29.03.2008
PARLEZ-VOUS YONNAIS ?
LEÇON DE YONNAIS
Aujourd’hui, nous évoquerons la BUGNE (la seule, la vraie, celle de LYON, donc).
Ma grand-mère les faisait fines et craquantes, rectangles étalés au rouleau sur la table de la cuisine sur une mince couche de farine, découpées puis fendues avec la « roulette coupe-pâte » en buis, vous savez, avec la roulette en zig-zag, même qu’on se disputait ce privilège. Une fente pour les bugnes étroites, deux pour les plus larges. Ensuite, c’étaient les « nœuds » : il fallait passer un bout de la bugne dans la fente, avant de la plonger dans la friture, à la sortie, c’était la surprise, à qui ferait la forme la plus étrange, la plus tordue, où nous reconnaissions profils de sorcières et autres joyeusetés. Vous laissez égoutter, vous posez sur papier absorbant pour pas que ce soit trop gras, vous saupoudrez de sucre glace. C’est prêt. Un régal.
GILBERT-LUCIEN SALMON (Dictionnaire du français régional du Lyonnais) la définit : « Variété de beignet confectionné pour Mardi-Gras, découpé dans la pâte avec une roulette ou éperon. ».
Je préfère NIZIER DU PUITSPELU et son Littré de la Grand-Côte, qui sont comme le Pape et la Bible, autrement dit, l’infaillibilité et la vérité absolue. Il dit : « 1. Sorte de pâtisserie en forme de couronne, frite dans l’huile. » Et de la bugne à l’éperon : « Sorte de beignet de pâte craquante, saupoudré de sucre. L’épithète à l’éperon vient de ce que pour découper la pâte, aplatie en feuille sur la planche à pâtés, les cuisinières se servent d’un instrument assez semblable à l’éperon du cavalier. » Voilà.
Retenez bien le mot « craquante », parce que de grands caquenanos ont inventé la « bugne épaisse », qui finit infâme et pâteuse sous la dent. L’inventeur de cette hérésie a dû aller au ciel droit comme une bugne (autrement dit, en faisant le « paradis buissonnier »). Il n’a d’ailleurs que ce qu’il mérite. Il a même dû se faire traiter de grande bugne (benêt, caquenano), comme cestui-ci qui, se récriant, se vit répondre par celui qui l’avait ainsi traité : « Mais c’est pas pour te fâcher ! Je t’ai dit grande bugne comme je t’aurais dit grande bête ! – Oh, alors !… ».
Si par hasard, passant par notre belle ville, vous demandez votre chemin à un Yonnais facétieux qui vous répond : « Vous pouvez pas vous tromper : vous y arriverez droit comme une bugne », méfiez-vous, vous êtes prévenu. J’en connais un qui, place Bellecour, à un couple d’Américains bardés de l’uniforme du touriste américain qui lui demandait comment accéder à la cathédrale Saint-Jean, leur fit prendre le métro et descendre au terminus « Gare de Vénissieux ». Ils sont arrivés à la cathédrale droit comme une bugne. Ceux qui connaissent saisissent la « facétie » (Vénissieux, c’est au diable vauvert). Je ne sais pas pourquoi, mais il n’aime pas les Américains, le copain.
Je mentionne par acquis de conscience le chapeau haut-de-forme qu’on appelle bugne, parce que ce n’est pas du tout le même mot. La preuve : il vient de Neufchâtel.
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24.03.2008
SUIVRE SES PENTES
LITTRÉ DE LA GRAND-CÔTE
Connaissez-vous l’expression « vieux comme un banc » ? On la trouve dans une phrase du genre : « Madame la baronne de Pouillevaisse a dû être fort belle. C’est dommage qu’elle soye vieille comme un banc ». Nizier du Puitspelu, celui du dictionnaire, vous savez, Le Littré de la Grand’Côte, dit n’avoir jamais compris cette métaphore. Ah mais, vous ne connaissez pas non plus la Grand’Côte. Il fut un temps où ma fenêtre donnait juste au-dessus. Les soirs d’été, tous les Arabes du coin, et il y en avait pas mal à l’époque, se donnaient rendez-vous là jusqu’à des heures pas possibles. J’étais au deuxième. Au 24, rue des Pierres-Plantées. Au premier, c’était la brave Madame Tupinon, qui ne se déplaçait déjà plus guère, sauf pour allez prendre le frais dans son petit jardin, protégé de la rue Jean-Baptiste Say par un haut mur. Deux trois arbres. Un banc. Une table en fer. L’été faisait bon en ce temps-là.
