29.03.2008
PARLEZ-VOUS YONNAIS ?
LEÇON DE YONNAIS
Aujourd’hui, nous évoquerons la BUGNE (la seule, la vraie, celle de LYON, donc).
Ma grand-mère les faisait fines et craquantes, rectangles étalés au rouleau sur la table de la cuisine sur une mince couche de farine, découpées puis fendues avec la « roulette coupe-pâte » en buis, vous savez, avec la roulette en zig-zag, même qu’on se disputait ce privilège. Une fente pour les bugnes étroites, deux pour les plus larges. Ensuite, c’étaient les « nœuds » : il fallait passer un bout de la bugne dans la fente, avant de la plonger dans la friture, à la sortie, c’était la surprise, à qui ferait la forme la plus étrange, la plus tordue, où nous reconnaissions profils de sorcières et autres joyeusetés. Vous laissez égoutter, vous posez sur papier absorbant pour pas que ce soit trop gras, vous saupoudrez de sucre glace. C’est prêt. Un régal.
GILBERT-LUCIEN SALMON (Dictionnaire du français régional du Lyonnais) la définit : « Variété de beignet confectionné pour Mardi-Gras, découpé dans la pâte avec une roulette ou éperon. ».
Je préfère NIZIER DU PUITSPELU et son Littré de la Grand-Côte, qui sont comme le Pape et la Bible, autrement dit, l’infaillibilité et la vérité absolue. Il dit : « 1. Sorte de pâtisserie en forme de couronne, frite dans l’huile. » Et de la bugne à l’éperon : « Sorte de beignet de pâte craquante, saupoudré de sucre. L’épithète à l’éperon vient de ce que pour découper la pâte, aplatie en feuille sur la planche à pâtés, les cuisinières se servent d’un instrument assez semblable à l’éperon du cavalier. » Voilà.
Retenez bien le mot « craquante », parce que de grands caquenanos ont inventé la « bugne épaisse », qui finit infâme et pâteuse sous la dent. L’inventeur de cette hérésie a dû aller au ciel droit comme une bugne (autrement dit, en faisant le « paradis buissonnier »). Il n’a d’ailleurs que ce qu’il mérite. Il a même dû se faire traiter de grande bugne (benêt, caquenano), comme cestui-ci qui, se récriant, se vit répondre par celui qui l’avait ainsi traité : « Mais c’est pas pour te fâcher ! Je t’ai dit grande bugne comme je t’aurais dit grande bête ! – Oh, alors !… ».
Si par hasard, passant par notre belle ville, vous demandez votre chemin à un Yonnais facétieux qui vous répond : « Vous pouvez pas vous tromper : vous y arriverez droit comme une bugne », méfiez-vous, vous êtes prévenu. J’en connais un qui, place Bellecour, à un couple d’Américains bardés de l’uniforme du touriste américain qui lui demandait comment accéder à la cathédrale Saint-Jean, leur fit prendre le métro et descendre au terminus « Gare de Vénissieux ». Ils sont arrivés à la cathédrale droit comme une bugne. Ceux qui connaissent saisissent la « facétie » (Vénissieux, c’est au diable vauvert). Je ne sais pas pourquoi, mais il n’aime pas les Américains, le copain.
Je mentionne par acquis de conscience le chapeau haut-de-forme qu’on appelle bugne, parce que ce n’est pas du tout le même mot. La preuve : il vient de Neufchâtel.
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24.03.2008
SUIVRE SES PENTES
LITTRÉ DE LA GRAND-CÔTE
Connaissez-vous l’expression « vieux comme un banc » ? On la trouve dans une phrase du genre : « Madame la baronne de Pouillevaisse a dû être fort belle. C’est dommage qu’elle soye vieille comme un banc ». Nizier du Puitspelu, celui du dictionnaire, vous savez, Le Littré de la Grand’Côte, dit n’avoir jamais compris cette métaphore. Ah mais, vous ne connaissez pas non plus la Grand’Côte. Il fut un temps où ma fenêtre donnait juste au-dessus. Les soirs d’été, tous les Arabes du coin, et il y en avait pas mal à l’époque, se donnaient rendez-vous là jusqu’à des heures pas possibles. J’étais au deuxième. Au 24, rue des Pierres-Plantées. Au premier, c’était la brave Madame Tupinon, qui ne se déplaçait déjà plus guère, sauf pour allez prendre le frais dans son petit jardin, protégé de la rue Jean-Baptiste Say par un haut mur. Deux trois arbres. Un banc. Une table en fer. L’été faisait bon en ce temps-là.
La montée de la Grand’Côte, c’étaient des maisons pas très hautes, construites sur la pente raide. HENRI BÉRAUD, dans Qu’as-tu fait de ta jeunesse ?, la raconte comme un mur qu’il fallait grimper pour rejoindre le galetas de Lintier ou d’Albert Londres, je ne me rappelle plus. Dis-moi, Solko. Un mur : il exagère. Mais c’est vrai que c’était raide. Et mal famé, surtout dans le haut, rapport aux Arabes, attirés par les loyers bas. Il faut dire que, dans les maisons, les normes d’hygiène et de sécurité, ce n’était pas encore le règne de la Commission Européenne. Il y avait quelques étudiants (ou étudiantes), à qui je rendais visite en serpentant entre les volets roses ou vert cru, entre les fenêtres ouvertes. Cette chienlit était insupportable aux « édiles ». C’était la fin du règne de « Zizi » Pradel, le bétonneur. C’était l’époque de la revue Les Equevilles, fabriquée par un certain Jacques Glénat-Guttin qui en laissait quelques exemplaires sous le péristyle de l’Opéra, où je l’achetais dans cette librairie qui a disparu, tout comme le magasin d’articles de danse, la piperie Nicolas, et de l’autre côté (rue Joseph-Serlin) le marchand de timbres.
