02.10.2007

68 - OUVRIERS ET PAYSANS, C'EST L'ALARME

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ac411655cf919b795b15c7bea612af47.jpg7bbc130d32df33577fec3a3b7b6fca03.jpgCe titre n’est pas justifié : Le Chant des Partisans a été composé pendant et pour une autre guerre. Il n’empêche qu’il est juste : qui est parti, en 1914 ? Les hommes des usines et les hommes des champs. La guerre n’a pas fait le désert seulement dans les familles (voir ma note précédente), mais aussi dans le peuple des travailleurs. « Peuple » est un mot admirable, il a été vilipendé et galvaudé. « Homme du peuple » est presque une injure aujourd’hui. Ainsi vont les « valeurs », paraît-il. « C’est injuste et fou, mais que voulez-vous qu’on y fasse ? » (BRASSENS).

 

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65c60876eb4186d2053e5384ab6d7ea4.jpgEpoque aveugle. Qui a fait la guerre, de 1914 à 1918 ? Les régiments d’infanterie, principalement. Les « biffins », autrement dit la viande, la « chair à canon ». Le tout venant, le Français pur jus (pas tout à fait : il faut penser à tous les « coloniaux » qui ont versé le leur, de « jus », si je dis 70.000, suis-je très loin de la vérité ?). Ceux qui attendent au pied des échelles, prêts à se mettre sous les balles quand partira l’ordre, ce sont les fantassins, les principaux sacrifiés, les plus inexistants, le stock des vivants dont dispose le commandement. C’est écoeurant quand on y pense, non pas comme à un moment de l’histoire de France, mais comme à une réalité qui aurait pu être la nôtre. Je me sens intimement frère de ce peuple-là, qui a été, non pas « lâché » par ses chefs, mais lucidement et cyniquement utilisé par des gens pour qui le mot « peuple » était une injure, lucidement et cyniquement envoyé à l’abattoir.

 

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8444a8ebf38e89a0583e65eeb7baa910.jpgJe compte, en l’état actuel de mon inventaire, vingt-trois monuments aux morts de la guerre de 1914-1918 figurant de vrais hommes du peuple, habillés en civils, parfois dans leur tenue de mineurs de fond, ou bien de paysans. Je suis ému par ce mineur de LIÉVIN, par la tendresse de son geste et de toute son attitude pour le poilu qui n’en peut plus, peut-être en train de rendre l’âme. Je suis moins ému par ce fier paysan de VIC-FEZENSAC qui, coiffé de son béret, et sur fond de village délaissé et de femme abandonnée, n’écoute que la voix de son devoir patriotique et a déjà saisi le fusil : il me fait penser au Superdupont de GOTLIB.

 

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c6e498283a0c350272b4fecbd32f0fd4.jpgLe message de LAMARCHE (Vosges) est étrange : l’ouvrier tourne le dos à son enclume, et fait déjà face fièrement à l’ennemi après avoir revêtu l’uniforme du poilu. Je suis beaucoup plus sensible à ces scènes où la paysanne, parfois accompagnée de son époux (rescapé ?), tient d’une main la faucille et de l’autre la gerbe moissonnée. « Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre, Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés », écrit CHARLES PEGUY, qui est mort le 5 septembre 1914. Je n’aime pas cette moisson-là : le bonheur de ces épis est par excellence de la nature purement virtuelle de la métaphore purement littéraire, pur exercice de bureau. Je n’aime pas ce PEGUY-là, à qui je reconnais cependant l’implacable logique du corps quand il obéit sans sourciller à l’esprit qui le conduit, à l’esprit qui lui impose l’itinéraire du sacrifice.

 

 

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