La montée de la Grand’Côte, c’étaient des maisons pas très hautes, construites sur la pente raide. HENRI BÉRAUD, dans Qu’as-tu fait de ta jeunesse ?, la raconte comme un mur qu’il fallait grimper pour rejoindre le galetas de Lintier ou d’Albert Londres, je ne me rappelle plus. Dis-moi, Solko. Un mur : il exagère. Mais c’est vrai que c’était raide. Et mal famé, surtout dans le haut, rapport aux Arabes, attirés par les loyers bas. Il faut dire que, dans les maisons, les normes d’hygiène et de sécurité, ce n’était pas encore le règne de la Commission Européenne. Il y avait quelques étudiants (ou étudiantes), à qui je rendais visite en serpentant entre les volets roses ou vert cru, entre les fenêtres ouvertes. Cette chienlit était insupportable aux « édiles ». C’était la fin du règne de « Zizi » Pradel, le bétonneur. C’était l’époque de la revue Les Equevilles, fabriquée par un certain Jacques Glénat-Guttin qui en laissait quelques exemplaires sous le péristyle de l’Opéra, où je l’achetais dans cette librairie qui a disparu, tout comme le magasin d’articles de danse, la piperie Nicolas, et de l’autre côté (rue Joseph-Serlin) le marchand de timbres.
C’était bien, ces échoppes. JEAN NOUVEL n’en a fait qu’une bouchée, sous prétexte de « rénover ». Ce pauvre niais snobinard, Raymond Barre l’a laissé vider les murs de leurs tripes à l’italienne pour en faire un lieu lisse et mort, tout noir et tout mort. L’acoustique est excellente, ça sauve un peu. Mais je m’égare, je me laisse aller, je me bambane, je me lanticane, je me lantibardane : je me promène, quoi, je flâne sans but. Qu’est-ce que je voulais dire, déjà ? Ah oui ! Pradel le bétonneur ne supportait pas la Grand’Côte, le haut, surtout. Il a fini par avoir gain de cause : la Grand’Côte est morte, « et mon luth constellé porte le soleil noir de la mélancolie » (Nerval). Rasée, la Grand’Côte. L’autorité aime les choses simples, pas les vieilles histoires ou les vieilles pierres. Ah ça ! Pour la vue dégagée, les touristes sont ravis ! Et il y en a des touristes ! Depuis le classement UNESCO. Patrimoine mondial. Attendez, je n’ai pas fini sur Jacques Glénat-Guttin (c’était son nom à l’époque). Maintenant, la maison d’éditions GLENAT, sise à Grenoble, a acquis une renommée grande et justifiée dans le domaine de la BANDE DESSINEE. Il publiait une merveilleuse revue intitulée Circus.
Je reviens, je reviens à la Grand’Côte. Fini, donc, la Grand’Côte : en haut, une esplanade où le soleil d’été reflété sur la pierre claire vous brûle les yeux et la gorge. Ça tombe bien, c’est là, la terrasse de café. Une rambarde en pierre, un escalier qui passe en dessous, et puis un jardin. Je n’ai rien contre les jardins, mais celui-là est laid, mais laid de chez la laideur, fait pour les mamans à poussettes, avec ses chemins en pente et en zigzag faits pour que les roues roulent. Bref, un certain monde est fini, et la ville se tire au cordeau. On accède même à la rue Pouteau par un large escalier, c’est vous dire. Moi, la rue Pouteau, c’est d’abord le 16. C’était là le local de réunion des scouts, la 44ème, Guy de Larigaudie. Le local est toujours là, mais terne et triste, comme un ventre ouvert, les tripes froides à ciel ouvert. Avant la destruction, c’était une cour bien fermée, donc vivante. On accédait par un escalier d’une quarantaine de marches. Il y avait le local des « jeunes des Terreaux », avec lesquels on n’aimait pas trop frayer, rapport au vulgaire, n’hésitant pas à peloter les filles qui s’aventuraient jusque-là, mais les filles gloussaient à qui mieux-mieux, alors...
Nous, on n’en était pas là : nous n’étions encore que des sales gosses qui allaient jeter des graviers aux vitres des concierges et poser des pétards dans les traboules. Il y avait « mémé-balai », place Croix-Paquet, il y avait « mémé-courante », rue des Capucins. Il fallait se méfier : malgré son âge, elle était leste et rapide. Ça doit être ça, le bon temps, les pentes de la Croix-Rousse, le cinéma Marly, à l’angle de la rue René Laynaud (du nom d’un poète héros de la Résistance). Place Croix-Paquet, au retour des réunions, j’apportais des clopes, piquées à droite et à gauche, à P’tit Jo, le clochard. Lui, il me montrait les « trésors » qu’il trouvait de temps en temps dans les poubelles, des montres de gousset, c’est vous dire. La rue Pouteau, c’est la rue en escaliers. Sorokine, il habitait un gourbi au rez-de-chaussée d’un immeuble, en dessous de l’escalier. Il avait une seule dent, en haut, et ça chuintait quand il disait « comprenez-vous ? ». Il survivait. Le cinéma Marly lui commandait des pancartes pour annoncer les films nouveaux. Ben oui : il était peintre. Un Lituanien qui avait quitté son pays à la rame (m’avait-il raconté) pour échapper aux Soviets en 44. Mais la rue Pouteau, je laisse mon ami Fonddetiroir la raconter, s'il lui plaît un jour, car il la connaît bien mieux que moi. Je devrais dire : l’a connue. Les « Pentes » ne sont plus ce qu’elles étaient, allez, mon bon monsieur. Du coup, j’ai délaissé mon sujet de départ. En quelque sorte, j’ai suivi mes « pentes ». Vous ne m’en voudrez pas, j’espère.
