17.03.2008

JOURNAL LE MONDE

LE MONDE 14 MARS

Page 1 : Très belle photo d’ERIC ORSENNA (toujours ajouter : de l’Acadéfraise), PUBLICITE pour son dernier livre. Avec cette phrase de JEROME GARCIN (le masque servile et la plume basse) : « C’est vraiment notre nouveau Giraudoux. D’un tombeau, il fait une goélette. Et d’un regret, une promesse. ». T’as même plus besoin de lire le bouquin, parce que, franchement, Giraudoux… . Je plaisante. Page 3 : Magnifique PUBLICITE pour un garage parisien qui vend des voitures « d’occasion de faible kilométrage ». Page 4 : Extraordinaire profil d’Hillary Clinton en couverture d’un livre qui vient de paraître sur elle. Avec une phrase définitive de l’éditeur lui-même, en bas de l’encadré de la PUBLICITE : la grande biographie de Carl Bernstein, figure légendaire du journalisme américain depuis l’affaire du Watergate. Prix Pulitzer 1973. S’il dit lui-même que c’est légendaire, c’est que ça a tous les caractères de la légende, non ? Page 5, en face d’un tout petit rectangle PUBLICITAIRE pour France Info, un beau quart de page de PUBLICITE pour les chaussures machin, avec des tas de belles chaussures avec des pieds dedans. Page 6, petit rectangle de PUBLICITE pour une lotion (un proliférateur cellulaire) contre la chute des cheveux. Moi ça me fait peur, parce que les cellules qui prolifèrent, ça porte un nom. Juste en face, une PUBLICITE pour une marbrerie funéraire. Page 7, beau pavé de PUBLICITE pour une marque de chaussures et sacs. Pages 8 et 9, tout en bas, dans les extérieurs, deux splendides quarts de page de PUBLICITE dans le rouge et brun pour des chaussures anglaises. Page 10, un bandeau de bas de page de PUBLICITE (ça doit porter un nom, en héraldique, ça s’appelle une champagne), pour une radio. Page 11 : toute la moitié de la page en bas pour une PUBLICITE pour un modèle de bagnole (français). Page 13 : admirable énorme tiers de page de PUBLICITE pour une marque de grande distribution, avec une admirable surface en rouge. Page 14 : quart de page noir et blanc de PUBLICITE pour le prochain « Monde 2 » : c’est le patron qui régale. Page 16-17, deux quarts de page centraux de PUBLICITE pour une marque de voitures prestigieuses. Page 20 : une page entière de PUBLICITE pour Le Monde en personne : 1er quotidien des CSP+ (catégories socio-professionnelles supérieures, cela va de soââ). Et ça se voit. Page 22 : un bon tiers de page de PUBLICITE pour le « Monde 2 ». Page 24 : un pavé modeste de PUBLICITE pour je ne sais quel salon international. Page 25 : bandeau du bas : PUBLICITE pour un DVD. C’est culturel. Page 26 : PUBLICITE pour un film (quart de page), + petit pavé de PUBLICITE pour un théâtre + un joli pavé de PUBLICITE pour des concerts. En face (page 27), PUBLICITES pour différents spectacles (tout le bas). Page 28 : quart de page de PUBLICITE pour un spectacle généreux, et en face une PUBLICITE pour un bon hebdomadaire. Page 29 : petite PUBLICITE autour de la présence du Monde au salon du livre. En face, un quart de page de PUBLICITE pour une co-édition musicale à laquelle participe Le Monde. Dernière page (32) : un bon tiers de page en superbes couleurs (orange) de PUBLICITE pour une quelconque marque de vêtements, chaussures, articles de maroquinerie (Versace. Zut, ça m’a échappé). La prochaine fois, je me paie Le Nouvel Obs. Mais ça va me prendre douze pages, au moins.

Merci, LE MONDE. Soyons juste : il reste quand même un peu de place pour des articles écrits par des journalistes.

