11.11.2007
MONUMORTS 82 - ED IO FAR LA SENTINELLA
Ainsi s’exprime LEPORELLO au tout début du Don Giovanni de MOZART. Don Juan s’occupe de la belle à l’intérieur, pendant ce temps le valet fait « la sentinelle ». La sentinelle est désignée pour veiller au grain et pour lancer le cri d’alarme qui réveillera tout le monde en cas d’attaque. Chez les Romains, c’étaient les oies qui en étaient chargées. Enfin, disons que ça a marché au moins une fois, au Capitole. Il est peut-être hasardeux de généraliser, non ?




Plaisanterie mise à part, je commence comme ça parce que le mot « sentinelle » vient de l’italien, et en italien, le mot « sentire » signifie « entendre ». Celui qui guette, il regarde de tous ses yeux, évidemment, mais il écoute. Et ça aussi, on le comprend sans mal : de sa tranchée, le poilu de garde, il ne voit pas grand-chose. Les nuits sans lune, il ne voit tout simplement rien du tout : c’est pas tout le temps qu’on a une fusée éclairante, et on a oublié de poser des lampadaires. Le poilu, il a intérêt à avoir l’ouïe fine : une crosse qui heurte un piquet, une étoffe de vareuse qui frotte le sol, quelqu’un marche, ou bien quelqu’un rampe. Remarquez, celui qui marche ou rampe, honnêtement, est-ce qu’il sait où il va ? Est-ce qu’il sait où il est ? Et pas question d’allumer une loupiote, ni même une cigarette.
Voilà pour remettre dans le contexte.




En partant des presque 18.000 photos que j’ai collectées, j’estime au maximum à un quart ou un tiers des 35.000 monuments érigés en France après la guerre de 1914-1918, ceux qui portent un « figure », je veux dire qui proposent une image, « réaliste » ou allégorique, de ce qu’ils commémorent, et ne se contentent pas de l’obélisque nu, abstrait, géométrique. La figure qui revient le plus souvent, je crois pouvoir l’affirmer, est celle du poilu debout, les deux mains appuyées sur son fusil. En général présenté comme « poilu au repos », il est cependant, visiblement, dans l’attitude du guetteur, c’est pourquoi je me suis permis de l’appeler « sentinelle ». En ce jour de fête nationale, j’ai trouvé qu’il était bon de rendre hommage à l’innombrable et obscur poilu planté dans la nuit froide, yeux et oreilles écarquillés, et dont les épaules portent la sécurité du front et des camarades.




J’ai rassemblé six cent cinquante-huit photos sous le titre cité ci-dessus. Il y en a d’autres. Ce poilu en train de veiller debout revêt de multiples apparences, sans doute sous le burin d’un artiste régional, voire local. Mais un « modèle » apparaît beaucoup plus fréquemment que tous les autres. C’est celui-ci que je montre aujourd’hui, pour qu’on saisisse l’infinie variété des solutions adoptées dans les municipalités : il va de soi qu’il n’y en a pas deux semblables. Reste à trouver le nom du sculpteur et celui de l’entreprise (marbrerie ou fonderie), mais aussi de l’architecte éventuel, qui ont participé à la mise en place du monument.




Je me contente des communes dont le nom commence par A.
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08.11.2007
MONUMORTS 80 - LE CHAGRIN
Ce monument aux morts doit être considéré comme un « modèle » : dans mon inventaire photographique des monuments aux « morts de la guerre de 1914-1918 » (pour le moment un peu plus de 17.000), j’en ai trouvé 11 de ce modèle précis, auxquels s’ajoutent quelques variantes, que je montre ici : il s’agit d’une stèle dont les bords simulent le rocher brut, dressée sur un socle aux formes très simples, et qui porte, gravée en façade, la liste des noms des morts de la commune. Sur la droite de la stèle, une femme, vêtue d’une longue tunique à l’antique et chaussée de sandales, est assise, les coudes sur les genoux, la main droite enveloppant le bras gauche, l’autre main couvrant le front de son ombre. Elle a simplement noué ses cheveux en arrière. Devant ses pieds, le casque d’un poilu et, montant le long du bord gauche, le tronc d’un arbre dont la ramure, qui fleurit et fructifie, surplombe et semble protéger le personnage. Dans l’espace restant, l’artiste a placé en perspective un paysage de cimetière, avec des croix qui se superposent jusqu’à l’horizon, où le soleil, qui darde ses rayons, se lève pour un jour nouveau. La symbolique est limpide : la vie sacrifiée des hommes permet à l'arbre de continuer à porter des fleurs et des fruits, et à la vie de tous les autres de continuer, chaque jour, à voir le soleil se lever. La surface laissée libre permet de graver le nom de la commune, suivi de la formule « A SES GLORIEUX MORTS ». Certaines localités ont préféré mettre une inscription en relief. 


