31.01.2008

ETRON D'UBIQUITE

L’ETRON D’UBIQUITE

 

 

Le Canard enchaîné a inventé une formule géniale : PAROLES VERBALES. Quand un responsable politique fait une déclaration alors qu’il n’a rien à dire, il prononce des PAROLES VERBALES. Je ne saurais vous dire à quand cette invention remonte. Cela me fait penser à un « génie » de la linguistique qui a écrit l’alluminé How to do things with words, JOHN LANGSHAW AUSTIN. « Comment faire des choses avec des mots ? » C’est tout simple, regardez faire Monsieur SARKOZY, dites « JE VEUX », allez ailleurs, recommencez, sans vous arrêter. Encore, « paroles verbales » est-elle une formule directement inspirée de « Les paroles s’envolent, les écrits restent ». Disons-le tout net : c’est totalement dépassé. Aujourd’hui, par la magie du verbe d’un charismatique SAINT NICOLAS, de même que les trois petits enfants sortent indemnes du tonneau de sel du méchant boucher, le monde et la réalité sont domestiqués, ils obéissent à la baguette (les mauvais esprits diront qu’ils obéissent à la braguette, je l’attendais, évidemment, c’est minable) : le chef ne va pas tarder à marcher sur les eaux, il a parlé, et le réel devient docile, que dis-je : il se plie, non : il OBEIT. Le réel se soumet. « Je veux 3 % de croissance, et s’il le faut, le 1 % qui manque, j’irai le chercher avec les dents. » Aussitôt, tu le vois, le réel, il se met en ordre de marche, il dit « Chef oui chef, bien chef ! », et il s’engloutit dans le triangle des Bermudes. C’est ça, la magie : LE REEL A DISPARU. C’est Le Crime parfait (Baudrillard). Tout est dans l’image. TOUT. Et cela, d’autant plus aisément que le grand troupeau des JOURNALISTES, savamment conduit vers son destin – sa disparition en tant qu’espèce autonome –, est friand d’images.

 

 

Qu’est-ce que c’est, un JOURNALISTE ? Est-ce cet obscur travailleur qui va sur le terrain s’enquérir de ce qui s’est passé dans la vie des hommes, la vie réelle, s’entend ? Est-ce l’honnête travailleur, qui s’efforce de drainer vers des moyens de diffusion une réalité qu’il lui semble important d’acheminer vers une population avide de savoir comment tourne la planète ? Ce qu’on appelle des « événements », vous savez, ces petits ou gros accidents qui se produisent dans le tissu continu de la vie humaine ? Est-ce cet observateur neutre qui s’efforce de comprendre ces événements, c’est-à-dire d’entrevoir son origine ainsi que l’inflexion qu’ils vont donner à la trame de l’existence des hommes ? Est-ce cet observateur neutre qui s’efforce de proposer à ses lecteurs une explication, une analyse de ces événements ?

 

 

La réponse est catégorique : c’est NON !

 

 

De même qu’il n’y a plus de socialistes au « Parti socialiste », il n’y a plus beaucoup de journalistes dignes de ce nom au pays de cette profession sinistrée, sinistre et désespérée. Personne ne souhaite la disparition de la presse écrite. Moi non plus. Si cette catastrophe se produit, il y aura certes des raisons externes (finances, lecteurs, etc.) mais les journalistes eux-mêmes auront beaucoup œuvré au naufrage. Je n’exonère pas les lecteurs de leur culpabilité : à l’époque du premier « LOFT » de TF1, tout le monde s’accordait à juger cette émission idiote et dégradante, mais tout le monde la regardait. Voilà le nœud du problème : le lecteur n’est plus un citoyen qui se tient informé, mais un CLIENT, pour qui la lecture de la presse permet de ne pas trop s’ennuyer dans les transports en commun, tout en satisfaisant son VOYEURISME. Les tirages de la « PRESSE PEOPLE » ont quelque chose de désespérant. Il est DEPLORABLE, l’état intellectuel et moral d’une population entière, ou du moins assez majoritaire pour avoir désigné pour le deuxième tour de la présidentielle deux icônes, deux ectoplasmes politiques seulement gavés de l’écho que leur image rencontre dans la population, et qui sont capables de dépenser 30.000 (Nicolas) à 50.000 (Ségolène) euros de maquillage pour gagner. Il n’y a plus de peuple, seulement une population avide de spectacle. Comme le dit un titre de BD de MARTIN VEYRON : Ce n’est plus le peuple qui gronde c’est le public qui réagit, Dargaud, et ça remonte à 1982, quand même. Il savait déjà que c’est le spectacle qui régit nos vies, le spectacle qui nous engloutit, le spectacle qui devient ce que nous appelions notre « âme » autrefois.

 

 

A suivre…