du conte, c’est que le miroir d’Isabeau Guignolat est invisible et portable. En effet, elle le porte tout autour d’elle dès qu’elle met le pied au-dehors, dans la société, sous le regard des autres, comme une sorte de bulle protectrice, qui lui permet de remplacer le regard des autres, dont il faut toujours se méfier, par le reflet du sien, beaucoup plus indulgent, beaucoup plus amoureux. En réalité, son miroir, Isabeau Guignolat le porte à l'intérieur. Ainsi marchant et évoluant dans l’univers feutré et délicat de la contemplation amoureuse de son incommensurable beauté, elle voit, actrice et spectatrice d'elle-même, sa vie quotidienne comme un défilé de mode auquel elle ne cesse d’applaudir intimement, sincèrement enivrée de sa propre splendeur. Vous êtes, bien sûr, cordialement invités à vous rendre sur les blogs respectifs de D. « Fondetiroir » et de R. « Solko » Parpin. Le livre raconte, en gros, la traversée du Chaos en personne par le navire en folie d’un Lycée en proie au DELIRIUM TREMENS. J'y reviendrai.
Revenons à l’OCDE, dont j’ai failli me laisser distraire, mais pas tant que ça, finalement. Et d’abord, qu’est-ce que c’est ? Organisation de Coopération et de Développement Economiques (notez le s). On fête le 14 décembre 2007 le 47ème anniversaire de sa création. Sa finalité est de coordonner les politiques économiques et sociales des 29 pays membres « en vue de promouvoir leur bien-être économique et de contribuer au bon fonctionnement de l’économie mondiale » (source : Quid 2001, p. 904). En clair : c’est un PACTE DES RICHES, mais des riches qui peuvent mettre à l’occasion la main sur le cœur et la bouche en cul de poule quand il s’agit des bons sentiments exprimés « pour la galerie ». Pour l’essentiel, c’est l’incarnation, portrait d’une vérité criante, de l’épouvantail connu sous le nom d’ULTRALIBERALISME. L’idéologie se résume à ce principe simple : tant que la puissance PUBLIQUE se mêle d’affaires qui pourraient rapporter des fortunes à des gens compétents et méritants, il faut PRIVATISER.
Toute cette entrée en matière pour parler d’un petit (119 pages) et terrible livre, que j’ai acheté – pur hasard évidemment – le jour même où la bibliothèque universitaire a brûlé, avec 350.000 volumes. C’était un 12 juin de l’an de grâce 1999. Le livre date de 1998. GERARD DE SELYS et NICO HIRTT se sont associés pour écrire Tableau noir. Pour résister à la privatisation de l’enseignement (Editions EPO). Ils se sont collé la « littérature » de l’OCDE, et attention, ce n’est pas rien : elle publie 130 titres par an. Ils en ont tiré la certitude (justifiée) que le projet ultra libéral est dans les tuyaux et que la PRIVATISATION de l’école, de toute l’école, est en marche, et qu’elle doit être mise AU SERVICE DES RICHES. Voici quelques citations originales pêchées par les auteurs. « L’éducation doit être considérée comme un service rendu au monde économique » (p.37). « L’université ouverte est une entreprise industrielle et l’enseignement supérieur à distance est une industrie nouvelle. Cette entreprise doit vendre ses produits sur le marché de l’enseignement continu que régissent les lois de l’offre et de la demande » (p. 31). « Les étudiants deviennent des clients et les établissements des concurrents luttant pour obtenir une part de marché » (p. 48). C’est donc écrit noir sur blanc : les riches n’ont plus besoin de l’école publique, maintenant que ce sont les pauvres de partout dans le monde qui fabriquent les objets dont le profit va dans leur poche. Les riches n’ont plus besoin des pauvres bien de chez nous, ils peuvent crever.
Les auteurs mettent en cause la Commission européenne, qui a publié en 1994 un rapport qu’elle intitule L’Europe et la société de l’information. Ce rapport a été pondu par un « groupe de hautes personnalités », au nombre de 20, dont 5 font partie de l’ERT. C’est quoi, ça, l’ERT, me direz-vous ? Je vous le donne Emile : la Table Ronde Européenne (European Round Table). Parfaitement : ce sont les modernes chevaliers de la Table Ronde. C’est visible qu’ils se sont un jour mis en quête du GRAAL, je veux parler de l’ARGENT, pour lequel ils sont prêts à passer l’humanité entière à la moulinette.
L’un des aspects intéressants de leur « projet » (le mot est choquant, mais la chose est réelle), est la « formation tout au long de la vie ». Je me rappelle un article du Monde diplomatique, qui parlait de l’industrie pharmaceutique : « Pour vendre des médicaments, inventons des maladies ». Tout individu est un malade qui s'ignore, donc un CLIENT POTENTIEL. C’est Knock devenu réalité : tous les habitants sont désormais des patients, donc des CLIENTS. Elle est là, la solution, pour l’école. C’est vrai, quoi, c’est bête : de six à vingt ans, cela ne fait qu’un quart de la vie. Si vous instaurez la « formation tout au long de la vie », d’un seul coup, vous avez 100 % de la population dans vos filets. Tout être vivant devient dès lors un CLIENT POTENTIEL, et en tant que tel, il faut le PRESSURER. Ce qui se passe dans la santé, est en train de se passer pour l'éducation et pour l'école en général : tout individu possédant quelques ressources est vivement invité à en consacrer une partie à enrichir d'une part les trusts pharmaceutique, et d'autre part les NOUVELLES INDUSTRIES DE L'EDUCATION. Cela s'appelle « formation tout au long de la vie ». Et je me souviens très bien d'avoir entendu en son temps LIONEL JOSPIN défendre ce slogan. C’est vrai qu’on ne peut plus compter sur le Parti Socialiste depuis fort longtemps, vous savez, 1983, le « tournant de la rigueur », et tout ça. Après "L'HUMANITE-MACHINE" (voir une de mes notes précédentes, 10 décembre), voici devant devant vos yeux éblouis, "L'HUMANITE PRIVATISEE".
05:45 Publié dans Tueurs d'école | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Enseignement, Ecole, Littérature, Lionel Jospin, OCDE


