18.02.2008
ATTILA AU POUVOIR
QUI EST ATTILA ?
ALAIN BADIOU a écrit récemment De Quoi Sarkozy est-il le nom ? (Nouvelles Editions Lignes, 2007). Il n’est pas loin de se considérer comme le dernier des grands philosophes. Mais passons. C’est un drôle de titre, vous ne trouvez pas ? La réponse à la question posée par ce titre est tombée hier matin (samedi 16 février), sur France Inter, entre 8 h 20 et 8 h 30, juste avant l’insupportable « revue de presse » du dénommé IVAN LEVAÏ, par un monsieur estimable qui a pour nom EMMANUEL TODD. J’ai distinctement entendu l’essayiste proférer la proposition suivante : « Quand Attila est au pouvoir ». Bingo, monsieur Todd, et bravo, bravissimo pour la formule.
J’ai parlé, dans ma note précédente, du « rideau de fumée », de la « DIVERSION » comme tactique destinée à détourner l’attention des foules de l’essentiel : la qualité de leur existence (et pas simplement le poids de leur porte-monnaie au 15 du mois). Je crois à présent que c’est bel et bien une METHODE DE GOUVERNEMENT.
D’un côté, ATTILA passe au lance-flamme les « PRIVILEGES » « corporatistes » de la population et le pirate s’empare du butin pour le redistribuer à ses copains milliardaires nécessiteux. Ces « privilèges », soit dit en passant, ne sont rien d’autre que les PROGRES difficilement conquis au cours du 20ème siècle, et qui sont en train de finir de passer à la trappe.
D’un autre côté, et pendant le même temps, NICOLAS SARKOZY colonise le monde des images et des sons, mène une guerre d’occupation des esprits, s’agite devant un décor de carton-pâte pour distraire le PUBLIC, tient le devant de la scène à tout prix, et, en bon camelot, débite son boniment pour faire rire le public, ou bien le faire pleurer (les enfants français de la Shoah), ou l’émouvoir, ou lui faire peur, ou l’attendrir (Carla Bruni), bref : notre président fait tous ses efforts pour détourner l’attention, pour faire DIVERSION.
Le pire, c’est que ça marche. Je te dis pas l’état psychologique et moral de cette population. Quand va-t-elle se réveiller ? Quand va-t-elle regarder les choses comme elles sont ? Pour cela, il faudrait qu’elle supporte le choc que lui ferait subir l’absence de spectacle (Loto, Télé-réalité, …) et qu’elle cesse de croire que tout ce qu’on présente comme PARTICIPATIF (Ségolène Royal, numéros surtaxés de la Starac et autres, etc…) la dispense de se prendre en main. Je ne suis pas sûr qu’on en prenne le chemin.
08:45 Publié dans Réactions à chaud | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Sondages, Election, Ségolène, Ségolène Royal, Littérature, Statistique
12.02.2008
DROLE DE MESSE
DRÔLE DE MESSE EN PLEIN AIR
Cela se passe Place de la Concorde (ou de la République ?), il y a quelques jours. En pleine place de la Concorde, oui, en plein milieu de la journée, a été célébrée une messe. Parfaitement, une messe adressée aux sondages, au « Dieu-Sondage ». C’est du sérieux, même si ce n’est pas encore du lourd. L’association « Sondons les sondages » (SLS) en est à l’origine. Je leur fais un reproche : sur leur blog, ils laissent, en liens, leur faux-nez d’ « institut » à ces entreprises, à ces marchands de sondages, pour lesquels l’opinion constitue une réserve inépuisable de fumier qui, épandue judicieusement, fertilise et fait prospérer ce qui, jusqu’à nouvel ordre, n’est qu’un commerce. D’ailleurs vous les entendez passez dans la rue, comme autrefois le vitrier et le rémouleur : « Marchand d’sondages, il est beau mon sondage, il est pas cher mon sondage, il est tout frais cueilli du matin, un sondage maison, un sondage directement du jardin dans la nausée médiatique, ce vomi qu’on vous présente comme une soupe appétissante». Beurk.
IPSOS, BVA, CSA, LH2, SOFRES, IFOP, OPINION WAY ne sont pas de « INSTITUTS » : c’est un commerce qui marche, la preuve, c’est que les marques prolifèrent. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, pendant toute la campagne présidentielle, ont carburé au sondage, se sont shootés au sondage, ont développé, pour arriver au pouvoir (ou essayer), une telle addiction au sondage qu'ils sont désormais dans l'impossibilité de s'en passer. En cas de sevrage brusque, vous allez voir la crise de nerfs, l'angoisse, le manque. Il est vrai que la gueule de Sarko en Guyane, qui découle sans doute des derniers mauvais "résultats" des sondages fait finalement presque plaisir à voir, mais tant que son visage n'a pas définitivement viré au verdâtre, le pire peut encore arriver. GUSTAV MEYRINK, l'immortel auteur du Golem et de La Nuit de Walpurgis a écrit Le Visage vert, qui n'est pas son meilleur. Mais il devait déjà penser au visage de Sarkozy quand il reçoit le verdict sondagier des marchands d'opinion publique.
