28.02.2008
LU DANS LA PRESSE (6)
Je voudrais qu’on m’explique : Libération du 26 février titre en page 14 : Les militaires s’inquiètent pour leur sort, et Le Monde daté du 27 (c’est-à-dire paru le 26, c’est un « journal du soir ») : La France va accroître son effort militaire en Afghanistan. Ce dernier article, signé par Nathalie Nougayrède, commence par : « Nicolas Sarkozy élabore avec ses conseillers une nouvelle politique française sur l’Afghanistan ». Il veut envoyer des troupes au sol, ainsi que des commandos des forces spéciales. Ça veut dire une augmentation du budget consacré à ces opérations. Dans Libération, au contraire, Jean-Dominique Merchet montre un corps militaire inquiet du flou des perspectives indiquées par Sarkozy, de la lenteur d’élaboration du « livre blanc » et de la nouvelle loi de programmation militaire (2009-2014). Un officier confie : « Nicolas Sarkozy ne s’intéresse pas aux militaires, il ne les connaît pas, ne semble pas les aimer ». Le journaliste ajoute : « Le général Bruno Cuche, à la tête de l’armée de terre, se plaint déjà de la paupérisation de ses troupes ». Un général, en privé, déclare : « Ce que les comptables préparent est une catastrophe. Lorsque Nicolas Sarkozy s’en rendra compte, il sera trop tard ». Sans entrer dans le débat pro- ou anti-militaire, voilà le grand mot lâché : LES COMPTABLES. Dans l’EDUCATION NATIONALE, on supprime à la prochaine rentrée 17.000 postes d’enseignants (départs à la retraite des « baby-boomers » non remplacés). A l’HOPITAL, « on » supprime des lits en pagaille et « on » projette de transférer toute l’activité hospitalière rentable vers les cliniques privées, qui connaissent d’ailleurs en ce moment un grand mouvement de concentration financière dans les mains des fonds d’investissement (que font ceux-ci avant que le taux de profit des entreprises rachetées n’atteigne plus les 15 à 20% ? Ils vendent. Bonjour l’avenir des soins). Bref, c’est le comptable qui commande, qui règne (tiens, ça me rappelle un cantique quand j’allais encore à l’église : « Parle, commande, règne, nous sommes tout à Toi, Jésus étend son règne : de l’univers sois Roi », voyez si ça marque). Celui-ci est détrôné au profit du COMPTABLE : allez, tout le monde à genoux, et reprenez après moi cette prière au COMPTABLE tout-puissant (et anonyme) : parle, commande, règne … Il ne s’agit plus de donner à un pays, à un peuple de citoyens, un espoir dans une société future un peu meilleure et un peu moins injuste. Il s’agit à présent de GERER son stock de population, de DIMINUER LES COUTS de l’entreprise France, de lui faire cracher le maximum de BENEFICES. On appelle ça « ajustement structurel », « restructuration », « plan social », pour ne pas dire : « Mes cocos, vous allez en baver, et c’est pas fini ». Non, je crois que ça ne fait que commencer.
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25.02.2008
LU DANS LA PRESSE (3)
INFORMATIONS FRAICHES
Courrier international, n° 903, paru le 21 février 2008.
Article publié dans El Païs (Madrid). « La maladie dont souffre Sarkozy n’a pas la gravité du cancer de la prostate de Mitterrand, mais elle touche un organe vital s’il en est : l’ego. Celui du président est d’évidence atteint d’une hypertrophie probablement incurable. » Vous allez me dire : « Encore Sarkozy ! ». Oui, mais là c’est, en quelque sorte, « vu d’ailleurs ». Allez, une louche : « Le traitement qu’il a infligé en public aux uns et aux autres (ceux de son camp), y compris à certains de ses collaborateurs les plus proches, est digne d’un monarque bilieux et capricieux avec ses laquais ». Encore une cuillerée pour papa : « … comme un ado narcissique obnubilé par ses sentiments et ses plaisirs ». Et pour la route : « Mais ce triomphe-là a le don de déprimer beaucoup de Français car il rabaisse la République au niveau de la principauté de Monaco ». L’article est écrit par Lluis Bassets. Le titre est : Sarkozy, ce grand malade. La publicité pour ce numéro de C.I. dans le métro parisien a été refusée par la régie publicitaire de la RATP.
« Six mois ont suffi pour que les Français, avec leur rationalisme cartésien, comprennent que l’erratique, tourmenté et imprévisible Nicolas Sarkozy sera certainement un désastre pour la France. » « Mais la perte de prestige de Sarkozy n’est pas bonne pour l’Union européenne, malgré le peu de sympathie qu’on éprouve pour le personnage. » Et qui dit ça ? Pas un journaliste, non, mais un ancien président du Portugal, MARIO SOARES. (tribune parue dans Diàrio de Noticias de Lisbonne, Portugal)
« Car la France est un pays éminemment sérieux. Or les grandes décisions de politique étrangère – l’Afghanistan, l’Iran, les rapports de la France et des Etats-Unis, l’OTAN, Israël, les Palestiniens, ou encore le nom du futur président de l’Union européenne ou celui du prochain maire de Neuilly –sont toutes prises par Sarkozy sur le mode du caprice, sans préalable ni débat public ». Sous le titre L’homme qui ne savait pas être président, cet article a paru dans International Herald Tribune, avec la signature de William Pfaff.