C’était bien, ces échoppes. JEAN NOUVEL n’en a fait qu’une bouchée, sous prétexte de « rénover ». Ce pauvre niais snobinard, Raymond Barre l’a laissé vider les murs de leurs tripes à l’italienne pour en faire un lieu lisse et mort, tout noir et tout mort. L’acoustique est excellente, ça sauve un peu. Mais je m’égare, je me laisse aller, je me bambane, je me lanticane, je me lantibardane : je me promène, quoi, je flâne sans but. Qu’est-ce que je voulais dire, déjà ? Ah oui ! Pradel le bétonneur ne supportait pas la Grand’Côte, le haut, surtout. Il a fini par avoir gain de cause : la Grand’Côte est morte, « et mon luth constellé porte le soleil noir de la mélancolie » (Nerval). Rasée, la Grand’Côte. L’autorité aime les choses simples, pas les vieilles histoires ou les vieilles pierres. Ah ça ! Pour la vue dégagée, les touristes sont ravis ! Et il y en a des touristes ! Depuis le classement UNESCO. Patrimoine mondial. Attendez, je n’ai pas fini sur Jacques Glénat-Guttin (c’était son nom à l’époque). Maintenant, la maison d’éditions GLENAT, sise à Grenoble, a acquis une renommée grande et justifiée dans le domaine de la BANDE DESSINEE. Il publiait une merveilleuse revue intitulée Circus.
Je reviens, je reviens à la Grand’Côte. Fini, donc, la Grand’Côte : en haut, une esplanade où le soleil d’été reflété sur la pierre claire vous brûle les yeux et la gorge. Ça tombe bien, c’est là, la terrasse de café. Une rambarde en pierre, un escalier qui passe en dessous, et puis un jardin. Je n’ai rien contre les jardins, mais celui-là est laid, mais laid de chez la laideur, fait pour les mamans à poussettes, avec ses chemins en pente et en zigzag faits pour que les roues roulent. Bref, un certain monde est fini, et la ville se tire au cordeau. On accède même à la rue Pouteau par un large escalier, c’est vous dire. Moi, la rue Pouteau, c’est d’abord le 16. C’était là le local de réunion des scouts, la 44ème, Guy de Larigaudie. Le local est toujours là, mais terne et triste, comme un ventre ouvert, les tripes froides à ciel ouvert. Avant la destruction, c’était une cour bien fermée, donc vivante. On accédait par un escalier d’une quarantaine de marches. Il y avait le local des « jeunes des Terreaux », avec lesquels on n’aimait pas trop frayer, rapport au vulgaire, n’hésitant pas à peloter les filles qui s’aventuraient jusque-là, mais les filles gloussaient à qui mieux-mieux, alors...
Nous, on n’en était pas là : nous n’étions encore que des sales gosses qui allaient jeter des graviers aux vitres des concierges et poser des pétards dans les traboules. Il y avait « mémé-balai », place Croix-Paquet, il y avait « mémé-courante », rue des Capucins. Il fallait se méfier : malgré son âge, elle était leste et rapide. Ça doit être ça, le bon temps, les pentes de la Croix-Rousse, le cinéma Marly, à l’angle de la rue René Laynaud (du nom d’un poète héros de la Résistance). Place Croix-Paquet, au retour des réunions, j’apportais des clopes, piquées à droite et à gauche, à P’tit Jo, le clochard. Lui, il me montrait les « trésors » qu’il trouvait de temps en temps dans les poubelles, des montres de gousset, c’est vous dire. La rue Pouteau, c’est la rue en escaliers. Sorokine, il habitait un gourbi au rez-de-chaussée d’un immeuble, en dessous de l’escalier. Il avait une seule dent, en haut, et ça chuintait quand il disait « comprenez-vous ? ». Il survivait. Le cinéma Marly lui commandait des pancartes pour annoncer les films nouveaux. Ben oui : il était peintre. Un Lituanien qui avait quitté son pays à la rame (m’avait-il raconté) pour échapper aux Soviets en 44. Mais la rue Pouteau, je laisse mon ami Fonddetiroir la raconter, s'il lui plaît un jour, car il la connaît bien mieux que moi. Je devrais dire : l’a connue. Les « Pentes » ne sont plus ce qu’elles étaient, allez, mon bon monsieur. Du coup, j’ai délaissé mon sujet de départ. En quelque sorte, j’ai suivi mes « pentes ». Vous ne m’en voudrez pas, j’espère.
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21.03.2008
FRIVILLE-ESCARBOTIN
AUJOURD’HUI
FRIVILLE-ESCARBOTIN, vous savez, c’est dans la Somme (département 80). Aux municipales, c’est là, paraît-il, que le plus jeune maire de France a été élu, 23 ou 24 ans suivant les sources. Mais FRIVILLE-ESCARBOTIN, c’est d’abord un nom génial, par sa gaieté, presque son manque de sérieux. Je me demande comment on appelle les habitants, tiens. D’après le QUID 2001, il y a 4.646 habitants (7.184 avec l’agglomération). Les spécialités indiquées sont la robinetterie, la serrurerie, les métaux, la verrerie. Et il y a des musées des Industries (tiens, pourquoi le pluriel, au fait ?). Vous voyez que des tas de questions cruciales se posent et viennent à l’esprit, quand on évoque FRIVILLE-ESCARBOTIN. C’est une sorte de centre du monde, dans le fond. Au lieu de jeter son dévolu sur VADUZ, BERNARD HEIDSIECK aurait tout aussi bien pu poser son doigt de poète sur ce haut lieu. Pour montrer que vous êtes en train de visiter un blog qui ne prend pas ses visiteurs pour des buses, il faut préciser que le Petit Larousse 2005 va jusqu’à donner le code postal de FRIVILLE-ESCARBOTIN (80130), signaler qu’il s’agit d’un ch.-l. de cant. de la Somme, compter 4.826 hab., et même répondre à la question que je posais dans ma deuxième phrase, puisqu’il nomme les Frivillois. La même source parle, quant à elle, d’un « Musée des Industries du Vimeu ». Et comme je déteste faire les choses à moitié, vous ne croyez tout de même pas que je vais vous faire grâce de la notice du Petit Robert des noms propres (édition de 1994 revue, corrigée et mise à jour en 1995), quand même, car il y a du nouveau, comme vous allez voir, ce qui change la perspective du tout au tout. En effet, si FRIVILLE-ESCARBOTIN est doté d’un code postal identique (80130), ce qui rend toutes les démarches postales d’une praticité indéniable, qu’il reste ch.