Comme dans toute religion, il faut des prières. Je me souviens de « BVA, je crois en toi ». J’en propose quelques-unes, revues et corrigées, en commençant par « BVA poil aux bras », « SOFRES poil aux fesses », « IFOP la salope », ça remplacera les slogans essoufflés des manifs CGT. Essayez, c’est rythmé, c’est gai. Inventez, les possibilités sont innombrables. « IPSOS poils aux os », « CSA gare à toi », « LH2 poil au nœud » (pardon, c’est vulgaire, je retire, mais vous ne croyez pas que c’est aussi vulgaire, tous ces « journalistes » de radio-télé qui truffent leurs articles de ces marchandises faisandées et nous en font biberonner jusqu'à plus soif ?).
16:20 Publié dans J'ai la rage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Sondages, Election, Ségolène, Ségolène Royal, Littérature, Statistique
07.11.2007
8 - ELOGE DU GRAND STATISTIQUEUR
MES EPOUVANTAILS - 8 – ELOGE DU GRAND STATISTIQUEUR
JE SUIS LE GRAND STATISTIQUEUR.
Je vais prononcer mon propre éloge, parce qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même, d’une part, et d’autre part, parce que les Français passent leur temps à dénigrer l’INSEE (vous savez, l'Institut National de la Statistique).
Alors, en vérité, je vous le dis : la statistique est un presse-citron.
Je te définis la statistique en deux mots : le pouvoir a besoin de moi pour connaître la réalité sociale, qui est inconnaissable, à cause du nombre et de la complexité des phénomènes à prendre en compte, ça vibrionne en permanence, vous allez dans toutes les directions, toujours en mouvement. Vous êtes trop nombreux, aussi, faudrait voir à vous arrêter de copuler, de procréer. Vu la quantité de chair humaine ainsi produite, le chef a forcément besoin d’en savoir un peu plus. La statistique (certains diront « sociologie quantitative »), pour cela, construit un modèle mathématique. Les Anglais ne parlaient pas de « statistiques », mais de « political arithmetic », avant d’adopter le vocable. C’est assez dire que la statistique n’a de valeur que pour celui qui gouverne. D’ailleurs, le mot vient du latin moderne « statisticus » (1672), « relatif à l’Etat ».
Autrement dit, appliquée à la société, la statistique a pour seul but de REDUIRE, d’où le presse-citron.
Pour moi, le grand statistiqueur, dans mon univers, toi, INDIVIDU, tu n’as aucune valeur, tu n’existes même pas, perdu dans tous mes nombres. La profondeur et la richesse de ta personnalité, l’étendue et la précision de ton savoir, la vivacité et l’ampleur de ton intelligence, tes petits bonheurs et tes grandes souffrances, je m’en tamponne le coquillard. Tu ne m’intéresses que comme une SOMME DE DONNEES. Moi, le grand statistiqueur, je me contente de définir des critères, puis de rassembler les données.
Par exemple, en 1999, en France métropolitaine, je peux te dire qu’il y avait 28.419.419 hommes et 30.101.269 femmes. Ne me parle pas de l’anatomie du sexe, et ne me parle pas de l’amour : ce n’est qu’un critère, je te dis, rien de plus.
JE SUIS LE GRAND STATISTIQUEUR : TOUT CE QUI EST HUMAIN M’EST ETRANGER.
L’homme ne m’intéresse que découpé en tranches et en morceaux, des tranches et des morceaux de plus en plus petits, de plus en plus fins, par exemple : « Votre dernier achat d’une paire de chaussures ? Vous grattez-vous le nez au feu rouge ? Faites-vous confiance à Nicolas Sarkozy ? ».
Et des critères, je t’en fabrique quand tu veux : l’Europe veut fixer des normes pour la fabrication des préservatifs masculins ? C’est moi qui lui fournis les informations : taille moyenne du pénis en érection en Europe : 14 cm. L’industrie du vêtement s’aperçoit que les dimensions des êtres qu’elle habille ont changé ? C’est moi qui actualise ses données. Combien de yaourts chocolat, nature ou fruits rouges faut-il mettre dans les linéaires de l’hypermarché ? C’est encore moi qui réponds.
JE SUIS LE GRAND STATISTIQUEUR : JE SUIS PARTOUT, JE SUIS INDISPENSABLE.
Sinon, tu imagines le gaspillage. Je suis là pour optimiser les performances, les rendements, la rentabilité. Je suis la machine à mesurer les hommes, pour améliorer le fonctionnement de la grande machine sociale.
Je suis l’outil obligatoire de tous ceux qui dirigent, de tous ceux qui décident et de tous ceux qui gèrent : les patrons, les chefs, les administrateurs, les bureaucrates. La statistique est le Saint Graal du gestionnaire, comme le sondage est le Saint Graal de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal. C’est d’ailleurs à peu près la même chose, non ? Le dirigeant politique aujourd’hui n’est qu’un directeur d’hypermarché (mais il est un peu tôt pour en parler). Je me rappelle Lionel Jospin, ministre de l’Education en je ne sais plus quelle année, qui parlait de son « stock de profs », et ça, depuis que l’économique a triomphé du politique.