Dans The Observer, Olivier Marre évoque l’embarras que suscite, à Londres, la prochaine visite du couple présidentiel, Carla Bruni ayant manifesté l’intention de chanter devant la reine une chanson, en s’accompagnant à la guitare (« Mon monde est meilleur quand tu es avec moi car tu es ma reine ». C’est d’un goût exquis, non ? Et puis ça renouvellerait le genre. Comment, la reine craint d’être instrumentalisée ? De servir de « décor pour un soap opera » ? Et alors, où est le problème ?
Un petit tour en Italie ? La Stampa : « Chaque jour, Sarkozy invente quelque chose qui agace, sidère et provoque une cascade de réactions. Sa dernière trouvaille – pas une idée, une trouvaille – est de jumeler chaque petit Français de 10-11 ans avec un autre du même âge mort dans les camps nazis ». On notera que l’article doit dater un peu, puisque depuis, il y a eu d’autres « trouvailles. « Comme l’adulte a tendance à résister, il est logique de s’en prendre plutôt aux petits, qui sont sans défense, malléables, fragiles. Au fond, ces derniers ont tout du citoyen idéal, infantilisé, qui est le fantasme de tout homme fort. » Je trouve que « enfant comme citoyen idéal » c’est très bien vu, même si c’est le problème de toute la civilisation occidentale marchande, en général. On dira que la dernière présidentielle ne nous a pas offert par hasard un gnome sur le trône républicain. Suit un passage d’outrance latine : « Modeler l’être humain est le rêve commun des dictateurs – de ceux qui le sont véritablement et de ceux qui les singent ». Barbara Spinelli, l’auteure de l’article, explique ensuite : « Et il s’agit bien d’une trouvaille : à la différence de l’idée, un « trouvaille » est le plus souvent opportuniste, elle est synonyme de stratagème, d’astuce, d’expédient », puis dénonce « l’ignorance militante » dont fait preuve Nicolas Sarkozy. La formule est jolie.
Sur le même sujet, un commentaire paru dans la Frankfuter Allgemeine Zeitung voit dans l’initiative de NS une tentative de concilier la communauté juive, mais l’estime vouée à l’échec : « Après les gestes de Juppé et de Jospin, de Mitterrand et de Chirac, que reste-t-il à Sarkozy ? Rien. ».
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13.02.2008
BOUYGUES SE FROTTE LES MAINS
TF 1 SE FROTTE LES MAINS
Grève dans l’audiovisuel de service public. Vous savez déjà pourquoi, sans doute. Parce que MONSIEUR SARKOZY a annoncé la suppression pure et simple de la publicité. Or la publicité, cette pieuvre dont les tentacules se sont depuis belle lurette enroulés autour de la moindre manifestation de la VIE pour en sucer la substance et la remplacer par de la MARCHANDISE, est la ressource financière de l’audiovisuel, public ou privé, du football, disons, quasiment de toute la vie économique. C’est bizarre, cette grève pour défendre la publicité, vous ne trouvez pas ?
Bon, je fais l’âne pour avoir du foin, je sais : le calcul est sans doute d’éliminer un nouveau vestige de ce qui porta un jour le beau nom de SERVICE PUBLIC. Bouygues est, paraît-il, dites-moi si je me trompe, parrain d’un enfant de Sarko. Il s’en lèche d’ores et déjà les babines. Que Sarko-la-flèche veuille la peau de tout ce qui a l’apparence du service public, j’imagine que ça ne surprend personne, ou alors, il ne fallait pas l’élire. Les gars de l’audiovisuel public, eux, ils se font du mouron – et on les comprend – pour leur boulot. Et les téléspectateurs de France 2 et France 3 en ont des sueurs froides : ils ne pourront plus faire d’arrêt-pipi pendant les films. Avouez que c’est bête, hein !
Mais moi, je suis choqué. – Dis-moi, pépé, par quoi tu es choqué. – Je vais te le dire, petit : je suis choqué du fait que l’existence de tant d’individus et de tant de métiers ne repose finalement que sur la ressource financière apportée par la publicité, c’est-à-dire qu’elle ne repose que sur du VENT. Le râtelier télévisuel est affriolant et chatoyant, mais il reste ce qu’il est : UN RÂTELIER. Travailler dans ces conditions, c’est concourir, si peu que ce soit, à la domestication intellectuelle et spirituelle des masses, c’est être, soi-même, un valet d’écurie au service de not’maître, c’est exercer une activité sans DIGNITE.
Vous me direz que les masses, eh bien les masses, elle courent, que dis-je, elles se précipitent vers la « lumière » de l’écran allumé, soit chez elles, et c’est déjà ennuyeux, soit même sur le plateau où elles doivent afficher un bonheur (ou un malheur) de commande. Je sais, je sais, comme disait Jean Gabin. Je sais que les masses aussi manquent singulièrement de dignité, et qu’elles se vautrent avec toute la veulerie dont elles sont capables dans l’infecte saleté colorée qu’elles prennent pour le comble de la VIE. Ecoeurant. Et tout ça à cause du MIRAGE PUBLICITAIRE qui engraisse les industriels dont le véritable métier est le CONTRÔLE SOCIAL : tant que tu restes en extase devant les abrutis qui, au fond d’eux-mêmes, se foutent de ta gueule, tu restes un abruti.