-l. de cant., il est précisé : « de la Somme » et, comble du luxe, que nous sommes dans l’ « arr. d’Abbeville », « dans le Vimeu ». Moi, vous me connaissez (comme aurait dit le commissaire San Antonio), je vois « Vimeu », je saute immédiatement en parachute sur la notice du même nom, et qu’est-ce que je trouve, sous mes yeux émerveillés ? Que le VIMEU est une région de Picardie, située entre la Somme et la Bresle. Que son sol argileux, son climat froid et humide (je vous jure que c’est dans le dictionnaire et que je n’invente rien) conviennent aux prairies et aux vergers de pommiers à cidre. Qu’on y trouve de l’élevage de bovins et de chevaux, ainsi que de la serrurerie et de la robinetterie. Quand je vous disais que la moindre des précautions, quand on veut des informations sûres, c’est le recoupement des sources. C’est ainsi qu’on s’aperçoit de certaines divergences inadmissibles, qui jettent un doute sérieux sur le sérieux de certains praticiens de l’information dans la collecte. En effet, il est insupportable de constater que personne n’est d’accord sur le nombre des habitants de FRIVILLE-ESCARBOTIN. Le dernier dictionnaire cité (le Petit Robert, alias Robertino), avant de convenir, lui aussi, que cette illustre commune dispose d’un « Musée des Industries du Vimeu », ce qui est bien le moins, et des fonderies, lance le chiffre de 4.737 (aggl. 7.037). Il faut mettre fin à ce scandale et que tout ce beau monde se mette d’accord une bonne fois pour toutes. Organisons une table ronde, non : il faut réunir au moins une GRENELLE DE FRIVILLE-ESCARBOTIN pour fixer une fois pour toutes, et graver définitivement dans le marbre LE NOMBRE DES HABITANTS DE FRIVILLE-ESCARBOTIN. Il faut mettre fin à l’approximation. Tout esprit sérieux et rationnel est en droit d’exiger ce minimum de rigueur intellectuelle. FRIVILLE-ESCARBOTIN, après avoir subi durant de longs siècle, un mépris aussi lourd qu’injustifié d’historiens peu soucieux de la vérité, mérite d’être enfin rétabli dans son droit, et de savoir sur combien d’habitants il peut compter. Plus jamais ça ! Il ne faut plus que des chercheurs plus ou moins fantaisistes ou primesautiers manipulent les chiffres à leur guise. Il faut établir POUR L’ETERNITE le nombre des habitants de FRIVILLE-ESCARBOTIN.
* *
Au fait, il faut que je vous le dise : je comptais simplement évoquer le monument aux morts de FRIVILLE-ESCARBOTIN, qui me semble d’une grande dignité. Il se présente comme un caveau, où repose un enfant du pays, dans son uniforme de poilu. Au fond, un soleil levant darde ses rayons. A gauche, se tient, dans une attitude de recueillement, un homme en tenue d’ouvrier ou de paysan. A droite, une femme en long voile se lamente. Avec le bas-relief sculpté, nous sommes,
d’un côté, dans l’atelier du forgeron (enclume, masse, roue dentée), et de l’autre, dans un champ cultivé (charrue). Une gerbe de fleurs (en pierre) est déposée sur le sol. L’inscription au fronton est sobre : entre deux croix de guerre « La commune de FRIVILLE ESCARBOTIN BELLOY à ses enfants morts pour la France ».
07:57 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : friville-escarbotin, monuments aux morts, littérature, poésie, humour
16.03.2008
LES ACTUALITES
LE TONNEAU DES DANAÏDES
Proverbe chinois : « La figure de Sarkozy, comme la queue du lézard, c’est repoussant ».
Libération du 12 mars
Page 9 : qu’est-ce que la tolérance ? Les élus des Pays Bas, confrontés de plus en plus à une poussée des islamistes dans la vie quotidienne, finissent par se mettre d’accord sur la notion de RESPECT DE LA NORME DU PAYS D’ACCUEIL. Pas trop tôt. Amsterdam a demandé à ses travailleurs sociaux, même musulmans, de serrer la main des femmes dans la rue. Six piscines municipales ont interdit le « burqini », maillot de bain « islamique », qui couvre l’intégralité du corps des femmes. A l’inverse, une agence gouvernementale appelle les Néerlandais à « s’adapter à l’islam ». La banque Fortis offrait une tirelire en forme de cochon pour toute ouverture d’un compte pour enfant. Elle offre maintenant une encyclopédie. Il y a visiblement une poussée des fondamentalistes. Cela vient après l’évêque anglican qui réclame que les tribunaux britanniques jugent les musulmans selon la « charia ». La civilisation européenne est-elle à ce point essoufflée, exténuée, en bout de course qu’elle ne puisse plus affirmer ses principes universalistes ? Et qu’on n’aille pas me prêcher ici le gnan-gnan tolérantiste, le visqueux de la générosité et le puant de l’altruisme à tout crin. Il faut regarder en face les cinglés qui viennent en face.
Vatican : Monseigneur GIANFRANCO GIROTTI, chef (on dit « régent ») de la « Pénitencerie apostolique », sorte de tribunal, propose d’ajouter aux antiques paresse, orgueil, gourmandise, luxure, avarice, colère et envie (rappelez-vous le film Seven et la chanson des "Travelling Wilburies" : the seven deadly sins), la pollution, les manipulations génétiques, les inégalités, le trafic de drogue, la pédophilie. Il oublie l’avortement et l’acte sexuel protégé. Mon catéchisme immémorial aux SEPT PECHES CAPITAUX ne s’en remettrait pas. Mon dieu ! Mon dieu ! Si vous voulez, on pourra reparler des Travelling Wilburies.
Au moment où les Chinois répriment au Tibet, les Etats-Unis retirent la Chine des pays où sont violés les droits de l’homme. Vous avez dit « droits de l’homme » ? Je vous prie d’être poli, monsieur.
En Chine, toujours, il est interdit de parler de Tang Wei, de diffuser les images de Tang Wei, les pubs de Tang Wei pour cosmétiques et les scènes érotiques du premier film où elle apparaît ont été sévèrement amputées (Lust, Caution, ce qui veut dire : « désir sexuel, danger », si j’ai bien compris). Je propose de délocaliser le Vatican à Pékin.
Les adolescents sont plus grands qu’avant et pubères plus tôt : c’est normal, on met dans les muscles et le système hormonal ce qu’on enlève au cerveau.