Je m’occupe de la hauteur des chaises (45 cm), des tables (75cm), des marches d’escalier (18 cm). En vérité, c’est moi qui conditionne le concret de ton existence quotidienne. Le moindre objet que tu utilises est passé par ma fabrique de données. Pourquoi Monsieur Renault fabrique-t-il beaucoup de voitures pour quatre personnes ? Pourquoi 9 m2 pour une chambre ? Pourquoi ? Pourquoi ? Moi, moi, moi, toujours moi. Je définis, j’encadre, j’oriente. Dans le fond, c’est moi, LA STATISTIQUE, qui architecture ton espace et qui modèle ton temps, bref :
JE SUIS LE GRAND STATISTIQUEUR : C’EST MOI QUI DIMENSIONNE TON EXISTENCE.
Et tu sais comment je fais ? Je vous prends chacun un par un, oh pas tous, on n’en finirait pas, mais j’ai inventé le fabuleux ECHANTILLON REPRESENTATIF, la source inépuisable à laquelle je me désaltère. Et puis j’extrapole, je généralise, j’uniformise. Et cela, à travers une autre fabuleuse invention : LA MOYENNE. Tu as compris comment et pourquoi tu cesses d’exister, individu ? Parce que pour moi, tu n’es qu’un écart par rapport à la moyenne. Pourquoi crois-tu qu’on a pu parler de « Francémoyen », il y a maintenant des lustres ? C’est grâce à l’avènement du règne tout puissant de LA MOYENNE.
Il me suffit alors de dérouler toute la gamme de mes produits : la consommation moyenne (café, cannabis, épinards en boîte, séances de cinéma, etc.), l’âge moyen (apprendre à marcher, premier rapport sexuel, réussite au bac, mariage, longévité, etc.), la distance moyenne (suivant la région, la profession, la période, etc.), la fréquence moyenne des prénoms, etc. De ma moulinette à nombres et à catégories (ce sont les petits morceaux d’humains que j’ai savamment découpés), j’extrais ainsi des milliers de moyennes possibles, qui finissent par dessiner, fais bien attention à ce point : qui finissent par dessiner tous les aspects possibles de l’existence humaine. Toutes les variétés et variations de l’individu ont fini par entrer dans les cases que j’ai élaborées. Tu te rends compte de ce que ça veut dire ? Toi, petit grain individuel de sable, avec tes arrêts et tes trajectoires, TU ES DEVENU ENTIEREMENT PREVISIBLE.
C’EST MOI, LE GRAND STATISTIQUEUR, QUI T’EXPLIQUE TON EXISTENCE.
Oui : à force de te disséquer, toi l’individu, et de confectionner des petites boîtes où j’enferme ta vie sous forme de données chiffrées, à force d’énumérer tes caractéristiques, en partant des plus générales et en allant jusqu’aux plus individuelles, j’ai tout su de toi, tu es devenu totalement transparent. Et toi, à force d’être imprégné de l’idée de moyenne, tu t’es dis : il ne faut pas être trop au-dessus ou trop au-dessous. Tu ne supportes pas l’écart, tu veux être comme les autres, tu as peur d’être différent. On appelle ça d’un mot banal et dévitalisé : le conformisme. C’est très intéressant de voir comment ça se passe : LA MOYENNE finit par devenir LA NORME. D'un moyen de connaître la population, je suis devenu un moyen de la gouverner, et cela sans qu'elle s'en doute. Image de la réalité, je suis devenu la réalité elle-même, que nul ne songerait à ne pas considéreer comme telle. Je suis devenu un objet de croyance, et d'autant plus puissant que la "réalité" me valide, que je ne parle que de "faits". Je suis à présent, LA RELIGION DU FAIT.
Ton psychisme, tes gestes, tes actes, tes façons de voir sont imprégnés de cette norme, et sans t’en rendre compte, progressivement, tu te mets à ne plus exister par toi-même, mais à OBEIR. Le moule de la moyenne s’en est pris à ton cerveau, à ta mémoire, à tes projets. La façon dont tu voyais les choses est réécrite : tu diras, de quelqu’un qui vient de mourir à 65 ans : « Tiens, c’est plutôt jeune ». Réfléchis à cette énormité, et dis-toi qu’elle prend sa source dans la moyenne, devenue norme, parce que je l’ai fait et voulu ainsi. C’est une forme de SOUMISSION, c’est une forme de disparition.
JE SUIS LE GRAND STATISTIQUEUR : JE FAIS DISPARAÎTRE L’INDIVIDU.
Oui, tu es mort, et tu n'as rien senti.
JE SUIS LE GRAND STATISTIQUEUR : JE CREE LE MONDE A VENIR.
Alleluïa !
(Et la foule, percluse de ferveur extatique : « Gloire à toi, Grand Statistiqueur ! – Oui, bon : allez, couché ! A la niche, la foule ! ».)
10:00 Publié dans J'ai la rage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Sondages, Election, Ségolène, Ségolène Royal, Littérature, Statistique