Tu me diras : mais, pépé, on est bien obligé de consommer. T’imagines, si tout le monde arrête de consommer, la catastrophe mondiale que ça va être ? – Oui, petit, ce n’est pas faux. Dans la nasse, on est, au fond de la nasse, je te le dis, surtout depuis que les petits Chinois et les petits Indiens se sont mis a imiter ces cons d’occidentaux et à devenir riches à leur tour et à dilapider leur argent de la même manière imbécile. Sais-tu, petit, qu’en 2007, il s’est vendu dans le monde 1.100.000.000 de téléphones portables (un milliard et cent millions), dont 160.000.000 rien qu’en Chine. Ce qui me fait mal, c’est tout ce qu’il a fallu pour en arriver là, tous ces trésors d’humanité, d’intelligence, de culture, toutes ces grandes aventures par lesquelles on est passés, – pour finir de cette sale manière, comme un pet foireux sur une toile cirée.
Alors tu sais, petit, la grève dans l’audiovisuel public, JE M’EN TAPE.
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10.12.2007
EPOUVANTAIL 15 - HUMANITE-MACHINE
BIENVENUE DANS L'HUMANITE-MACHINE
Comment avons-nous pu laisser des gens s’occuper à plein temps des affaires publiques ? Comment peut-on faire carrière dans la politique ? JACQUES ATTALI raconte quelque part (ou plutôt : a raconté dans une interview) qu’à l’époque où il était cerbère à l’Elysée (secrétaire général, ça s’appelle), un jeune homme de 23 ans est venu le trouver pour lui demander : « Je veux devenir Président de la République. Pouvez-vous me donner quelques conseils ? ». Que cette idée ait seulement la possibilité de germer dans l’esprit malade d’un Français montre combien c’est le système qui est malade. Ah, j’ai oublié de vous donner le nom du jeune homme ci-dessus : il s’appelait NICOLAS SARKOZY.
Comment la politique en France (même si ça se pratique aussi ailleurs) a-t-elle pu devenir une profession ? J’ai entendu un professionnel affirmer que les lois, l’économie et les techniques, tout ça, sont devenus tellement complexes qu’on ne peut que s’y consacrer pas du tout ou à plein temps. Ce type-là nous prend pour des cons. Tout simplement, C’EST FAUX. Les lois, il y a des juristes ; l’économie, il y a (hélas) des économistes ; les techniques, il y a des techniciens. Tout ça a besoin de spécialistes, de gestionnaires, si vous voulez, pas d’hommes politiques. Maintenant, passés par l’ENA, ils ont tous la même formation, qui n’est finalement rien d’autre qu’une formation professionnelle (avec formatage incorporé) : ils n’ont aucune idée de ce qu’il faut faire, en dehors de ne pas se laisser distancer dans la grande compétition que se livrent les nations du monde. La seule idée qu’ils manient, qu’ils caressent, qu’ils dorlotent, avec laquelle ils couchent, font l’amour et s’endorment, c’est le POUVOIR, la compétition avec les autres anciens élèves de l’ENA, la course permanente.
Le vrai, c’est QU’IL N’Y A PLUS D’IDEES POLITIQUES, il n’y a plus de choix politiques. Le seul politique qui reste, aujourd’hui, c’est l’économique, et encore : le gestionnel. Nous voulons des COMPTABLES à la tête de l’Etat ? Eh bien vous en aurez. Il n’y a plus de PROJET politique. Il n’y a plus de projection dans l’avenir pour la collectivité, plus de progression de l’humanité. Certains s’en réjouissent : « Regardez ce que ça a donné, le communisme : des millions de morts ». NON : le communisme, de mémoire d’homme, n’a jamais vu le jour, ni en Russie, ni ailleurs. On pourrait dire, comme CIORAN, que, dans la flamme des idées, on peut déjà apercevoir les massacres. Mais que faut-il faire, alors ? Se résoudre à la COMPETITION universelle ? A la guerre de tous contre tous ?
Ce serait tout simplement effrayant et inhumain. Vous voyez ça ? L’humanité comme une énorme machine à produire, l’individu comme un rouage ou rien du tout, suivant qu’il participe à cette « activité » ou non. Voilà dans quoi nous sommes embarqués : L’HUMANITE-MACHINE. Alors comment la politique aurait-elle pu survivre là-dedans ? Il y eut un temps où il y a eu des hommes politiques. Aujourd’hui, qu’est-ce que nous avons ? Des mécanismes plus ou moins performants, plus ou moins haut placés, dont le rôle est de METTRE EN DISCOURS à l’usage des rouages les plus nombreux et les plus bas (ça s’appelle la POPULATION) la logique de la machine, sachant que la MISE EN DISCOURS doit tenir compte de quelques vieilles choses dont quelques cerveaux sont encore farcis, mais rassurez-vous, plus pour longtemps, aussi longtemps que l’école n’aura pas été liquidée, ce qui ne saurait tarder. ALORS, et alors seulement, la population admettra sans broncher que ce qu’on lui dit est la VERITE.
Dire, comme beaucoup le font, que faire de la politique est devenu un métier, dire qu’un homme peut « embrasser » la carrière politique, c’est déjà reconnaître que l’humain a laissé la place à la FONCTION, et le pire : la fonction économique. Les EXPERTS (politiques, économiques, journalistiques) qui formatent et inspectent nos esprits, pour maintenir la paix sociale, produisent à qui mieux-mieux du DISCOURS et encore du DISCOURS pour faire passer cette illusion comme quoi, sous les enveloppes de peau qui se déplacent, mangent et rêvent, il y a encore des HOMMES. Il y eut un temps où il y a eu des hommes.
BIENVENUE DANS L’HUMANITE-MACHINE.