Pourquoi « tonneau des Danaïdes » ? La question est excellente et je vous remercie de l’avoir peueueusée, cher lecteur, chère lectrice. C’est tout simple : l’actualité étant, tout comme le temps qui s’écoule, inépuisable par définition, aucun autre récipient que ce tonneau sans fond ne serait capable d’en recueillir toute la substance. Je rappelle que les Danaïdes sont les 50 filles de Danaos qui, par peur des fils d’Egyptos son frère (eux aussi au nombre de 50), s’établit à Argos. Les 50 neveux de Danaos finissent par épouser les 50 filles. Sur ordre de papa, les fifilles tuent leur nouveau mari, sauf Hypermnestre, parce que Lyncée l’a laissée intacte. Un jour, Lyncée vengera ses frères en tuant le père et ses filles, qui eurent pour châtiment de remplir un vase percé. Je résume. Y a pas à dire : un peu de culture, si ça fait pas de bien, ça peut pas faire de mal, pas vrai ?
Le Monde, 13 mars.
Tout chronique hebdomadaire dans un grand quotidien de référence et du soir est sujette à des variations en hauteur, en intensité, en timbre, en durée, en harmoniques. Celle de FRANCIS MARMANDE, le jeudi, n’échappe pas à la règle. Aujourd’hui, tout sur la blonde d’Aquitaine, au salon de l’agriculture, mais lui, il le visite la nuit, au moment où les éleveurs et les vétérinaires s’occupent des bestiaux. On fait un détour (savoureux, il faut le dire vite) par le « Baron rouge », bistro parisien, dans les toilettes à la turque duquel on lit tout un dialogue en graffitis.
Je vous le restitue : deux carrés, avec la mention « les couilles à Picasso ». Le « à » est rayé au profit d’un « de », commenté d’un « Imbécile, t’as rien compris », lui-même suivi d’un « Et la bitte à Picasso ? ». La réponse fuse : « Elle ne prend qu’un thé ». Très joli !
Après, retour au salon. On apprend que les vétérinaires pratiquent le vêlage clandestin sous le périphérique, puis sècheront le nouveau-né au sèche-cheveux. Mais que faut-il penser de ce vétérinaire qui déclare : « Lors d’un examen au Salon, j’ai entendu des chœurs basques à travers la cage thoracique d’une blonde d’Aquitaine » ? Aujourd’hui, Francis Marmande était dans un bon jour.
En Irak, le contingent britannique a été diminué de 20 % en un an, et les dépenses dues à la guerre ont presque doublé dans le même temps. Les parlementaires s’en sont inquiétés.
La vogue des agrocarburants est en passe de devenir une malédiction planétaire (à commencer par l’indexation du prix des céréales sur celui du baril de pétrole, dont le prix lui-même est « en passe de devenir irrationnel » (titre de Libération il y a quelques jours)).
Rififi chez les moines : le père Cardonnel, 87 ans, au retour d’un voyage, avait retrouvé sa cellule, dans son couvent de dominicains, vidée de toutes ses affaires sur ordre du prieur. Le tribunal a condamné ce dernier à 1000 euros d’amende, pour « violation de domicile ».
La tuberculose, en France, touche 5000 personnes par an.
Beau spectacle d’ERRI DE LUCA à Grenoble. L’ex-brigadiste, écrivain, alpiniste joue lui-même dans Quichotte et les Invincibles. Vagabondage poétique et musical, d’après Raphaëlle Rérolle. « La chaise libre est pour le Quichotte qui se trouve peut-être ce soir dans la salle. Tous les soirs, dans toutes les salles, il y en a au moins un », déclare l’auteur au début. « Les invincibles, ce sont ceux qui, même continuellement battus, ne se laissent pas décourager. Quichotte est leur saint patron ! ». Le spectacle tourne en France. L’idée est belle.
Bientôt, la gastronomie française au patrimoine mondial de l’UNESCO ? Il paraît que c’est très sérieux. Vous y croyez, vous ?
Les filles réussissent mieux à l’école que les garçons. Normal, elles sont plus dociles. La preuve : leur écriture est (en général) plus lisible (j’en parle par expérience). Et les garçons se la jouent plus « façon rebelle ». Les sociologues appellent ça la « recherche de la reconnaissance par les pairs ». Traduction en clair : ils font les malins. On n’en a pas fini de payer les pots cassés de la mixité obligatoire.
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12.03.2008
LU DANS LA PRESSE
REFLETS DU MONDE
Libération du 7 mars. DANIEL SCHNEIDERMANN parle de SOPHIE MARCEAU (une fois n’est pas coutume), qui a quitté le siège de TF1 sans faire l’émission prévue, quand elle a appris que l’invité qui la précédait s’appelait LE PEN JEAN-MARIE. Il y a donc encore des gens à qui ce nom donne des boutons. Ce n’est pas antipathique, mais ça va commencer à devenir ringard et dépassé. Le Front National est rincé, lessivé. Oh, je sais : il a joué son rôle, et ses idées sont passées dans la société et dans les partis « traditionnels ». Mais aujourd’hui, exit Le Pen. Cet épouvantail retourne dans la boue d’où FRANCOIS MITTERRAND l’avait fait sortir (rappelez-moi, la proportionnelle, c’est en quelle année ?).
Paris, exposition du peintre GEORG BASELITZ à la galerie Thaddeus-Ropac jusqu’au 29 mars. C’est à Paris. Ben oui, qu’est-ce que vous croyez ? Si je vais à Paris avant, je ne loupe pas cet artiste qui possède une vraie force.
Page « tentations » de STEPHANIE PLATAT sur le soutien-gorge (« objet de technologie et de progrès »), envoyée spéciale à (ça ne s’invente pas) à Saint-Just Malmont (Haute-Loire), où se fabriquent les nouveautés de l’été 2009 (je ne plaisante pas). Excusez ce moment d’attendrissement. Ce n’est pas pour le paradoxe de la séduction féminine, sujet inépuisable du « dévoiler-tout-en cachant », « du laisser-dissimulé-laisser-deviner », mais pour l’ingéniosité marketing d’industriels de la lingerie pour donner aux femmes des idées de « paraître », à propos d’un objet qui n’est pas (du moins a priori) fait pour être montré ailleurs que dans l’intimité, je veux parler de ce moment toujours trop rapide où elles l’enlèvent. Après, il ne reste que les seins. J’aime bien la définition que ROLAND BARTHES donne quelque part de l’érotisme : « L’érotisme, c’est là où le vêtement bâille ».
