11.10.2007

75 - PACIFISTE ? ANTIMILITARISTE ?

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En me référant à mes notes 2, 62 et 72, je reviens sur ce qui devrait faire débat. A-t-on, après la grande boucherie de 1914-1918, élevé des monuments pacifistes ? Si oui, à quoi les reconnaît-on ? La première idée qui me vient est que même les militaires sont pacifistes, tout simplement parce que personne ne souhaite faire la guerre, spontanément : ou bien il est dérangé, ou bien il est payé (voir la société américaine BLACKWATER actuellement en affaire avec le Pentagone sur le territoire irakien). Le militaire aussi a une famille et, quand il est obligé, ce qu’il souhaite le plus, c’est rentrer chez lui (du moins j’imagine, peut-être à tort après tout). Autrement dit, tout le monde souhaite la paix et aime la paix. Tout le monde, ça veut dire personne en particulier, ça veut dire que, dans le fond, c’est humain, c’est naturel, c’est le premier mouvement. C’est-à-dire que ça ne veut rien dire, tout simplement parce qu’on en reste au stade des intentions qui, comme chacun sait, sont forcément bonnes vu que l’enfer en est pavé. Ce qui compte, ce sont les actes. Même au tribunal, l’accusé est jugé pour des actes. Je ne crois pas que ce soit un hasard, si l’énorme majorité des monuments aux morts des années 1920 comporte un symbole guerrier ou une figure guerrière (« héros », « champ d’honneur », « patrie », un poilu, une croix de guerre (si bien nommée), ou quoi que ce soit d’autre).

 

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J’ai dit que l’absence de ces signes-là est déjà le signe d’une attitude différente, où la municipalité insiste sur la douleur de ceux qui ont perdu un fils, un fiancé, un mari, un père. Et c’est vrai qu’un père ou une mère qui pleure la perte d’un fils (parfois de plusieurs), ce n’est pas du tout la même chose qu’un poilu qui lance une grenade (voir ma note 32). Mais on peut aussi voir dans ces personnages souvent dignes, parfois d’une force expressive percutante, un coup « à l’estomac », à l’émotion (cf. l’actuelle agitation autour de la « lettre de Guy Môquet ») : apitoyer, émouvoir le spectateur n’est rien d’autre qu’une façon démagogique de le mettre de son côté, voire de lui IMPOSER SILENCE, de le faire taire (raisonnement sous-entendu : si tu râles, c’est que tu n’as pas de cœur, que tu es un salaud. En bonne rhétorique : si tu entres dans le débat, tu es foutu, alors tu dois fermer ta gueule). Cette adhésion forcée a quelque chose à voir, je crois, avec la manipulation et le chantage : si l’on braque le projecteur sur la douleur des vivants, on verra peut-être moins d’autres sentiments se manifester, tels que la COLÈRE des survivants, ceux qui en SONT REVENUS. On imposera silence à ceux qui sont revenus, au nom même de ceux qui ne sont pas revenus, en utilisant ceux qui sont restés. C’est très fort, comme manipulation des foules. Très simple, après tout, mais très efficace. C’est une recette. Si ces monuments sont pacifistes, alors il faut parler de « petit pacifisme ».

 

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Le « grand pacifisme », ce n’est pas ça : il faut une opposition marquée, il faut un sursaut de la personne humaine, il faut que tout l’esprit, révolté par l’injustice, se mette en état de révolte. Et je vais vous dire : sur les bientôt 18.000 photos collectées (17.000 communes, à vue de nez et à la louche), j’ai trouvé exactement 18 monuments qui DECLARENT LA PAIX, soit en incorporant le mot, soit en incluant une déclaration de guerre à la guerre (ceux-ci sont les plus rares). Une mention spéciale à la ville d’AVION (Pas-de-Calais) qui a inscrit le commandement « TU NE TUERAS POINT » sous une Marianne effrayée par les conséquences de la guerre et qui laisse échapper son glaive de sa main droite (je n’arrive pas à déchiffrer le texte qui vient après « La ville d’Avion à ses enfants »). CREIL a choisi de représenter « La Paix se révélant à l’humanité ». J’indique LES BARTHES (Aveyron), où je crois comprendre, mais sans en être certain, faute d’avoir vu le monument en direct, que la femme brise entre ses mains un fusil, au-dessous de l’inscription « Pour la France et la Liberté, ils ont donné leur vie et leur jeunesse ». Je présente MONTASTRUC-LA –CONSEILLERE, qui évoque « les Français d’Outre-Mer morts pour la France ». Plusieurs monuments ont fait du mot PAX leur centre plus ou moins central. ANTIGNAC déclare : « Souvenez-vous : ils furent les défenseurs de la paix et le liberté ». On ne présente plus le monument de GENTIOUX, trop célèbre peut-être. On connaît aussi les mentions de SAINT-MARTIN-D’ESTREAUX et d’EQUEURDREVILLE (« Maudite soit la guerre » … « et ses auteurs »). CAZARIL-LASPENE porte la même. Deux femmes sortent de l’ordinaire : elles pointent, en direction de quel coupable ? le poing vengeur d’une colère viscérale : PERONNE et SEIGNOSSE.

 

 

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21.07.2007

2 - MONUMORTS : LES INSCRIPTIONS

On fait grand cas de quelques monuments aux morts maudissant la guerre, le plus connu étant Gentioux, dans la Creuse. Il y en a quelques autres sur lesquels s’exprime la haine de la guerre dans des mentions explicites (Avion, 62, « Tu ne tueras point » ; Cazarils Laspène, 87, « Maudite soit la guerre » ; Equeurdreville, 50, « Que maudite soit la guerre »), ou dans l’attitude d’une femme montrant le poing à la guerre (Péronne, 80 ; Seignosse, 40). J’en ai relevé une douzaine allant dans ce sens. Mais il faut bien se rendre à l’évidence : le discours patriotard, l’élan militariste, voire le ton de l’épopée, sont la règle. Partout, il n’est question que de « gloire », de « héros morts pour la patrie ». Les plus neutres déplorent les « enfants » de la ville « morts pour la France ». Quelques-uns osent ajouter « et pour la liberté ». Il n’y a qu’à assister à n’importe quelle commémoration du 11 novembre pour regretter la confiscation militaire de l’événement : quelques communes célèbrent leurs enfants « morts au champ d’honneur » (Chamboeuf, 42). Est-ce vraiment faire honneur au peuple sacrifié que de célébrer l’héroïsme de gens à qui on n’a pas demandé leur avis, et qui n’avaient rien de plus pressé, quand les circonstances le permettaient, de fraterniser avec « l’ennemi », obligeant les chefs à faire « tourner » les régiments ? Comment ne pas échanger des cigarettes ou des rations quand les tranchées sont distantes d’un mètre (visiter le Mont Linge, en Alsace) ? 4630b8160b9b5a1a63e0fa6ec2963216.jpg4844dbb0853e2fdd558dbcfd5d049691.jpgb14908ccddf38093265a38b87d84da19.jpgc0401599f984f6ae150594227c05331e.jpg Ci-dessous Equeurdreville, Cazarils Laspène, Gentioux, Péronne.