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09.12.2007
EPOUVANTAIL 14 - A BAS LA MOYENNE
14 – A BAS LA MOYENNE (tome 2)
Le défenseur du bifteck de l’INSEE, il va se cabrer pour me répondre, il va le prendre de haut : « Mais, pauvre ignorant, ne sais-tu pas que la collecte des chiffres repose sur des procédures établies scientifiquement, avec une rigueur toute scientifique, dans des conditions scientifiques, par du personnel scientifique qui a des pieds et des mains scientifiques, une tête, des yeux et des oreilles scientifiques ». Je me contente de rétorquer, avec mon calme imperturbable : « Oui, des OREILLES D’ÄNE ». L’INSEE est une machine à produire à la chaîne de l’ânerie scientifique. Pour une raison très simple : il produit de la MOYENNE, de la sacro-sainte MOYENNE. Et quand on vous sort la MOYENNE, vous n’avez rien à répliquer, vous êtes gros-jean comme devant. Et je peux vous le dire : VOUS VOUS ETES FAIT ENFUMER.
A l’échelle de la vie individuelle, la moyenne, c’est la mort. Faut-il parler de la sacro-sainte « moyenne scolaire » ? « Toto, je te préviens, si t’as pas la moyenne, tu seras privé de télévision, de dessert, de téléphone portable – Ah non ! Pas ça ! Bon d’accord, je vais faire un effort, je l’aurai votre satanée moyenne. ». Mais regardez bien : avoir 10 sur 20, après tout, c’est n’avoir que LA MOITIE des points possibles, c’est humiliant, en fin de compte. Imaginez, dans l’entreprise, le commercial qui n’atteindrait que 50 % des objectifs fixés, qu’est-ce qu’on fait de lui ? On lui montre la porte. Et pensez bien que cette moyenne de 10/20 pratique sur la population entière l’hypnose frénétique de la couleuvre qui se prépare à avaler sa grenouille, et la population entière se précipite avec entrain dans la gueule du serpent dictateur. Et dites-vous que le DESTIN social de chaque individu est accroché à sa capacité de se maintenir à l’obsessionnel 10/20. C’est un laminoir.
Tiens, regarde : je lis dans Le Canard enchaîné daté du 5 décembre 2007 l’article intitulé « Bataille d’indices pour mesurer le pouvoir d’achat ». Selon les modes de calcul, le pouvoir d’achat passe d’une hausse de 2,3% en 2006 (qui permet au gouvernement de chanter COCORICO) à une hausse de 0,8% (là pas de quoi pavoiser). L’INSEE est donc une merveilleuse machine à produire du brouillard. La meilleure preuve (même article), une autre étude publiée par le même institut (faut le faire) : « Le « revenu salarial moyen » par personne aurait pratiquement stagné depuis 1978 ». Si ce n’est pas du brouillard, ça. Même le gars de l’INSEE sait que c’est vaseux, parce que, entre deux salaires de 1.500 euros augmentés de 3% : « Le premier, s’il est locataire de son logement et circule en voiture, verra son pouvoir d’achat régresser (…). Alors que le second, propriétaire et utilisant les transports en commun, constatera une amélioration ». C’est vrai : moins tu dépenses, plus tu as de sous. Enfin, propriétaire, c’est bien quand j’aurai fini de payer mon banquier.
Moralité : l’INSEE est une machine à fabriquer de la fiction, une FICTION qui possède une FONCTION. D’abord, il faut que ça imprègne les esprits, il faut que ça rentre dans l’imagination des foule (rappelez-vous « l’opium du peuple »). L’INSEE fabrique à longueur de temps le MYTHE de la moyenne, la BIBLE de la moyenne. C’est en effet une RELIGION, qui, comme toutes les religions, se présente comme détenant une VERITE. On y croit d’autant plus qu’il s’agit de la REALITE, on vous dit. Vous n’allez pas dire que ce n’est pas vrai, quand même. Eh bien si ! Je vais le dire : ce n’est pas vrai. Vous savez pourquoi ce n’est pas vrai ? C’est à cause de la deuxième fonction : ça sert à engraisser une foule d’EXPERT. Experts en quoi, petit rigolo ? En gestion. Gestion de quoi ? GESTION DE LA POPULATION. Tu vois que ça fait du monde.
Qui gère la population ? Le premier qui vient à l’esprit, c’est l’ECONOMISTE. Ah le beau spécimen, l’économiste. Il faut écouter le débat, le vendredi matin sur France Inter, entre BERNARD MARIS et JEAN-MARC SYLVESTRE (tant pis, j’écris quand même son nom en majuscules). On se rend compte que L’ECONOMIE N’EXISTE PAS : il n’y a que de la gestion, de la gestion prévisionnelle, si vous voulez. Mais pas d’économie. Ces deux-là, quand on les écoute, on comprend qu’ils font de la POLITIQUE. La meilleure preuve, c’est précisément qu’il y a DEBAT. Alors, comment les hommes politiques pourraient-ils en faire, de la politique, puisqu’ils l’ont laissée aux économistes ? Oui, l’homme politique, c’est le deuxième EXPERT. Lui, c’est le directeur des ressources humaines, le DRH. C’est le parolier. L’économiste, c’est le plus important, c’est lui qui fait la musique de la chanson. NICOLAS SARKOZY, même si ce n’est pas lui qui écrit ses discours, est au service de la musique que l’économiste qu’il s’est choisi a écrite. Il se sert des chiffres que l’usine à chiffres qu’on appelle INSEE a chiés dans ses épais rapports. C’est ça la partition. Lui, il faut qu’il vende l’ensemble à la population crédule. En gros, il faut qu’il parle. Il ne demande que ça, d’ailleurs.