Tiens, puisqu’on en parle : paraît très prochainement Enquête sur la sexualité en France, de Nathalie Bajos (Inserm) et Michel Bozon (Ined), aux éditions La Découverte. Attention, c’est du lourd : 610 pages. Un médecin et un sociologue. Ben mon colon. Une dizaine de chercheurs ont interrogé 12.364 personnes de 18 à 64 ans. Vous rendez compte ? Tout ça pour dire, dans le surtitre : « une vaste étude montre un rapprochement des comportements ». C’est bien joli, tout ça, sexualité, sexualité. Mais où en est-on de l’amour, dans ce monde ? Je pose la question.
A Boulogne (92), l’aménagement de l’île Seguin pose problème. Quand vous faisiez Lyon-Paris par les canaux (je vous parle d’il y a longtemps, je ne vous dirai pas combien), il y avait 250 écluses à ouvrir-fermer (aval), ouvrir (vanne amont, puis porte amont), je vous dis pas le travail que c’était. C’était le yacht d’un riche commerçant parisien du nom d’Altman (chaîne de magasins Soldécor) qui n’avait pas le temps de remonter par l’eau. Quinze jours (l’huile du moteur était pourrie, et ça chauffait). Nevers, Montereau. A Montereau, c’est la Seine, des péniches à vide qui foncent comme des dingues. Puis c’est la traversée de Paris. Vous croisez des transports de gravier (c’était un nom double, mais lequel ?). Enfin, vous passez devant l’île Seguin, une espèce de mur presque aveugle, le pont d’arrivée des ouvriers, et une rangée de bateaux prévus pour le transport des automobiles. Maintenant ils se battent pour y placer, pour y placer quoi, au fait ?
Libération du lundi 10 mars : Pékin : d’ici le mois d’août et les JO, 60.000.000 de fleurs auront été plantées et une forêt de 530.000 arbres aura surgi de nulle part. En même temps, une sécheresse alarmante sévit. Pour compenser le manque, nouveau détournement du Fleuve Jaune vers Pékin (156.000.000 de mètres cubes). Et tant pis pour les provinces pauvres.
En 2007, les entreprises du CAC 40 (la BD de Martin Veyron, c’est Caca rente, je trouve ça joli) ont engrangé un bénéfice de cent un milliards d’euros (101.000.000.000).
GERARD COLLOMB terrasse ALAIN JUPPE. Non, je te rassure : c’était du football, hier soir. 4-2 (buts de Bodmer, Bodmer, Benzema, Keita). Benzema meilleur buteur du championnat : 17 buts.
Article de BRIGITTE OLLIER sur la rétrospective LOUISE BOURGEOIS au Centre Pompidou (jusqu’au 2 juin). Promis, je fais le voyage.
Le site « note2be » est deux fois recalé. Vous entendez ce que ce nom veut dire ? « To be or not to be ? ». « Ne pas être ». Cela se veut un jeu de mot. C’est un jeu de mort.
"Le mensonge plus la crédulité = l'opinion" (Paul Valéry).
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11.03.2008
QUOI DE NEUF ?
INFOS CHAPARDEES
Libération du 6 mars : inventaire des PARADIS FISCAUX en Europe. Un bel exemple de l’hypocrisie, et de l’absence totale de confiance qu’il faut avoir dans la parole des politiques. On montre du doigt le LIECHTENSTEIN, mais pour moi, ce petit pays de 35.000 habitants, dont 11.000 résidents étrangers, c’est d’abord VADUZ, qui en est, d’une part, la capitale pourrie, mais aussi, d’autre part, le centre du monde : je souhaite à tout le monde d’avoir vu au moins une fois dans sa vie le poète BERNARD HEIDSIECK vociférer, déclamer son immense poème dédié à cette ville : « Autour, tout autour de Vaduz … ». Un moment intense, extraordinaire. Je pense aussi à SERGE PEY, un jour de poésie sur la place Saint-Sulpice. Des moments rares, qui permettent de tenir à distance ce qu’il est convenu d’appeler la « réalité ».
Le Monde du 7 mars : le journal vend le jeudi, en plus du journal, un livre. 9,90 euros. Vous savez ce que c’est, à chaque fois ? Un philosophe. Et vous savez d’où vient le texte ? Pour Platon, en tout cas, le premier de la série, c’est la collection de poche « Garnier Flammarion », sauf que c’est relié, sous emboîtage, et que ça fera très distingué, tous ces dos gris, très chic sur le rayon du salon. Il faut dire que la maquette (le design) est assez réussie esthétiquement.
Même numéro : en page trois, hommage à LOUISE BOURGEOIS, à qui le centre Pompidou consacre une grande exposition. La photo date de 1996, elle avait donc 85 ans : SUPERBE. La photo est de Michel Comte. Grande artiste, dont l’œuvre est une invitation à l’intranquillité. Je m’aperçois que ce mot rappelle un titre du Portugais FERNANDO PESSOA, à qui MICHELE REVERDY, en 1991, a rendu hommage dans un beau quatuor à cordes. J’aime ces rencontres fraternelles.
OBAMA-CLINTON : je me fiche de savoir qui sera le candidat démocrate en novembre. J’observe seulement qu’un « colored » et une « female » n’arrivent toujours pas à se départager. MAC CAIN, qui est, qu’on le veuille ou non, plus proche des stéréotypes WASP (White Anglo Saxon Protestant), a plus de chances de l’emporter, de toute façon, qu’un candidat d’une « minorité » (par la peau et par le sexe). Le parti démocrate commence d’ailleurs à s’inquiéter de l’hostilité que les deux semblent déployer envers l’autre.
Place Tian An Men, une femme qui déployait un dazibao a été immédiatement embarquée par la police. Pour une fois un photographe était là, l’image est dans Le Monde. Pour les Jeux Olympiques, même si la moitié de la Chine est en prison, il restera encore dix fois trop de spectateurs, alors un de plus, un de moins !