08:00 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : lyon, croix-rousse, pradel, littérature, poésie, littré grand'côte
15.03.2008
JOURNAUX
CHARIVARI
Proverbe bantou : « Quand la foudre tombe, il est trop tard pour laver son linge ».
Le Monde du 11 mars : dessin de PANCHO en page 2 : Sarkozy, le pouce sur le zappette, se retourne en colère et clame à la cantonade : « Qui a mangé mon pain blanc ? ».
A Neuilly, Jean-Christophe Fromantin, sans étiquette soutenu par l’UMP aux municipales contre l’UMP exclu Arnaud Teullé qui ne le digère pas, et on le comprend, se fait traiter de « fasciste » (je ne rigole pas) quand il monte le grand escalier de l’hôtel de ville. Deux hommes, près du buffet, s’envoient des coupes de champagne et des amabilités à la figure : « Extrémiste ! – Porc mal élevé ! », répond un ancien officier qui propose : « Je le prends quand il veut, au sabre, à l’épée ou au pistolet ! » La classe quoi ! Pensez, pour la première fois dans l’histoire de la commune, on a un deuxième tour, et ça saigne, droite contre droite. Tu grattes le consensus, c’est le chaos. Tout à fait le portrait de la bourgeoisie.
MUNICIPALES. GERARD COLLOMB sera de nouveau maire de Lyon. Agrégé de Lettres Classiques (1971, me semble-t-il), il a fait ses études à l’université de Lyon (qui ne s’appelait pas encore « Lyon II », mais « Faculté des Lettres et Sciences humaines », avouez que ça avait une autre gueule). J’ai commencé, quant à moi mes études, dans cette même université, en 1967. Vous avez compris ? C’est juste avant mai 1968. Je vous raconte pas en détail. Mais nous nous sommes côtoyés quelque temps, lui déjà très politisé, façon partis politiques, brandissant déjà, à l’époque de la loi d’orientation d’Edgar Faure, la notion d’unité de valeur, introduite à cette époque. Je me souviens, et je crois que Gérard Collomb s’en souvient aussi, puisqu’il en a parlé dans Lyon Mag quand il a été élu maire de Lyon en 2001, qu’un groupe s’était formé, plus par affinités personnelles que par convictions politiques, la meilleure preuve, c’est qu’on n’avait pas trouvé de meilleur nom que « GROUPE DE LA SALLE 3 », petite salle au bout de la galerie de l’amphi Laprade, pas loin de la « Salle des Actes », salle 3 dont nous avions kidnappé la clé (réservée aux initiés) et que nous avions meublée d’une table et de bancs. Il y avait Frank et Sylviane, Christian, Michel, plusieurs autres, et … oui : GERARD COLLOMB. Mais quand il se mettait à parler politique et à engueuler tout le monde (pour l’absence de « ligne »), il devenait pas drôle de chez pas drôle. L’est-il resté ? Ce n’est pas impossible.
La dialectique hypocrite + la casuistique jésuite font des miracles : Galilée est devenu acceptable au Vatican. Ils ont mis quelques siècles pour mettre au point l’argumentaire permettant cet authentique MIRACLE : édifier la statue du savant dans les jardins du pape. Cela veut bien dire que Galilée fait partie des lieux communs, voire des stéréotypes. On récupère ce qu’on peut.
Les Alsaciens sont cordialement invités à aller voir L’Etoile d’Emmanuel Chabrier au Théâtre de la Sinne à Mulhouse les 28 et 30 mars. Si la production est à la hauteur, ça vaut vraiment le coup.
Le Monde du 12 mars : il y a des titres que je ne comprends vraiment pas : « L’emploi au milieu du gué », l’auteur : Frédéric Lemaître. Je pouffe. Et même : je me gausse. En face, c’est Laetitia van Eeckhout : « Comment assécher les filières de l’exil ». Drôle, mais pas drôle.
Ça barde au Tibet, mais ces nom de dieu de « Jeux Olympiques » auront tout de même lieu. Même que ça écorche la bouche de KOUCHNER de parler de boycott. Quel sens de la dignité et de la civilisation !
Page 8, petit article intéressant et surprenant sur les conséquences GEOPOLITIQUES du RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE.
Page 10, dessin de PANCHO : quatre costumes rayés à lunettes noires, (SARKOZY et FILLON, HOLLANDE et STRAUSS-KAHN) invitent de façon pressante BAYROU à monter : « Voyons, FRANÇOIS, tu ne vas pas refuser une petite promenade… ».
Tu avais raison, SOLKO : pas grand-chose, ce jour-là, dans Le Monde.
03:29 Publié dans Dans la presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, neuilly, gérard collomb, lyon, ump