Et la population crédule, elle gobe, elle bée, elle avale, c’est le poisson naïf qui s’embroche. Et surtout, la population crédule laisse la politique et l’économie aux mains de ces EXPERTS. Eux, ce sont des professionnels. Ils savent. L’économie, c’est fait par et pour les professionnels. La politique est devenue un métier. La preuve, la majorité du personnel politique sort d’une formation professionnelle pointue, que le monde entier nous envie, et qui s’appelle ECOLE NATIONALE D’ADMINISTRATION. Vous vous rendez compte : ils sont sur les même bancs, et puis après, ils sont prêts à s’injurier, tout ça parce qu’ils n’ont pas opté pour la même écurie. Ils se tutoient tous, ils mangent ensemble, avec les économistes et les journalistes, et ils font semblant de débattre. Non, soyons honnête, dans les paroles de l’adversaire, ils déplaceraient bien cette virgule, là. Vous voyez bien qu’il y a débat.
Vous voyez le tableau. Au fond, c’est assez simple, comme mécanisme. Vous avez l’économiste qui fait carrière, l’homme politique qui fait carrière, le journaliste qui fait carrière (MOUCHARD, dit JOFFRIN, GIESBERT, DUHAMEL, etc.). Cela s’appelle LES ELITES. Ils se connaissent, se téléphonent, se piquent leurs femmes, se chamaillent parfois. Vous voyez, c’est la vie. Eh bien, je dis « merde ».
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30.11.2007
EPOUVANTAIL 12 - TERRORISME DE LA MOYENNE
PHILIPPE VAL, vendredi 23 novembre, sur France-Inter, a repris sa démonstration par l’absurde de l’absurdité de toute MOYENNE : vous avez les pieds dans le congélateur et la tête dans le four, vous faites la moyenne des deux températures : c’est la température IDEALE, sauf que vous êtes mort. C’est aussi bête que ça.
J’ai déjà parlé de la moyenne, dans « Mes épouvantails 8 – Eloge du Grand Statistiqueur », article paru sur le blog le 7 novembre. Mais plus ça va, plus j’ai l’impression que, sous des dehors neutres, objectifs, bienveillants et finalement invisibles, indifférents ou pas intéressants, il y a là une grosse illusion, une énorme imposture contre laquelle il faut encore s’élever. C’est pour ça que j’y reviens. Je me rappelle avoir lu, il y a assez longtemps, dans le journal Le Monde, un article intitulé « Le Trou noir des statistiques ». Ce titre énonce une grande vérité.
Les habits de la statistique sont rutilants, ils ont l’évidence de ce qui est naturel, ils sont une figure du VRAI, de l’incontestable, car il s’agit de données. Ah tu comprends, ce sont des données, donc on ne peut pas les remettre en question. La statistique est une figure actuelle incontournable de la MYTHOLOGIE DU VRAI, voire de la Religion du Vrai, autrement dit de l’Illusion du vrai. Un petit coup de pied de DOUTE dans cette fourmilière de la prétention serait le bienvenu.
Je redonne le mot de Churchill : « JE NE CROIS QU’AUX STATISTIQUES QUE J’AI MOI-MÊME FALSIFIEES ». L’intérêt de cette citation, c’est de faire apparaître la statistique comme un OBJET DE CROYANCE, un peu comme une religion, si vous voulez, comme une idole à honorer, à prier. Rappelez-vous Sarkozy : « Je veux 3 % de croissance » : avec ce « 3 % de croissance », il est alors en plein dans la croyance au pouvoir magique des chiffres de la statistique. « Mon dieu, donnez-moi 3 % de croissance et je serai sauvé ». Pauvre homme finalement, Nicolas Sarkozy, avec ses efforts désespérés pour s’assurer une emprise sur le réel, ou pour faire croire qu’il en est capable. Et d’abord, pourquoi seulement 3%, pourquoi pas 3,1416 ? Je pose la question.
Une moyenne est le résultat de calculs, et ces calculs, il faut bien qu’ils soient faits par quelqu’un. Par qui ? On ne sait pas, c’est anonyme, c’est quelqu’un qui est dans la chaîne qui établit un pouvoir, mais dont le nom doit rester inconnu, ou plutôt non : dont le nom est sans aucune importance. Ensuite, à partir de quoi ? On est bien obligé de collecter les chiffres (du chômage, de l’espérance de vie, du nombre de lecteurs MP3 vendus dans l’année ou d’appels surtaxés passés depuis un téléphone portable, enfin bon, aucun domaine de la vie humaine n’échappe aux griffes de la statistique). Qui va collecter les chiffres ? Dans quelle brouette sont-ils versés et par qui ? Qui les a livrés ?