Pour Solko et Fondetiroir (La Main vengeresse, l’Océdéhie). Titre de la page 7 : « l’OCDE sonne l’alarme sur l’état de la planète à l’horizon 2030 ». Alors donc, ce grand diable d’OCDE se convertit à la raison ? Qu’Esseulesse nous patafiole ! En l’état actuel des choses, il est financièrement impossible d’organiser le sauvetage de la planète, d’investir dans la recherche technologique et d’évoluer vers une économie « verte ». Car : qui paiera la facture ? Au programme, donc : diminution de l’espérance de vie, épuisement des ressources et tout le tremblement. Les défenestrés des Twin Towers auront seulement l’amertume d’avoir eu raison trop tôt. Raison de quoi ? Mais, raison de sauter, voyons.
Le taux de chômage au plus bas ? Je me souviens du Sâr Rabindranath Duval, sketch immortel des immortels Pierre Dac et Francis Blanche : « Parfois, Monsieur prend sa vessie pour une lanterne. – Et alors ? – Et alors, y s’brûle ! ». Moralité : faut pas prendre les enfants pour des canards. Comment, c’est n’importe quoi ?
Titre : « Gordon Brown se met à la finance charia-compatible ». C’est bien un évêque anglican qui a proposé que les tribunaux britanniques jugent différemment musulmans et non-musulmans, non ? « Ils sont fous, ces Anglais ! ». Non, Obélix, tu as peut-être tort.
Décès : à 87 ans : GIUSEPPE DI STEFANO. Ciao, maestro ! Le nageur ALAIN GOTTVALLES, à l’âge de 65 ans (cancer des os). A 41 ans, JEFF HEALEY, styliste aveugle, guitariste de blues, qui jouait avec l’instrument sur les genoux. Ecoutez sa version de « while my guitar gently weeps » (cancer de la rétine, je ne savais même pas que ça existait).
Dans la rubrique "quelle époque de merde !" En dernière page, REGIS DEBRAY, déplore sur un ton ironique, amer, désabusé, la dernière offensive en date contre le livre. Il cite le projet de la « commission » (parfaitement !) « Réformer la lecture, Moderniser le livre » : il s’agit de « rendre sa dynamique et sa compétitivité à une branche industrielle passablement nécrosée (NECROSEE !) qu’il convient de raccorder aux forces vivifiantes de la modernité ». Ce qui rassure et inquiète, c'est que figurent dans cette commission sarkoziste Marc Levy, Paul-Loup Sulitzer et Michel-Edouard Leclerc. Rassure : ce sont des entreprises, des marchands, des produits. Inquiète : c'est eux que l'on fait mine de considérer comme des forces de proposition culturelle. Vous ne trouvez pas que ça sent le vomi ?
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09.02.2008
Livre traduit de l'en-deçà - 15/15
C’est dans le dur de moi.
Je bats à coups de bruits
mon cœur avec mon pire.
Dans le couteau de moi,
ça fait de la peau pure.
C’est dans le gros de ça
qu’on sent le sel qui coule.
C’est fort de goût, le sûr.
Dans le cousu, je suis
le ruminé complice,
le réservoir inclus.
La photo dépolie,
ça fait une entrée double.
Je me disjoins, je sors.
Je cherche un bruit, le pur.
(La fenêtre à venir.)
Je lève au corps secret
mon verre avec la lèvre.
Hésité jusqu’au noir,
j’ai convaincu l’air pur.
Dans l’induit, ça passe outre,
et ça verse au concert.
Le décousu, le dû,
l’œil aime à son insu.
Dans le moi que je dis,
ça reste tu, ça dort.
Tu entends les coups sourds,
la voix au fond d’ici,
le cœur au bout des bruits.
C’est dans le tu qu’on est.
Vers tu, ça se complique,
élaboré, le pur.
Le moi de la fabrique
a fait son dû, parole.
L’insu du soi d’avant,
il a de quoi porter.
Il a le devenu,
celui qui part en bloc.
Complet de mes fantômes,
je suis le murmuré.
Corps étrange à la source,
je fais de l’étranger.
Ma langue, à coups de bruits,
cherche ailleurs à combler,
c’est l’autre avec ses robes,
ou l’autre densément.
Je comprends la coulure :
elle émerge le jour.
Le sédiment du ciel,
c’est l’autre voix du corps.
J’ai dans le pur de noir
la condition des formes.
Le mur est toile en dur.
Des corps peints, des contours,
en court ça se dessine.
Ce sera bleu, qui chante.
En dépoli, sorti,
en étranger de bruit,
ça s’émancipe en traits.
C’est donné, la tournure.
C’est cœur d’abois, le dire.
Reste à signer l’air pur
avec les doigts d’après,
compteurs des grains du fruit.
Il est dans le donné,
le sorti, le complice,
celui qui naît (déçu).
Il a du droit, des preuves.
Il ira vers le brut,
conduisant clair ailleurs,
limite ouverte à suites,
bruit d’avenir voulu.
Il a vu ce qu’il vit.
Il sait, pour la forêt :
c’est le fort du secret
qui s’alimente au doute.
Dedans, c’est du construit,
avec du vent vibré
entre les bleus des tempes.
Il sédimente en fruits.
POSTLUDE
C’est au fort de toi que je donne
le cru, le pauvre, avec des ouvertures.
Avec toi, qui me déplaces,
j’apprends le dru, le très formé,
le fort lisse avec ses avens.
Qui j’ai voulu, c’est dans l’aveu,
ce toi, ça vient du coeur du fond.
Dans le travail à l’ourdi
(c’est un réseau de voix rusées),
c’est devenu le vrai, ce ventre,
le compris de la source.
Avec le noir devant,
le nénuphar est une antenne,
et je comprends ce qui s’efforce en dessous.
Très confondu avec mon livre,
je fais des mains croustillantes.
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07.02.2008
Livre traduit de l'en-deçà - 14/15
L’enfant, s’il joue la comédie,
c’est du sommeil intense,
c’est la vie profonde.
Il nage en clair
dans le trou d’os,
la fièvre occipitale.
Il regarde en lisière,
visage en gravité.
Il fait du devenu,
à force de brisure.
Pris dans le rut des choses,
il use un corps-sexe
aux autres âmes.