J’ignore le nom de l’artiste et de l’entreprise qui a réalisé l’œuvre.
Je retiens cependant que, tout comme d’autres monuments, celui-ci a dû être vendu sur catalogue. En effet, si les exemplaires recensés se situent souvent dans les départements où se déroula la guerre, ou bien proches du champ de bataille (MARNE, SEINE ET MARNE, AISNE, SOMME, OISE, NORD), on en trouve jusque fort loin de là où se passèrent les hostilités (CALVADOS, NIEVRE, ALLIER, GIRONDE, PYRENES-ATLANTIQUES, ARDECHE).




Quand j’ai commencé à publier ces notes (c’était le 20 juillet 2007), bien sûr, je savais qu’on pouvait voir des monuments en tout point semblables dans des endroits fort différents, mais je ne mesurais pas la dimension industrielle de la question. J’ai déjà évoqué les propos que MERCADOT tient dans le film de Bertrand TAVERNIER : La Vie et rien d’autre. Ce sculpteur voit, dans l’érection de monuments aux morts sur tout le territoire national, « une aubaine et rien d’autre », si je peux me permettre. Il se promène sur tous les terrains labourés par les obus gavés de cadavres et autres restes humains avec son aisance d’esthète, uniquement soucieux des emplacements, des angles, des lignes, des formes. Ce qu’il voit, c’est le gigantesque marché qui vient de s’ouvrir à sa rapacité cynique. Et j’avoue que cette face masquée de la question m’avait totalement échappé.



Au peuple, celui qui se rassemble pieusement tous les 11 novembre, le culte de ceux qui ont été criminellement sacrifiés. A quelques-uns (artistes – les bons et souvent les moins bons – fonderies et marbreries) les retombées financières substantielles de cette énorme opération. Qu’il y ait eu, sans doute en très haut lieu, une volonté délibérée d’imposer ce culte à une population qui, laissée à elle-même et entendant le récit de ceux qui revenaient des tranchées, aurait peut-être commencé à ruer dans les brancards et à poser des problèmes politiques, la chose m’apparaît de plus en plus clairement. C’est le 29 décembre 1920 qu’est créée la SFIC : Section Française de l’Internationale Communiste (qui deviendra plus tard le PCF). Couvrir la France d’emblèmes patriotiques était une façon de fixer l’attention des foules sur un objectif éminemment rassembleur, puisque presque chaque commune eut un de ses « enfants » tué pendant la guerre. Une telle diversion constitue une manipulation.






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15.10.2007
79 - EN COLONNE PAR UNE (OU PAR DEUX)






Le DICTIONNAIRE DES SYMBOLES de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant (Robert Laffont, 1969) comporte, à l’article « Colonne », seize rubriques numérotées, c’est-à-dire seize significations, ou à peu près. Cela fait beaucoup. J’ai déjà apporté quelques éléments sur, autour, avec, dans et au sujet de ce thème (voir mes notes 24, 27, 45 et quelques autres). Je reproduis les mots en caractères gras de quelques-unes des notes des auteurs : la colonne est « support », « arbre de vie », « axe du monde », « support de la connaissance », « relation entre le ciel et la terre », « limite protectrice à ne pas franchir » « puissance de dieu », etc. je m’arrête là, n’en jetez plus. Certaines valeurs paraissent évidentes et naturelles, d’autres (« incorruptibilité et immortalité », par exemple) semblent au moins très indirectes et résulter d’une interprétation à plusieurs étages, je veux dire compliquée.






Restons simples : la colonne est d’abord un support : les étais dont les mineurs renforcent les galeries ne sont rien d’autre, en primitif, que des colonnes. Quand il a fallu installer un toit en dur au-dessus de l’espace de vie ou de l’espace de culte, la forme s’est imposée naturellement, nécessairement. Le modelé, les cannelures, les chapiteaux sculptés, ce sera pour plus tard. Les Romains utilisent la forme de la colonne sans chapiteau (ou de la colonne tronquée) pour leurs bornes ou, déjà, comme monuments funéraires (on dit un cippe). Les monuments aux morts qui se présentent ainsi sont donc de simples imitations de l’antiquité. J’en ai trouvé quarante pour le moment. Qu’est-ce qu’elle supporte, cette colonne ? Elle se contente d’un toit virtuel, elle est là pour suggérer, tout autour, un espace dédié aux Français morts, les murs du temple, un vrai plafond. Il faut dire que certaines localités en ont rajouté dans l’antique : CAMPS-LA-SOURCE (VAR), par exemple, qui fait porter par deux colonnes à chapiteau ionique un linteau (voir ma note 31) où sont gravés les noms.