Le dernier mensonge de l’INSEE : dormez en paix, Françaises-Français, votre pouvoir d’achat, eh bien, vous voulez savoir ce qu’il a fait ? Voilà : VOTRE POUVOIR D’ACHAT A AUGMENTE. Et grâce à NICOLAS SARKOZY, vous allez voir ce que vous allez voir ! Quelques journalistes tentent bien de donner la parole à des pousseurs de caddie qui affirment que la même somme qu’auparavant ne suffit plus à le remplir autant ? Vos fins de mois se situent au 22 du mois alors que jusque-là, vous pouviez aller jusqu’au 25 ? Ce sont des IMPRESSIONS, on vous dit, et bien sûr, des impressions FAUSSES. Le passage à l’euro ? Tranquille, Mimile. La vie quotidienne ? A l’aise, Blaise. Manger beaucoup de fruits et légumes ? Cool, Raoul. L’INSEE, avec l’établissement « scientifique » de toute sorte de MOYENNES, donne des outils parfaits à tous ceux dont le fonds de commerce est le mensonge politique, autrement dit, le discours politique.
Il reste que le nombre des PAUVRES a explosé : on parle de 7.000.000. Voilà la vérité. Quand à la radio, le journaliste annonce, tout neutre, les bons chiffres de l'INSEE puis, juste après, toujours très neutre, le nombre des pauvres, pourquoi serait-il moins neutre de commenter la CONTRADICTION ?
A Suivre ...
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06.11.2007
7 - ET VOUS, QU'EN PENSEZ-VOUS ? (3)
MES EPOUVANTAILS - 7 – ET VOUS, QU’EN PENSEZ-VOUS ? (3)
On prête à Winston Churchill diverses boutades. Voici les deux qui m’intéressent : « Je ne crois qu’aux statistiques que j’ai moi-même falsifiées », et « Il y a trois façons de mentir : le mensonge, le mensonge et la statistique ». On admettra que Churchill est un vieil homme, surtout aujourd’hui : même ses os doivent être ridés. Mais Stéphane Jugnot sûrement pas, puisqu’il écrit, dans Le Monde daté du 1er novembre 2007, un article intitulé « La statistique ethnique tente une percée » (p.17), où il s’offusque de la perspective ainsi annoncée.
Il paraît que la statistique remonte à Louis XIV : ce monarque, monarchique depuis la plus haute antiquité, aurait voulu connaître le plus précisément possible le nombre d’hommes dont il pouvait disposer pour ses guerres. Vauban publia en 1707 La Dîme royale, dix ans après Le Détail de la France de Boisguilbert. Ce sont les débuts d'une administration vraiment centralisée, rationalisée, systématisée (colbertiste) du pays. Pourquoi a-t-on inventé la statistique ? Pour avoir des informations chiffrées sur la population d’un territoire. On peut le dire autrement : pour mettre la population et les ressources d’un territoire en chiffres. Pour qu’un bureaucrate puisse en tirer des analyses, des conclusions et des directives.
Il faut préciser que ce n’est sans doute pas vrai : la première écriture humaine, d’origine mésopotamienne, serait destinée à dénombrer les têtes de bestiaux. Intéressant, non ? Du bestiau à l’humain, il n’y a qu’un pas. Claude Lévi-Strauss, qui n’a pas dit que des choses intelligentes, en a néanmoins dit une, à propos de l’écriture : « Telle est, en tout cas, l’évolution typique à laquelle on assiste, depuis l’Egypte jusqu’à la Chine, au moment où l’écriture fait son début : elle paraît favoriser l’exploitation des hommes avant leur illumination. Cette exploitation, qui permettait de rassembler des milliers de travailleurs pour les astreindre à des tâches exténuantes, rend mieux compte de la naissance de l’architecture que la relation directe envisagée tout à l’heure. Si mon hypothèse est exacte, il faut admettre que la fonction primaire de la communication écrite est de favoriser l’asservissement. » (Tristes tropiques, 1955, pp. 343-344). Cela renverse un peu le stéréotype, non ?
L’écriture aurait donc une origine bureaucratique : quantifier les connaissances que l’on a du réel. Quant à la visée, elle est claire : il s’agit de gérer des stocks, ovins et bovins chez nos ancêtres cunéiformes, humains chez le roi-soleil, à partir d’une évaluation qui n’a cessé de s’affiner dans ses méthodes, dans ses mises en œuvre et dans ses buts. Or, le bureaucrate est un instrument du pouvoir. Dès son invention, la statistique est au service du pouvoir. On peut même dire que c’est le pouvoir qui l’a inventée.
Je ne sais pas de quand date le sondage (XX° siècle, selon toute vraisemblance), mais ce qui est sûr, c’est qu’il est une statistique, à cette différence près que cette dernière est dédiée à la connaissance d’un état des lieux, c’est-à-dire d’un existant. Il y a nécessité de gérer quand il y a risque de pénurie (belle formule, je trouve), aurait pu dire Louis XIV, qui craignait peut-être de manquer de chair à canon.
Ce qui est sûr aussi, c’est que le sondage applique une méthode héritée de l’ INVESTIGATION PUBLICITAIRE. La logique est simple. Pour m’enrichir, moi qui produis des yaourts, je dois en vendre davantage et plus vite, donc il faut que j’accroisse ma clientèle. Pour cela, je vais faire en sorte que mon yaourt réponde exactement à l’idée que la majorité des gens se font de ce qu’est le yaourt idéal. Pour le savoir, rien de plus simple que de leur demander quelle image ils se font du yaourt idéal. Aaaah ! Qui dira les charmes du YAOURT IDEAL ? Seul problème : une majorité de gens, c’est d’une diversité extrême. C’est là que la statistique entre en jeu : la sociologie, aidée par les recensements de population (à moins que ce ne soit l’inverse), découpe celle-ci en catégories : aires géographiques, générationnelles, sexuelles, professionnelles, j’en passe et des meilleures. Ayant défini les caractéristiques de ma population, j’établis quoi ? Un ECHANTILLON REPRESENTATIF.