Il a creusé dans les contours,
il apprend le spectacle.
Le devenu, c’est la fabrique,
la main du corps pénible
où dormait la formule.
Dans le vibré de soi,
il faut du beau,
de la vie-vite,
en source pleine.
Au fond du trou de deuil,
couchée en chien de force,
était cousue la voix minuscule,
avec son fleuve.
Le chien d’ailleurs défend ses yeux,
je vis dedans,
la voix cousue cogne en cœur.
Couvert de vie,
avec du nerf en complice,
c’est le non du désordre,
avec du sel entre les vides.
L’enfant reconstitue
le cœur de la matière,
le poids des formes,
le pur de langue.
C’est lui le respiré.
Dans la cour de vrai,
c’est perspicace,
le courant dur.
On fait du fruit,
on a de l’invisible.
Qui c’est, la douane occipitale ?
On fait constat de poésie,
le besoin digne,
au fond d’ici.
On sort d’avoir,
on est le désert d’eau,
l’animal avec son rêve.
Tourné vers ce qu’il pense,
le visage a fait l’insu de soi.
Il reste en trou,
avec son grave.
A quoi la forme sert,
dans le bruit dur,
au fond d’ici ?
Peut-être un dernier corps,
pour la route ?
Couvert de vie,
le nom se dépose en trace,
en lieu sûr.
Travail en bord,
travail en tige,
ça vient à la fabrique,
il y a du construit.
Dans l’hiver de la personne,
ça continue à creuser,
ça vient se dire.
On est en vif,
en fort de forme,
le soi du sexe.
Ce qui se rit en sombre,
avec travail extrait de soi,
la lèvre à morsure,
la joie.
Le nom fait son être,
ça fait le beau dans le visage.
Il a traduit le pur de langue.
Il y a du sanglot sur l’écran.
C’est là, le respiré,
la frontière.
Combien on perd,
à retenir le lourd de l’air ?
En corps de vide,
à bout de traces,
qu’est-ce qui résonne ?
A coups de creux,
le corps fait sombre.
On fait du beau,
avec lumière.
Il y aura ce format d’homme.
On est encore en soi,
dans le front bas,
ou bien la boule à fruit.
La voix d’en bas,
comme un rameur long,
c’est ça, l’hiver de parole ?
Le captif fait son sourd,
avec des trous dans le sujet.
Coule en portrait,
ce qui éprouve.
As-tu ton assaut ?
Fais ton pire,
avec le cœur ficelé,
la couleur de faux.
Et puis c’est la cour du vrai,
dans la cloche à plongeur.
Est-ce qu’il fait si froid,
dans l’appel,
qu’on l’entend pas ?
Il est pris dans la parole.
Il s’est noué, le respiré,
si ça voulait pas dire ?
En dur de chose,
il veut du respiré dedans,
ça tient au noyau.
Il est dessus la fracture,
ça coule en hésité,
le noir de geste.
L’hiver de la figure,
le soi du cri d’avant,
c’était quand, la torture ?
On ne sait plus :
ça fait du beau,
le vent vivant.
Au noir de vrai,
ça se dépouille,
l’insu de soi qui foisonne.
L’imminent fait centre,
en sac de soi,
il coule en fruit.
Saignement, mouriture,
il fait le jus, c’est la trace.
Le soi, c’est l’image.
Il traîne en louche.
Il est correct,
il a sa fatigue.
Il a mal à son vrai.
Si c’est dodu, la formule,
qui est cet autre ?
Allons à moi, corps de frousse.
Allons à coups de moi,
dans le ténu,
voir l’otage,
couvert de vie,
tout seul avec son bruit.
Il bat à coups de cœur
l’insu de la personne.
Est-ce que c’est ça,
la forme des choses ?
Est-ce qu’on s’y trouve ?
On fait du cœur avec son bruit.
On a trouvé le complice.
C’est ici la fabrique,
la peau des limites,
l’effort au fond d’ici.
Il coule en murmuré,
l’arbre à nuit,
à coups de bruit.
Alors, il peut dormir,
ouvert aux limites.
Dans le trou d’os,
c’est la foule en couleur
qui découle.
Tout au bord.
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05.02.2008
Livre traduit de l'en-deçà - 13/15
dans le corps terminé.
Est-ce que tu dois quelque chose ?
En autre quoi,
c’est l’art,
ça fait du beau.
L’insu de soi,
dans l’urgent,
c’est le beau du complice.
On sait d’avant
ce qui blesse à découvert.
Quand tu fais ta joie,
respire.
Sorti de mon sac,
je prends l’amour,
j’anticipe.
Il y a long devant,
c’est la course.
Dans sa voix apprentie,
il s’est posé.
Couvert de vie,
ça monte au vertige,
avec droit au désir.
Si tu te dis,
ça fait complice,
ça retient l’eau de l’autre.
Il bat son cœur avec son bruit.
L’aire à repos,
le blanc de la couture.
Il a du cuir en surface.
Il dit pour quoi faire ?
Ce n’est pas un numéro,
ça existe en durée.
Il fait du bruit avec sa peur.
Couvert de vie,
son arbre boit d’avance
à même il est, le courant d’heure.
Dans le noir, il conduit.
Si ça disloque,
il donne en fourre-tout
les mots qu’on exige.
Il fait du cœur avec son bruit.
C’est mesuré.
Dans le noir du fruit,
c’est là qu’il dort.
Il fait corps.
Il fait beau.
Il a du fort en devenir.
Tout en nuit,
dans le froid, ça hésite.
Il a du noir.
Ailleurs, c’est la limite.
Il bat de l’heure
autour du trou.
C’est libre d’aile.
Labeur extrusif.
Il y a du fort dans ce trouble.
L’idée, elle est en bruit,
ça fait du lourd de traces.
Elle est en cœur dans le battu,
la vie complice.
Tout en fond, c’est la cuve,
avec sons vigoureux.
C’est de la voix qui s’étale,
ça se promène en soi,
le corps de forme.
L’idée, elle bat,
elle compte,
elle est venue en noir
nager dans le précis des traces.
A visiter l’insu,
on est couvert de vie.
L’effort d’avoir, avec son origine,
la peau du corps d’appui,
c’est tout au bord de la limite.