La colonne se présente seule ou par paire, plus rarement en nombre (MONTAUBAN, quelques autres). SENS élève un majestueux quasi-temple aux morts de la « Grande Guerre », où l’on entre escorté de quatre colonnes à chapiteau dorique. Quelques-unes sont brisées (voir ma note 46), d’autres n’ont pas de chapiteau, mais la plupart sont surmontées ici d’un coq, là d’une urne, ailleurs d’une couronne, bref : d’un motif ordinaire. Quelques monuments font des colonnes le cadre ou le décor d’une figure : poilu, victoire, etc… ONCY-SUR-ECOLE (ESSONNE) a placé au sommet de ses deux colonnes un sarcophage (voir ma note 44 : cénotaphe). PONT-DE-LA-MAYE (GIRONDE) propose une « colonne ruinée » où s’appuie un poilu.






Je signale aux visiteurs que je suspends pour quelque temps la publication de mes notes dans ce blog, qui me demande un travail soutenu, donc un temps non négligeable. Celle-ci est la dernière d’une série quotidienne (avec quelques très rares interruptions) inaugurée le 20 juillet, c’est-à-dire presque trois mois). Merci de votre attention. Je n’abandonne pas le thème pour autant et vous dis "à bientôt ".






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13.09.2007
49 - UN FRANCAIS DOIT VIVRE POUR ELLE
49 – UN FRANÇAIS DOIT VIVRE POUR ELLE


Marianne est coiffée du bonnet phrygien, rouge, hérité de la Révolution Française. La Phrygie était dans l’Antiquité une province de l’ouest de l’Asie Mineure (Turquie), dont la réputation était de soutenir un florissant réseau d’esclaves. Est-ce vraiment pour cela que les gens du peuple, en France, l’ont adopté à la fin de l’Ancien Régime ?


Après le décret du 19 juin 1790, il remplace les armoiries sur les carrosses, après avoir coiffé un buste de Voltaire, et avant que Louis XVI l’accepte sur sa propre tête, qu’il perdra un certain 21 janvier 1793. 1792, année de la proclamation de la Première République Française, voit s’officialiser et se généraliser son usage, comme symbole de l’Etat, puis de tous les corps administratifs.


La proéminence penche-t-elle vers l’arrière ? Elle finira par s’incliner vers l’avant, pour ressembler à ce qui se faisait, paraît-il, en Phrygie. Est-ce un bonnet de laine ? On le rendra rigide, pour qu’il ressemble à un casque.


Les symboles s’élaborent ainsi, au long d’un cheminement lié aux aléas de l’Histoire. S’ils paraissent évidents, s’ils font partie du paysage, il n’est pas mauvais de rappeler leur origine.


La III° République (1871-1940, faut-il le rappeler ?) dévitalisera tant soit peu le symbole en en faisant la coiffure de Marianne (il faut savoir que les révolutionnaires de 1848 en avaient meublé le blanc du drapeau tricolore, ce qui avait une autre force).


Marianne porte aussi, dans la main droite, la couronne de lauriers qu’elle remettra au vainqueur, tout auréolé de gloire. Ce sont les Romains qui ont conféré cette puissance symbolique à la plante, par ailleurs gage d’immortalité.


Marianne brandit enfin, dans la fermeté de sa main gauche, le drapeau national, dont le drapé fait écho à celui de sa robe.

Mais au fait, sait-on pourquoi Marianne EST la République ? Là encore, l’anecdote s’inscrit dans la Grande Histoire. PAUL BARRAS, membre sans interruption du Directoire, qui cherche à donner un nom agréable à la République, est reçu chez Madame Reubell, née MARIE-ANNE Mouhat, Alsacienne et, ayant apprécié le prénom de son hôtesse, l’adopte séance tenante. En 1811, la dame reçut même de Napoléon une pension à vie de 6.000 livres. C’est encore la III° République, après 1877, qui instaurera la présence du BUSTE de Marianne dans les mairies.