Quelle trouvaille, l’échantillon représentatif ! On pourra toujours l’affiner jusqu’aux micro-catégories, la base est là, l’essentiel, le socle statistique inamovible. Ensuite on a le coefficient multiplicateur pour extrapoler à la population entière, dont le présupposé est que l’extrapolation est valide, c’est-à-dire que tous les gens de la même catégorie pensent la même chose que l’échantillon humain qui en a été extrait. Voilà la clé : UNIFORMISATION. La publicité déteste la diversité. On part de ce principe pour pouvoir y arriver. C’est à la fois le point de départ et le point d’arrivée. Tour de force. Magie de la magie. La cause est l’effet. On présuppose que des gens de même condition ont la même opinion, et l’on finit par l’obtenir. La publicité a fait dès le départ un choix idéologique radical : elle postule le déterminisme social intégral, elle est quasiment marxiste extrémiste. Si votre statut social possède les caractéristiques a, b, c, d, alors vous allez penser ceci. Du calme : il ne sont pas si radicaux, ils vont formuler cela dans des schémas de probabilités ou quoi que ce soit d'autre. J'attends quand même qu'on me démontre que ce n'est pas vrai : pour le publicitaire, les opinions (les goûts, les idées, les motivations, etc.) sont socialement déterminées. On le sait parce qu'on l'a statistiquement établi. On l'a établi, parce qu'on a fait des sondages. On a fait des sondages parce qu'on croit que c'est vrai : la boucle est bouclée. Dans l'ancienne rhétorique, on appelait ça une pétition de principe. Dans l'enquête de motivation, on va chercher dans l’échantillon la motivation propre à la catégorie, on la fait revenir, on en sort un MESSAGE censé la satisfaire, et on attend la file d’attente en magasin.
On croit en une cause, et le plus fort, c'est que ça produit l'effet qu'on voulait. Parce qu'après avoir extrait de la tête des gens la couleur qu'il attendent d'un yaourt aux fraises ou l'odeur d'un steak haché (j'ai toujours envie de dire "un steak à chier"), on va leur marteler le crâne de spots publicitaires colorés et odorants, rigolos et attrayants, et on va leur faire croire qu'ils n'attendaient que ce yaourt et ce steak pour être enfin heureux !
Le sondage d’opinion (domaine politique) obéit exactement à la même logique que l'enquête de motivation (domaine publicitaire) : mettre à jour les attentes, désirs, frustrations, exigences, récriminations ; élaborer un message « politique » censé répondre à tout cela ; attendre l’électeur au coin de la rue pour le frapper ... d'hypnose. Le point commun, le point de similitude entre Ségolène et Nicolas se situe exactement ici : je consomme à outrance du sondage (des deux côtés), puis je « positionne mon image ». Côté Royal, j’ajoute les « débats participatifs » qui, dans la logique publicitaire, ne sont pas forcément une mauvaise idée. Celui qui a été finalement élu, Nicolas Sarkozy, est celui qui a « produit l’offre politique » la mieux conçue selon la même logique publicitaire. La chaîne de production de l'image du produit appelé "Nicolas Sarkozy" a fonctionné sans aucun raté. Celle du produit "Ségolène Royal" a connu ce qu'on appelle des "dissonances", dont "bravitude" est celle qui est restée dans toutes les mémoires.
Nicolas Sarkozy est le premier président à avoir été élu PAR les sondages. Il n’y a désormais même plus besoin des élections. Les machines à fabriquer l’opinion iront à la pêche aux opinions, élaboreront le programme le plus conforme (conformiste ?), compareront avec les programmes des divers candidats, on fera une moyenne, et Stéphane R., associé à Laurence P., du bout de sa bouche en cul de poule, annoncera le résultat et désignera le prix G… euh non, le prix-zidan de la Raie publique (merci Boby Lapointe).
10:00 Publié dans J'ai la rage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sondages, Ségolène, Royal, Sarkozy, Statistiques, Liberté, Politique
01.11.2007
4 - LTI, LQR, NOVLANGUE ET COMPAGNIE
MES EPOUVANTAILS - 4 – LTI, LQR, NOVLANGUE ET COMPAGNIE
Bérurier, vous savez, c’est, pour le commissaire San Antonio, comme un alter-ego. N’empêche que Frédéric Dard a élaboré un sacré personnage : gras du bide, la braguette ouverte, c’est lui qui s’arrache les poils du nez et laisse échapper une larme suite à l’opération. Dans Votez Bérurier, comme il y a une élection municipale dans le village de Bellecombe, où le commissaire enquête, l’inspecteur, incognito, se porte candidat, et son discours de candidature débute sur ces fortes paroles : « Bellecombais, Bellecombaises… ». L’amateur que je suis raffole de ces petites facéties de l’écrivain.
L’homme politique élevé dans la langue de bois et le « politiquement correct » inverse et déclare : « Les Françaises et les Français… ». Le maire de Paris : « Les Parisiennes et les Parisiens… », de Marseille : « Les Marseillaises et les Marseillais… ». Qu’y a-t-il là de politiquement correct, me dira-t-on ? Eh bien, tout simplement parce que, en bonne grammaire, le masculin est « générique », alors que le féminin est « marqué ». On dit aussi : le masculin l’emporte sur le féminin, mais c’est mal vu et c’est ça, le politiquement correct : cette formule est une insulte à l’égalité de l’homme et de la femme. Inutile (ou utile au contraire) de dire que l’idée même d’insulte est proprement ridicule.