13.02.2008

BOUYGUES SE FROTTE LES MAINS

TF 1 SE FROTTE LES MAINS

Grève dans l’audiovisuel de service public. Vous savez déjà pourquoi, sans doute. Parce que MONSIEUR SARKOZY a annoncé la suppression pure et simple de la publicité. Or la publicité, cette pieuvre dont les tentacules se sont depuis belle lurette enroulés autour de la moindre manifestation de la VIE pour en sucer la substance et la remplacer par de la MARCHANDISE, est la ressource financière de l’audiovisuel, public ou privé, du football, disons, quasiment de toute la vie économique. C’est bizarre, cette grève pour défendre la publicité, vous ne trouvez pas ?

Bon, je fais l’âne pour avoir du foin, je sais : le calcul est sans doute d’éliminer un nouveau vestige de ce qui porta un jour le beau nom de SERVICE PUBLIC. Bouygues est, paraît-il, dites-moi si je me trompe, parrain d’un enfant de Sarko. Il s’en lèche d’ores et déjà les babines. Que Sarko-la-flèche veuille la peau de tout ce qui a l’apparence du service public, j’imagine que ça ne surprend personne, ou alors, il ne fallait pas l’élire.  Les gars de l’audiovisuel public, eux, ils se font du mouron – et on les comprend – pour leur boulot. Et les téléspectateurs de France 2 et France 3 en ont des sueurs froides : ils ne pourront plus faire d’arrêt-pipi pendant les films. Avouez que c’est bête, hein !  

Mais moi, je suis choqué. – Dis-moi, pépé, par quoi tu es choqué. – Je vais te le dire, petit : je suis choqué du fait que l’existence de tant d’individus et de tant de métiers ne repose finalement que sur la ressource financière apportée par la publicité, c’est-à-dire qu’elle ne repose que sur du VENT. Le râtelier télévisuel est affriolant et chatoyant, mais il reste ce qu’il est : UN RÂTELIER. Travailler dans ces conditions, c’est concourir, si peu que ce soit, à la domestication intellectuelle et spirituelle des masses, c’est être, soi-même, un valet d’écurie au service de not’maître, c’est exercer une activité sans DIGNITE.

Vous me direz que les masses, eh bien les masses, elle courent, que dis-je, elles se précipitent vers la « lumière » de l’écran allumé, soit chez elles, et c’est déjà ennuyeux, soit même sur le plateau où elles doivent afficher un bonheur (ou un malheur) de commande. Je sais, je sais, comme disait Jean Gabin. Je sais que les masses aussi manquent singulièrement de dignité, et qu’elles se vautrent avec toute la veulerie dont elles sont capables dans l’infecte saleté colorée qu’elles prennent pour le comble de la VIE. Ecoeurant. Et tout ça à cause du MIRAGE PUBLICITAIRE qui engraisse les industriels dont le véritable métier est le CONTRÔLE SOCIAL : tant que tu restes en extase devant les abrutis qui, au fond d’eux-mêmes, se foutent de ta gueule, tu restes un abruti.

Tu me diras : mais, pépé, on est bien obligé de consommer. T’imagines, si tout le monde arrête de consommer, la catastrophe mondiale que ça va être ? – Oui, petit, ce n’est pas faux. Dans la nasse, on est, au fond de la nasse, je te le dis, surtout depuis que les petits Chinois et les petits Indiens se sont mis a imiter ces cons d’occidentaux et à devenir riches à leur tour et à dilapider leur argent de la même manière imbécile. Sais-tu, petit, qu’en 2007, il s’est vendu dans le monde 1.100.000.000 de téléphones portables (un milliard et cent millions), dont 160.000.000 rien qu’en Chine. Ce qui me fait mal, c’est tout ce qu’il a fallu pour en arriver là, tous ces trésors d’humanité, d’intelligence, de culture, toutes ces grandes aventures par lesquelles on est passés, – pour  finir de cette sale manière, comme un pet foireux sur une toile cirée.

Alors tu sais, petit, la grève dans l’audiovisuel public, JE M’EN TAPE.