Le nombre des figures de la République est considérable dans les monuments aux morts. Par ailleurs, plusieurs modèles existent, deux d’entre eux étant particulièrement répandus. A quelques exceptions près, je regrette que les photos disponibles aient été prises de trop loin pour qu’on puisse observer les détails : la taille de Marianne sur le cliché est parfois rédhibitoire. J’ai tâché de sélectionner les plus lisibles.
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06.09.2007
43 - LE MUR
43 – LE MUR SYMBOLIQUE
J'indique seulement quelques localisations.
GARREY (LANDES, 40) 

On connaît le Mur des Fédérés, le Mur des Lamentations, le Mur d’Hadrien, celui de l’Atlantique, celui de Berlin, celui de l’argent. On sait moins la place occupée par le « MUR » dans la symbolique des monuments aux morts. J’en ai trouvé – et encore, sans épuiser les réserves – soixante-six dans les 15.000 clichés dont je dispose.


On sait aussi que le symbole est au moins double : le mur protège et enferme. Je pense à certains épisodes de A l’Ouest rien de nouveau ou des Croix de bois, ou les combattants cherchent désespérément l’abri d’un moignon de mur contre les balles.
BERRY-AU-BAC (AISNE, 02)


Quant à l’autre versant du symbole, qui n’a pas sa place ici, disons simplement qu’aucun mur n’a jamais empêché les invasions ni les évasions.


Le monument aux morts évoque donc le champ de bataille au moyen de cette métonymie : parfois même, il représente le poilu en situation, dans un raccourci de chaos où l’ordre de l’horreur bouleverse l’ordre des choses.
LANTHEUIL (CALVADOS, 14) et CERFONTAINE (NORD, 59)


Je ne parle pas, entendons-nous bien, des murs existants dont on a utilisé la surface pour présenter les honneurs des vivants aux hommes sacrifiés dans la guerre. Ceux-là sont innombrables. Je ne parle dans cet article que des murs qui ont été édifiés POUR servir de monuments. Ceux-ci sont de plusieurs sortes.
SAINT-ARNOULD-EN-YVELINES (YVELINES, 78) et TEISSIERES-LES-BOULIES (CANTAL, 15)


Il y a d’abord les IMPECCABLES, les tout neufs, tout à fait droits et propres, du beau travail de maçon. Les pierres s’ajustent à merveille, l’aspect d’ensemble est parfaitement homogène et professionnel. L’effet produit est pour le moins étrange, et me fait penser à l’impression que j’ai malgré moi ressentie en marchant dans les ruines d’ORADOUR-SUR-GLANE : paradoxalement, pour que le souvenir perdure, il faut empêcher les ruines de s’effriter et disparaître. Il faut donc les préserver en tant que ruines en en maçonnant les bords.
CERDON (AIN, 01)


Il y a ensuite des édifices qui tentent d’évoquer la REALITE en introduisant du discontinu et de l’imparfait dans l’alignement des éléments, qui donnent volontairement une impression finale d’inachevé ou mieux : de partiellement détruit. On sent ici que la ruine menace, qu’elle a commencé son travail de sape (au fait, n’est-ce pas dans le film Les Croix de Bois, (Raymond Bernard, 1931) cette interminable attente des poilus qui guettent les bruits de creusement d’une mine sous leur propre abri et qui, en route pour l’arrière, relevés par une escouade de petits jeunes, entendent alors la mine exploser ?).
MONTGESTY (LOT, 46) et SAINT-ABIT (PYRENEES-ATLANTIQUES, 64)


Il y a enfin quelques efforts de RESTITUTION de l’ « ambiance » (si l’on peut dire) et du vécu humain lorsque, dans un village déjà détruit, les décombres offrent au désespoir des hommes qui survivent encore, l’abri précaire de leur silhouette déchiquetée. L’artiste s’efforce alors de concentrer dans le minuscule espace imparti tous les signes de l’universel dérèglement que fut la guerre de 1914-1918. A une exception près, tous les exemplaires auxquels je renvoie ici sont situés dans le Doubs (25).
ETALANS




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03.09.2007
40 - LA MARNE EN CARTES POSTALES (1)
40 – LA MARNE EN CARTES POSTALES (1)
BAYE et EPOYE


La Marne, c’est évident, a marqué la mémoire nationale. Beaucoup parlent de la victoire de la Marne. C’est vrai, l’armée française a empêché, au tout début de la guerre, l’armée allemande d’atteindre Paris. Vous vous rendez compte du désastre évité, j’espère !
BERZIEUX et ESTERNAY


Pourtant, celui qui devint plus tard le Général René CHAMBE écrivit Adieu Cavalerie ! (sous-titre : « La Marne, bataille gagnée, victoire perdue », tout un programme), pour expliquer que, lors de cette bataille, à un moment, en un endroit, le sort des armes aurait pu tout entier basculer, en faveur de la France, si, et seulement si… René CHAMBE était « dragon » en 1914, lieutenant d’aviation en 1915.
BINARVILLE et FRIGNICOURT