C’est peut-être ici,
l’art qui fabrique,
l’œil qui recuit l’idée par plaques,
avec ses faux abords,
- et le vrai du recours,
c’est la grâce.
Il vient, le murmuré,
le trémulé du temps,
le vibré d’anche avec ses ailes.
Il laisse un nom plus corporel,
un arbre à nuit :
ça pousse en bord,
désigné court de trace.
L’envers de son,
ça s’appelle,
ça bat du cœur dans un trou.
Le bruit qui dort,
est-ce qu’il fait limite ?
Dans le bondé du cœur désert,
on entend ça,
c’est la foule en couleur.
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03.02.2008
Livre Traduit de l'en-deçà - 12/15
Pris conscience en frousse.
C’est en lui.
Quand tu me tiens,
c’est la formule.
Qui est cet autre ?
La trace est en embuscade.
Tendu à coups de rire,
c’était en force,
le coup parti.
Ce fut un coup d’aile,
il est tout seul dans son voyage.
Il se porte en otage,
sable autant que sablier,
ça coule en délité,
il dit son vertige.
Qu’est-ce qu’il est ténu,
le fil du frein !
C’est venu dans l’apparence.
Avec ses taches.
Tourné vers après.
Vaguement lâche.
Mais c’est dans la cage,
le craint qui sévit.
L’hiver en poche.
Où elle va, la personne ?
Couvert de vie,
tout seul avec son bruit.
Il fait son cœur.
Très lourd de traces,
on vient de loin,
on cherche à devenir.
Il est approché.
C’est en touchant,
dans son langage,
qu’il a formé.
Couvert de vie,
on a du mal à devenir.
Il faut aussi la surface,
la saveur, la plage.
On accumule en abstrait.
Qu’est-ce qu’on apprenait ?
Dans la formule au sable,
c’est obéir au présent.
On se tient court de front.
C’est cousu dans son hiver.
C’est un horizon,
un éternel.
Dans l’étranger, ça respire.
Le bruit du cœur,
ça fait son poids.
J’entends la vie venir.
Elle devient seule.
Mais en entier.
En sable pour les traces.
C’est en soi, la personne.
Couvert de vie,
aux frais des pendules.
L’écran des gouttes
accumule en abstrait.
Le bruit de tout, le cœur,
on veut ce qui se brûle.
Dans le seul de soi,
ça consume.
C’est consommé, le sable.
Qu’est-ce qu’on prend ?
L’eau des traces,
lourd à vitesse,
le sec de cendre.
Accroché à ses traits,
on reste en coin de table.
Rideau de gouttes,
on voit avec les dents
l’insu de la personne.
Il bat dans sa pendule,
le bruit avec son cœur.
Il broie du seul.
Le bibelot fait son travail.
Pas dans le drôle en force,
mais dans le mur de quoi,
avec citerne occipitale.
Etre avec ses ratés,
à cette vitesse,
c’est court de front.
De l’âme en récusé
à l’aigre de la bouche,
il dort en creux.
Dénoncé en faux-corps,
l’enchevêtré désir.
C’est le surplus fabriqué,
avec la liqueur froide.
Il bat son bruit avec son cœur,
ça fait plus d’ombre,
et ça revient, appartenu.
Dans l’insu de sa personne,
l’œil qui pique.
Le faux-corps fait son geste.
Il fait ligament de soif
(on dira que c’est désir).
Entre les poussières,
le bruit de la vitesse.
L’ailleurs de soi,
c’est doux, mais ça bégaie.
Il fait du cœur, mais de loin.
Il bat dans son horloge,
le cœur qui sait que rien.
Il croit que ça débute.
Qu’est-ce qui compte ?
Il croit au temps qui part.
Est-ce que c’est mal ?
Il y a du mal.
Qu’est-ce qu’on perd ?
Il fait la digression,
on ne saura rien
des péchés de la mère.
A quoi on a mal ?
Qui est le donateur ?
Il se rend à son temps,
c’est promis sans presser.
L’instant s’ajoute à lui.
Ne parlons pas de vie normale.
Moins aboli que le présent,
il se donne un longtemps.
Avec du bois de soi,
il fait comme on doit faire.
Ai-je un esprit ?
Corps dans sa coque,
le regard fait son vide.
C’est le désert d’hiver.
Le dévolu se tasse.
On oublie ce qu’on a,
on n’a pas ce qu’on doit.
Au premier bout des traces,
il a du lourd d’effort.
Il se déplace.
Il nage animal avec son jour.
C’est du reclus en déposé.
Il fait masse.
Il fait dire.
On n’a pas la place.
On marche entre les corps.
Dans les sons de soi,
ça fait du fort.
Il ne dit pas pourquoi
ça fait du désir.
On ne sait pas
si c’est pénible.
Il y a du construit.
Qu’est-ce qui se prépare ?
On est dans les habitudes,
ou bien c’est la forme des choses ?
Est-ce que c’est mal ?
Dans le su, le fruit de soi,
le dit n’est pas le cru.
L’insu se défait,
il devient double.
Il fait un autre,
un refrain vague.
Il sort en buée,
en lignes creuses.
Il voudrait faire ou devenir.
Dans le dépôt des traces,
on voit celui qui va,
on ne sait pas le moi qui veut.
Alors le vu devient tordu,
un corps en vague,
avec un vide.
On n’explique pas.
Dans ce qu’il dit,
il ne sait pas.
On fait des plans,
de l’autre en construit,
de l’ailleurs défini.
Si c’est mal, ce qui sera,
on ne sait pas.
L’insu, c’est ce moi trouble,
avec désir à dire.
Si ça résiste à l’après,
c’est moins pénible.
On a cru,
ça fait du reste.
Si tu dis quoi,
tu fais du reste.
Dans ton habit en entier,
tu fais du lourd.
Lent sur le sens,
tu ne sais pas tout.
Qu’est-ce qu’on croit ?
Il faut du beau.
Est-ce qu’on s’y trouve ?
Avais-tu cette ombre ?
C’est ça que tu deviens.
Tu fais le choix des choses,
comme un loup dans les choix.
As-tu le corps en moins ?
Veux-tu vraiment ce visage,
en ailleurs qui convient ?
Le tir à balle,
c’est encore du repentir,
ou bien ça venge.
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