VICTOR KLEMPERER a écrit un ouvrage mémorable sur la langue du III° Reich : LTI – NOTES D’UN PHILOLOGUE, paru en 1947 (Editions Albin Michel, 1996, mais aussi édition Pocket, collection Agora, n° 202), où LTI signifie, en français, Langue du Troisième Reich. George Orwell, en 1948 (dans le célèbre 1984), imagina la « Novlangue », autrement dit la réécriture de l’histoire et de la réalité. Le point commun de toutes ces approches impériales de la langue que nous parlons, c’est, d’une part, la généralisation de l’euphémisme (on ne dit pas « élève borné », mais « apprenant à apprentissage différé », car il ne faut plus humilier personne, dans notre société d’égalité : on a le droit d’être con mais il ne faut pas que ce soit dit), et d’autre part, la liste toujours plus longue des interdits : le vrai et juste combat des minorités américaines pour la reconnaissance de leurs droits aboutit paradoxalement à une POLICE DE LA LANGUE, en attendant la POLICE DE LA PENSEE, si elle n’est pas déjà là.
François Rabelais, en son temps, eut des problèmes avec les autorités et la justice, mais jamais pour une histoire de mots : ce sont les idées qui sont ou non porteuses de force, subversive ou non. LISTE DES INTERDITS : cette formule me fait penser à un texte où ALAIN (Propos sur le bonheur) oppose la famille où règne la joie dans l’absence de contraintes imposées à ses membres à celle où la vie en commun se réduit à la stricte observance des phobies de chacun : il ne faut heurter personne. Résultat, « tous se regardent d’un œil morne et disent des pauvretés ». Poussons les choses à l’extrême : imaginez, dans notre petite société française de 63.000.000 d’habitants, que CHACUN ait le droit d’interdire à TOUS ce qui ne lui plaît pas, que devient la vie sociale ? Et que devient la vie ? Qu’avons-nous fait de la liberté ? Sur le papier, nous n’avons jamais été aussi libres. Dans la réalité, nous n’avons jamais autant fait, au même moment que les autres, la même chose que les autres : nous déplacer, nous alimenter, nous distraire, nous reposer, etc. Dans les espaces divers que nous occupons successivement dans la journée, dans la semaine, dans le mois ou dans l’année, c’est soit le désert, le vide angoissant, soit l’engorgement, la saturation, la thrombose (mot savant affectionné des journalistes).
Donc, d’un côté, une liste de PROSCRIPTIONS oppose à nos désirs d’expression libre le mur des conventions morales, voire légales (judiciarisation de la vie en société). De l’autre, une liste de PRESCRIPTIONS lexicales vite adoptées, véhiculées et imposées par les médias et les complaisants, inattentifs ou négligents journalistes. Je suis parti de l’exemple « Françaises, Français ». Mais les exemples de ces formules ne manquent pas. Je pense à « cellule de crise », qui montre que le responsable politique est bien à son poste, l’œil vigilant, la main prête à passer à l’action, « faire son deuil », qui, avant ou après un procès de meurtrier ou de violeur ou de chauffard, laisse entrevoir la nécessité d’une justice juste pour que le citoyen normal puisse recommencer à dormir paisiblement, « cellule psychologique », qui voit des autorités proches des gens, des « vrais gens », et prêtes à les entourer de leurs soins et de leur prévenance suite au traumatisme subi, « devoir de mémoire », qui appelle la prise en compte du passé historique, particulièrement de ses moments tragiques, dernier exemple en date : la lettre de Guy Môquet (fétiche et trompe-l'oeil de Nicolas Sarkozy), « la foule des anonymes », dont j’ai parlé dans ma note 1 de cette série. Après la liste des interdits, donc, la liste des commandements.
S’inspirant de VICTOR KLEMPERER, ERIC HAZAN a écrit en 2006 LQR – LA PROPAGANDE AU QUOTIDIEN (Editions Raisons d’agir). LQR signifie « langue de la cinquième République ». Ce petit livre (122 pages) n’a pas l’ampleur, la portée et l’ambition de LTI – NOTIZBUCH EINES PHILOLOGEN. Victor Klemperer était juif, et son livre est l’aboutissement d’un travail de longue haleine, qui couvre toute la durée de l’hitlérisme au pouvoir (13 ans). Eric Hazan fait néanmoins œuvre utile et réjouissante, en étalant au grand jour la prétention et la cuistrerie des Trissotin qui nous gouvernent, dont le vocabulaire apparemment sensé n’est finalement qu’un nouveau masque du mensonge politique. Il montre en particulier que la foule, en intériorisant le langage des puissants, intègre de ce fait l’attitude de soumission qu’ils attendent. Il cite, p. 21, cette histoire, racontée par Klemperer, du docteur P., juif, qui « faisait siens tous les propos antisémites des nazis, spécialement ceux de Hitler (…). Il ne pouvait probablement plus juger lui-même dans quelle mesure il se raillait du Führer, dans quelle mesure il se raillait de lui-même et dans quelle mesure ce langage d’humiliation volontaire était devenu sa seconde nature ». On peut à bon droit s’inquiéter du degré d’intériorisation de la soumission des esprits auquel nous a conduits le règne actuel de la télévision, règne hégémonique voire totalitaire.10:00 Publié dans J'ai la rage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Propagande, Mensonge, Politique, Sarkozy, Médias, Journalisme