Il a écrit beaucoup de livres : quelques mauvais romans avant 1930, puis des ouvrages sur l’aviation, dont une Histoire de l’Aviation qui, éditée chez Flammarion, fit longtemps, comme on dit, autorité. Il a également publié des récits évoquant la première et la deuxième guerres mondiales (L’Escadron de Gironde, L’Epopée française d’Italie, …). Ses derniers récits consacrent sa passion de la chasse, au-dessus de Champagny, accompagné de ses trois chiens, il traquait le coq de bruyère, grimpant et descendant les pentes boisées ou verdoyantes (Souvenirs de chasse pour Christian).
BLACY et LA POMPELLE


La carte postale, de son côté, n’a guère de valeur en soi, même si elle fait l’objet d’intenses tractations d’achat et de vente. Je la considère ici comme un signe, presque un symptôme.
CHAUMUZY et LE BAIZIL


La carte postale fut très tôt collectionnée. Je me déplace, je voyage, j’avance et je m’arrête, je pense à quelqu’un. J’achète et envoie un petit carton imprimé d’une photo pour adresser ma pensée à la personne. C’est donc l’instant, mais c’est aussi l’éternité du geste, immobile à jamais.
CHEPPES-LA-PRAIRIE et LE-MEIX-TIERCELIN


Dès l’origine, il y a du tourisme dans la carte postale : le désir de montrer qu’on pense à elle, et qu’on n’a pas le temps de le lui montrer davantage. Or, s’agissant des monuments aux morts de 1914-1918, aussi choquant que cela puisse paraître, nous parlons bien de tourisme.
COURCY et MAURUPT-LE-MONTOIS


Il existe des cartes postales « touristiques et pittoresques » ayant pour sujet le monument aux morts. J'en cite deux parmi d'autres : ALLASSAC, La Corrèze Pittoresque, et PELUSSIN, La Loire Pittoresque. Certaines, même, mentionnent, très sobrement, « le Monument », tant sa dédicace semble évidente à tous, surtout dans une région qui fut un des théâtres principaux des « activités militaires ».
DAMPIERRE-LE-CHATEAU et JONCHERY-SUR-VESLES


Il fut un temps où l’on envoyait presque naturellement des cartes postales représentant des monuments aux morts sans craindre de déplaire. L’époque de l’envoi se révèle dans le timbrage : une carte chargée à 5 centimes date forcément de l’immédiat après-guerre, une autre timbrée à 50 centimes est beaucoup plus tardive.
DORMANS et FERE CHAMPENOISE


Le département de la Marne, dans ce domaine, est très largement représenté. Sans prétendre avoir fait un inventaire exhaustif, j’ai collecté 170 clichés de Cartes Postales Anciennes sur l’ensemble de la France, dont 101, pas un de moins, pour ce seul département.
Post Scriptum : je cherche de la documentation sur toutes les FRATERNISATIONS franco-allemandes de la guerre 14-18. Merci d'avance pour tout renseignement.
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01.08.2007
11 - PLAQUES EMAILLEES
PLAQUES EMAILLEES
Sur la plupart des Monuments aux Morts, les vivants ont choisi de faire figurer le nom des morts. Et c’est vrai, faites l’expérience : lisez à voix haute la liste gravée dans la pierre, vous serez forcément touché. Ces hommes (tous des hommes, notez-le) ont existé – pas assez longtemps. Parfois, c’est une famille entière qui fut ainsi exterminée. C’est comme ça qu’il faut penser à la guerre de 1914-1918. Nous, aujourd’hui, nous sommes seulement capables d’offrir à ces âmes un drapeau, quelques anciens combattants, une couronne. En gros : des hommages officiels, rien de vraiment ressenti. Monsieur le Maire, lisez les noms, à voix haute et forte. Ne les faites surtout pas lire par un enfant. Déclamez-les vous-même. Le personnage officiel doit se mouiller, il DOIT ETRE EMU.
Il existe un nombre non négligeable de monuments où, si vous vous arrêtez sérieusement, en plus des noms des morts, vous verrez leurs visages. C’est beaucoup plus fort. Il s’agit de leurs photos, transférées sur plaques émaillées. Elles ont étonnamment résisté au temps. Et c’est vrai, faites l’expérience : à peu de choses près, c’est leur voix que vous entendez. Ecoutez les morts : ils ont beaucoup à dire.
Voici Bromont Lamothe (63), Dourges (62), Espartignac (19), Eyburie (19), Frévillers (62), La Flamengrie (02), Locon (62), Mers les Bains (80), Morienval (60), Olby (63), Thorame Haute (04), Thumeries (59).












J'ajoute Casefabre (66) et Cour Saint Maurice (25).

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